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Réveil Communiste

Le communisme, la gauche radicale et le gauchisme (banalités sur le socialisme, 11)

8 Mai 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Qu'est-ce que la "gauche", #Front politique intérieur

On connait son adresse !

On connait son adresse !

le communisme la gauche radicale et le gauchisme

Le terme « gauchisme » à l'origine ne désignait pas l'idéologie de la gauche ou de l'extrême gauche, quoique cela soit, mais les lignes des factions maximalistes et aventuristes des partis communistes, peu après la révolution d’Octobre, et critiquées par Lénine dans La Maladie infantile du communisme, en 1922. C’est donc un terme péjoratif du jargon interne communiste.

Mais autour de mai 1968 et depuis ce courant exclu des organisations communistes de la IIIème Internationale par vagues successives (luxemburgistes, bordighstes, trotskystes), s’est autonomisé et s’est enrichi de divers apports au point de désigner toute une famille politique bariolée qui va des anarchistes aux bundistes (marxistes nationalistes juifs), en passant par les féministes et écologistes radicaux et les maoïstes de salon, jusqu’aux activistes LGTB, et a connu des heures de gloire ou au moins de célébrité – mais je n’y adjoins pas les participants à la lutte armée des années 70 et 80, car le trait caractéristique de tous les gauchismes est de ne pas agir réellement.

Mai 68 qui les mit tous en scène dans le cadre paradoxal de l’université bourgeoise fut la révolution de couleur développée tout autant contre le PCF stigmatisé comme stalinien et moscoutaire que contre de Gaulle avec ses velléités souverainistes, anti-atlantistes, anti européennes et surtout antisionistes.

Le radicalisme et le gauchisme sont des idéologies bourgeoises et probablement les plus archétypiques  des idéologies bourgeoises: la course à l’extrême-gauche politique et culturelle est une nécessité idéologique interne à la bourgeoisie moderne depuis qu’elle a historiquement changé son fusil d’épaule, lorsqu’elle a échoué à écraser le socialisme par le force et par le moyen du fascisme, en 1945.

Depuis lors, elle attaque le socialisme réel dans un discours de débordement par la gauche qui prend l’apparence de la défense d’une vraie révolution démocratique contre des errements bureaucratiques, du vrai communisme contre les dérives totalitaires ou encore et contradictoirement comme une manifestation de la liberté infinie de l’individu libre et anarchiste et qui prend toujours la forme de l’utopie contre le réel.

La bourgeoise légitime son pouvoir de classe au nom du progrès. Depuis les lumières, ce progrès est celui des droits individuels. Mais elle est en crise idéologique précisément parce qu’elle a atteint ce but et en a révélé les contradictions.

Il existe par ailleurs de multiples passages et une porosité conceptuelle certaine entre l'extrême-gauche et l'extrême-droite, mais pas pour les raisons qu'on dit d'habitude. Elles ne sont pas toutes deux anticapitalistes, elle sont toutes deux anti-ouvrières.

Nietzsche comme sorte de référence du radicalisme absolu sert de pont théorique pour le passage d’un extrême à l’autre.

On présente en général l’extrême-droite comme autoritaire ou totalitaire mais en réalité elle est aussi très souvent ultra-individualiste. On présente l’extrême-gauche comme libertaire, mais elle est extrêmement autoritaire dans son fonctionnement interne. Les deux courants sont effectivement des collectifs soudés par l’arbitraire capricieux des chefs. Mussolini qui est allé sans transition de l’une à l’autre en 1914 est l’archétype de ce leadership. Il faut aussi garder en mémoire qu’elles ne sont ni l’un ni l’autre tenues à la cohérence logique.

Cela ne signifie pas qu’elles soient équivalente : lorsque l’extrême-gauche se développe pour devenir une force électorale susceptible de l’emporter, il faut l’y aider, ne serait-ce que pour faire éclater au grand jour ses contradictions, sachant qu’elle serait un moindre mal immédiat parvenue au pouvoir, serait-ce pour fait pschitt comme Tsipras en Grèce. Et lorsqu'elle fait l'objet de campagnes de haine bien orchestrées, comme Mélenchon et son parti aujourd'hui, cela signifie qu'il y a peut être quand même quelque chose à garder !

Mais le gauchisme s’efface au profit des utopies libre-échangistes et libertarienne quand la menace d’une prise de contrôle socialiste de l’économie s’éloigne à l’horizon. Ce qui en reste s’égare alors dans des problématiques moralisatrices et victimaires qui se nourrissent d’elles mêmes.

Faut-il le rappeler, les exploités ne sont pas des victimes. Ils constituent une force historique qui doit se mobiliser pour améliorer sa condition, et il n’y a aucune raison d’espérer que cette condition s’améliore du fait d’une bienveillance éthique condescendue des classes dirigeantes.

Le gauchisme actuel est sociétal et non social. Alors que le gauchisme fut l’aile gauche vocalisante de la social démocratie quand elle voulait équilibrer la distribution des richesses produites socialement entre les classes sans toucher à l’édifice global de la production - et dont il reste des vestiges, comme LO - le gauchisme sociétal actuel déplace la lutte sur le domaine des droits individuels prétendument bafoués ou insuffisamment servis.

Or la victimisation produit la paranoïa et la paranoïa provoque l’hostilité, qui en retour renforce la victimisation. Le gauchisme est donc nuisible aussi sur ce plan, même lorsqu’on borne sa fonction à servir de porte parole à des groupes considérés comme opprimés à priori.

