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Réveil Communiste

L'invasion de Cuba n'aura (peut-être) pas lieu.

12 Juin 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Cuba, #GQ, #Economie, #lutte contre l'impérialisme, #États-Unis

L'invasion de Cuba n'aura (peut-être) pas lieu.

Écrire sur la situation cubaine maintenant c'est prendre le risque d'être dépassé très vite par les événements. Cependant j'ai comme l'intuition que l'invasion annoncée de l'île n'aura pas lieu, en tout cas pas prochainement.

Ce qui me donne cette idée relativement (seulement relativement) optimiste, c'est paradoxalement la survenue d'autres nouvelles alarmantes sur le plan des relations économiques de l'île socialiste avec le monde, qui semblent impliquer qu'une autre stratégie globale est à l'œuvre que celle précipitée de Donald Trump qui veut utiliser la soumission rapide de l'île aux États-Unis pour son prestige personnel, au risque de provoquer un engagement militaire qui serait plus risqué qu'il ne parait au premier abord, et qui est donc contestée aux États-Unis même.

Pour qu'une opération de décapitation fonctionne instantanément comme au Venezuela ou en Iran, il est nécessaire qu'il y ait une trahison de haut niveau. La possibilité d'une telle opération à Cuba dépend de cela, et il est probable que le sommet de l'État et de l'armée cubaine est plus difficile à infiltrer que les appareils vénézuélien et iraniens - et en cas de succès, à démoraliser.

Mais voilà que certains partenaires économiques vitaux qui se sont manifestés à partir de la "période spéciale" et qui ont pris le relais dans les années 1990 de l'Union soviétique défaillante, ont en effet décidé d'interrompre leur longue collaboration avec l'île devant la menace de sanctions secondaires - ce qui ne les avait pas impressionnés beaucoup jusque-là - et les pénuries de carburant et d'électricité. Chaque jour amène sa nouvelle défection, le groupe hôtelier espagnol Melia, Air France, Iberia, Visa et Mastercard, les entreprises de logistique maritime CGM et Maersk, Alstom, la compagnie Canadienne exploitant les mines de nickel ... il est clair qu'une offensive coordonnée pour asphyxier économiquement le pays au delà du blocus énergétique est en cours, ce qui semble indiquer qu'une stratégie autre que celle improvisée par le Caligula de la Maison Blanche poursuit sa mise en œuvre, et qu'elle mise sur le pourrissement et l'effondrement interne plutôt que sur l'invasion - en tout cas l'invasion immédiate.

Pour que cette stratégie de longue haleine porte ses fruits et produise la "transition" à la pseudo-démocratie de marché tant souhaitée par la classe politique américaine, toutes étiquettes confondues, il faut justement éviter une agression militaire ouverte, dont la menace provoque un sursaut patriotique sur lequel le gouvernement du PCC compte pour résister.

Dans ces conditions ces partenaires doivent être remplacés par d'autres plus fiables et plus indépendants et liés à l'écosystème du Yuan que les chinois mettent en place, après qu'ils se soient semble-t-il lassés d'attendre des miracles des pays du BRICS qui se décomposent à chaque crise internationale majeure.

Si l'île survit dans les mois qui viennent, en rationnant ses ressources propres au maximum, à ce siège extrême qui s'aggrave de jour en jour, le socialisme cubain va devoir se réinventer en choisissant une voie de développement plus planifiée et plus autarcique, comparable à celle entreprise par la RPD de Corée. Misant davantage sur l'agriculture, l'industrie et la technologie, et sur l'aide chinoise qui si elle n'est pas spectaculaire est réelle, que sur le tourisme, les devises de l'émigration et sur les relations économiques avec des acteurs privés européens ou des États latino-américains, ou même sur la Russie, que la pusillanimité et la complaisance intéressée, et mal inspirée, face à Donald Trump commence à tourner en ridicule devant le monde entier.

Il y a donc une fenêtre de sortie de crise, qui nécessitera cependant un réarmement idéologique, et une mise à jour difficile de l'économie de l'île qui ne pourra plus à l'avenir s'appuyer autant sur les relations avec ces deux groupes de pays, où il est à la merci de la moindre défaite électorale ou de la moindre pression internationale provenant du protecteur impérial.

Restent les impératifs de la géopolitique : l'île est située littéralement entre les mâchoires du monstre. Mais c'est aussi pour cela que le peuple cubain trouve en lui-même les ressources psychologiques pour mener son combat existentiel depuis 1895 au moins.

Dans ce contexte la solidarité moléculaire mondiale avec Cuba des centaines d'associations et des milliers d’initiatives individuelles dans tous les pays reste encore et toujours primordiale. La bataille de Cuba est l'affaire des forces progressistes et anti-impérialistes du monde entier. Et, facteur intéressant, c'est un des rares terrains où elles parviennent à s'unifier.

Note 1 Il est maintenant évident qu'il y a eu une trahison de haut niveau au Venezuela, et si ce ne sont pas forcément les dirigeants connus, comme Delcy Rodriguez qui en sont coupables, il n'en reste pas moins qu'ils ont reconnu la victoire de Trump et qu'ils se sont soumis. Une telle attitude me parait exclue de la part des dirigeants cubains. Cette probabilité, ainsi que la résistance farouche des Cubains de la garde de Maduro va certainement aussi entrer dans les calculs d'un agresseur lâche et vicieux qui notoirement aime tuer, mais n'aime pas mourir, et qui ne se limite pas à la clique de Trump.

Note 2 : reste à espérer que mes capacités de prévisionniste se sont améliorées depuis le début de la guerre en Ukraine ! Mais qui ne risque rien ne se trompe jamais ...

GQ, 4 juin 2026

PS Des analystes chinois considèrent que la fenêtre la plus probable d'une invasion directe des États-Unis est l'été 2026. Passé ce moment-là, ce qui sera en jeu sera la résistance à long terme au siège et à l'étranglement économique.

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D
L'Iran résiste victorieusement, les structures révolutionnaires vénézuéliennes perdurent et se renforcent même, malgré les concessions (tactiques ?) de la direction de la révolution bolivarienne, la Chine sait qu'elle est la cible finale des USA et les autres pays attendent de voir pour décider s'ils s'émancipent ou pas de la tutelle du bloc impérialiste central autour des USA. Pendant ce temps là, la Bolivie, l'Albanie, le Kenya entrent en ébullition. Cuba est donc placée à la croisée des chemins et si elle parvient cette fois encore à tenir, cela sera, à côté de l'Iran, un moment clef pour le basculement du rapport de force international où pourraient s'engouffrer tous les pays et Etats aujourd'hui attentistes.
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R
Sur le Venezuela il ne faut pas sous-estimer l'effet démoralisant des revendications sur l'Essequibo qui lui a aliéné le soutien actif des gouvernements latino-américains de centre-gauche. Que Rodriguez aille aujourd'hui à La Haye poursuivre cette chimère c'est se moquer du monde. Quand on ne peut même plus disposer de ses propres ressources naturelles, ça ne sert à rien d'afficher des revendications territoriales.
R
En ce qui concerne le Venezuela, je crois qu'il ne faut pas se faire trop d'illusions sur le caractère "tactique" de leur marche arrière. Quand une force politique et militaire se soumet sans combattre à une agression extérieure, elle peut raconter ce qu'elle veut, elle sera obligée de se soumettre à nouveau à chaque fois qu'on lui demandera.