Le roman de la Conférence Départementale de Paris
Le roman de la Conférence Départementale de Paris
INTRODUCTION
La conférence départementale de la Fédération de Paris préparatoire au 34e Congrès du Parti Communiste Français s'est ouverte le vendredi 28 novembre 2008 à 19h au siège du Conseil National du PCF. Plus d'une centaine de délégués y étaient présents, représentant les vingt arrondissements de Paris ainsi que les sections d'entreprises. Le discours introductif du Secrétaire Départemental sortant, Patrice Bessac, introduisit les débats, en défendant le bilan pourtant peu défendable de la direction du PCF depuis le 33e Congrès, et en faisant la promotion du choix exprimé par la Base Commune de discussion : garder le PCF en le transformant. J'ai personnellement relevé ce qui, à mon avis, fonde une grande part des erreurs stratégiques du PCF depuis la dernière période : l'interprétation du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Celle-ci postule deux axiomes : 1. le "non" était pro-Européen ; 2. le rassemblement opéré à l'époque était fécond, puisqu'il a débouché sur un "Non" de gauche majoritaire. Du premier principe découle (et les élections européennes à venir vont accentuer cette tendance) la posture euro-constructive du PCF ; celle-ci ne découle certes pas du référendum, et en ce sens on peut supposer que l'interprétation du référendum a été biaisée par cet a priori. Nous constatons simplement que la victoire nette du "Non", en tant qu'événement politique de très grande portée, est utilisée pour minorer la volonté de souveraineté nationale (et bien entendu, la dimension relative à cet aspect dans le "Non" de 2005) dans le projet du PCF (services publics européens, refonte de la Banque Centrale Européenne, nouveau traité fondateur de l'UE, etc. ; Ian Brossat, dans le débat, confirmera cette idée, en niant que le problème de l'Union européenne soit sa forme, mais seulement son contenu) et sa démarche, en l'occurrence au sein du Parti de la Gauche Européenne. Cet aspect fait le lien avec le second principe, puisque la "Gauche" nous est servie à toutes les sauces, au motif que, malgré les échecs d'unions gouvernementales de celle-ci, le référendum, encore lui, a montré qu'elle pouvait s'unir et réussir. Mais encore une fois, cette interprétation a été biaisée par des pré-supposés stratégiques qui viennent de loin, la matrice d'union de la gauche dans laquelle se trouve encore le PCF (notamment dans les collectivités territoriales) ayant été forgée au début des années soixante-dix, avec certes des tours et des détours, mais toujours avec cette conviction que c'est réunie que la gauche peut réussir. Si, électoralement, cette assertion peut trouver confirmation, en revanche, idéologiquement et programmatiquement, cela n'est pas le cas. Et cela n'a jamais été le cas. Ainsi, depuis la présidentielle de 2002, nous avons eu la "Gauche populaire et citoyenne" aux régionales de 2004, l'affiche "Fiers d'être à gauche", la candidature de Marie-George Buffet sous les couleurs arc-en-ciel de la "Gauche populaire et citoyenne", les législatives qui se sont conclues par la création du groupe de la "Gauche Démocratique et Républicaine" en lieu et place du groupe communiste et républicain, sans oublier l'adhésion au Parti de la Gauche Européenne et l'inscription de nos députés européens au sein du groupe de la "Gauche Unitaire Européenne - Gauche Verte Nordique". La gauche (dont la demande de définition a fait, après beaucoup d'insistance de la part de la section du 11e, l'objet d'une demande de définition) semble donc être un terrain politique plus propice que le communisme et le PCF ; elle remplace en outre tout travail sociologique de classe, en ce sens qu'il existerait non plus des travailleurs et des capitalistes, mais des gens de gauche et des gens de droite auxquels on ne s'adresse pas, même si ce sont des travailleurs. On se demande bien alors pourquoi les élections ne donnent jamais le même résultat !
PARTIE I - Les amendements sur le texte de base commune
Passée l'explication des présupposés politiques sur lesquels la direction du Parti fonde ses analyses et ce qu'il faut bien appeler son action, nous pouvons entrer dans le vif du sujet de la conférence départementale de Paris. Emmanuel Dang-Tran doit demander à figurer au bureau de la conférence pour en être membre. Après une discussion générale le vendredi soir, les travaux commencent le samedi matin avec l'examen du texte et des amendements qui lui sont proposés par les sections. Le fonctionnement est celui, classique, où la Commission du texte, présidée par Véronique Sandoval, conseillère régionale, qui présidait déjà la Commission des débats préalable au vote sur le choix du texte de Base Commune, propose les amendements à adopter. Elle précise que la Commission n'a examiné que les amendements retenus par les sections, bien que tous lui aient été transmis, et que les titres ne peuvent faire l'objet de modifications. Dans l'introduction, elle exprime l'avis défavorable de la Commission, réduit en fait à son avis personnel, sur un amendement proposant de réaffirmer, dès le départ, l'existence du PCF, au motif que celle-ci est réaffirmée mille lignes plus loin... Il se confirme que le texte est bien inamendable, plusieurs amendements étant refusés par la Commission au motif qu'ils créent une incohérence avec un autre passage du texte. Ainsi en fut-il de la "crise du communisme" que plusieurs camarades contestaient ; la direction et la Commission, ouvertement favorables aux effacements identitaires, n'avaient en effet aucune raison de biffer cela, car cela sapperait les fondements de leur idéologie. Par ailleurs, le Parti semble faire sienne la