Contrer l'offensive pro - langues régionales
Tribune libre
Nous agissons, nous vivons en présence de toutes les langues
Simultanément, le Sénat et l’Académie française se sont érigés contre la place faite aux langues de France (dites régionales) dans le débat sur la révision de la Constitution, les sénateurs rejetant
la reconnaissance des langues régionales comme patrimoine de la nation dans la Constitution !
« Atteinte à l’identité nationale », disent les sages de l’Académie française. Mise en cause de « l’unité de la République », risque « d’enfermement régionaliste ou communautariste », disent les sénateurs qui par leur vote remettent en cause ce que leurs homologues député-e-s avaient bel et bien voté (1).
L'Académie pointe aussi le risque d'accès à l'administration, à la justice. Elle reconnaît que les langues régionales font partie du patrimoine de la nation, mais conteste leur apparition dans la Constitution. D'autant plus que cette apparition se produit dans l'article 1, quand le français est déclaré langue de la République dans l'article 2. Autant dire qu'une hierarchie nette s'établirait entre les deux !
Une vive inquiétude s’est manifestée, non seulement dans les milieux sensibles aux questions de la diversité culturelle, mais aussi chez celles et ceux qui refusent de se laisser enfermer dans des débats aux relents de repli identitaires.
C'est exactement le contraire, puisque la Révolution française, dont la République est l'aboutissement, a été la manifestation politique du refus, par les citoyens, d'être encore qui des Bretons, qui des Provençaux, qui des Aquitains, mais d'être tous des Français, libres et égaux sur tout le territoire de la République.
Félix Marcel Castan, militant communiste, écrivait dans son manifeste d’août 2000 : « La difficulté commence quand il s’agit d’une République ouverte, et d’autre chose que des simples individus. Il faut alors approfondir l’analyse et s’interroger sur le principe d’égalité lui-même. On redoute, à juste titre, le danger de communautarisme. Les communautarismes sont mortels : y compris le communautarisme national… Une politique d’exclusion des cultures et des langues, dans l’intérêt d’une seule, semble incompatible avec l’idéal républicain de cohabitation des disparités. »
Les auteurs de la tribunes sont des fourbes, puisqu'assimilant la défense de la langue nationale à un "communautarisme national". Par ailleurs, je ne conçois pas l' "idéal républicain" comme étant celui d'une "cohabitation des disparités". Chacun constate les disparités, mais l'histoire de France est à ce point unique qu'à un moment donné, le peuple français a fait le choix de les mettre de côté pour construire la Liberté et l'Egalité, dont la conséquence est l'unicité et l'indivisibilité de la République. Que signifie la "cohabitation des disparités" si ce n'est une République fragmentée, morcelée, où le Lorrain ne se mêle guère à l'Alsacien, car précisément, la République considère qu'ils ne doivent que cohabiter, car irrésistiblement disparates. Non ! La République doit travailler à la construction d'un avenir commun pour tous les Français et tous les humains qui se reconnaissent en elle, car ce qui les rapproche est bien plus fort que ce qui les sépare. Autrement dit, n'encourageons pas les germes de la division, au motif de l'éloge de la différence.
