Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Réveil Communiste

Dans la lutte de classe au PCF, qui pense que "Staline avait raison"?

19 Janvier 2009 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF

« T'as beau être millionnaire, ou le champion du monde des poids lourds, tu sers quelqu'un, ça peut être le diable, ça peut être le Seigneur, mais tu sers quelqu'un »

Bob Dylan, qui croit en Dieu, mais qui comme John Cassavetes n'a jamais oublié que la lutte des classes existe.


T'as beau être dans l'appareil du PCF, derrière ton bureau, devant des journalistes, tu sers une classe, c'est peut être le prolétariat, c'est peut être la bourgeoisie, mais tu sers une classe.

Bien entendu cette vision manichéenne et qui chez le protest-singer  américain cultive une ambigüité politico-religieuse bien caractéristique de la nation américaine sera récusée par ceux qui sont ... au service de la bourgeoisie, et l'argument sera d'ailleurs imparable : nous qui avions défendu au congrès du PCF le troisième texte, et particulièrement les "voyous" du Quinzième (sic), les "nationaux bolcheviques" de Vénissieux (sic), les "intégristes" du Vingtième (sic) nous sommes au service du démon (qu'El Diablo nous pardonne de marcher sur ses plates-bandes), dont chacun sait qu'il s'est incarné au vingtième siècle dans l'enveloppe mortelle de Joseph Staline.

Je n'exagère pas, des refondateurs « historiques » du PCF réunis dans l’une de leurs sinécures ont commenté ainsi l'élection des camarades élus au CN sur la liste d'André Gerin : " ils sont sur la ligne « Staline avait raison »" (sic). On peut penser qu'un tel niveau de bêtise ne mérite aucun commentaire. On peut penser qu'il faut commenter au contraire de tels propos prononcés en public par des gens qui se prennent pour des intellectuels et des dirigeants, pour qu'ils ne l'emportent pas en paradis.

Ce qui est manichéen chez Bob Dylan et dans la tradition anarcho-syndicaliste dont il est un faible écho doit être compris de manière dialectique. Le PCF est une institution concrète dans la société française et non un parti abstrait qui regrouperait, par exemple,  des petits bourgeois qui sont du même avis sur le bœuf aux hormones. Le PCF comme la société contient donc des contradictions réelles , dont une contradiction principale qui tient à sa base sociologique et à sa stratégie de front qui est restée la même depuis 1935. Une contradiction entre les partisans et les adversaires du socialisme qui divise le parti sur une base de classe et qui est devenu principale puis antagonique un peu avant la fin du "socialisme réel" avec lequel il a maintenu la solidarité jusqu’au bout (et par un vieux truc stalinien, c'est Maxime Gremetz qui a dû endosser au premier congrès qui a suivi la chute du mur le rapport de dénégation qui niait ridiculement tout lien du PCF à la réalité de l’Union Soviétique).

Le PCF transformé mais pas liquidé par la mutation de Robert Hue est à présent scindé en deux camps de force à peu près égale, mais cela ne se lit pas clairement dans les votes, contrairement à la situation italienne. La vraie-fausse opposition menée par Marie- Pierre Vieu n'a pour but que de donner le change, tout en accélérant la carrière de celle-ci et de quelques camarades qui ont été écartés du sérail pour des raisons d'animosité personnelle à leur encontre. Les « mutants » font de plus en plus clairement le choix inspiré par Gorbatchev –Porteur-de –Vuitton, celui de la disparation du PCF, et certains cherchent à négocier le maintien de leur pouvoir personnel au sein d'une Gauche social-démocrate qui prendrait la place laissée vacante, croient-ils ingénument, par la dérive sociale libérale du PS. D'autres se bornent à accomplir jusqu'au bout ce qui est devenu leur tâche historique: liquider la représentation autonome de la classe ouvrière dans le champ politique française, et par extension, par exemplarité, dans le monde, parfois en utilisant un discours gauchiste qui prétend sauver la visée communiste en abandonnant la construction du socialisme (nous ne parlerons pas de la variante Eltsinienne, qui veut vivre sur la bête le plus longtemps possible, même si on peut en soupçonner l’existence). Les deux tiers de l'appareil national sont sur cette ligne, avec parfois de grandes variantes tactiques. La base du PCF reste majoritairement attachée à un parti de classe, suivant le rapport inverse, deux contre un, même si elle ne le conçoit plus comme avant garde révolutionnaire, mais c'est déjà trop pour les « mutants ».