conception mondialiste de la planète, adoptant la conception de "l'unicité du monde" (que n'aurait probablement pas rejeté non plus les auteurs de l'affiche fameuse "Trois couleurs, un empire"), de la "communauté de destins" des humains, c'est-à-dire, en cohérence avec l'adhésion à l'Europe supranationale, le refus de la souveraineté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cela part très certainement d'un excellent sentiment, doublé d'une réelle sympathie pour le mouvement altermondialiste. Bien que passé de mode en tant que force, ses idées ont manifestement beaucoup influencé les forces dites de progrès. En effet, faisant le constat, réel, que le capitalisme est mondial, et que la Terre est une, que les dangers qui menacent l'existence du genre humain ne sont pas seulement ceux d'une partie de l'humanité, mais ceux de toute celle-ci, ils en concluent, de façon selon moi un peu imprudente, que la réponse, certes mondiale, ne peut se faire qu'en considérant comme cadre politique que "le monde", et pas l'union de nations libres et souveraines. La présidente de la Commission présente le brassage des cultures comme "une chance", sans s'apercevoir que le rapport de forces, économique ou militaire, entre les culures, conduit à une " <<occidentalisation>> du monde", ce que le texte semble déceler pourtant. Les valeurs dites "universelles" d'émancipation humaine sont décrites comme en recul, sans que soit abordée la question de leur origine culurelle ; ces valeurs sont ainsi, en général, des valeurs, certes très louables, mais uniquement issues de la culture occidentale, que l'occident a déclaré universelles sans demander aux autres cultures leur avis quant à leur élaboration. De façon confuse et contradictoire, le texte déplore le recul de la reconnaissance de la diversité culturelle (auquel doit conduire pourtant la thèse du mondialisme, fût-il "alter") ainsi que de celle d'une "communauté de destin [sans "s"] pour des avancées communes de civilisation [toujours sans "s"]". Ainsi donc, selon la Fédération de Paris du PCF, le monde doit être conçu selon un seul et même modèle, aboutissant à une seule civilisation. Ce développement est un peu long, mais est un exemple typique de l'idéologie dégoulinante de bons sentiments qui chahute les consciences des dirigeants du Parti. Outre son inconsistance, ce désert, pour reprendre l'expression fort à propos d'un camarade du 20e, aboutit à des postures extrêmement contestables, et on en retrouve les marques dans l'analyse de la société (qui ne se fonde aucunement ni sur le marxisme, ni sur une philosophie matérialiste, conduisant par exemple Patrice Bessac à proclamer que ce sont les idées qui changent le monde).
Une belle victoire de la base contre la direction fut l'adoption d'un amendement, par 57 voix contre 53, exprimant notre solidarité avec les expériences socialistes d'Amérique du Sud, en particulier avec Cuba, qualifiée de référence pour ce continent. Toute la tribune a voté contre, et à ma gauche, des représentants de la JC, qui pourtant organisent un voyage dit de solidarité à Cuba très prochainement, ont hurlé au retour 30 ans en arrière.
Sur la partie concernant le projet, il n'y a eu que des généralités. Le "désert", comme déjà évoqué, qui ne dit rien de plus que ce que disent les verts ou la sociale-démocratie. Un bon débat s'est levé dans la partie "Unité des exploités et des dominés", toujours sur l'articulation entre luttes sociales et sociétales, que certaines voudraient mettre à égalité. Ce n'est pas une question facile, certes. Mais faire l'apologie de Barack Obama, comme ce fut le cas pour plusieurs intervenants, au prétexte de la couleur de sa peau, alors que les mesures politiques qu'il préconise d'une part, et que, d'autre part, déjà Condoleeza Rice et Colin Powell étaient, bien que Noirs de peau, à la tête d'administrations sous la présidence ultra-conservatrice de George Bush, n'est pas sérieux. Cela conduit à faire sienne, et d'ailleurs c'est le cas, tout le discours dominant sur la diversité ou la parité à l'extrême. Il est bien vrai que la place des citoyens héritiers de l'immigration et des femmes dans les lieux de pouvoirs est une question d'importance ; mais s'imaginer que la parité, en ce qui concerne l'égalité hommes-femmes, ou l'élection d'un Noir à la présidence de la plus grande puissance impérialiste, changent le fond des choses, alors est une preuve d'une bien faible profondeur de vue, et une exposition à de graves désillusions. Surtout, en mettant sur le même plan lutte contre l'exploitation de classe et lutte contre les dominations sociétales (pour faire simple), je crois qu'on omet d'articuler en fait ces luttes, comme un bras et une jambe sont articulés autour de la colonne vertébrale. Celle-ci serait la lutte de classe, dans mon esprit, les luttes sociétales les membres. L'analogie me paraît intéressante : sans colonne vertébrale, on est un mollusque, et malgré les bras et les jambes, ceux-ci ne peuvent agir ; mais sans membres, on est cul-de-jatte, unijambiste, manchot...
On peut se féliciter de l'ajout concernant la renationalisation et la fusion d'EDF-GDF. Mais sinon, le reste est un catalogue de bonnes intentions, très louables, très humanistes, mais sans vraiment de spécificité communiste. Surtout, quand des amendements ont été présentés pour préciser le contenu de cette partie, la Commission les a repoussés au motif qu'il s'agissait, soit-disant, d'éléments du programme. Il paraît clair que, dans l'optique de la dilution du PCF, il ferait tache de mettre des éléments saillants relevant de ses revendications et de son projet dans un texte de Congrès. Un tel flou participe de la liquidation de l'intérieur du PCF.
