La Lettre de la Gauche communiste, n°34, février 2009
2 Février 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #l'Europe impérialiste et capitaliste
NOUS DEVONS NOUS ORGANISER
Lors du 34e congrès, les communistes de gauche ont présenté aux adhérents du Pcf un texte commun, « Faire vivre et renforcer le Pcf, une exigence de notre temps ». Ce texte a obtenu 24 % des votes des communistes. Globalement, 40 % des adhérents du Parti ont rejeté la base commune présentée par la direction sortante, pour lui préférer une ligne clairement marxiste, combattive, de lutte de classe.
Durant le congrès, la direction sortante, drapée dans son sectarisme et ses batailles d'appareil avec les refondateurs, les huistes et la sensibilité de Nicolas Marchand, a tenté de nous marginaliser. Avec la liste alternative dirigée par André Gérin, nous avons obtenu 17 élus au Conseil national. Comme au 33e congrès, les filtres successifs font qu'au niveau du CN, notre représentation est honteusement réduite.
Lors du 1er conseil national, nous avons demandé des représentants à l'exécutif. La direction a refusé, tout en intégrant à l'exécutif les promoteurs de la ligne droitière... La direction nationale a été sanctionnée : seuls 60 % des présents au 1er CN ont approuvé la nouvelle direction. C'est un désaveu comme jamais une direction nationale n'en a connu auparavant.
Face à cela, que faire ? Tout d'abord, il faut continuer, partout où nous sommes, à travailler dans le parti. De nombreux camarades, déçus par les résultats du vote sur les textes, ont quitté le Pcf et appelé à le quitter. On peut le comprendre, et il faut respecter leur choix. Mais la politique de la chaise vide n'a jamais fait avancer les choses. Au contraire, il n'y a aucune raison de quitter le parti alors qu'objectivement, nous avons progressé depuis le dernier congrès. Progressé en influence directe comme le montre le vote, mais progressé surtout au niveau des idées.
Il faut partout, sur toutes les questions d'actualité, défendre un positionnement communiste. Deux grandes batailles s'ouvrent à nous : celle de la crise du capitalisme, et celle - électorale - des européennes.
La direction nationale sous-estime la gravité de la crise du capitalisme. Sa réponse est en deçà des exigences du moment. Ce n'est pas avec des pôles publics que l'on combat le capitalisme. Tout au plus, le parti défend la cautère sur une jambe de bois. Non, ce qu'il faut, c'est un programme ambitieux, proposant des nationalisations dans tous les secteurs d'activité du pays : les banques et la finance, les assurances, la santé, l'éducation, l'eau, les transports, l'énergie, l'industrie pharmaceutique, etc.
Demain, après-demain, des millions d'hommes et de femmes vont se retrouver licenciés, au chômage partiel, encore plus précarisés. Notre pays compte déjà des millions de personnes sous le seuil de la pauvreté. Avec la crise du capitalisme, la situation va encore s'aggraver. Et personne ne peut prédire jusqu'où la crise peut aller. Nous pouvons nous retrouver dans une situation analogue à celle de l'Argentine. Les propositions du Pcf, pour le moment, ne sont pas à la hauteur des enjeux et de la situation. Nous devons proposer des solutions crédibles et des perspectives politiques.
Deuxième combat, celui des élections européennes. Assez curieusement, personne n'évoque la responsabilité de l'Union européenne dans la crise. Comme si la construction européenne, dès ses prémisses en 1951, n'avait pas eu pour objectif d'être le facilitateur du capitalisme, le rouage économique et politique permettant au grand patronat d'étendre sa domination sans limite sur le prolétariat européen. La dérégulation des transports, celle de l'énergie ? Connaît pas. Les attaques contre le droit du travail, le rétablissement du travail de nuit des femmes (au nom de l'égalité des sexes...), l'op-out, la directive Bolkenstein ? Connaît pas. Le recul de l'âge de la retraite, le travail des plus de 65 ans ? Connaît pas. Pas plus que l'abaissement de l'âge légal du travail à 14 ans.
Et qu'allons-nous défendre lors de ces élections européennes ? Le parti va-t-il encore se draper dans l'inatteignable Europe sociale ? Là encore, il faut être incisif. Bien entendu, il est utile d'avoir des parlementaires communistes dans les instances européennes. Même si nous n'en avons que deux, cela permet de savoir ce qui s'y passe. En soit, c'est important. Mais tenter de faire croire aux électeurs et aux électrices que notre perspective, c'est l'Europe sociale, cela relève de la plus parfaite mauvaise foi. D'abord, il faudrait que le parlement européen soit autre chose qu'une chambre d'enregistrement. Rappelons que ce parlement, même s'il réussi parfois à bloquer momentanément certaines mesures antisociales, n'a aucun contrôle sur les organes décisionnels de l'UE. Et il n'a aucun rôle de proposition en matière législative. Ce n'est donc pas à partir de cette instance qu'il y a possibilité de s'opposer à l'UE. Qui plus est, il faudrait pouvoir y créer un rapport de forces favorable aux intérêts du monde du travail. Là encore, le but est inatteignable.
Le seul moyen d'enrayer la machine européenne, c'est un large mouvement des peuples. Les NON français et hollandais au traité constitutionnel de 2005 ont été une première. Le rejet du Traité de Lisbonne par le peuple irlandais a, lui aussi, grippé la machine. Mais ce n'est pas suffisant. Si nous voulons durablement enrayer la machine européenne, il faut passer un cap supplémentaire. Notre peuple, majoritairement, sait qu'il n'y a rien à attendre de l'UE. Majoritairement, il sait que l'UE est responsable de la situation qu'il subit à l'heure actuelle. Le Pcf ne doit pas être à la remorque de ce sentiment majoritaire. Avec une direction nationale qui prétend être le « parti des gens », qui refuse d'être une « avant-garde », nous allons nous retrouver à fermer la marche ! Nous devrions au contraire mener une campagne d'information sur les méfaits de l'UE, et proposer la sortie de la France du Traité de Maastricht.
Enfin, en tant qu'opposants de gauche à la direction nationale, nous avons un troisième chantier. La direction nationale va mettre en route une commission de transformation. Composée de membres du CN, de responsables de sections et de fédérations, cette commission est chargée de « réformer » le parti. En clair, les trublions que nous sommes devraient se voir interdire, in fine, d'exister et d'être représentés dans les instances du parti. Nous devons de toutes nos forces nous y opposer, car ce serait l'amorce d'un déclin irréversible, pour nous, mais surtout pour le Parti. Car sans une opposition de gauche, il n'y aura plus d'opposition à la liquidation rampante.
Nous devons réfléchir à comment nous organiser pour être le plus efficace possible, à tous les niveaux du parti. Certains avancent l'idée d'un réseau, d'autres d'une coordination. Quelle que soit la forme que nous déterminerons ensemble, nous devons nous atteler à travailler, et à construire dans le parti. Nous avons pu le constater au moment des votes sur la base commune, les communistes qui veulent un parti véritablement communistes sont nombreux. Nous devons les fédérer, leur redonner des perspectives pour éviter qu'ils ne partent, sur la pointe des pieds, comme des milliers l'ont fait depuis les années 90. Il y va de notre crédibilité, mais surtout de l'avenir du Pcf.
Gauche communiste du Pcf
gauche.communiste@yahoo.fr
02/02/2009
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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