Et en septembre 2007, une tribune libre de l’Humanité accueillait une réflexion d’Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau sous le titre « Les murs », comme une réaction nécessaire, un manifeste utile pour combattre la création d’un ministère de l’Identité nationale lié dans sa dénomination à l’immigration et au codéveloppement. Ils écrivaient notamment : « La tentation du mur n’est pas nouvelle. Chaque fois qu’une culture ou qu’une civilisation n’a pas réussi à penser l’autre, à se penser avec l’autre, à penser l’autre en soi, ces raides préservations de pierres, de fer, de barbelés, ou d’idéologies closes, se sont élevées, effondrées, et nous reviennent encore dans de nouvelles stridences. Ces refus apeurés de l’autre, ces tentatives de neutraliser son existence, même de la nier, peuvent prendre la forme d’un corset de textes législatifs, l’allure d’un indéfinissable ministère, ou le brouillard d’une croyance transmise par des méthodes qui, délaissant à leur tour l’esprit de liberté, ne souscrivent qu’à leur propre expansion à l’ombre des pouvoirs et des forces dominantes. »
Alors là, on entre dans le domaine du délire ! Qui parle de "refus apeurés de l'autre", de "pierres, de fer, de barbelés" ? Si cette citation, pourtant particulièrement obscure et abstraite, avait une quelconque utilité dans notre discussion, elle s'appliquerait uniquement au rapprochement entre "Identité nationale, immigration et codéveloppement", intitulé du Ministère de Brice Hortefeux, dont la politique ne consiste, très exactement, qu'en une assimilation des étrangers à un danger pour la République. Comme ce n'est pas la question, je passe, mais je retiens contre les auteurs de la tribune la volonté, non d'éclairer le lecteur, mais d'user de l'argument d'autorité pour impressionner l'auditoire, ce qui n'est pas à leur honneur.
Nous « croyons » que les langues portent des cultures et que la langue française elle-même est le vecteur de cultures bien différentes dans les pays de la francophonie.
Ce sont les cultures que portent ces langues qui contribuent à constituer des identités nationales. La nôtre est aussi le fruit de toutes ces cultures.
Quel flou ! Ces phrases n'ont quasiment aucun sens. Essayons de les décrypter, et de les rendre plus explicites. "Nous « croyons » que les langues portent des cultures" : quel scoop ! Eh les gars, vous avez réinventé l'eau chaude, là. "et que la langue française elle-même est le vecteur de cultures bien différentes dans les pays de la francophonie." De quelles "cultures bien différentes" (et différentes de quelles autres cultures ?) veulent parler les auteurs ? Il ne s'agit pas, pour moi, de nier les cultures propres des pays de la Francophonie, mais je me demande si les auteurs de ces lignes savent que les pays de la Francophonie sont souvent, surtout en Afrique, francophones en raison de la colonisation française, et que, si le français participe effectivement, de fait, à la culture nationale de ces Etats, les langues et cultures pré-francophones seraient bien plus légitime pour cela. Mais le cas de la France est différent. Là aussi, les auteurs enfoncent des portes ouvertes en affirmant très sérieusement que "La nôtre est aussi le fruit de toutes ces cultures." Mais encore une fois, c'est un hors-sujet.
M. Sarkozy veut nous imposer une conception de l’identité nationale fondée sur une racine unique. C’est cette conception qui lui permet de « réduire » Guy Môquet à un jeune Français, patriote, mort pour son pays, niant du même coup tous les autres traits de sa culture, ceux qui le construisent dans la Résistance au côté de tous ceux qui luttent avec lui, si différents et qui ensemble construisent une identité nationale faite de racines multiples.
Alors là, c'est l'usage de l'arme suprême : il s'agit d'utiliser concommitamment le mot "Sarkozy" comme repoussoir pour le lecteur lambda de l'Huma, avec celui de "Guy Môquet" comme, au contraire, élément de sympathie pour le même lecteur, pour tenter de faire croire que le problème de la République est la négation de ses racines multiples. Mais encore une fois, c'est un hors-sujet, car la Constitution de la République n'a pas vocation à être un traité d'histoire à l'usage des amateurs d'auto-culpabilisation liée au passé impérial ou colonisateur de la France, comme si ce passé engageait toute la construction républicaine de notre patrie et de la Citoyenneté, et que, en bons refondateurs, il convenait de jeter le bébé avec l'eau du bain pour régler le problème. La Constitution doit être le texte fondateur du droit dans la République. Et, pour revenir au débat qui nous occupe, de savoir si oui ou non, les langues régionales ont leur place dans l'article 1 de la Constitution. Mais, encore une fois, les auteurs cherchent à égarer le lecteur pour mieux l'amadouer.
