Avenir du PCF : y a-t-il un avis majoritaire des militants ?
22 Décembre 2007 , Rédigé par Olivier
Otto a provoqué ce débat en écrivant la phrase suivante :
"Mais il y a un truc rend vos prises de positions totalement pas crédibles à mes yeux : l'utilisation du mot "majorité" à tort et à travers."Gilles a répondu ceci un peu plus tard :
"Mais les remontées des PV de section et la tournure des débats ont montré que les militants sont attachés au parti et tu le sais très bien"Et Otto a pu insister :
"Je conteste le fait qu'on puisse en dégager une majorité."Ce débat a commencé dès l'Assemblée extraordinaire. Un délégué a proposé de remplacer "largement" par "majoritairement" dans la phrase du mandat : "Les discussions expriment largement l'attachement des communistes au PCF". Marie-George Buffet, qui s'était déjà improvisée présidente de séance à ce moment-là de la discussion, a donné un avis défavorable, au motif qu'on ne peut pas déterminer une majorité sans vote.
Cet argument est tout à fait valable et Marie-George Buffet a raison d'être attentive (faut-il dire pour une fois ?) au sens des mots et à la souveraineté des militants. Mais Marie-George Buffet, et avec elle tous les dirigeants qui ont organisé cette assemblée extraordinaire, ont tort d'avoir tout fait pour empêcher de dégager une majorité claire à propos de l'avenir du PCF.
Les questions de l'avenir du PCF en tant qu'organisation et d'un éventuel changement de nom sont dans toutes les têtes depuis l'élection présidentielle et les très nombreuses prises de positions publiées dans l'Humanité et ailleurs par la suite. La direction est coupable d'avoir tout fait pour empêcher de mesurer l'avis des militants communistes sur ces questions :
1. En multipliant les questions, avec le questionnaire de cet été par exemple, avant de décider que les sections devaient elles-mêmes inventer les questions et les réponses.
2. En demandant à chaque section de rédiger un mandat sans se donner les moyens de réaliser la synthèse de ces mandats.
Ces deux premiers points se complètent. Il évidemment facile, après avoir demandé un texte libre à chaque section, de dire qu'il est impossible de faire la synthèse de plusieurs centaines de textes très différents les uns des autres. Il aurait été préférable demander à chaque section de débattre de certaines questions importantes et d'exprimer un avis mesurable. Cela dit, mon expérience de délégué à Paris montre qu'une synthèse qui affirme une tendance majoritaire est possible. J'ai pu lire une vingtaine de mandats de sections parisiennes. Une quinzaine affirme très clairement, d'une manière ou d'une autre, que le PCF doit continuer à exister et qu'il ne doit pas changer de nom. Les autres n'affirment rien nettement à ce sujet.
Pendant l'Assemblée extraordinaire, les organisateurs des débats ont continué à empêcher de dégager une majorité claire :
3. En ne laissant la parole, en deux jours, qu'à une cinquantaine de délégués de sections.
4. Par la mise en place d'une commission des mandats trop nombreuse, qui a été contrainte de laisser deux ou trois personnes faire le travail d'amendement pendant la nuit.
5. Par un débat sur le texte très mal organisé, sans règle, confus, et finalement repris en main par Marie-George Buffet, au nom de l'écoute et de l'unité.
L'épisode de l'amendement proposé par Paul Boccara est tout à fait emblématique de ce dernier point. Au lieu de proposer un vote simple sur cet amendement, Marie-George Buffet a d'abord proposé son propre amendement sur le même point. Sa proposition pouvait sembler aller dans le même sens, mais de façon beaucoup moins précise. Elle a d'abord fait voter son propre amendement, qui a bien sûr été adopté, avant de proposer un vote sur celui de Paul Boccara, qu'elle présentait alors comme inutile, après le vote du premier amendement.
Il faudrait dire un mot aussi des membres du conseil national qui ont dit : "Seuls 35000 militants ont pris part aux débats préparatoires. C'est moins d'un tiers des adhérents. On ne peut donc en tirer aucune conclusion". J'ai entendu dire cela à plusieurs reprises, mais je n'ai malheureusement, pour le moment, aucun exemple écrit. Si quelqu'un en trouve, qu'il n'hésite pas à le signaler dans un commentaire, ou à rédiger un article sur ce point. C'est un exemple de mépris des militants qui me révolte véritablement. Je note cependant que ceux qui disent cela reconnaissent d'une certaine manière qu'une tendance majoritaire pourrait être dégagée des résultats des travaux de cette petit poignée de 35000 communistes.
Il est temps de conclure. S'il n'y a plus de ligne depuis bien trop longtemps au PCF, c'est parce que les dirigeants actuels ont pris l'habitude d'empêcher aussi souvent que possible de trancher en cas de désaccord. Au dernier congrès déjà, nous avions abouti à un texte de compromis, plein d'ambiguïtés, qui parvenait à dire par exemple à la fois que le PCF travaillerait à la construction d'un rassemblement antilibéral pour l'élection présidentielle de 2007 et qu'il y aurait un candidat communiste. On a vu depuis le résultat.
L'une des batailles que nous devrons mener en 2008 sera d'empêcher la direction de proposer ou de faire gagner une base commune de compromis, qui empêcherait une fois de plus de dégager une majorité sur la question de l'avenir du PCF. À cause de la manière dont l'Assemblée extraordinaire a été organisée, nous ne pouvons pas prouver aujourd'hui qu'une majorité très large de communistes veut continuer à militer dans le cadre du PCF. Mais nous pouvons le penser et tout faire pour le prouver en 2008.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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