Sur l'Europe, un excellent amendement du 12e énonçant les différentes possibilités sur la question (une fédération, une confédération, ou un cadre pour des coopérations sur projets) a été repoussé, notamment suite à l'intervention déjà évoquée de Ian Brossat. En gros, le problème de l'Union européenne ne serait pas sa forme, mais seulement son contenu, alors que, précisément, c'est la forme de l'Union européenne, tendant au fédéralisme, qui empêche l'émancipation des peuples en les privant de leur souveraineté nationale (le corrolaire de l'intégration européenne est, en France, la décentralisation). Par conséquent, un contenu même social, de l'Union européenne, empêchera toujours la liberté des peuples d'Europe. L'existence d'une nation européenne sur laquelle fonder un cadre politique institutionnel, un Etat, est une pure fiction. Le modèle n'est absolument pas celui d'une union de nations souveraines et libres, mais un cadre contraignant imposant les mêmes règles à des peuples différents, aux histoires différentes, aux structures économiques différentes, visant à une uniformisation, au départ économique, mais également juridique (quant on sait les différentes origines du droit en Europe, cela pose de graves questions), puis culturelle. Dans le même chapitre, sur le projet, on trouve le sempiternel refrain sur des "constructions majoritaires" à gauche... Patrice Cohen-Seat a déposé un amendement, très long, donnant une véritable feuille de route en vue des élections européennes. L'auteur sentant vraiment trop le soufre, au regard de ses prises de positions quant à l'avenir du Parti et de l'occasion que présentent les élections européennes dans cette perspective, l'amendement a été repoussé. Toujours sur les élections européennes, il a été souligné que la décision du Conseil national, prise dans la précipitation avant le Congrès, était particulièrement discutable, mais la direction est restée impassible. Il faut souligner que la présidence associée aux travaux sur cette partie, assumée par la sénatrice Nicole Borvo, fut de loin la plus empreinte de mépris pour les militants qui ne sont pas en odeurs de sainteté à ses yeux : camarades nommés uniquement par leur nom de famille, ennui flagrant manifesté face aux interventions de ses adversaires, coupures systématiques de certains (dont, comme par hasard, les quelques communistes parisiens à l'accent étranger) contrastant avec des largesses de temps de parole excessives accordées à ses amis, etc.
Enfin, la troisième partie, où l'on trouvait la mention du PCF. Reléguée très loin... Cette partie mentionne le maintien du PCF, mais dans le cadre de "transformations", sans que soit précisées lesquelles ni les modalités de leur choix ni de leur application. La "métamorphose", signifiant la transformation d'un homme en animal comme l'a rappelé une déléguée du 10e, a été retirée. L'on apprit par ailleurs que le communisme est toujours vu comme un "mouvement" et non un projet de société (ce qui explique en outre l'acharnement à se poser d'abord la question des alliances et seulement ensuite celle du contenu). La confusion du texte fut encore aggravée par l'adoption d'amendements relatifs au projet, extrêmement flous et sans contenu intéressant montrant la spécificité communiste. Une camarade proposa de rayer tout un paragraphe qui ressassait l'autoflagellation sur le poids de l'histoire. Alors que l'amendement n'a pas été retenu, la présidente de la commission sortit de ses gonds en critiquant le fait que la Conférence de Paris "bétonnait" les ouvertures nécessaires aux "transformations". Quel cri du coeur ! La volonté de lire l'histoire de façon intelligente, c'est à dire nuancée, ne figure manifestement pas aux tableau des objectifs de la direction du Parti, qui fait sienne l'analyse dominante sur les "valises de plomb" que constituerait l'expérience communiste du XXe siècle, dont l'URSS fut le centre, mais qu'on ne saurait ni caricaturer, ni réduire à elle seule. Le paragraphe "Une force ouverte et renouvelée" fit l'objet de débats finalement très révélateurs. Yves Dimicoli en souligna la banalité et, avec Catherine Mills, rappela que l'on ne naît pas communiste, mais qu'on le devient. Pour ma part, j'ai exprimé une idée similaire en voyant dans le texte tel qu'initialement rédigé le refus de construire une culture commune, la culture communiste. Alors que Patrice Bessac proposa un ajout allant exactement dans ce sens, des critiques acerbes fusèrent de la part des tenants du texte initial, comme Jean-François Gau, qui y vit un détournement du sens de la base commune, à un endroit stratégique de celle-ci. Un autre amendement, proposant de se tourner vers les anciens adhérents, fut adopté ; mais très sincèrement, avec la ligne actuelle, on se demande bien pourquoi ils reviendraient... A la toute fin du document, et alors qu'aucune section n'avait proposé ça, la Commission adjoint un amendement proposant qu'une commission nationale soit nommée après le Congrès pour définir les transformations à opérer dans le PCF. Si une telle décision est finalement adoptée, il est très vraisemblable qu'elle réalise encore l'équilibre des sensibilités au sein de la direction, et qu'il n'en sorte rien, préparant le terrain à une nouvelle paralysie, c'est à dire l'affaiblissement du Parti. Un camarade du 12e fit adopter, contre la direction qui trouvait cela inutile et redondant (alors que, si cette question était réellement sans importance, elle aurait pu se contenter d'un pour sans conviction, ou d'une abstention), un voeu réaffirmant la volonté de ne pas voir le PCF changer de nom.
Avant le vote final, Jean-François puis Gabriel Gau ont pris la parole pour, en substance, déplorer les amendements "régressifs" adoptés par la Conférence et le fils de son père a mis en garde l'assemblée contre les déceptions qui pourraient survenir de tels choix, laissant présager, selon lui, de nombreux départs de communistes vers le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.
Le texte final amendé fut adopté par 109 voix pour, 19 contre, 21 abstentions.