Il ne faut pas cependant mépriser le camp de la bourgeoisie au PCF : il utilise un schéma idéologique éprouvé, qui était déjà correctement identifié par Lénine dans Que Faire en 1903 : le parti est "au service des gens", et cette évolution était préparée avant la mutation et avant la chute de l'URSS. Cette confusion entre action politique et action syndicale, puis avec la confusion qui s'installe et le recul de la conscience de classe et de la politique, cette montée du caritatif et de l'humanitaire aboutit paradoxalement à structurer un parti de plus en plus éloigné "des gens" parce que ce qui compte au premier chef pour conserver de l'influence c'est de pouvoir rendre service, et comme on ne peut pas rendre service à tout le monde, pouvoir se constituer des clientèles. Certes un parti d'élu ne peut pas se dispenser de rendre service, mais le désarmement idéologique laisse le champ libre à un réformisme de plus ne plus incolore, qui en vient à justifier n'importe quel reniement, et à un activisme populiste où l'on se met avec empressement à la traine des soi-disant mouvements sociaux qui ne sont que de petits appareils spécialisés communautarisés.

Si on n'a plus de théorie on n'a en effet rien à répondre ni aux intégristes, ni aux apôtres petits bourgeois de l'idéologie du désir.

L’embrigadement par la bourgeoisie est une tendance constante qui est liée aux opportunités de carrière qu'elle propose à tous ceux qui se font connaître en s’opposant (le secret de la réussite, c'est la révolte - jusqu'à un certain point!), et qui doit être combattue, sans être pour autant nous mettre à diaboliser à notre tour, par exemple par l’utilisation de termes issus du champ sémantique de la trahison, ou du registre animalier de la haine. Pouvoir arracher une subvention, savoir utiliser le parlement, ce n'est en rien négligeable. L''économisme critiqué par Lénine en 1903 ne doit pas être confondu avec l'économie elle même qui justifiait pour lui un retour partiel au capitalisme en 1921. Mais il faut savoir que ces actions ne mériteront les éloges des médias dominants que si elles indiquent la possibilité de récupérer et à terme de rendre inoffensif l'action du parti du prolétariat.

Nous sommes dans un antagonisme politique assimilable aux conditions d’une guerre d’usure prolongée. Les groupes issus de la Coordination Communiste ont pensé au contraire qu’ils pouvaient dans le contexte du triomphe momentané du capitalisme de marché contre attaquer tout de suite, sur des terrains choisis par l’adversaire, la guerre de Yougoslavie par exemple).

Attention au folklore : l’aura diabolique du PCF attire certains jeunes gens qui lèvent le poing et arborent des T-shirt soviétiques pendant un an ou deux, et qui se font embobiner à la première occasion par les vieux routiers.

Et où ranger dans ce champ le réseau ANR, autour de l’ancienne cellule économie du parti? On y trouve en fait une sorte de tendance « dengiste » du PCF, du nom de Deng Xiao Ping, promoteur du socialisme de marché qui a succédé à l’ère maoïste en Chine. Ils reflètent la même hésitation et les mêmes contradictions qui traversent les partis communistes au pouvoir, et maîtres du jeu, au Viet- Nam et surtout en Chine. Ils restent sincèrement attachés au parti, et leur statut théorique dans un champ dominé par l’ultra libéralisme de Von Hayek où même les keynésiens ont du mal à survivre est lié au maintien d’un parti structuré par une théorie définissable. Alors que les philosophes néo althussériens ont préféré accompagner la dérive postmoderne de Paris VIII où ils ont complètement dépéri.