La République n’est pas mise en cause par les langues régionales mais par son incapacité à prendre en compte la diversité qui enrichit l’unité nationale.
Ce ne sont pas les langues de France qui menacent la langue française, elles sont parties intégrantes d’un patrimoine vivant sur le territoire hexagonal. Elles devraient bénéficier des moyens d’enseignements et d’une place dans l’audiovisuel public.
On commence à revenir dans le coeur du sujet. Contrairement aux auteurs de ces lignes, je prétends que la République, oui, serait en danger en reconnaissant aux langues régionales une place supérieur à la langue française. Il ne suffit pas de l'affirmer, mais de l'expliquer. Que la diversité enrichisse la culture nationale est peu discutable ; eux affirment qu'elle enrichit l' "unité nationale". Nos amis Belges rigoleront bien d'une telle idiotie ! En quoi le Picard se sentirait-il plus Français en voyant des émissions à la télé parlées en Occitan ? En quoi l'Auvergnat se sentirait-il plus Français en envoyant ses enfants dans une école où ils ne comprendraient rien, l'enseignement étant dispensé dans une langue, dit régionale, qu'ils ne comprennent pas ? Ce serait au contraire, semer les germes de la division, de la méfiance, et du repli. Ce serait une mise en cause grave de l'égalité d'accès au service public. En effet, que je sois Lorrain, Franc-Comptois, Girondin, je suis assuré de pouvoir être compris de tous, sur le territoire de la République, en parlant Français, au tribunal, au commissariat de police, à l'école, dans les médias, dans les textes officiels.
L’Europe n’a pas non plus d’arrière-pensée régionaliste de nature culturelle.
Mais si justement ! Curieuse tentative de réhabilitation de l'UE du capital ! D'ailleurs, remarquez l'amalgame entre "Europe" et "Union européenne", car là, il est clair que, parlant d' "Europe", les auteurs parlent en réalité de l' "Union européenne". Mis à part cela, c'est au contraire pour briser les nations, assimilées aux deux guerres mondiales du XXe siècle, que l'UE s'est construite, en dépossédant les Etats-nations de leurs prérogatives, par le haut (UE), et par le bas (décentralisation). Le mode de scrutin des élections européennes, décidé par nos très europhiles élus de droite, illustre l' "Europe des régions", ultra-fédérale, en train de se construire ; tout comme, d'ailleurs, la proposition de supprimer les département, éléments trop petits géographiquement.
Le traité rejeté avec sagesse dans notre pays, notamment, proposait sur cette question que « l’Union respecte la diversité culturelle, religieuse et linguistique ».
Curieux regroupement ? Nous serions tentés de dire merci pour le respect, mais toutes les cultures de l’Europe et toutes les langues qui les portent méritent mieux que la neutralité d’État qui sied par contre à l’égard des opinions religieuses. Elles revendiquent l’application de la charte européenne des langues régionales que déjà, en 1999, le Conseil constitutionnel avait écartée. Elles demandent de la reconnaissance pour des échanges fructueux qui s’enrichiront des identités nationales diverses et qui sauront aussi les enrichir.
Eh bien non, chers camarades, dans l'idéologie fédérale anglo-saxonne qui impose son modèle à l'UE, mêlant libéralisme économique et libertarisme pour les individus, dans un contexte d'autoritarisme en matière de droits civils, le ravalement vers des idéologies identitaires, religieuse ou régionalistes, est tout à fait cohérent pour affaiblir les travailleurs face au capital.