PARTIE II - La discussion financière
Très rapidement, au regard des autres discussions, le Président de la Commission de contrôle financier présenta le bilan des exercices des années écoulées depuis le 33e Congrès. On apprit à cette occasion que la situation financière du XVe arrondissement, en délicatesse avec la Fédération, était désormais complètement normalisée. On apprit également que la Fédération allait déménager pour occuper un demi-étage du siège national, Place du Colonel Fabien. On n'apprit rien en revanche sur les personnes salariées de la Fédération ni sur le statut de Ian Brossat.
PARTIE III - Le choix des directions et des délégations
La discussion a ensuite porté sur le choix des camarades proposés pour siéger au Conseil départemental. Il semblerait que la discussion ait été conflictuelle au sein de la commission chargée de faire des propositions sur le sujet, présidée par Ian Brossat. Car en effet, la ligne adoptée consistait à élaguer très largement ce qui n'avait pas soutenu le texte 1 au moment du vote. Dans la proposition de la Commission, ne restaient que trois camarades signataires du texte 3, sur 78 noms. Emmanuel Dang-Tran proposa d'en ajouter huit, sans succès. Les trois camarades rescapés annoncèrent alors leur retrait, au profit du dépôt d'une liste alternative, préparée en amont au regard des éléments qui avaient transpiré de la commission. Au final, certes, la liste de la direction fut élue (108 voix pour), mais la liste alternative atteint 24 voix et 14 élus, soit 3 de plus que si la direction avait accepté sans discuter la proposition d'Emmanuel (5 blancs et nuls).
Vint alors la discussion, qui s'avéra très longue, des noms à proposer pour le Conseil national. La politique choisie fut claire : on garde tous ceux qui se représentent (uniquement parmi ceux élus sur la liste de la direction lors du dernier Congrès), et on en ajoute quelques-uns. Du coup, les élus de la liste alternative en furent exclus, mais les liquidateurs revendiqués y furent maintenus. Des critiques récurrentes revinrent contre la candidature de Patrice Cohen-Seat, et dans une moindre mesure Nicole Borvo, Gérard Mazet, Gérald Briant, voire, de façon injustifiée, Yves Dimicoli. Pour les quatre premiers, leur efficacité politique, plus que leurs récentes prises de position, furent critiqués. Les bonnes âmes du groupe dirigeant, avec force sanglots dans la voix, exprimèrent toute leur gratitude envers tantôt l'un, tantôt l'autre, louèrent la diversité, envoyèrent un message d'amitié à ceux qui se retiraient du CN, lesquels invitaient même leur adversaire d'hier à prendre le thé pour se faire expliquer les Fonds régionaux pour l'Emploi et la Formation. La grande réconciliation du groupe dirigeant avait lieu là, devant nous, nos yeux mouillés d'émotion se retenant à peine de verser une larme. En réalité, il s'agissait seulement pour eux de consolider le terrain du face à face auquel ils se livrent dans les couloirs de la direction et lors des réunions du CN. Mais de diversité, il ne pouvait, en réalité, en exister en dehors des soutiens du texte 1, ou de ceux qui, ayant soutenu un autre texte, s'y étaient ralliés en fin de compte. La candidature de Marine Roussillon fut évoquée plusieurs fois, et plusieurs camarades se sont interrogés sur les raisons du refus de la commission de l'intégrer à la liste des proposés. Il semblerait que sa candidature posait la question d'une camarade manifestement trop critique et pas assez dans le moule de la diversité tolérée. Un camarade, très remonté contre ceux qui avaient pris position pour un changement de nom du Parti, proposa leur départ du PCF en brandissant l'article de journal annonçant la décision de Robert Hue de quitter le CN du Parti, ce qui nous valut une sortie énergique de Patrice Bessac, en pâtre chargé de protéger ses appuis de la direction.
Le vote n'était cette fois pas bloqué, et permettait le panachage, ce dont je ne me suis pas privé d'user, en ajoutant les noms d'Emmanuel Dang-Tran, de Claude Fainzang, de Marine Roussillon, de Pasquale Noizet, et en retirant ceux de Patrice Cohen-Seat, de Gérard Mazet, de Gérald Briant, de Ian Brossat, de Nicole Borvo, Véronique Sandoval... Ma mémoire m'échappe sur les autres noms que j'ai pu ajouter ou retirer, mais il me semble avoir fait le tour...
Enfin, la délégation au Congrès fit l'objet d'une sélection enfin pluraliste de la part de la Commission, même si les proportions des signataires des différents textes ne reflètent toujours pas les suffrages obtenus. La liste fut adoptée par un vote à la main levée.
CONCLUSION
Pendant cette conférence départementale, j'ai eu souvent cette question à l'esprit : "Mais qu'est-ce que je fais là ?" La façon dont les débats étaient menés et orientés, le contenu des amendements retenus, les méthodes de sélection des camarades pour les différentes directions ou délégations m'ont interrogé. J'ajoute que ce n'est pas par plaisir que l'on est élu sur une liste alternative. Cela ne poserait pas de problème si la décision de ne pas faire partie de la liste commune avait été la nôtre. Mais non seulement ce furent les dirigeants qui la prirent, mais en plus ils refusèrent la conciliation proposée par Emmanuel, ce qui finalement se retourna contre eux, car leur objectif était de resserrer le Conseil départemental (objectif non atteint) autour de la direction (objectif encore non atteint puisque la liste alternative a obtenu plus d'élus par le vote que même ce qu'Emmanuel proposait par la négociation). J'espère simplement que la stigmatisation dont nous avons fait l'objet avant le vote ne se poursuivra pas après, et que nous pourrons avoir toute notre place au Conseil départemental. Si ce n'est pas le cas, je prendrai mes responsabilités en toute conscience.