« La lutte des classes dans le PCF » ne pourra pas se faire en suivant les méthodes du passé. Le Parti Communiste (bolcheviques) de Russie avait cru se renforcer en s’épurant des opportunistes, mais en restant sous l’emprise d’un idéalisme naïf qui croit pouvoir sonder les reins et les cœurs, et, comme le PRCF croit encore pouvoir le faire aujourd’hui, distinguer les vrai communistes des faux comme jésus séparait le bon grain de l’ivraie. L’opportuniste ayant toujours une longueur d’avance sur les plus sincères au moment des retournements tactiques inévitables dans la vie réelle, il ne faut pas chercher à l’éliminer. Il faut l’utiliser comme baromètre. Il faut obtenir graduellement pour la reconstruction d’un PCF ouvrier, marxiste et révolutionnaire une hégémonie telle dans le parti qu’ils s’en iront d’eux-mêmes, ou changeront leur fusil d’épaule. D’ailleurs ceux qui aujourd’hui sont tentés par la mentalité qui s’exprime par la pratique de l’exclusion et dont la dernière victime est Maxime Gremetz, ce sont les éléments du noyau dur du groupe dirigeant autour de Buffet et Laurent, ceux qui refusent toute représentation à l’exécutif des communistes qui se sont prononcés pour le texte 3, comme ils leur avaient interdît le débat et les colonnes de l’Huma pendant la préparation du congrès. Pour ce qui est des méthodes, ce n’est donc pas nous qui pensons que « Staline avait raison ».


