Commentaire sur la tribune de Boccara, Dimicoli, Marchand et Mills
L'Humanité nous a donné hier à lire, enfin, une tribune intéressante. Je ne partage pas le soutien à la BC du CN exprimé par ces camarades, mais leurs propositions vont dans le bon sens. Le texte alternatif "Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps" permettrait de rassembler les communistes sur ces objectifs bien plus que la Base Commune du Conseil National.
Mes commentaires sont en gras.
Jonathan
Pour un PCF se saisissant de l’opportunité historique
Par Paul Boccara, Yves Dimicoli, Nicolas Marchand et Catherine Mills.
La gauche pour qui, pour quoi ?
Face à la crise financière et aux mesures de Sarkozy, les exigences d’intervention publique remontent. Cela renforce le besoin d’action autonome, originale, audacieuse du PCF pour des rassemblements transformateurs à gauche, en se saisissant de l’opportunité historique nouvelle. C’est dans ce sens que l’on peut soutenir ces deux déclarations de la base commune qui affirment :
1 - Il s’agit de développer le PCF au lieu de s’engager dans la « recherche de la constitution d’un autre parti aux contours incertains » et de le transformer profondément tout en veillant à sauvegarder « son autonomie de réflexion, de décision et d’action ».
2 - L’ambition de « dépassement du capitalisme », de faire émerger une autre civilisation, celle d’un « communisme de partage et de liberté pour chacune et chacun » (…) « en prise avec les réalités et les aspirations de notre temps ».
Ces déclarations sont un acquis qui nous a permis de ne pas ajouter un texte alternatif, porteur de divisions, afin de renforcer le rassemblement des communistes. Mais la base commune contient des insuffisances, des contradictions, des ambiguïtés qui nécessitent un travail d’amendements alternatifs très important des communistes.
Malheureusement, ce sont des acquis bien faibles au regard du reste du contenu de la base commune du CN, qui en sape la nature effectivement louable. En particulier, deux idées : la première, que l’on avait déjà dans les textes des congrès précédents, sur la nécessité de ne se revendiquer d’aucune expérience communiste passée ou présente ; la seconde, sur l’hypothèse de faire adhérer des gens « de gauche » ne partageant « pas forcément notre culture ». C’est réellement une impasse car d’une part, le renforcement du PCF doit se faire sur des bases sociologiques, de classe, et s’adresser au plus grand nombre, plutôt que sur la frange très minoritaire de gens consciemment de gauche, qui ne viendront pas, de toute façon, au PCF. D’autre part, elle ouvre la porte à la poursuite de la liquidation de l’héritage communiste, qu’il soit idéologique, organisationnel, etc., de façon à pouvoir plaire à cette frange de la gauche qui n’est pas communiste, et qui le restera.
La crise financière invite à une large réécriture. Elle fait monter la nécessité d’articuler la visée communiste avec
le projet social et politique et avec des initiatives d’action et des campagnes, des rencontres sur des propositions rassembleuses. Pour répondre à ces besoins, ce nouveau texte devra préciser les exigences de novation du Parti communiste. Il s’agit de mettre fin à la longue période d’hésitation, de faiblesse des propositions et en définitive de paralysie de la direction nationale. Il faut en finir avec le recul de l’ambition révolutionnaire au nom du rassemblement à gauche. Il s’agit au contraire de pousser le débat à gauche pour aboutir à la construction d’une véritable alternative.
On est d’accord là-dessus. La crise montre, enfin, que les propositions et la raison d’être du PCF n’ont rien perdu de leur modernité. Il est grand temps de mettre un terme à la chienlit issue des questions existentielles sur le communisme et le PCF, pour repasser à l’action. Les caricatures sur le revirement « socialiste » de Bush et des institutions financières, au début de la crise au mois de septembre, sont la confirmation qu’ « un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme ».
Des propositions d’action sur les avancées concrètes immédiates pour améliorer la vie des gens et se défendre contre les conséquences de la crise financière doivent être articulées à l’exigence de transformation mettant en cause les règles du capitalisme. Pour la réappropriation sociale du crédit bancaire, exigeons un pôle financier public, mais aussi des fonds régionaux pour promouvoir un crédit sélectif avec des taux d’intérêt d’autant plus abaissés que sont programmés des emplois.
Il s’agit aussi de ne pas déléguer à l’État, en avançant nos propositions sur une véritable démocratie participative et d’intervention, avec des pouvoirs des citoyens et des salariés dans les entreprises et les services publics, les localités, les régions jusqu’au national, à l’Europe et au mondial. Le rassemblement et les constructions politiques envisagés doivent articuler actions, propositions transformatrices et élections en organisant, à partir des luttes, le débat sur des contenus suffisamment avancés.
Réaffirmer la primauté du mouvement populaire ne peut se conjuguer avec la relance pour la énième fois de débats dits citoyens, visant à justifier le soutien à des accords de sommet sur la base du minimum acceptable par le PS et ceux qui veulent mieux réguler le capitalisme.
Là encore, on est d’accord. Les forums sur les états d’âme de la gauche, ou pour réécrire pour la énième fois un programme n’ont aucune pertinence désormais. Il faut entrer dans l’action, et faire en sorte que les militants gagnent en expérience politique grâce à la pratique politique concrète, de façon à mieux entraîner la masse dans ces actions et à renforcer, ainsi, le PCF.