En France, les Noirs, les Arabes ou les musulmans ne sont pas - ne sont plus - opprimés parce qu’ils sont noirs, arabes, ou musulmans mais parce qu’ils appartiennent à la classe ouvrière. S’ils n’y appartiennent pas et qu’ils se plaignent quand même de racisme, ce sont des petits bourgeois qui cherchent un coupe file pour la promotion sociale en utilisant le procédé de la victimisation qui a l'air d'avoir si bien fonctionné pour les juifs - qui ont réussi à s'extraire complètement du prolétariat depuis 1945.

Le gauchisme se complaît à donner tête baissée dans tous les pièges ! Il nous dit qu’il est honteux d'affirmer par exemple « on ne peut pas accueillir tous les réfugiés, toute la misère du monde etc. » Cela ne semble pas très généreux sans doute, mais affirmer le contraire par réaction invite à s’enfoncer dans des absurdités et à se rendre très impopulaire auprès des masses qu'on prétend pourtant représenter.

Il est vrai que certaines théories à la mode, à commencer par celles du genre, quand elles nient la biologie, n'ont pas peur de cela le moins du monde.

C’est comme le « racisme anti-blanc » : on conviendra que ce ne sont pas les blancs qui ont été historiquement victimes du racisme, ou alors de la part d’autres blancs. Mais nier par manichéisme purement et simplement son existence, comme le font des militants scandalisés, conduit également à s’engager dans un terrain miné: car il ne sera pas bien difficile de trouver des contre-exemples et des citations compromettantes dans le champ fertile du ressentiment populaire.

Dans le quartier ghettoïsé, les petits blancs forment une minorité dans la minorité dont le statut n’est pas enviable.

Le piège fonctionne aussi dans l’autre sens : si on pense que les turpitudes de Depardieu ne méritent pas l’étalage universel dont elles font l’objet, ou bien que leur dénonciation tardive et disproportionnée recouvre un agenda androphobe évident, on se retrouvera coincé à défendre les mains baladeuses du personnage.

Le mieux évidemment serait de ne pas parler de toutes ces conneries développées tour à tour par le flux aléatoire des modes moralisatrices de l’intelligentsia. Au risque de se retrouver en dehors de la conversation. On serait tenté de dire : pour ce qu’elle vaut ! Mais elle peut valoir parfois quelque chose puisqu’on y revient toujours.

Le communisme sur les question sociétale est anti-gauchiste par essence, il est banal, il est centriste, ni progressiste ni réac, il est conventionnel, et c’est là qu’il est parfaitement à sa place, en tant qu’il est une force politique qui veut représenter les revendications fondamentales des masses. Il se positionne - ou devrait se positionner - légèrement à gauche, à peine, du conservatisme moral qui y domine. Les partis communistes et les sociétés socialistes n'ont pas vocation à changer les mœurs au-delà de la lutte contre les préjugés traditionnels qui enfermaient les femmes et les minorités nationales dans des rôles et des existences subalternes. Et pas davantage de s'occuper de corriger les illusions religieuses, dans la mesure évidemment où elle ne servent pas à couvrir d'activité hostile et d'ingérence étrangère.

GQ, 16 septembre 2025

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A
https://www.monde-diplomatique.fr/mav/151/WOLFE/57080
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L
Bonjour.<br /> <br /> De retour de vacances, je lis avec plaisir ce texte qui définit bien ce que j'appelle la "vraie gauche". <br /> <br /> Je confirme que le gauchisme, pour l'avoir vécu de l'intérieur à la LCR, est bien anti-ouvrier ; ou plus exactement qu'elle entend se servir de la force des mouvements ouvriers pour faire avancer ses pions idéologiques et gagner des places (ha l'ambition…).<br /> <br /> C'est notamment pourquoi dire que ce qui le caractérise est l'inaction dans la réalité me semble un critère distinctif assez discutable.<br /> <br /> Le gauchisme est la première (deuxième ?) occurrence de la poussée à l'extrême d'une idéologie, ce qui finit par la décrédibiliser. Ce qui peut être un effet souhaité par des manipulateurs intégrés. On en trouve des instances à gauche, à propos des complots, de l'écologie, etc.<br /> <br /> Leur éventuelle proximité avec l'extrême droite tient à ce à quoi ils aboutissent souvent tous deux : au fascisme. C'est-à-dire la restriction drastique des libertés et le recours usuel à l'action violente.<br /> <br /> Cordialement.<br /> <br /> Luc Laforets.
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A
Le problème c'est que les plus virulents soutiens au développement des "libertés", c'est la droite bourgeoise (ils n'ont que ce mot à la bouche) : c'est un mot piège car la première liberté que cette droite réclame c'est la liberté d'entreprendre dans laquelle ils incluent en lousdé la liberté d'exploiter, cad la liberté d'entreprendre sans souci des conséquences sur les salariés. La plus-value, qu'on le veuille ou non, se réalise toujours au détriment du salarié. Si cette plus-value va à l'Etat au profit du peuple collectif, ça va ! sinon, ça va pas !<br /> Une analyse des systèmes à la lumière de la théorie du "conséquentialisme" peut être intéressante parfois (sachant que le plus difficile à prévoir, c'est .... l'avenir).
J
Super texte comme toujours. J'ai pris récemment ma carte au PRCF, vous faites parti de ceux qui m'ont donné envie de militer sérieusement, de me former et d'abandonner mes vielles lunes libertaires.
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