La résistible mondialisation de l'OTAN
Bulletin Comaguer 520
16 juin 2023
***
La résistible mondialisation de l’OTAN
« La mondialisation de l’OTAN » aurait pu être le titre de la traduction française de l’excellent livre de Mahdi Darius Nazemroaya : THE GLOBALIZATION OF NATO si par hasard cette traduction avait été publiée.
Il n’en fut rien. Les ouvrage les plus critiques sur la politique impérialiste occidentale publiés en anglais dans le monde anglo-saxon sont assez nombreux mais très peu échappent à un filtre éditorial français non officiel mais efficace et d’une grande permanence.
L’auteur sociologue et analyste géopolitique est de nationalité canadienne et son second prénom laisse imaginer des origines iraniennes. Ce livre a été publié en 2012 aux éditions Clarity Press Atlanta GA USA
Dans sa préface Denis J. Halliday ancien fonctionnaire de l’ONU qui en a démissionné en 1998 qualifiant les sanctions prises contre l’Irak de génocide, en recommande vivement la lecture aux européens. Allemands italiens, espagnols ont pu trouver sa traduction dans leur langue mais pas les français.
Le troisième chapitre s’intitule : « La Yougoslavie et la réinvention de l’OTAN ». Ce titre aurait pu être donné à l’émission COMAGUER du Mercredi 14 Juin (cf.podcast https://radiogalere.org/wp-content/uploads/1686/42/2023-06-16-Emission-Les_carnets_de_comaguer.mp3).
En effet on peut aujourd’hui porter un regard rétrospectif sur les deux décennies qui ont été mises à profit par l’impérialisme otanien pour détruire la Yougoslavie pays socialiste non aligné dirigé depuis 1945 par la ligue des communistes yougoslaves et pour transformer (progressivement, un pays n’est pas admis dans l’OTAN le lendemain de sa demande officielle d’adhésion), chacun de ses petits morceaux en adhérent de l’OTAN .
Les adhésions se sont ainsi succédées : Slovénie 2004, Croatie 2009, Monténégro (préalablement arraché à la Serbie par un président corrompu) 2017, Macédoine du Nord 2020.Ne manquent à l’appel que la Bosnie Herzégovine état non viable fabriqué par la violence militaire de l’OTAN et dont la constitution a été imposée à des dirigeants du pays encasernés jusqu’à résipiscence dans un camp militaire aux États-Unis et qui exploserait en cas d’adhésion et la Serbie courtisée de toutes les façons par l’agent séducteur étasunien appelé Union Européenne et par l’OTAN elle-même mais dont la population n’a pas encore oublié le lâche bombardement de 77 jours par l’OTAN les morts civils et la destruction des infrastructures publiques (ponts, barrages, locaux de la télévision...) sans oublier l’ambassade de Chine.
Les récentes manifestations contre l’OTAN en Serbie et celles de la minorité serbe au Kosovo montrent que le gouvernement serbe pourrait être contraint de se soustraire aux pressions occidentales. La non adhésion de la Serbie à l’OTAN sonnerait la fin de l’opération d’extension dans les Balkans menée sans relâche depuis 1991 par les États-Unis avec le soutien permanent de l’Allemagne et du Vatican. Restera à régler la question de la principale base militaire permanente des États-Unis sur le sol européen : celle de Camp Bondsteel dans l’est de la province du Kosovo capable d’accueillir en permanence 8000 hommes et leur équipement cerclée de barbelés sur un périmètre de 14 kilomètres et installée, comme cela se doit dans la zone d’occupation étasunienne du territoire du Kosovo. Le Kosovo, autoproclamé état indépendant, reste en droit pour l’ONU un territoire serbe occupé par divers contingents étrangers pour y maintenir l’ordre.
***
Les lectures en français sur le sujet sont rares dans la mesure où les 2 meilleurs ouvrages contribuant à faire découvrir l’énorme manipulation de masse qu’a constituée la propagande occidentale sur la guerre en Yougoslavie sont épuisés.
|
|
|
|
Il s’agit de « Poker Menteur » de Michel Collon (Editions Investig’action) et « Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire » de Jacques Merlino (Albin Michel 1993) où l’auteur, rédacteur en chef adjoint de France 2, raconte ce qu’il a vu et constaté sur le terrain.