Quant à la Charte européenne des langues régionales (et minoritaires, oublient les auteurs), elle permettrait, si elle était ratifiée par la France, que l'on puisse tester en justice dans une langue régionale, ou que l'enseignement puisse se dérouler, en toute légalité, dans une langue régionale. Ce serait la fin de l'égalité de droit au service public, purement et simplement. Il ne s'agit pas seulement de proclamer se volonté de ratifier un tel texte qualifié positivement par nature, Messieurs, mais d'éclairer les citoyens sur les conséquences d'une telle décision. Certains Etats se sont construits sur la "diversité" qu'ils invoquent, et celle-ci s'est traduite dans le droit ; mais justement, ces nations n'avaient pas poussé aussi loin l'exigence de liberté et d'égalité que la France. Aucune nation ne doit imposer son modèle aux autres ; et la France qui, de façon singulière, a fait le choix de promouvoir l'égalité de droit de ses citoyens, doit aussi voir son histoire respectée. L'Union européenne fédérale, de par sa nature fédérale, souhaite imposer un seul modèle aux Etats membres. Celui-ci liquide l'héritage républicain français ; il est dommage que des communistes relaient ces attaques insensées.
La démocratie ne peut s’établir sur la peur de l’autre, sauf à vouloir défendre des intérêts égoïstes. Notre liberté commence où commence celle de l’autre, après c’est affaire de débat et de construction commune.
Toutes les propositions démocratiques dans lesquelles nous nous reconnaissons visent à dégager des espaces nouveaux de pouvoirs pour les citoyens dans les institutions, dans les quartiers, dans les entreprises ; pour leur permettre de définir eux-mêmes la façon dont ils entendent exercer ce pouvoir pour construire de nouveaux rapports sociaux dans lesquels rien ne leur serait soustrait de ce à quoi ils ont droit et de ce qu’ils sont.
Mais justement : qui, en dehors de quelques activistes régionalistes racistes (voir l'affaire du collège du département du Nord rebaptisé Lucie Aubrac, dont le principal a été menacé de mort par les régionalistes Flamands !), de quelques idéologues de l'Europe fédérale, et de quelques hurluberlus libertaires (je mets les auteurs de ce texte dans cette dernière catégorie) défend le ravalement du Français à une langue secondaire, au profit des langues régionales ? Certainement pas les travailleurs !Par ailleurs, on retrouve ici les germes de l'idéologie essentialiste centrée sur l'individu, fondant une philosophie opposée à l'universalisme, et débouchant sur le différentialisme, dont une des conséquences est une forme de féminisme, selon lequel la femme est irréductiblement différente socialement de l'homme, et doit jouir de droits différents ; que les femmes doivent profiter de promotion non sur leurs qualités, mais de par leur nature de femme (exemple : la parité). Cette idéologie, poussée jusqu'à son aboutissement, a permi l'établissement d'une politique de quotas aux USA.
Ainsi donc, selon les auteurs, il "serait soustrait" aux citoyens "de ce qu'ils sont" quelque chose si les langues régionales n'étaient pas reconnues comme supérieures à la langue française ! Je suis au regret d'informer que personne ne souffre, aujourd'hui en France, de ne pas parler un patois, ou une langue régionale ! Je rappelle encore à nos camarades que, comme je l'ai déjà écrit, la Révolution française, expression politique d'un universalisme révolutionnaire, avait été le moment où les citoyens français ont proclamé leur attachement, non à leurs identités locales et régionales (auxquelles ils étaient attachées quasiment de force dans le cadre du féodalisme), mais à la Nation française, acquérant la conscience d'appartenir à un même peuple, de partager une même histoire, et affirmant la volonté de v ivre sur un même territoire, sous une une même loi, et de partager un même avenir. Revenir à une situation antérieure à celle-ci constituerait un recul formidable de l'internationalisme, et de la conception de la Nation en tant que construction politique partagée. Le Capital en serait le seul vainqueur.
Puisque l’on parle d’identité nationale, le débat sur les langues de France n’est pas marginal au débat sur la Constitution. Il est même central. Nous appelons chacune et chacun à intervenir pour stopper le discours unique de la peur de l’autre et de la différence qu’il porte. Nous laissons ce discours à d’autres.
