Les communistes français et l'armée
10 Août 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Positions
pour fêter le 10 août, un article de Jonathan, publié sur son blog à l'occasion du quatorze juillet :
Parmi les sujets que les communistes doivent affronter pour sortir de leur marasme figure évidemment celui de la politique de défense et, particulièrement, celui de l'armée.
Si les communistes se font les hérauts de la défense des services publics, il en est un que, hélas, ils ne s'empressent pas de défendre : l'armée. Les guerres coloniales ont creusé un fossé profond et, jusqu'à présent, non comblé, entre le PCF et l'armée. Pendant la guerre d'Algérie, la prise du pouvoir du général de Gaulle a contribué à alimenter ce divorce, tandis que Mai 68 et les aspirations gauchistes qui l'ont accompagné ont accru cette fracture, en assimilant, par essence, l'armée et l'extrême-droite, l'armée et la guerre, l'impérialisme et les soldats.
Pourtant, en ce début de XXIe siècle, s'il devient flagrant que le PCF a un problème avec la question de la nation, englué qu'il est dans une béatitude improductive pour l'Europe, la réappropriation de la question nationale par les communistes doit être, aussi, l'occasion de revisiter les rapports qu'ils entretiennent avec les forces armées.
Le pacifisme, pièce maîtresse de la politique du PCF, semble impliquer, pour les communistes, une propention à laisser le monde agir, sans s'y impliquer. Or, une puissance ne peut avoir du poids sur le théâtre international que si elle peut s'appuyer sur une capacité d'intervention efficace, rapide, et décisive. A ce titre, la participation à la force au Liban en 2006 ou au Mali en 2013 ont montré que la France peut être une force qui compte au niveau international. L'attitude du PCF a été étrange à l'occasion de la guerre au Mali. Alors que l'urgence commandait d'intervenir vite et puissamment pour bloquer la descente des terroristes vers Bamako, il aurait fallu, selon le PCF, dicuter au parlement avant d'intervenir. Sur le plan des principes, oui, certes, c'est la représentation nationale qui devrait décider de l'intervention, et pas un homme seul ; néanmoins, dans la pratique, réagir en quelques heures, comme c'était nécessaire, impliquait la décision d'un seul homme. Ce constat n'enlève rien à la critique que l'on peut faire, par ailleurs, sur l'action de la France en Afrique, qui a conduit à l'effondrement de l'Etat malien et, notamment, sur l'odieuse guerre en Libye, conduite sur commande expresse de l'OTAN et du Golfe, sous couvert de printemps arabe, mais aussi, on le sait désormais, pour éliminer le convoyeur de fonds d'une certaine élection présidentielle. Paradoxalement, le candidat à la présidentielle de 2012 soutenu par le PCF a soutenu la guerre en Libye, et condamné celle au Mali. Le tout sous un vocable de condamnation de la "Françafrique" qui ne veut plus rien dire tant, d'un côté, il évoque le refus de l'ingérence et pour le désengagement que, de l'autre, à l'inverse, la revendication d'une politique de promotion des droits de l'homme dans les pays dirigés de façon autoritaire. Comprenne qui pourra.
La sortie de l'OTAN est une autre position forte des communistes pour la France. Une telle sortie, souhaitable et nécessaire, implique donc la nécessité de la définition d'une doctrine indépendante et souveraine de défense. Une telle doctrine ne saurait se passer de la dissuasion nucléaire. Celle-ci est, elle aussi, un pilier pour que la voix de la France soit entendue dans le monde.