Résumé du livre de Michel Collon
" L'expérience acquise en Bosnie pourra servir de modèle pour nos opérations futures de l'OTAN. " Javier Solana, secrétaire-général de l'OTAN. Êtes-vous d'accord avec ces guerres que l'OTAN nous prépare ? Mais vous vous demandez, après tant de désinformation : peut-on comprendre des conflits comme la Yougoslavie ? Ne sommes-nous pas dans un immense poker menteur où la règle est de mentir, bluffer, dissimuler ses alliances ? Voici justement la grille pour déchiffrer les intérêts cachés des grandes puissances : États-Unis, Allemagne, et leurs manœuvres en coulisses. La Yougoslavie a été un laboratoire permettant à l'OTAN de préparer de prochaines guerres. Où auront-elles lieu ? Reverrons-nous ces colonnes de réfugiés, ces camps, ces massacres ? Mais d'abord, que vaut notre information ? Dans ce livre, l'auteur d'Attention médias ! vous donne les moyens d'analyser vous- même les médiamensonges. Et surtout ces guerres qui viennent. Parce que défendre la paix vaut la peine de s'engager. En connaissance de cause.
La problématique de ce livre s’est trouvée amplement validée ensuite (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie...) mais une manipulation supplémentaire s’y est ajouté : le voile et l’indifférence de la distance : « c’était loin de l’Europe » si pacifique…et puis les victimes étaient très majoritairement des arabes, des musulmans, jusqu’à ce qu’un immense tintamarre médiatico-politique fasse découvrir à l’opinion publique européenne que l’Ukraine est en Europe.
Résumé du livre de Jacques Merlino publié au moment de sa parution
Il y eut Timisoara. Puis la guerre du Golfe. Et vint la Yougoslavie. Avec les mêmes stéréotypes, les mêmes simplifications, les mêmes exagérations. Cette fois, nous sommes directement concernés : c'est l'équilibre de l'Europe qui est en jeu.
S'il se confirme que l'Allemagne tire les ficelles en coulisses afin d'accroître sa zone d'influence, s'il se précise que le contrecoup se prépare à Moscou avec la chute de Eltsine et l'arrivée au pouvoir des nationaux-communistes, s'il est prouvé que les États-Unis poursuivent des buts autres qu'humanitaires, s'il s'avère que l'ONU est victime de graves dysfonctionnements (voir article in fine), que les agences d'information ont perdu leur impartialité, que la presse libérale est en train de sombrer par aveuglement militant et, enfin, si l'on démontre que le Vatican est une puissance plus puissante que les autres et que son interférence dans la crise yougoslave est considérable, alors il importe de savoir comment et par qui nous sommes manipulés. L'enquête de Jacques Merlino, rédacteur en chef adjoint de France 2, explique pourquoi nous en sommes arrivés là et nous force à admettre une réalité simple : l'information est une arme de guerre, utilisée comme telle par ceux qui en mesurent l'importance.
La publication de ce livre, désormais introuvable, aboutira à la rétrogradation de l’auteur au rang de simple journaliste et il se refusera ensuite à toute intervention publique sur ce sujet brûlant.
-
Pour illustrer les dysfonctionnements de l’ONU nous faisons suivre ici la traduction (Comaguer) d’un article de Mahdi Darius Nazemroaya
***
La prise de contrôle des Nations Unies par l'Amérique
Par Mahdi Darius Nazemroaya
Copyright © 2012 Global Research
5 septembre, 2012 -
Les appels au sommet du Mouvement des non-alignés (MNA) à Téhéran pour réformer les Nations unies et démocratiser le Conseil de sécurité n'étaient pas vraiment nouveaux. Ces appels à la réforme de l'ONU ont été incarnés par le dicton de la conférence : "une paix durable grâce à une gouvernance mondiale commune". Ces demandes ont été formulées à maintes reprises par divers pays et groupes au fil des ans.