Je refuse cette façon honteuse de renvoyer les opposants à la reconnaissance des langues régionales dans l'artcile 1 de la Constitution comme motivant leur opposition en raison de "la peur de l'autre". Moi-même, avec mon accent de l'Est, avec ma soif permanente de voyages et de découverte de cultures extra-européennes, je prends cette formule de façon extrêmement insultante. Je suis d'abord un Français, jouissant des mêmes droits et devoirs que tous les autres Français. Et la France, en tant que Nation, doit jouir des mêmes droits et devoirs que les autres Nations. Car chacune est singulière, et ce qui ne s'applique pas à l'échelon sub-national en France (à savoir la reconnaissance légale de quelconques particularismes, les constate-t-on comme constitutifs de la richesse culturelle de note nation), peut s'appliquer dans le cas de certaines nations (Suisse, pays de cultures pluri-linguisme légal), mais non sans risque (Belgique, ex-Yougoslavie), et encore moins à l'échelon international : les Nations sont la brique élémentaire de l'internationalisme, et les spécificités culturelles, linguistiques, juridiques, politiques de chacune doivent être respectées. Aucun modèle unique, fût-il motivé par les meilleures intentions, ne saurait s'appliquer sans créer les conditions d'un rejet et d'une frustration dont les conséquences pourraient être néfastes.
(1) Seule Gélita Hoarau, du groupe communiste et citoyen a voté contre ce rejet, et Gérard Le Cam s’est abstenu.
* Vous pourrez retrouver les trois signataires de cette tribune le 11 juillet à 15 h 30, au Festival d’Avignon, pour un débat sur cette question ; débat auquel se joindra Philippe Martel, chercheur au CNRS, et qui aura lieu au jardin de la Parenthèse, 18, rue des Études.
Jacques Blin, citoyen communiste, animateur du groupe de réflexion sur les langues de France (régionale) au PCF ; Michel Vaxès, député communiste des Bouches-du-Rhône ; Francis Parny, membre de l’exécutif national du PCF, vice-président du conseil régional d’Île-de-France.
Commentaire plus général
Le modèle républicain de la Nation est attaqué de toutes parts, par l'idéologie européiste d'un côté, l'idéologie décentralisatrice-libertaire de l'autre, les deux n'étant pas mutuellement exclusives. Mes attaques contre la reconnaissance des langues régionales dans l'article 1 de la Constitution ne visent aucunement, je l'ai dit à la fin, à s'appliquer à toutes les nations. Les dangers qui pèsent sur la diversité lingistique mondiale sont réels, et les initiatives visant à les répertorier et leur donner de la vigueur sont naturellement les bienvenues. Certaines régions, en Afrique, en Asie du sud et du sud-est, sont particulièrement menacées sur cette question.
Le débat auxquel nous assistons depuis quelques semaines en France ne porte pas sur cet enjeu. Il porte sur l'enjeu politique que constituerait la reconnaissance, dès l'article 1 de la Cosntitution, des langues régionales, alors que le Français n'est reconnu comme langue officielle de la République que dans l'article 2. Une telle reconnaissance, qui ne s'est jamais retrouvée, non sans raison, dans la Constitution de la République, constituerait un réel précédent et un véritable retour en arrière, car précisément, l'Etat cesserait de fonctionner de façon égale pour tous les citoyens, alors que la République française s'est justement construite sur le refus de l'arbitraire, du "deux poids, deux mesures", sur la Liberté et l'Egalité en somme. Outre les difficultés de traductions dans le domaine juridique, c'est l'incompréhension, au sein du même espace politique et historique, la France, qui nous guetterait si un tel projet aboutissait. D'ailleurs, on ne peut pas dire que cette revendication soit primordiale dans l'optique de la refondation de la République ; confortant les particularismes et leur donnant une reconnaissance légale, elle mettrait les citoyens en compétition culturelle cherchant à gagner de l'influence dans les sphères de l'Etat, qui pourrait déboucher sur la constitution de pouvoirs de clans régionaux dans les rouages de l'Etat. La menace de communautarisme religieux est de la même nature ; les exemples de pays où ce genre de phénomènes existe ne manquent pas (la Syrie, où Hafez Al-Assad, Alaouite, a constitué un Etat où les Alaouites, originaires du nord-ouest du pays, détiennent tous les postes stratégiques, malgré la proclamation d'un pan-arabisme bien commode pour refuser la contestation d'une telle ségrégation à la fois régionale et religieuse). Il faut savoir que la structure de l'Etat des Etats donnant un statut légal reconnu aux langues régionales est complètement différent de celle de la République française, et qu'il s'accompagne nécessairement d'une autonomie plus ou moins grande, dans un cadre national fédéralisé. Or précisément, la défaite des Girondins contre les Jacobins, et le sens profond de la Révolution française, dans le cadre d'un Etat déjà centralisé, ont donné à la République française cette spécificité unique, de citoyens libres et égaux, partageant la même loi, la même langue, sur le même territoire, et désireux de construire ensemble un avenir commun.
