Révolution aux États-Unis ?
14 Janvier 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #lutte contre l'impérialisme, #Front politique intérieur, #classe ouvrière, #Répression, #GQ, #États-Unis, #Qu'est-ce que la "gauche"
The revolution will not be televised ! (Gil Scott-Heron)
Que penser des troubles sociaux majeurs soulevés aux États-Unis par la politique répressive de Trump ? Dont les partisans semblent persuadés qu’en donnant un coup d’arrêt à l’ultra-libéralisme en matière de migrations, ils sont en train de lutter contre le socialisme ?
Émeutes populaires à Los Angeles, répression exercée contre les migrants par l’agence fédérale ICE (Douanes et Immigration) avec des soldats lourdement armés qui n'hésitent pas à tuer, projets apparemment délirants en réponse de sécession de la Californie, envoi de troupes fédérales, et manifestations de masse contre Trump dans tout le pays.
Cirque ou histoire véritable ? Ou si c’était le cirque qui était devenu l’histoire véritable ?
Des manifs de quelques centaines de militants déterminés qui affrontent les forces anti-émeute, qui bloquent une route, qui produisent de la fumée, qui se filment, et des feux de voiture et des images d'arrestation qui font le tour de la terre. Déjà les Gilets Jaunes sont tombés dans ce piège de l’image.
Quel rôle joue la classe ouvrière là dedans ?
Les migrants sont des ouvriers pour la plupart, l’action des agents de l’agence anti-migrants est une action de répression anti-ouvrière, qui les pourchasse jusque dans les champs et dans les ateliers. Mais c’est aussi une action contre les entreprises qui emploient cette main d’œuvre.
La très forte implantation de migrants sans-papiers dans le prolétariat le plus exploité des États-Unis pose un problème en soi, et les militants qui défendent la classe ouvrière ne doivent pas défendre en même temps l’immigration même qui est un moyen de surexploitation des ouvriers, et le retour au statu quo ante de l’administration précédente, qui ne l’oublions pas avait ouvert les portes toutes grandes à des millions de sans papiers.
Légaliser tout le monde et fermer la porte ensuite serait la solution théoriquement idéale, mais en fait cette porte ne peut plus être fermée car les États modernes ont détruit leur structure bureaucratique de contrôle frontalier. Le seul moyen efficace de lutter contre l’immigration devient le spectacle de la répression arbitraire et cruelle qui touche des gens ordinaires choisis par hasard et qui provoque la panique – pendant un certain temps.
Mais le terrain de l’émotion relayée par Tik Tok n’est pas favorable à la lutte ; les militants qui défendent la classe ouvrière doivent se rendre compte qu’une lutte dont le moyen principal et même exclusif est la production et la diffusion d’images spectaculaires poursuit une stratégie erronée et va servir de rampe de lancement à des faux héros, comme le gouverneur démocrate de Californie qui se verrait bien président en 2028.
La substitution du spectacle au réel d’ailleurs est très compréhensible parce qu’elle atténue la cruauté de la lutte – filmer un manifestant maltraité en direct est aussi efficace de part et d'autre que d’en tuer mille sans les filmer - mais au prix de la portée de leur action dans le monde réel.
En 1970 la lutte contre la guerre du Viet Nam a affronté une répression bien plus forte et bien plus létale – mais qui au lieu de parader, avait honte et qui parce qu’elle avait honte, a perdu.
Ceux qui défendent le capitalisme le font au nom de la démocratie et il leur faut préserver cette fiction y compris vis à vis d’eux mêmes.
Mais sans doute sommes-nous entrés dans l’époque du capitalisme idiot qui confond l’impôt sur le revenu avec le socialisme (des deux cotés d’ailleurs, "AOC", la représentante démocrate « socialiste » de l'État de New York ne pense pas autrement). Un capitalisme idiot qui en ce moment scie la branche sur laquelle il est assis depuis un demi-siècle: l'afflux ininterrompu de main d'œuvre et de matière grise aux États-Unis!
La défense de l’État de droit doit-elle être utilitaire, ou menée par principe ? Il ne faut pas se mobiliser principalement autour de sa défense, sous peine d'être noyé dans une masse de protestataires idéalistes, et en cas de succès le fonctionnement régulier du système se remet en place automatiquement, et la gauche américaine se précipitera vers un débouché électoral, un remède pire que le mal - tel Bill Clinton après le premier Georges Bush.
Il y aura forcément des élections, et il est très possible que amateurisme et l’incompétence de Trump et de ses amis soient lourdement sanctionnées ; mais le vrai objectif politique devrait être la construction du parti des travailleurs américains, au-delà des clivages idéologiques artificiels.
Si par extraordinaire il faisait vraiment son coup d'État, s'il n’y avait pas d’élection, on entrerait dans processus de déstructuration avancée des États-Unis, car le contrôle politique de ce pays repose sur un tissu dense de cadres politiques, d’élus locaux et de responsables (juges, procureurs, agents de probation, gérants de fondations, membres des conseils de surveillance des écoles, universitaires, représentants et sénateurs des cinquante États) qui sont riches à l’échelle locale mais qui ne sont pas des milliardaires, et qui tiennent le pays sur le terrain.
Si leur espace politique disparaît, l’ordre social qu’ils font tourner depuis deux siècles touche à sa fin.
Les abus et les casus belli de la politique étrangère de Trump mettent à nu l'impérialisme, et poussent la Chine et la Russie dans leurs retranchements, notamment en s'attaquant à la liberté de navigation, ainsi que l'Amérique latine qui en est maintenant au stade "plus un pas en arrière". Il en ressort un risque accru de guerre mondiale, et un espoir nouveau de révolution internationale.
GQ, 16 juin 2025, relu le 22 janvier 2026
PS Trump a trahi sa base populaire "MAGA" (make América great again) en rase campagne en s'engageant aux cotés d'Israël dans la guerre contre l'Iran - et en s'engageant dans l'action militaire terroriste au Venezuela en kidnappant son président. Cela pourrait créer les conditions d'une recomposition générale. Les influenceurs de la gauche américaine n'en reviennent pas de tomber d'accord avec le journaliste réactionnaire pacifiste influent Tucker Carlson. Mais il ne faut pas oublier que si la base populaire (et non idéologique) du trumpisme est viscéralement opposée aux guerres éternelles provoquées par Washington, elle ne l'est pas moins à l'immigration, et les campagnes qui consistent à tourner en ridicule les fermiers du Nebraska qui se plaignent d'avoir perdu leur main d'œuvre du jour au lendemain parce qu'ils ont voté pour Trump ne servent à rien, à part à se faire rire entre convaincus - et à faire croire en l'efficacité de sa politique de harcèlement des travailleurs clandestins.
Quant à Zohran Mamdani, candidat réputé socialiste et antisioniste qui a remporté finalement la mairie de New York, il est plus significatif par les torrents de haine qu'il a suscité après sa victoire aux primaires démocrates - et les mesures arbitraires proposées contre lui, que par son socialisme qui ne mange pas beaucoup de pain. Mais sa victoire est un symptôme : la ploutocratie débridée et les accents fascistes du pouvoir fédéral ont donné une formidable chance au socialisme dans ce pays ... si la gauche américaine parvient à sortie de l'impasse du wokisme. Ce qu'elle commence à faire sur la pointe des pieds.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
Les textes originaux, écrits par l'animateur seul ou en collaboration et dont il endosse pleine et entière responsabilité sont publiés dans la catégorie GQ, accessible directement dans la barre de menu. Ils sont reproductibles, sans modification, à condition d'en mentionner l'origine.
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