Le double jeu des Etats-Unis au Congo
29 Juin 2012 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme
La situation est à nouveau explosive dans l’est du Congo. La région tout entière est secouée par une mutinerie soutenue par le Rwanda. Quel est le rôle des états-Unis dans ces événements ? sur le site du PTB
Depuis fin avril, l’est du Congo est à nouveau instable. L’armée congolaise doit se concentrer sur la nouvelle mutinerie à la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda où des groupes armés commettent des actes de violence. (Photo Belga)
La main de l’Occident dans les conflits africains
Les conflits en Afrique ont toujours suscité des appels indignés à l’égard des gouvernements occidentaux invités à « faire quelque chose » et à y défendre les droits de l’homme, la démocratie et une bonne administration. Comme si les gouvernements occidentaux et les multinationales s’inquiétaient du bien-être des Africains. Dans cette série d’articles, nous nous penchons sur le véritable rôle et l’agenda des gouvernements occidentaux en Afrique. Cette semaine : le double jeu des Etats-Unis au Congo.
Fin avril, une nouvelle mutinerie a éclaté au sein de l’armée congolaise. Les troupes rebelles du général Bosco Ntaganda vaincues et chassées de leur base à Masisi ont abandonné 38 tonnes de munitions et d’armes lourdes avant de s’enfuir vers la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda. Selon le bureau des affaires humanitaires de l’ONU, 218 000 civils auraient été contraints de fuir depuis l’éclatement des combats.
Après l’échec de la tentative de transformer l’élection présidentielle en une crise politique, les médias occidentaux mènent depuis le mois de janvier de cette année une campagne en faveur de l’extradition du général Bosco Ntaganda. Ntaganda fait également l’objet d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre, émis par la Cour pénale internationale de La Haye il y a quatre ans déjà.
Il semblerait que cette soudaine campagne contre Ntaganda ait pour but de mettre le président congolais Kabila sous pression. En 2009, le président Kabila avait en effet été contraint d’intégrer dans l’armée congolaise Ntaganda, ancien officier de l’armée rwandaise et homme de main de Kagame. Cela faisait partie de l’accord de paix signé avec le Rwanda. En attendant un revirement des rapports de force, Kabila n’a eu d’autre choix que d’accepter Ntaganda ainsi que le vaste réseau économico-militaire via lequel le Rwanda contrôle et exploite économiquement une importante partie de l’est du Congo.
Pendant trois ans, Kabila a refusé d’extrader Ntaganda invoquant que « la priorité du moment était donnée à la paix plutôt qu’à la justice ». En effet, puisque Ntaganda prétendait défendre les Tutsis du Congo, une menace d’arrestation à son égard l’aurait très probablement poussé à prendre les armes au nom de « la défense des Tutsis ». Cela aurait également attisé la haine des Congolais envers les Tutsis et envers tous les Congolais parlant le rwandais, ce qui aurait engendré une nouvelle vague de violences ethniques.
Le 10 avril dernier, Kabila a finalement déclaré que Ntaganda devait être arrêté. Quelques jours plus tard, une nouvelle rébellion sous le nom de « M23 » éclatait sur ordre de ce dernier. Depuis, la région est à nouveau instable et l’armée congolaise doit se concentrer sur la nouvelle mutinerie à la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda où toutes sortes de groupes armés en profitent pour commettre des actes de violence. Haine ethnique et actes de banditisme se déchaînent.
Le 28 mai dernier, la chaîne britannique BBC a publié une note interne de la Monusco (la mission de l’ONU au Congo), de laquelle il ressort clairement que, depuis février – et donc avant l’éclatement de la mutinerie –, des jeunes Rwandais étaient recrutés pour être envoyés au Congo avec des munitions et armes lourdes. La note conclut que les autorités rwandaises sont complices de la mutinerie. Cette information a été confirmée les semaines suivantes par l’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch. La publication d’une annexe au rapport des experts de l’ONU comportant des informations plus accablantes encore est bloquée depuis la mi-juin par le représentant américain au comité des sanctions de l’ONU chargé de surveiller la paix au Congo.
Le 21 juin, l’agence de presse Reuters a annoncé que ce rapport contenait des éléments prouvant la complicité de trois hauts commandants de l’armée rwandaise dans la mutinerie M23, à savoir James Kabarebe, ministre de la Défense, Charles Kayonga, chef de l’armée, et Jacques Nziza, conseiller militaire du président rwandais Kagame. Selon ce rapport, Kabarebe est en contact permanent avec les mutins du M23.
Durant dix ans, et plus précisément de 1999 à 2009, les gouvernements occidentaux, Etats-Unis en tête, ont exigé qu’il soit mis fin aux violences dans l’est du Congo par les négociations et la « réconciliation ». Autrement dit, via l’intégration dans l’armée et l’appareil d’Etat congolais de rebelles congolais, en réalité dirigés et encadrés par des officiers de l’armée rwandaise. L’intégration du général Ntaganda dans l’armée congolaise en est un bel exemple. Mais, le mois dernier, on a assisté à un virage à 180 degrés. Le 11 juin, James Entwistle, l’ambassadeur américain au Congo, s’est rendu en visite à Goma dans le Nord-Kivu. Radio Okapi a alors annoncé que, selon Entwistle, le Congo a le droit « d’anéantir le M23 ».
Le président rwandais Paul Kagame, qui se sent quelque peu trahi par son grand allié, a déclaré amèrement le 19 juin lors d’une conférence de presse: « Avant les élections présidentielles, ils ont cherché à tout prix un moyen de se débarrasser de Kabila, soit via les élections, soit autrement. Finalement, Kabila a été élu et, quels que soient les résultats des élections, ils ont compris qu’ils devaient faire avec. Plus tard, ils sont revenus me voir pour me dire qu’ils voulaient arrêter Ntaganda, mais que pour cela ils avaient besoin de l’accord du Rwanda… A présent, ils nous accusent d’être responsables de cette situation ! »
Les gouvernements occidentaux font croire que seuls la paix, une bonne administration, des élections démocratiques et le respect des droits de l’homme les intéressent. Or dans son discours, Kagame a levé le voile sur le véritable agenda de ces gouvernements. Avant les élections, les Occidentaux – et probablement des diplomates américains – voulaient l’impliquer dans un plan visant à évincer Kabila lors des élections. C’est là le respect qu’ils ont envers la démocratie et la volonté du peuple congolais. Mais, lorsque ce plan a échoué, ils ont sollicité la collaboration de Kagame pour raviver, via l’arrestation de Ntaganda, les conflits ethniques dans l’est du Congo et, de cette manière, mettre Kabila dans l’embarras. Ce qui en dit long sur leur prétendu souci de mettre un terme aux souffrances du peuple congolais. En réalité, tout ce qui compte pour eux, c’est de pouvoir accroître leur contrôle sur le Congo et empêcher le pays de suivre sa propre voie et ce, malgré tous les beaux termes employés.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
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