Sur cet article en particulier, je le trouve très mal écrit, et très obscur. Les effets d'autorité sont largement utilisés pour détourner l'attention du lecteur et le détourner de la question centrale que prétend poser l'article. En réalité, celui-ci ne fait que bavarder, de façon très confuse et abstraite, sur la "diversité", opposant, de façon complètement articielle, les tenants de l' "ouveture" (en fait ceux qui souhaitent supplanter le français comme garant de l'égalité d'accès des citoyens, entre eux, et au service public), à ceux qui auraient "peur de l'autre" (en fait ceux qui, conscients de l'enjeu politique que représente la langue nationale pour l'unicité de la République, refusent son déclassement). 10 ans après une victoire en Coupe du Monde de football, où tous nous avons chanté la Marseillaise et agité le drapeau tricolore, dans le cadre d'une équipe de France effectivement reflet de sa diversité, nous n'avons jamais, ni à cette époque, ni maintenant, ressenti le besoin de voir chacun se séparer des autres par la barrière du particularisme lingistique. La France est généreuse et ouverte ; sa vocation est d'accueillir tous les humains et de construire un avenir commun, un projet commun. Ce serait chercher la quadrature du cercle de penser que cela passe nécesairement par la reconstitution d'une tour de Babel où chacun pourrait construire du commun sans comprendre les autres.
Par ailleurs, je suis sidéré que, député, conseiller régional et dirigeant national du PCF, soient à un si faible niveau de connaissance historique et de conscience politique d'un tel enjeu. Ou alors, s'ils ont cette connaissance et cette conscience, une telle prise de position est un véritable point d'appui pour les fédéraliste-décentralisateurs-libéraux-libertaires comme le sont les Verts, le MODEM, les socialistes et l'UMP, pour mener à bien la soumission des peuples du monde à la loi du capital.
Refondateurs pour le PCF, les mêmes le sont tout autant pour la France. Il s'agit, dans les deux cas, de fuir l'histoire et le passé, de se fourvoyer dans un discours flou, confus, empreint d'un idéalisme bien pensant, faisant la part belle à toutes sortes de revendications identitaires (régionalistes, sexistes, religieuses, etc.), en évitant au possible de nuancer son discours selon les situations (je répète que ce que je préconise pour la France ne saurait s'appliquer de façon mécanique aux autres nations). Au final, dans les deux cas, il s'agit de liquider les acquis historiques des citoyens et travailleurs au profit de propositions ouvrant des perspectives formidables à la domination des puissances supranationales (Union européenne, entreprises transnationales). Le mondialisme, fût-il "alter", est un élément de dissolution des nations.
Il faut exiger de toute urgence un débat sur la question dans le Parti ; le Congrès peut être le lieu formalisant la position du PCF sur la question. En attendant, au vu du danger réel que représenterait l'inclusion de la reconnaissance des langues régionales dans l'article 1 de la Constitution, nous devons inviter les parlementaires communistes et républicains, à s'opposer à cette réforme.
JC le 13 juillet 2008.