GQ, 19/01/2009

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Communistes, vrais de vrai ou bien imités, rendez-vous à Vénissieux samedi 31 janvier!
Répondre
G
Je suis bien d'accord, mais ce n'est pas un concept utilisable dans la lutte concrète pour relancer le PCF
Répondre
S
les vrais ou les faux communistes , on a déjà après le congrès pas mal d'éléments de réponses , après les choses devraient se préciser a mesure de l'approche des élections européennes . car les contenus politiques peuvent aider a reconnaitre le vrai du faux . je dois dire qu'en ce qui me concerne vu l'évolution de la dérive social démocrate du PCF depuis plus d'une dizaine d'années , j'ai des certitudes quand a mes réponses sur la question . sam 82 .
Répondre
J
Les vrais sont ceux qui adhèreront au PRCF .Tous les autres seront des faux.
Répondre
G
Qui décide s'ils sont "vrais" ou "faux"? toi?
Répondre
U
concernant l'expression "vrais communistes", je vois pas ou est le problème bien au contraire, bien que je prefère "franchement communiste", car oui à l'intérieur du PCF il y a des vrais et des faux communistes, mais qui pourrait dire le contraire? les faux communistes ce sont des anti-communistes, pourquoi ne pas vouloir voir la vérité en face, faudrait-il s'en cacher ?<br /> concernant le terme "bolchevique", je le récuse totalement car c'est plus du tout d'actualité, ça c'était en 1917! il y a des mots qu'il faudrait éviter camarade ! si nous voulons réellement la renaissance du PCF ça sera uniquement dans les conditions d'aujourd'hui, un parti d'avant-garde moderne.
Répondre
J
Gille,Je crois qu'il faut préciser ce que l'on entend par "monolithisme".Une fois clos le débat, large, démocratique, sans tabou, la volonté majoritaire doit prévaloir. La minorité peut rester sur ses convictions et demander de rouvrir le débat, mais elle n'a pas le droit de bloquer les décisions prises.Nos élus ont le droit d'agir à leur guise et celà n'est pas acceptable. Il faut inverser les rapports parti-élus. Ces derniers devraient être au service du parti et non l'inverse comme actuellement. Les élus, y compris ceux dans le parti, devraient suivre les instructions de la structure à laquelle ils appartiennent et lui rendre compte. Ils devraient être révocables si jugé nécessaire.Ils devraient impérativement assister aux réunions de leur cellule afin de ne pas se couper des racines nourricières du parti.La démocratie ce n'est pas le droit pour chacun de faire ce qui lui plaît sans tenir compte de l'avis de la majorité.Il faut faire attention que "la lutte contre le monolithisme" sert de paravent aux liquidateurs.
Répondre
G
Certains membres du PRCF croient qu'ils faut forcément se placer en concurrence avec nous, alors qu'il est évident au contraire qu'il faut converger. mais cela implique de faire le deuil d'une conception monolithique du parti qui n'est plus pratiqué en réalité nulle part, et qui de toute manière même à la grande époque n'a pas permis de triompher.
Répondre
J
Eric pose une question fondamentale: Comment se protéger de l'opportunisme?Je pense que celà passe par le respect de la démocratie à tous les échelons du Parti, et particulièrement dans les périodes ascendantes. Je parle de la démocratie prolétarienne seule vraie démocratie.Respecter le centralisme démocratique. Plus de cooptations. plus de pressions sur les niveaux inférieurs. Elections régulières à tous les niveaux du parti, de la base au sommet. Instituer le contrôle des taches, la critique et l'autocritique à tous les échelons.Redonner aux cellules leur pouvoir et leur rôle fondamental sans lesquels il n'est pas de fonctionnement correct possible pour un parti communiste.Celà passe par un effort permanent d'éducation, de formation et de contrôle dès l'adhésion au parti.Les écoles du parti è tous les niveaux doivent revêtir une importance exceptionnelle.Les violations de ces règles ouvrent inévitablement la porte à l'opportunisme.
Répondre
M
« Le Parti Communiste (bolcheviques) de Russie avait cru se renforcer en s’épurant des opportunistes, mais en restant sous l’emprise d’un idéalisme naïf qui croit pouvoir sonder les reins et les cœurs, et, comme le PRCF croit encore pouvoir le faire aujourd’hui, distinguer les vrai communistes des faux comme jésus séparait le bon grain de l’ivraie. »<br />  <br /> Cette phrase résume parfaitement l’enlisement opportuniste de la pensée d’un certain nombre de communistes.<br /> Parcequ’elle n’arrive même pas à comprendre ce que disent les marxistes-léninistes.<br /> En effet personne au PRCF n’a la prétention de sonder les cœurs.<br /> En revanche nous pouvons penser qu’il arrive au PCF ce qui est arrivé à la Section Française de l’Internationale Ouvrièrr (SFIO) avant 1914.<br /> Un parti ouvrier est devenu un parti social-traître et social-impérialiste.<br /> Et ce qui firent ce constat et se séparèrent de la SFIO pour faire le PCF ont eu raison.<br /> Et cela n’a rien à voir avec le sondage des cœurs et l’idéalisme naïf mais avec la praxis, avec la pratique de la lutte des classes, avec la mise en œuvre d’une politique de classe au service de la classe ouvrière et du peuple. Cela a à voir avec une organisation et des outils théoriques qui permettent cette politique.<br /> Que du très concret camarade, pas de sondage des cœurs, ni d’idéalisme dans tout cela.<br /> Comme le disait Lénine « une femme est en ceinte ou ne l’est pas, elle ne peut pas l’être à moitié ».<br /> Le PCF est il dans sa ligne politique, son organisation, sa direction, ses Congrès, sa presse communiste ou non.<br /> Je prétend même qu’il est anti communiste.<br /> Et la prtésence en son sein de camarades qui par un idéalisme naïf (ou pour des motifs moins avouables pour certains) croient pouvoir modifier les choses de l’intérieur font la même chose que ceux qui veulent modifier l’UE de l’intérieur, comme si on pouvait faire d’un crocodile un doux végétarien et d’un parti opportuniste un parti marxiste et léniniste.<br /> L’histoire a déjà répondu.... ainsi que le dernier congrès du PCF qui a montré combien l'appareil mutant était capable de réduire à 10% au congrès, puis à 0% dans l'exécutif (auquel postulaient étrangement nos "redresseurs de rails") alors qu'ils avaient obtenu 24% au début...Salut bolchevik.Antoine MANESSIS
Répondre