Sur le plan politique intérieur, le rapport des communistes à l'armée doit aussi évoluer. D'une part, parce que nous défendons une politique industrielle ambitieuse pour notre pays. Or l'armée, en tant que demandeuse de technologie de pointe, peut être un puissant stimulateur de technologies nouvelles, dans les domaines naval, spatial, informatique, optique, balistique, des matériaux, des textiles, des transorts, etc. Mais, par ailleurs, fidèles à l'héritage de la Révolution française, nous devons refuser que la défense soit confiée à une garde prétorienne au service exclusif du pouvoir. A l'inverse, nous devons promouvoir une défense du peuple, par le peuple, pour le peuple. Cela implique de promouvoir le retour de la conscription. Ceci rendrait plus palpable et plus concret le lien qui doit unir le peuple à son armée, et constituerait un puissant moyen de garantie démocratique dans notre pays, adossée à une armée authentiquement républicaine. J'en profite pour rappeler le puissant modèle d'intégration des étrangers que constitue la Légion étrangère auquel, notamment, Edmonde Charles-Roux a rendu hommage à l'occasion de l'anniversaire de Camérone (quoi que l'on puisse penser, par ailleurs, des circonstances de celle-ci). En outre, cela permettrait, comme sur le terrain de la nation, de ne pas laisser cette institution à la droite et à l'extrême-droite. J'ajoute que le modèle républicain français adosse, déjà, la république à l'armée : l'école de l'élite, Polytechnique, n'est-elle pas une école militaire ? En outre, les élèves officiers entrent dans les écoles militaires (Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, Ecole navale, Ecole de l'air) sur concours, cet élément central de l'égalité et, en particulier, de l'égalité d'accès de tous les citoyens aux fonctions publiques. Dans bien d'autres pays, on a d'ailleurs pu voir que l'armée, quand elle est l'armée du peuple, devient un puissant levier de l'émancipation de celui-ci. C'est le Vénézuela qui nous en donne un excellent exemple ; dans notre histoire, les Volontaires de l'an II, la Résistance(et cette figure si emblématique qu'est le Colonel Henri Rol-Tangui !) nous en donnent d'autres. Le souvenir de la bataille de Stalingrad et de l'éradication du nazisme en Europe de l'Est par l'Armée rouge doit, enfin, nous éclairer sur le potentiel politique de l'institution militaire dans le cadre de la constuction du socialisme.
J'ajoute un élément d'analyse politique. L'indifférence, pour ne pas dire le mépris, du PCF pour l'armée, en tant qu'institution, révèle la faiblesse de sa réflexion politique sur l'Etat, le pouvoir et l'exercice de celui-ci. Comment imaginer diriger la France en "omettant" de réfléchir à la politique de défense, au lien entre l'armée et le peuple, ainsi qu'entre l'armée et l'éventuel pouvoir d'Etat exercé par des communistes. Celui-ci est tout bonnement impossible dans le cadre de ce mépris volontaire ou, au contraire, finalement devenu naturel, comme parfaitement intégré, dans une époque post-soixantuitarde et post-Mutation. En outre, le pouvoir d'Etat ne peut pas être conduit par un parti s'il ne dispose de relais installés dans la haute fonction publique, et donc dans l'armée, connaissant les administrations et sachant les faire fonctionner. L'absence de ces liens, de cette réflexion, sur l'armée en particulier, mais sur l'Etat en général, est, à mon avis, un élément explicatif fondamental pour comprendre le "plafonnage" électoral du PCF et du Front de gauche, enfermé dans une vision gauchiste, populiste, et simpliste du pouvoir et des institutions. Je pense qu'Anicet Le Pors, à l'inverse, est un des rares à réfléchir correctement sur la question de l'Etat et de la fonction publique ; hélas, il n'est plus très jeune et il n'est plus au PCF. La "révolution citoyenne", la Sixième République, ne sont rien si, au-delà des slogans, on ne réfléchit pas sérieusement à ces question. La ferveur du peuple français à l'occasion du 14 juillet, que ce soit le défilé militaire ou des rencontres organisées entre les soldats et la population pour la fête nationale, impose de nous autre chose qu'une posture si on a une autre ambition pour notre parti que d'être l'éternel supplétif du Parti Socialiste.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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