Toutes les personnes présentes au gala du Mouvement des pays non alignés à Téhéran n'étaient pas non plus des amis de l'Iran ou ouvertes aux propositions iraniennes de réforme des Nations Unies. Jeffrey Feltman, visiblement ébranlé, qui était assis à Téhéran avec des responsables iraniens aux côtés de son nouveau patron Ban Ki-moon, peut en témoigner. Feltman est un symbole clair de la contamination des Nations unies par les intérêts impérialistes de Washington.
La manipulation des Nations Unies au service des intérêts impérialistes remonte toutefois à loin. Dès leur création, les Nations unies étaient destinées à faciliter l'influence mondiale des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. L'idée des Nations Unies, qui tire son nom de la coalition militaire (appelée Nations unies) des pays alliés formée contre l'Allemagne et les pays de l'Axe, était basée sur un accord rédigé par les États-Unis et le Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet accord, la Charte de l'Atlantique, a été rédigé alors que les États-Unis étaient officiellement neutres, mais soutenaient secrètement l'effort de guerre britannique contre l'Allemagne et ses alliés de l'Axe en envoyant des fournitures à la Grande-Bretagne par l'intermédiaire du Canada. Les États-Unis utiliseront plus tard l'attaque japonaise sur Pearl Harbor à Hawaï pour justifier leur entrée en guerre et amener les autres alliés à accepter la Charte de l'Atlantique anglo-américaine pendant la guerre, puis lors de la conférence de San Francisco en 1945.
Le Conseil de sécurité des Nations unies
Le nombre de membres de l'ONU est passé de cinquante et un à cent cinquante-neuf entre 1945 et 1985, la plupart des nouveaux pays membres étant d'anciennes colonies. L'ONU a été utilisée comme un outil pour contrôler la plupart de ces anciennes colonies d'Europe occidentale et d'Amérique du tiers monde. Dans un premier temps, les États-Unis et leurs alliés d'après-guerre ont maintenu leur domination sur l'ONU nouvellement créée et sur les anciennes colonies grâce à leur nombre, puis grâce à un monopole du bloc occidental sur les structures des Nations unies. Ce monopole comprend le contrôle des agences et des sièges permanents avec droit de veto du Conseil de sécurité des Nations unies, composé de quinze membres.
Le Conseil de sécurité a surtout été utilisé par les États-Unis comme un moyen de protéger leurs intérêts. L'objectif du veto du Conseil de sécurité est de rejeter toute résolution ou consensus international contraire aux intérêts nationaux (ou plus précisément aux intérêts des élites dirigeantes) des États-Unis et des autres grandes puissances de l'après-Seconde Guerre mondiale. À l'exception de l'Union soviétique rivale, les États-Unis contrôlaient ou influençaient fortement les trois autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies disposant d'un droit de veto. La Grande-Bretagne et les États-Unis étaient essentiellement confédérés et s'étaient intégrés l'un à l'autre en 1941 par le biais de la Charte atlantique anglo-américaine. La France, puissance en déclin comme le Royaume-Uni, dépendait fortement des États-Unis. Le siège chinois était également détenu à l'origine par le Kuomintang (parti nationaliste chinois), qui était un client des États-Unis.
Le général américain Albert C. Wedemeyer était le chef d'état-major du généralissime Chiang Kai-shek, le dirigeant de la Chine gouvernée par le Kuomintang avant que Kai-shek ne s'enfuie à Taïwan après la prise de contrôle du continent par le Parti communiste chinois. Les États-Unis ont même envisagé de confier au Kuomintang le soin de gouverner les anciennes colonies françaises d'Indochine. Ce n'est qu'en 1971 que Washington a perdu le contrôle du siège chinois au Conseil de sécurité des Nations unies, lorsque la République populaire de Chine a été reconnue comme le représentant légitime du peuple chinois par la majorité de l'Assemblée générale des Nations unies et a donc cédé le siège permanent de Taïwan au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Si, à l'origine, c'est l'Union soviétique qui opposait le plus de vetos au Conseil de sécurité des Nations unies, la situation a commencé à changer vers la seconde moitié de la guerre froide et dans l'après-guerre froide, lorsque les États-Unis ont commencé à prendre l'initiative d'opposer leur veto. Ironiquement, les États-Unis et leurs alliés affirment que le système international est en train d'échouer en raison du double veto de la Chine et de la Russie, qui empêchent toute intervention étrangère en Syrie. Aucune plainte similaire n'a été formulée au sujet des nombreux vetos opposés par Washington en faveur d'Israël.
