Il ya 111 ans, mutinerie du Potemkine
24 Juin 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Art et culture révolutionnaires
24 juin 1905, début de l’insurrection du cuirassé Potemkine
En juin 1905, la nouvelle de l’insurrection des marins du cuirassé russe provoque l’intérêt, l’inquiétude et la passion. Dans l’Humanité, Jaurès s’enthousiasme pour « la révolution russe ». L’Humanité du 26 juin 2015 Publia cet article de l’historien Gilles Candar :
« La révolte du Potemkine vue de France »
La révolte le 27 juin 1905 des marins du Kniaz Potemkin Tavritcheski demeure un des événements révolutionnaires les plus ¬saisissants du siècle dernier, bien présente dans nos mémoires grâce au film de Sergueï Eisenstein (1925) et à la chanson de Georges Coulonges (1965) interprétée par Jean Ferrat. Sans doute, chacun sait bien ou devine qu’un certain nombre de remarques ou de correctifs historiques seraient à apporter, mais est-ce l’essentiel ? Si la révolte a connu un tel retentissement, c’est bien que le basculement de la force militaire du côté de la révolution semble annoncer « un monde où on n’est pas toujours du côté du plus fort ». L’événement secoue bien au-delà des frontières de l’Empire russe. En France, notamment, l’opinion suit avec attention les craquements de l’empire et les aléas de la révolution. Avec inquiétude parfois, car la France, république isolée dans une Europe monarchique, est depuis une douzaine d’années l’alliée diplomatique et militaire de la Russie. L’ensemble des classes moyennes investissent massivement dans ses emprunts, si sûrs puisque garantis par le ¬gouvernement impérial. Pourtant, la Russie est aussi le bastion de la réaction, et toute la tradition libérale et ¬républicaine, sans parler du mouvement socialiste, espère une évolution du pays, que celui-ci connaisse au moins son « 1789 »…
Grèves, manifestations et troubles s’emparent de tout le pays
Après la défaite russe face au Japon (1904-1905), le moment semble venu. Des réformes sont réclamées de toutes parts en Russie. Lorsque le tsar fait fusiller des militants pacifiques, le dimanche 9 janvier (22 janvier, selon notre calendrier), Jean Jaurès titre aussitôt son éditorial dans l’Humanité : « La mort du tsarisme. » Il multiplie les articles sur « la révolution russe » puisque grèves, manifestations et troubles s’enchaînent dans tout le pays. La solidarité n’est pas seulement l’affaire des responsables politiques ou syndicaux : elle est ressentie, voulue et exprimée dans toutes les régions.
Lors des obsèques de Louise Michel, ce même 22 janvier, Zéphirin Camélinat compare la Commune de Paris au mouvement naissant en Russie. Des meetings sont organisés, une souscription publique lancée avec succès, d’autant que la campagne favorise le rapprochement entre organisations socialistes en voie d’unification au sein du Parti socialiste, section française de l’Internationale ouvrière (avril 1905). Le Temps, le grand journal libéral de l’époque, remarque avec aigreur : « L’affaire russe vient à point nommé pour exhiber monsieur Allemane, monsieur Guesde et monsieur Jaurès sur la même estrade. »
La mutinerie des marins est aussitôt commentée. Ancien communard, Édouard Vaillant exprime son étonnement admiratif. Qui aurait dit que le drapeau rouge réapparaîtrait sur un des fleurons de la flotte russe ? Jaurès publie dans l’Humanité un nouvel éditorial intitulé « La révolution russe ». Il juge le tsarisme à bout. Sa force armée se disloque et laisse entrevoir de profonds bouleversements. Jaurès prévoit l’avènement d’un « gouvernement populaire et national (...) d’un gouvernement républicain ». Les choses seront plus compliquées… malheureusement pour la Russie, mais sans doute aussi pour la France, l’Europe et le monde. Jaurès voyait loin : « Quel surcroît de force pour l’humanité ! Quelle puissance d’équilibre et de paix pour l’Europe ! » représentait pour lui une Russie pas nécessairement pleinement socialiste, mais au moins populaire, démocratique et sociale, et quand on songe aux responsabilités énormes du régime tsariste dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale, on ne peut que lui donner raison et regretter l’inachèvement de la révolution de 1905. Sur le moment, le mouvement reste circonscrit. Le mouvement révolutionnaire est réprimé à Odessa et ne s’étend pas à l’ensemble de la flotte.
Socialistes et syndicalistes français mènent campagne contre les emprunts russes
Cuirassé et marins peuvent se réfugier en Roumanie, mais l’opposition au tsarisme se divise face aux demi-concessions du tsarisme, qui promet une Constitution, une assemblée élue et parvient à rétablir pour un temps son autorité. Socialistes et syndicalistes français continuent leurs activités de solidarité, et parient sur la reprise un jour ou l’autre de la révolution. Ils mènent campagne contre la répression, mais aussi contre les emprunts russes en France : « Tout citoyen français qui fournit à l’emprunt devient complice du meurtre organisé contre tout un peuple », écrit Jaurès (l’Humanité, 15 avril 1906), relayé par les exhortations d’Anatole France. Une affiche diffusée dans tout le pays prévient tout le monde : « L’Empire russe est destiné à un krach. Rentiers ! Prenez garde ! Quoi qu’il arrive, nous vous prédisons la faillite du tsarisme ! ».
L’événement avec les mots de jean jaurès « Ce n’est point la mutinerie vulgaire de soldats mécontents de la mauvaise qualité de leur soupe. Ces hommes engagent héroïquement la lutte contre tout le système gouvernemental. C’est avec un sens magnifique et presque religieux de la mise en scène de révolution qu’ils exposent sur le quai d’Odessa le corps de leur camarade tué par le revolver d’un officier (…). Symptôme grave. Des officiers sont avec eux. Parmi ceux-là même qui commandent, il en est qui sont saturés d’humiliations nationales ; il en est dont la conscience ne soutient plus le métierde bourreau auquel le tsarisme condamne l’armée. Symptôme plus grave encore. Ce n’est pas une révolte locale et isolée. Odessa est un champ d’opération révolutionnaire merveilleusement choisi, puisque la population du port est formée pour une large part de juifs et d’Arméniens, c’est-à-dire des deux catégories de population sur lesquelles le tsarisme a le mieux exercé sa puissance de meurtre. » Jean Jaurès, « La Révolution russe », dans l’Humanité du 1er juillet 1905.
La répression sanglante Deux ans après la révolte, le tsar Nicolas II promet une amnistie aux révolutionnaires de 1905. Cinq des mutins réfugiés en Roumanie rentrent en Russie. Parmi eux, Matiouchenko. Reconnu à la frontière, il est arrêté et pendu. Les autres sont envoyés en Sibérie.
7 C’est le nombre de condamnations à mort prononcées parmi les mutins demeurés en Russie après la révolte ; 19 sont condamnés aux travaux forcés en Sibérie.
Signalé par Pascal Bavencove
Réveil Communiste :
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