La tactique du congrès permanent
7 Avril 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF
Le PCF est en congrès permanent depuis fin 2005!
et les débats stériles sur son identité sont entretenus depuis bien plus longtemps que cela. Ceux qui régulièrement remettent en question le nom du parti savent ce qu'ils font: ils provoquent le repli en interne qu'ils prétendent vouloir combattre. Il n'y pas d'autre raison au caractère de plus en plus inaudible du PCF dans le champ politique français.
Depuis le 29 mai 2005, tout a été fait pour canaliser l'énergie des communistes dans des débats entre eux sur eux-mêmes et sur le bien fondé de leur existence même, au lieu d'aller à la rencontre des classes populaires et de se faire l'interprète de leur révolte. D'abord il y a eu les "forums" de le fin de l'année 2005: le forum national de Villepinte (pendant que les bagnoles brûlent), le 23 novembre, qui n'a abouti à strictement rien. Mais qui a coûté cher. Les discussions se sont ensablées dans la dilution gauchiste, l'humanitaire, le sociétal, et la cacophonie de "l'arc en ciel" des compagnons de route et de groupuscules insignifiants (Mars, Alternatifs, etc) qui sont venu se pavaner dans un remake de la campagne du "non" et ont profité de l'invitation du PCF pour cracher dans la soupe à la tribune (Yves Salese s'est distingué dans cet emploi).
Les forums sont la dillution dans le narcissisme des militants qui s'écoutent parler. Parce que c'est faux que ces forums touchent qui que ce soit en dehors de la petite frange d'associatifs politisés qu'on voit dans tous les mouvements de la "gauche de gauche" et dont les priorités ne sont pas du tout celles des classes populaires: chômage, pouvoir d'achat, sécurité sociale, logement, etc.
Ils sont la dillution dans l'informel : discussions sans PV digne de ce nom, rapports à la tribune improvisés (Sara Jane Melor nous a bien fait rire avec son PV "free style"), voire remplacés par un discours sans aucun rapport avec les travaux des commissions (Mouloud Aounit a préféré utiliser la tribune pour enfoncer son clou communautariste).
Ensuite nous avons découvert sans transition la base commune à double fond du 33ème congrès de mars 2006, et cette stratégie due à Michel Laurent, chef-d'œuvre de jésuitisme qui pouvait se lire comme on voulait: une candidature communiste pour plaire aux uns qui s'appelerait MGB, une candidature de rassemblement pour les autres, MGB ou pas selon affinités.
Puis nous nous sommes jetté avec fougue dans les "collectifs antilibéraux" où le départ de la LCR et de la plupart des socialistes du "non" semblait laisser le champ libre à l'appareil. Toujours dans le but de diluer le parti dans une alliance de "sommet" , et de faire désigner le candidat par les collectifs plutôt que par le parti. A moins que ce soit dans le but d'utiliser les collectifs pour qu'il n'y ait pas de candidat communiste? Et sans négliger d'utiliser en même temps les militants du PCF pour éviter que les compagnons de route ne s'imaginent qu'ils sont devenu autre chose que des pions, et choisisent plutôt l'un d'entre eux. Avec l'alibi du "double consensus", verrou défectueux pour empêcher qu'un Bové sorte du chapeau. Mais de toute manière d'où vient ce concept de "consensus"? De l'univers de l'Union Européenne, via le PGE, et des méthodes de gouvernance, qui sont enseignées partout dans les Instituts d'études politique du monde entier. Le groupe dirigeant pratique la gouvernance, c'est à dire les petits pas, le "cause toujours" et le "y'a pas d'alternative".
On n'avait que ça à faire de toute façon! Pendant ce temps là la bourgeoisie, effrayée par le "non" (bien à tort, on le voit maintenant, faute de travail de poursuite) s'unissait derrière Sarko l'épouvantail. Mais un PCF en congrès permanent est un PCF hors de combat. qui en France a entendu parler de l'ANE? A part nous?
Fin 2008 il y aura un autre congrès, et en maintenant ouverte l'hypothèse de la disparition du parti et/ou son changement de nom, malgré la volonté manifeste des communistes, le groupe dirigeant entretient la paralysie qui gêne le rebond, la reprise de l'action du parti et de son rayonnement sur la société. C'est en cela que la tactique du congrès permanent participe de la démolition méthodique du PCF. On dirait le MEDEF aux prises avec le code du travail!
Il faut espérer que les camarades partout en France choisissent à l'occasion de ce congrès, qui sans cela serait le dernier, une nouvelle direction sur un critère simple : à la tête du PCF des dirigeants qui veulent le faire vivre et qui continuent à croire à la nécessité d'un parti révolutionnaire de masse dans ce pays, des dirigeants en continuité critique avec l'histoire du parti qui ne renient pas son histoire, le parti de Billancourt et de Longwy qui doit se tourner maintenant vers les prolétaires modernes rejettés des centres, marginalisé, et laissé à l'abandon devant TF1.
Voilà que les élections nous montrent que malgré tout ce travail de sape, le PCF reste potentiellement un grand parti populaire. 1 200 000 voix sur un tiers du territoire: contre 700 000 et 900 000 respectivement pour buffet et Hue. Il est encore temps. Mais à la prochaine échéance, on ne trouvera plus les milliers de candidats nécessaires pour faire vivre le parti si la direction même continue à distiller le doute. Et les Français vont se lasser d'un parti en congrès permanet sur la question de savoir s'il doit continuer à exister ou bien non, s'il doit rester communiste ou demander à une agence de pub de lui trouver un autre nom.
Gilles Questiaux, PCF XXème Paris
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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