Après l'effondrement de l'Union soviétique, le Conseil de sécurité des Nations Unies a fini par dépasser sa fonction de protection des intérêts américains. Il est devenu un outil de projection des intérêts américains à l'échelle mondiale, alors que Washington commençait à pousser à l'hégémonie unipolaire de l'après-guerre froide. Le double veto chinois et russe marque la fin de la Pax Americana et de l'utilisation du Conseil de sécurité de l'ONU pour projeter la puissance américaine.
Le Secrétariat des Nations Unies
Outre le Conseil de sécurité des Nations Unies, le Secrétariat des Nations Unies a été principalement sous le contrôle des États-Unis et de leurs alliés. Au départ, cela s'explique par la supériorité numérique des États-Unis et du bloc occidental aux Nations unies. Ainsi, les deux premiers secrétaires généraux de l'ONU étaient issus des royaumes d'Europe occidentale de Norvège et de Suède. Auparavant, le baron Hubert Gladwyn, du Royaume-Uni, était le secrétaire général par intérim de l'ONU. Le diplomate suédois Dag Hammarskjold servait visiblement les intérêts des États-Unis et du bloc de l'Ouest, au point que les Soviétiques et d'autres ont exigé qu'il soit écarté du Secrétariat de l'ONU.
Lorsque le bloc occidental a commencé à perdre son avantage numérique, le contrôle du Secrétariat a été maintenu par le biais du Conseil de sécurité. Pour ce faire, le Conseil de sécurité filtre tous les candidats au poste le plus élevé du Secrétariat de l'ONU. Les secrétaires généraux des Nations unies sont nommés par l'Assemblée générale des Nations unies sur recommandation du Conseil de sécurité. Les États-Unis et les autres membres permanents du Conseil de sécurité disposent donc d'un droit de veto qui leur permet d'éliminer tout candidat qui serait hostile à leurs intérêts.
Les condamnations du Premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev à l'égard du Secrétariat des Nations Unies, qui a contribué à écarter les dirigeants nationalistes du pouvoir en Afrique et dans le tiers-monde, ont une certaine force de vérité. Après une longue série de secrétaires généraux majoritairement favorables au bloc occidental, le Mouvement des pays non alignés a poussé un candidat du Mouvement à entrer au Secrétariat de l'ONU. La position du Mouvement des non-alignés est à l'origine de l'accession du diplomate égyptien Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général de l'ONU en 1992.
Boutros-Ghali était ce qui se rapprochait le plus du dernier secrétaire général indépendant des Nations unies. Cependant, le monde a rapidement changé depuis la fin de la guerre froide et Washington attendait du secrétariat de l'ONU un degré de soumission beaucoup plus important. Après la guerre froide, les secrétaires généraux des Nations unies étaient censés agir comme de loyaux intendants des États-Unis. Cela a commencé avec le bureaucrate de carrière ghanéen de l'ONU, Kofi Annan.
Kofi Annan : Un facilitateur de la "responsabilité de protéger"
Il faut reconnaître à M. Annan le mérite d'être une figure diplomatique astucieuse qui sait rester sur la touche, mais il a astucieusement servi les États-Unis tout en semblant les contourner. Outre les rapports publics sur l'implication d'Annan et de son fils Kojo dans le scandale "pétrole contre nourriture" de l'ONU en Irak, l'ancien secrétaire général a l'habitude de légitimer l'interventionnisme américain et l'occupation d'autres membres de l'ONU. Le diplomate américain de carrière Richard Holbrooke, qui a été l'une des figures centrales de la balkanisation de la Yougoslavie, a fait l'éloge d'Annan comme l'une des figures les plus favorables à la politique étrangère de Washington dans les Balkans. C'est pourquoi Boutros Boutros-Ghali a été écarté du poste de secrétaire général de l'ONU par le veto de Washington pour laisser la place à Annan.
/image%2F1441421%2F20230617%2Fob_d0450f_23347378lpw-23347382-article-jpg-88449.jpg)