À partir de l’organisation de luttes, il faut chercher à fonder les accords sur des ruptures avec les règles du capitalisme devenu fou : une autre utilisation de l’argent, pour la sécurisation de l’emploi et de la formation et pour d’autres services publics, de nouveaux pouvoirs des salariés et des citoyens, une avancée de l’appropriation sociale des entreprises et des services. S’agissant des élections européennes, si une liste nationale ouverte à des Européens peut être avancée, elle ne peut en rabattre sur le contenu. Au contraire, la crise financière fait monter la crédibilité de propositions très hardies.
Je suis sceptique sur une « liste nationale ouverte à des Européens ». Ceci dit, effectivement, les contenus ne doivent en aucun cas être affadis à cette occasion. L’Union européenne est l’ennemie des peuples, et il s’agit de la dénoncer !
Cela concerne une autre orientation de la Banque centrale européenne, pour un autre crédit bancaire pour l’emploi et le rapprochement avec les pays émergents, contre l’hégémonie du dollar, pour une autre construction mondiale de codéveloppement des peuples. Tous les enjeux sociétaux, notamment les enjeux écologiques, ne peuvent être traités seulement en parlant de développement durable sans exigence anticapitaliste. Les défis des pollutions et des menaces sur le climat ne peuvent être relevés sans remettre en cause la domination de la rentabilité financière sur les entreprises, leur responsabilité sociale avec de nouveaux pouvoirs, l’expansion et la création de services publics.
Je reste surpris de voir, de la part de la Commission économique, le peu de cas fait à la question nationale. S’inscrire dans le fédéralisme européen semble être une question réglée, au détriment de la souveraineté des Nations. Un contenu même social à l’Union européenne ne changera pas sa nature quasi-fédérale et le fait que, par conséquent, les nations y sont dépossédées de leurs prérogatives. Comment dès lors parler d’émancipation des peuples dans un tel cadre ? Il faut dire clairement que la seule issue est la dissolution de l’UE, et son remplacement par des relations choisies entre partenaires volontaires, sur des projets précis, mais qu’en aucun cas il ne faut construire de toute pièce un Etat ni une Nation européenne.
Quant à la transformation du PCF, il faut affirmer qu’il doit « se transformer sans se dénaturer », en précisant comment. Cela exige une avancée de la démocratie dans le parti. Sa direction effective doit être assurée par des organismes réguliers élus, rendant des comptes, avec la transparence des débats et le respect des décisions, à l’opposé de petits groupes sans contrôle. La direction nationale doit être élue à partir des candidatures présentées par les fédérations, les sections et aussi individuelles, à l’opposé d’une direction choisie par les sortants.
La cooptation des dirigeants génère en effet un refus de la critique de la part de ceux qui, par opportunisme et ambition, veulent « en être ». Les dirigeants doivent être choisis par les militants, et parmi eux, sur la base de l’expérience dans les luttes, de toute nature, qu’ils auront pu mener.
Le Conseil national doit jouer effectivement un rôle dirigeant pour la prise de décision en relation avec un exécutif et un(e) secrétaire national(e) s’engageant à promouvoir l’apport original du Parti communiste, à travailler collectivement en cohérence avec les choix des communistes au congrès et par des consultations périodiques. Une rencontre nationale annuelle des délégués des sections permettrait de responsabiliser cette direction nationale vis-à-vis des communistes qui pourraient exiger des améliorations et des corrections de l’activité des dirigeants.
Effectivement, le Secrétaire national doit s’engager à promouvoir l’apport original du PCF. Ceux qui ne s’y engagent pas n’ont pas leur place à ce poste, mais pas non plus à la direction. Et oui, pourquoi ne pas organiser annuellement une rencontre des délégués de section pour que la direction leur rende des comptes. Il est intolérable que, malgré des gamelles qui s’accumulent, certains restent à des postes où ils sont mauvais.
Des efforts considérables de formation à partir des avancées marxistes récentes doivent répondre à l’attente des communistes et permettre d’aborder les défis de l’époque historique qui s’ouvre avec la crise du système. De grandes campagnes de riposte et de contrepropositions doivent être lancées par le congrès pour de nouveaux rassemblements audacieux à gauche. Elles doivent articuler, à l’appui des luttes, des objectifs sociaux audacieux (sur les salaires, l’emploi, les services publics) à l’avancée d’un autre crédit bancaire autour d’un pôle public, d’une autre utilisation des fonds publics, de nouveaux pouvoirs des travailleurs et des citoyens.
L’actualité, malheureusement, montre que, si nos analyses et nos propositions sont très en avance sur le reste des forces politiques, notre formation est en retard. Alors qu’il y a urgence à agir, nous devons organiser en catastrophe des formations pour les militants. Quel manque de prévoyance de la part de la direction nationale !
Pour conclure, je suis en accord avec beaucoup de choses écrites par nos camarades, mais certainement pas sur l’idée selon laquelle il y a des choses intéressantes dans la BC du CN. Et s’il y en a effectivement, elles sont contredites ailleurs dans le document. Par ailleurs, la longueur du texte et la dilution du propos empêchent concrètement de l’amender de façon constructive. C’est la raison pour laquelle la BC est d’abord à rejeter, au profit du texte « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps », sur la base duquel tous les communistes de bonne volonté, comme les camarades de l’ANR, pourront se retrouver et construire pour l’avenir.