Article écrit par J. Chenal, délégué du 19e arrondissement
INTRODUCTION
La conférence départementale de la Fédération de Paris préparatoire au 34e Congrès du Parti Communiste Français s'est ouverte le vendredi 28 novembre 2008 à 19h au siège du Conseil National du PCF. Plus d'une centaine de délégués y étaient présents, représentant les vingt arrondissements de Paris ainsi que les sections d'entreprises. Le discours introductif du Secrétaire Départemental sortant, Patrice Bessac, introduisit les débats, en défendant le bilan pourtant peu défendable de la direction du PCF depuis le 33e Congrès, et en faisant la promotion du choix exprimé par la Base Commune de discussion : garder le PCF en le transformant. J'ai personnellement relevé ce qui, à mon avis, fonde une grande part des erreurs stratégiques du PCF depuis la dernière période : l'interprétation du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Celle-ci postule deux axiomes : 1. le "non" était pro-Européen ; 2. le rassemblement opéré à l'époque était fécond, puisqu'il a débouché sur un "Non" de gauche majoritaire. Du premier principe découle (et les élections européennes à venir vont accentuer cette tendance) la posture euro-constructive du PCF ; celle-ci ne découle certes pas du référendum, et en ce sens on peut supposer que l'interprétation du référendum a été biaisée par cet a priori. Nous constatons simplement que la victoire nette du "Non", en tant qu'événement politique de très grande portée, est utilisée pour minorer la volonté de souveraineté nationale (et bien entendu, la dimension relative à cet aspect dans le "Non" de 2005) dans le projet du PCF (services publics européens, refonte de la Banque Centrale Européenne, nouveau traité fondateur de l'UE, etc. ; Ian Brossat, dans le débat, confirmera cette idée, en niant que le problème de l'Union européenne soit sa forme, mais seulement son contenu) et sa démarche, en l'occurrence au sein du Parti de la Gauche Européenne. Cet aspect fait le lien avec le second principe, puisque la "Gauche" nous est servie à toutes les sauces, au motif que, malgré les échecs d'unions gouvernementales de celle-ci, le référendum, encore lui, a montré qu'elle pouvait s'unir et réussir. Mais encore une fois, cette interprétation a été biaisée par des pré-supposés stratégiques qui viennent de loin, la matrice d'union de la gauche dans laquelle se trouve encore le PCF (notamment dans les collectivités territoriales) ayant été forgée au début des années soixante-dix, avec certes des tours et des détours, mais toujours avec cette conviction que c'est réunie que la gauche peut réussir. Si, électoralement, cette assertion peut trouver confirmation, en revanche, idéologiquement et programmatiquement, cela n'est pas le cas. Et cela n'a jamais été le cas. Ainsi, depuis la présidentielle de 2002, nous avons eu la "Gauche populaire et citoyenne" aux régionales de 2004, l'affiche "Fiers d'être à gauche", la candidature de Marie-George Buffet sous les couleurs arc-en-ciel de la "Gauche populaire et citoyenne", les législatives qui se sont conclues par la création du groupe de la "Gauche Démocratique et Républicaine" en lieu et place du groupe communiste et républicain, sans oublier l'adhésion au Parti de la Gauche Européenne et l'inscription de nos députés européens au sein du groupe de la "Gauche Unitaire Européenne - Gauche Verte Nordique". La gauche (dont la demande de définition a fait, après beaucoup d'insistance de la part de la section du 11e, l'objet d'une demande de définition) semble donc être un terrain politique plus propice que le communisme et le PCF ; elle remplace en outre tout travail sociologique de classe, en ce sens qu'il existerait non plus des travailleurs et des capitalistes, mais des gens de gauche et des gens de droite auxquels on ne s'adresse pas, même si ce sont des travailleurs. On se demande bien alors pourquoi les élections ne donnent jamais le même résultat !
PARTIE I - Les amendements sur le texte de base commune
Passée l'explication des présupposés politiques sur lesquels la direction du Parti fonde ses analyses et ce qu'il faut bien appeler son action, nous pouvons entrer dans le vif du sujet de la conférence départementale de Paris. Emmanuel Dang-Tran doit demander à figurer au bureau de la conférence pour en être membre. Après une discussion générale le vendredi soir, les travaux commencent le samedi matin avec l'examen du texte et des amendements qui lui sont proposés par les sections. Le fonctionnement est celui, classique, où la Commission du texte, présidée par Véronique Sandoval, conseillère régionale, qui présidait déjà la Commission des débats préalable au vote sur le choix du texte de Base Commune, propose les amendements à adopter. Elle précise que la Commission n'a examiné que les amendements retenus par les sections, bien que tous lui aient été transmis, et que les titres ne peuvent faire l'objet de modifications. Dans l'introduction, elle exprime l'avis défavorable de la Commission, réduit en fait à son avis personnel, sur un amendement proposant de réaffirmer, dès le départ, l'existence du PCF, au motif que celle-ci est réaffirmée mille lignes plus loin... Il se confirme que le texte est bien inamendable, plusieurs amendements étant refusés par la Commission au motif qu'ils créent une incohérence avec un autre passage du texte. Ainsi en fut-il de la "crise du communisme" que plusieurs camarades contestaient ; la direction et la Commission, ouvertement favorables aux effacements identitaires, n'avaient en effet aucune raison de biffer cela, car cela sapperait les fondements de leur idéologie. Par ailleurs, le Parti semble faire sienne la conception mondialiste