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Réveil Communiste

Le communisme et les nations (banalités, 4)

24 Septembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Front historique, #Théorie immédiate, #Mille raisons de regretter l'URSS, #Europe de l'Est, #Chine

Le communisme et les nations (banalités, 4)

Le communisme et les nations (banalités sur le socialisme et le communisme, 4)

L’humanité se donne pour tâche de passer d’un monde sans frontière à l’autre, de celui du mode de production local et paysan, apparu au Néolithique, au mode de production communiste scientifique, rationnel et mondialement unifié, et les autres modes de production de l’histoire sont les étapes intermédiaires de ce processus millénaire, bien qu’elles ne dessinent pas forcément une progression linéaire de l’un à l’autre.

Les lignes de frontières sont apparues à un moment de l’histoire, d’ailleurs récent -vers le XVIIème siècle, progressivement, et elles disparaîtront aussi. Ce qui ne va pas avec le sans-frontiérisme gauchiste, ce n’est pas son objectif abstrait, mais son mauvais choix des priorités qui le met en ce moment au service de la libre circulation de la main d’œuvre et des projets du capital, c’est à dire au service d’un projet mondialiste complètement différent, un mondialisme de classe, ségrégatif, d’universalisation des ghettos, du mondialisme de la « fin de l’histoire ».

La mondialisation future - ou internationalisation - communiste est rendue possible par la mondialisation capitaliste, et elle en est à la fois la réalisation et le contraire. Elle ne fait pas disparaître les nations historiques et culturelles mais les fait vivre ensemble dans un monde pacifique où il n’est plus nécessaire qu’elles s’affirment en s’opposant les unes aux autres. A vrai dire une bonne partie du contenu symbolique et affectif des identités nationales en question est justement faite de cette opposition et aversion réciproque, donc leur pérennité à long terme fait question.

Mais les nations colonialistes, expansionnistes ou dominatrices n’y auront plus jamais leur place. Dans la mesure où l’agressivité réciproque est un élément important de l’identité nationale, on peut supposer qu’elle s’affaiblira dans ce nouveau contexte, ce qui provoque l’horreur de ceux pour qui c’est le fétiche.

Mais par ailleurs on doit résolument garder conscience que dans l’histoire du socialisme réel le patriotisme élémentaire, la lutte de libération nationale des peuples opprimés au nom de ces projets nationalistes impériaux et prédateurs a joué un rôle déterminant, et peut être décisif, lutte contre les empires coloniaux (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, France, Belgique, Pays Bas, États-Unis) et lutte contre les nationalismes militaristes des grandes puissances européennes et eurasiatiques.

On la retrouve en Chine, ou Viet Nam à Cuba, et même en Russie en proie au dépeçage impérialiste dès 1917.

Et antérieurement, dans la lutte contre les empires autocratiques multinationaux traditionnels (Russie, Autriche, Turquie), ou modernistes et chauvins (Allemagne).

Le modèle fédératif socialiste appliqué en URSS, Yougoslavie et Tchécoslovaquie fut un succès du point de vue des nations antérieurement opprimées, notamment sur le plan de la préservation de l’identité linguistique, ce qu’on constate dès qu’on accepte de sortir des narratifs séparatistes soutenus à bout de bras par l’ingérence occidentale – et cela vaut aussi aujourd’hui pour le Tibet et le Xinjiang en Chine.

Les petites nations qui disposaient de territoires en propre au sein de l’URSS y ont conservé leur langue et leur culture populaire, et celles qui sont devenues indépendantes en 1991 ont dès lors encouru des crises de toute nature, allant de guerres d’épuration ethnique à l’exode global de leur population, tout en passant sous la coupe de pouvoirs étrangers, l’OTAN, l’UE, les États-Unis, etc. et dans la ligne de mire de nouveaux projets expansionnistes.

Les nations baltes ou caucasiennes ont bien mieux conservé leur culture spécifique que la Bretagne ou la Provence dans la République bourgeoise française, tant qu’elle appartenaient à l’URSS. Depuis leur indépendance formelle, ces petites nations sont en perdition : pillage économique, déclin démographique accéléré et hémorragie de leur population active , colonialisme linguistique et culturel anglo-saxon, et bourrage de crâne scolaire de récits nationaux artificiels, victimaires, et délirants qui aggravent les risques de guerre ouverte avec les voisins et l’oppression des minorités internes !

Donc un monde communiste conservera dans un premier temps les nations telles qu’elle ont été crées par les mondes antérieurs, et pour ce qui est de la longue durée, comme pour toute autre question du reste, nul ne sait. Mais l’avenir même de nations historiques de premier plan (France, Allemagne, Italie, etc.) dans le monde capitaliste occidental culturellement nivelé par le bas est bien plus compromis que cela.

GQ, 5 août 2025

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D
Avec tous les défauts qu'avait l'URSS, cet Etat reste un exemple comment résoudre les contradictions nationales, les migrations et l'instauration d'une stratégie de développement à la fois internationaliste et supranationale. <br /> L'URSS après 1945 a garanti une autonomie culturelle grandissante à ses 100 nationalités tout en créant une "identité soviétique" de plus en plus assimilée par les populations de toutes origines (76% de la population a voté pour le maintien de l'URSS en mars 1991, vote bafoué quelques mois plus tard). L'URSS a assuré la libre circulation des populations en éliminant les frontières intérieures et en assurant des coûts de transport ferroviaire ou aérien minimes. En même temps, les migrations de main-d'oeuvre étaient planifiées en fonction des priorités du développement de l'économie, et si les individus d'une nationalité avaient intérêt à voyager, éventuellement à commercer (légalement ou ...au marché noir) d'une région à l'autre ("libre circulation") mais n'avaient pas intérêt à quitter leur région natale ("liberté" migratoire) car les salaires étaient identiques partout sur ce territoire couvrant 1/6 de la surface du globe. C'est tout le contraire qui s'est passé après 1991, avec l'établissement de frontières de plus en plus contrôlées, des différences de revenus de plus en plus fortes, ce qui a entraîné des phénomènes de migrations incontrôlées, de délinquances et de racismes dans tout l'ex-URSS. Chose tout à fait marginale à l'époque du socialisme réel. Les communistes, les progressistes et les révolutionnaires auraient intérêt à développer l'argumentaire sur cet aspect incontestablement positif de l'expérience soviétique. L'URSS a disparu parce qu'au sommet se sont constituées des bourgeoisies et des lobbies, mais, à la base, les peuples soviétique étaient devenus au début des années 1980 un peuple soviétique, diversifié nationalement, comme jamais ils ne l'avaient été dans l'histoire. Le paradoxe est que quand la "conscience nationale" commune est arrivée au sommet de sa conscience, les contradictions de classe qui traversaient le monde et l'URSS se sont imposées contre son peuple et ses peuples. Mais l'URSS reste un exemple réussi d'intégration économique et sociale internationaliste.
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