de la planète, adoptant la conception de "l'unicité du monde" (que n'aurait probablement pas rejeté non plus les auteurs de l'affiche fameuse "Trois couleurs, un empire"), de la "communauté de destins" des humains, c'est-à-dire, en cohérence avec l'adhésion à l'Europe supranationale, le refus de la souveraineté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cela part très certainement d'un excellent sentiment, doublé d'une réelle sympathie pour le mouvement altermondialiste. Bien que passé de mode en tant que force, ses idées ont manifestement beaucoup influencé les forces dites de progrès. En effet, faisant le constat, réel, que le capitalisme est mondial, et que la Terre est une, que les dangers qui menacent l'existence du genre humain ne sont pas seulement ceux d'une partie de l'humanité, mais ceux de toute celle-ci, ils en concluent, de façon selon moi un peu imprudente, que la réponse, certes mondiale, ne peut se faire qu'en considérant comme cadre politique que "le monde", et pas l'union de nations libres et souveraines. La présidente de la Commission présente le brassage des cultures comme "une chance", sans s'apercevoir que le rapport de forces, économique ou militaire, entre les culures, conduit à une " <<occidentalisation>> du monde", ce que le texte semble déceler pourtant. Les valeurs dites "universelles" d'émancipation humaine sont décrites comme en recul, sans que soit abordée la question de leur origine culurelle ; ces valeurs sont ainsi, en général, des valeurs, certes très louables, mais uniquement issues de la culture occidentale, que l'occident a déclaré universelles sans demander aux autres cultures leur avis quant à leur élaboration. De façon confuse et contradictoire, le texte déplore le recul de la reconnaissance de la diversité culturelle (auquel doit conduire pourtant la thèse du mondialisme, fût-il "alter") ainsi que de celle d'une "communauté de destin [sans "s"] pour des avancées communes de civilisation [toujours sans "s"]". Ainsi donc, selon la Fédération de Paris du PCF, le monde doit être conçu selon un seul et même modèle, aboutissant à une seule civilisation. Ce développement est un peu long, mais est un exemple typique de l'idéologie dégoulinante de bons sentiments qui chahute les consciences des dirigeants du Parti. Outre son inconsistance, ce désert, pour reprendre l'expression fort à propos d'un camarade du 20e, aboutit à des postures extrêmement contestables, et on en retrouve les marques dans l'analyse de la société (qui ne se fonde aucunement ni sur le marxisme, ni sur une philosophie matérialiste, conduisant par exemple Patrice Bessac à proclamer que ce sont les idées qui changent le monde).
Une belle victoire de la base contre la direction fut l'adoption d'un amendement, par 57 voix contre 53, exprimant notre solidarité avec les expériences socialistes d'Amérique du Sud, en particulier avec Cuba, qualifiée de référence pour ce continent. Toute la tribune a voté contre, et à ma gauche, des représentants de la JC, qui pourtant organisent un voyage dit de solidarité à Cuba très prochainement, ont hurlé au retour 30 ans en arrière.
Sur la partie concernant le projet, il n'y a eu que des généralités. Le "désert", comme déjà évoqué, qui ne dit rien de plus que ce que disent les verts ou la sociale-démocratie. Un bon débat s'est levé dans la partie "Unité des exploités et des dominés", toujours sur l'articulation entre luttes sociales et sociétales, que certaines voudraient mettre à égalité. Ce n'est pas une question facile, certes. Mais faire l'apologie de Barack Obama, comme ce fut le cas pour plusieurs intervenants, au prétexte de la couleur de sa peau, alors que les mesures politiques qu'il préconise d'une part, et que, d'autre part, déjà Condoleeza Rice et Colin Powell étaient, bien que Noirs de peau, à la tête d'administrations sous la présidence ultra-conservatrice de George Bush, n'est pas sérieux. Cela conduit à faire sienne, et d'ailleurs c'est le cas, tout le discours dominant sur la diversité ou la parité à l'extrême. Il est bien vrai que la place des citoyens héritiers de l'immigration et des femmes dans les lieux de pouvoirs est une question d'importance ; mais s'imaginer que la parité, en ce qui concerne l'égalité hommes-femmes, ou l'élection d'un Noir à la présidence de la plus grande puissance impérialiste, changent le fond des choses, alors est une preuve d'une bien faible profondeur de vue, et une exposition à de graves désillusions. Surtout, en mettant sur le même plan lutte contre l'exploitation de classe et lutte contre les dominations sociétales (pour faire simple), je crois qu'on omet d'articuler en fait ces luttes, comme un bras et une jambe sont articulés autour de la colonne vertébrale. Celle-ci serait la lutte de classe, dans mon esprit, les luttes sociétales les membres. L'analogie me paraît intéressante : sans colonne vertébrale, on est un mollusque, et malgré les bras et les jambes, ceux-ci ne peuvent agir ; mais sans membres, on est cul-de-jatte, unijambiste, manchot...
On peut se féliciter de l'ajout concernant la renationalisation et la fusion d'EDF-GDF. Mais sinon, le reste est un catalogue de bonnes intentions, très louables, très humanistes, mais sans vraiment de spécificité communiste. Surtout, quand des amendements ont été présentés pour préciser le contenu de cette partie, la Commission les a repoussés au motif qu'il s'agissait, soit-disant, d'éléments du programme. Il paraît clair que, dans l'optique de la dilution du PCF, il ferait tache de mettre des éléments saillants relevant de ses revendications et de son projet dans un texte de Congrès. Un tel flou participe de la liquidation de l'intérieur du PCF.
Sur l'Europe, un excellent amendement du 12e énonçant les différentes possibilités sur la question (une fédération, une confédération, ou un cadre pour des coopérations sur projets) a été repoussé, notamment suite à l'intervention déjà évoquée de Ian Brossat. En gros, le problème de l'Union européenne ne serait pas sa forme, mais seulement son contenu, alors que, précisément, c'est la forme de l'Union européenne, tendant au fédéralisme, qui empêche l'émancipation des peuples en les privant de leur souveraineté nationale (le corrolaire de l'intégration européenne est, en France, la décentralisation). Par conséquent, un contenu même social, de l'Union européenne, empêchera toujours la liberté des peuples d'Europe. L'existence d'une nation européenne sur laquelle fonder un cadre politique institutionnel, un Etat, est une pure fiction. Le modèle n'est absolument pas celui d'une union de nations souveraines et libres, mais un cadre contraignant imposant les mêmes règles à des peuples différents, aux histoires différentes, aux structures économiques différentes, visant à une uniformisation, au départ économique, mais également juridique (quant on sait les différentes origines du droit en Europe, cela pose de graves questions), puis culturelle. Dans le même chapitre, sur le projet, on trouve le sempiternel refrain sur des "constructions majoritaires" à gauche... Patrice Cohen-Seat a déposé un amendement, très long, donnant une véritable feuille de route en vue des élections européennes. L'auteur sentant vraiment trop le soufre, au regard de ses prises de positions quant à l'avenir du Parti et de l'occasion que présentent les élections européennes dans cette perspective, l'amendement a été repoussé. Toujours sur les élections européennes, il a été souligné que la décision du Conseil national, prise dans la précipitation avant le Congrès, était particulièrement discutable, mais la direction est restée impassible. Il faut souligner que la présidence associée aux travaux sur cette partie, assumée par la sénatrice Nicole Borvo, fut de loin la plus empreinte de mépris pour les militants qui ne sont pas en odeurs de sainteté à ses yeux : camarades nommés uniquement par leur nom de famille, ennui flagrant manifesté face aux interventions de ses adversaires, coupures systématiques de certains (dont, comme par hasard, les quelques communistes parisiens à l'accent étranger) contrastant avec des largesses de temps de parole excessives accordées à ses amis, etc.
Enfin, la troisième partie, où l'on trouvait la mention du PCF. Reléguée très loin... Cette partie mentionne le maintien du PCF, mais dans le cadre de "transformations", sans que soit précisées lesquelles ni les modalités de leur choix ni de leur application. La "métamorphose", signifiant la transformation d'un homme en animal comme l'a rappelé une déléguée du 10e, a été retirée. L'on apprit par ailleurs que le communisme est toujours vu comme un "mouvement" et non un projet de société (ce qui explique en outre l'acharnement à se poser d'abord la question des alliances et seulement ensuite celle du contenu). La confusion du texte fut encore aggravée par l'adoption d'amendements relatifs au projet, extrêmement flous et sans contenu intéressant montrant la spécificité communiste. Une camarade proposa de rayer tout un paragraphe qui ressassait l'autoflagellation sur le poids de l'histoire. Alors que l'amendement n'a pas été retenu, la présidente de la commission sortit de ses gonds en critiquant le fait que la Conférence de Paris "bétonnait" les ouvertures nécessaires aux "transformations". Quel cri du coeur ! La volonté de lire l'histoire de façon intelligente, c'est à dire nuancée, ne figure manifestement pas aux tableau des objectifs de la direction du Parti, qui fait sienne l'analyse dominante sur les "valises de plomb" que constituerait l'expérience communiste du XXe siècle, dont l'URSS fut le centre, mais qu'on ne saurait ni caricaturer, ni réduire à elle seule. Le paragraphe "Une force ouverte et renouvelée" fit l'objet de débats finalement très révélateurs. Yves Dimicoli en souligna la banalité et, avec Catherine Mills, rappela que l'on ne naît pas communiste, mais qu'on le devient. Pour ma part, j'ai exprimé une idée similaire en voyant dans le texte tel qu'initialement rédigé le refus de construire une culture commune, la culture communiste. Alors que Patrice Bessac proposa un ajout allant exactement dans ce sens, des critiques acerbes fusèrent de la part des tenants du texte initial, comme Jean-François Gau, qui y vit un détournement du sens de la base commune, à un endroit stratégique de celle-ci. Un autre amendement, proposant de se tourner vers les anciens adhérents, fut adopté ; mais très sincèrement, avec la ligne actuelle, on se demande bien pourquoi ils reviendraient... A la toute fin du document, et alors qu'aucune section n'avait proposé ça, la Commission adjoint un amendement proposant qu'une commission nationale soit nommée après le Congrès pour définir les transformations à opérer dans le PCF. Si une telle décision est finalement adoptée, il est très vraisemblable qu'elle réalise encore l'équilibre des sensibilités au sein de la direction, et qu'il n'en sorte rien, préparant le terrain à une nouvelle paralysie, c'est à dire l'affaiblissement du Parti. Un camarade du 12e fit adopter, contre la direction qui trouvait cela inutile et redondant (alors que, si cette question était réellement sans importance, elle aurait pu se contenter d'un pour sans conviction, ou d'une abstention), un voeu réaffirmant la volonté de ne pas voir le PCF changer de nom.
Avant le vote final, Jean-François puis Gabriel Gau ont pris la parole pour, en substance, déplorer les amendements "régressifs" adoptés par la Conférence et le fils de son père a mis en garde l'assemblée contre les déceptions qui pourraient survenir de tels choix, laissant présager, selon lui, de nombreux départs de communistes vers le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.
Le texte final amendé fut adopté par 109 voix pour, 19 contre, 21 abstentions.
PARTIE II - La discussion financière
Très rapidement, au regard des autres discussions, le Président de la Commission de contrôle financier présenta le bilan des exercices des années écoulées depuis le 33e Congrès. On apprit à cette occasion que la situation financière du XVe arrondissement, en délicatesse avec la Fédération, était désormais complètement normalisée. On apprit également que la Fédération allait déménager pour occuper un demi-étage du siège national, Place du Colonel Fabien. On n'apprit rien en revanche sur les personnes salariées de la Fédération ni sur le statut de Ian Brossat.
PARTIE III - Le choix des directions et des délégations
La discussion a ensuite porté sur le choix des camarades proposés pour siéger au Conseil départemental. Il semblerait que la discussion ait été conflictuelle au sein de la commission chargée de faire des propositions sur le sujet, présidée par Ian Brossat. Car en effet, la ligne adoptée consistait à élaguer très largement ce qui n'avait pas soutenu le texte 1 au moment du vote. Dans la proposition de la Commission, ne restaient que trois camarades signataires du texte 3, sur 78 noms. Emmanuel Dang-Tran proposa d'en ajouter huit, sans succès. Les trois camarades rescapés annoncèrent alors leur retrait, au profit du dépôt d'une liste alternative, préparée en amont au regard des éléments qui avaient transpiré de la commission. Au final, certes, la liste de la direction fut élue (108 voix pour), mais la liste alternative atteint 24 voix et 14 élus, soit 3 de plus que si la direction avait accepté sans discuter la proposition d'Emmanuel (5 blancs et nuls).
Vint alors la discussion, qui s'avéra très longue, des noms à proposer pour le Conseil national. La politique choisie fut claire : on garde tous ceux qui se représentent (uniquement parmi ceux élus sur la liste de la direction lors du dernier Congrès), et on en ajoute quelques-uns. Du coup, les élus de la liste alternative en furent exclus, mais les liquidateurs revendiqués y furent maintenus. Des critiques récurrentes revinrent contre la candidature de Patrice Cohen-Seat, et dans une moindre mesure Nicole Borvo, Gérard Mazet, Gérald Briant, voire, de façon injustifiée, Yves Dimicoli. Pour les quatre premiers, leur efficacité politique, plus que leurs récentes prises de position, furent critiqués. Les bonnes âmes du groupe dirigeant, avec force sanglots dans la voix, exprimèrent toute leur gratitude envers tantôt l'un, tantôt l'autre, louèrent la diversité, envoyèrent un message d'amitié à ceux qui se retiraient du CN, lesquels invitaient même leur adversaire d'hier à prendre le thé pour se faire expliquer les Fonds régionaux pour l'Emploi et la Formation. La grande réconciliation du groupe dirigeant avait lieu là, devant nous, nos yeux mouillés d'émotion se retenant à peine de verser une larme. En réalité, il s'agissait seulement pour eux de consolider le terrain du face à face auquel ils se livrent dans les couloirs de la direction et lors des réunions du CN. Mais de diversité, il ne pouvait, en réalité, en exister en dehors des soutiens du texte 1, ou de ceux qui, ayant soutenu un autre texte, s'y étaient ralliés en fin de compte. La candidature de Marine Roussillon fut évoquée plusieurs fois, et plusieurs camarades se sont interrogés sur les raisons du refus de la commission de l'intégrer à la liste des proposés. Il semblerait que sa candidature posait la question d'une camarade manifestement trop critique et pas assez dans le moule de la diversité tolérée. Un camarade, très remonté contre ceux qui avaient pris position pour un changement de nom du Parti, proposa leur départ du PCF en brandissant l'article de journal annonçant la décision de Robert Hue de quitter le CN du Parti, ce qui nous valut une sortie énergique de Patrice Bessac, en pâtre chargé de protéger ses appuis de la direction.
Le vote n'était cette fois pas bloqué, et permettait le panachage, ce dont je ne me suis pas privé d'user, en ajoutant les noms d'Emmanuel Dang-Tran, de Claude Fainzang, de Marine Roussillon, de Pasquale Noizet, et en retirant ceux de Patrice Cohen-Seat, de Gérard Mazet, de Gérald Briant, de Ian Brossat, de Nicole Borvo, Véronique Sandoval... Ma mémoire m'échappe sur les autres noms que j'ai pu ajouter ou retirer, mais il me semble avoir fait le tour...
Enfin, la délégation au Congrès fit l'objet d'une sélection enfin pluraliste de la part de la Commission, même si les proportions des signataires des différents textes ne reflètent toujours pas les suffrages obtenus. La liste fut adoptée par un vote à la main levée.
CONCLUSION
Pendant cette conférence départementale, j'ai eu souvent cette question à l'esprit : "Mais qu'est-ce que je fais là ?" La façon dont les débats étaient menés et orientés, le contenu des amendements retenus, les méthodes de sélection des camarades pour les différentes directions ou délégations m'ont interrogé. J'ajoute que ce n'est pas par plaisir que l'on est élu sur une liste alternative. Cela ne poserait pas de problème si la décision de ne pas faire partie de la liste commune avait été la nôtre. Mais non seulement ce furent les dirigeants qui la prirent, mais en plus ils refusèrent la conciliation proposée par Emmanuel, ce qui finalement se retourna contre eux, car leur objectif était de resserrer le Conseil départemental (objectif non atteint) autour de la direction (objectif encore non atteint puisque la liste alternative a obtenu plus d'élus par le vote que même ce qu'Emmanuel proposait par la négociation). J'espère simplement que la stigmatisation dont nous avons fait l'objet avant le vote ne se poursuivra pas après, et que nous pourrons avoir toute notre place au Conseil départemental. Si ce n'est pas le cas, je prendrai mes responsabilités en toute conscience.
Article écrit par J. Chenal, délégué du 19e arrondissement
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