Lettre de R Hue à MG Buffet
1 Décembre 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Correspondance au PCF
Voici le texte de la lettre de démision du CN de RH, évoquée dans la presse hier. On constate qu'il cherche à présenter MGB comme un défenseur du communisme dans le PCF, et qu'il pense lui aussi à "faire un grand coup" sur la scène désormais très encombrée dela politique petite bourgeoise "à gauche" du PS. On note aussi l'aveu qu'il a lancé la mutation sans y croire lui-même. GQ 1/12/2008.
Origine du document : le cabinet d'André Gerin
Robert HUE 26 novembre 2008
à
Marie-George BUFFET
Chère Marie-George,
Tu as souhaité connaître ma décision quant à mon appartenance au Conseil national
du Parti Communiste à l'issue du 34e congrès.
Aujourd'hui, à la veille du congrès, je veux t'annoncer ma décision de quitter le
Conseil national du parti. Je mesure la gravité de ce choix politique, mûrement
réfléchi, compte-tenu que je fus, avant toi, secrétaire national puis président du parti.
Et, disons-le, jusqu'à ce jour cette pratique n'était pas dans nos traditions.
Il s'agit pour moi d'une question majeure. A travers ma réponse - au caractère
transparent et public - je veux sortir de mon silence pour te faire part de quelques
unes des réflexions qui fondent mon choix.
En retrait de la scène politique nationale ces dernières années, je n'ai pas souhaité,
tu le sais, intervenir sur les choix stratégiques du parti, leur mise en oeuvre, les
résultats qui en ont découlé, sans pour autant m'exonérer d'aucune réflexion
critique. Ni à propos de mon action, durant 9 ans, à la première responsabilité du
Parti communiste français et de l'effort de mutation que j'y avais engagé. Ni à propos
des enseignements des deux scrutins présidentiels, à l'occasion desquels j'ai eu
l'honneur d'être le candidat des communistes. Je pense à la remontée de notre
influence en 1995, avec 2 millions 600 000 voix et près de 9 %. Mais aussi à l'échec
douloureux de 2002, avec seulement 3,37 %. De ce dernier résultat, j'avais tiré
l'enseignement démocratique qui, me semble-t'il, s'imposait en m'éloignant de mes
fonctions politiques de premier plan, et en refusant d'organiser autour de ma
sensibilité, à l'intérieur ou hors du parti, une structure qui aurait rassemblé tout ceux
qui avaient soutenu mes efforts.
C'est pendant mes mandats que les communistes ont participé durant 5 années au
gouvernement de la France. La plus longue expérience gouvernementale de
communistes dans un pays occidental. Malgré les échecs de la gauche plurielle
auxquels il serait erroné d'attribuer une part démesurée de notre déclin électoral, je
reste convaincu que ce choix constructif était alors le plus conforme à notre
responsabilité historique, et que le bilan de nos ministres fut à bien des égards
positifs. Je pense, en outre, que l'échec de cette expérience n'était pas inéluctable.
Dès mon arrivée à la direction du parti - à peine 5 ans après l'effondrement du
soviétisme - j'ai proposé aux communistes français d'engager un immense effort de
mutation, c'est-à-dire une série de transformations profondes dans l'identité même
du parti. Cette véritable révolution dans notre culture visait non seulement à dégager
le communisme français de l'image soviétique d'un socialisme étatique et liberticide
et de son dramatique échec mais aussi, et surtout, à rompre avec la dogmatisation
stalinienne de nos pratiques, calquées sur la matrice bolchevique de 1920.
Cet effort de mutation entrepris à la fin des années quatre-vingt-dix - dont l'une des
faiblesses essentielles fut certainement d'être tiré « d'en haut » et marqué d'un
volontarisme excessif - s'est heurté de plein fouet à une culture communiste
enfermée, consciemment ou inconsciemment, dans un modèle politique inadapté et
conservateur. A cela s'est ajoutée sans aucun doute la confusion - délibérément
entretenue par certains - entre notre mutation et la politique de la gauche plurielle,
marquée de l'hégémonie socialiste.
Puis- je avouer, que mon volontarisme d'alors n'était que l'expression d'un sérieux
doute quant à la possibilité de réformer le P.C.F. ? N'était-il pas trop tard ? Ma
réponse aujourd'hui, si douloureuse soit-elle, est que ce doute était fondé.
Cela ne signifie pas à mes yeux - contrairement à ce qu'imaginent ou souhaitent
certains - la disparition imminente du parti communiste. Ce serait ignorer les
ressources humaines - certes affaiblies mais encore réelles - que constituent
l'immense richesse et les capacités d'action de ses militants et de ses élus. Mais la
visibilité et le crédit de la politique du parti communiste aux yeux des français se
heurtent malheureusement à l'impossibilité - que je crois désormais endogène - à
s'auto-transformer. A la lumière de la préparation du 34e congrès, je ne pense pas
que la forme actuelle du parti, pas plus que sa stratégie, soit la réponse appropriée
aux nouveaux besoins politiques qu'appelle la société française et, en son sein,
particulièrement les jeunes.
De même que, à propos du communisme, plutôt que de s'enfermer dans le
fétichisme d'un mot - et j'en fus - il faut tenir compte que ce mot a été
malheureusement souillé aux yeux des peuples par les erreurs et les horreurs
commises en son nom. Tout cela me semble réduire à néant, les possibilités offertes
au mouvement réel alors que, face à une crise du capitalisme sans précédent, les
alternatives de dépassement du système lui-même pourraient offrir des perspectives
crédibles.
Je crois qu'il est temps de revenir aux valeurs qui ont fondé l'idéal communiste. Et
que « l'hypothèse communiste » qu'évoquent certains se situe moins, en effet, dans
le mot communiste que dans les valeurs qui fondent l'hypothèse elle-même.
Chère Marie-Georges,
Tu peux comprendre que ma décision de ne plus appartenir au Conseil national du
PCF est l'expression de la distance politique qui, pour moi, s'est
progressivement creusée entre mon attachement à des valeurs de libération
humaine et d'action qui ont fondé mon engagement communiste - et auxquelles je
reste viscéralement attaché - et l'évolution du Parti communiste français
d'aujourd'hui telle qu'elle semble définitivement se figer dans la préparation du
congrès des jours prochains.
Bien sûr, l'explosion des inégalités et des injustices engendrées par la crise du
capitalisme contemporain appelle, sans délai, des actions concrètes et significatives.
Bien sûr, plus que jamais, l'heure est à agir pour faire reculer les souffrances des
plus pauvres, des couches moyennes et notamment des jeunes. Notre responsabilité
est grande surtout que, pour des millions de gens, les conflits d'ambitions
personnelles, les engagements non tenus par Nicolas SARKOZY et son
gouvernement, discréditent la politique, les partis politiques et leurs dirigeants, et font
douter de leur utilité pour changer la vie quotidienne, la société et le monde.
Face à cette situation, je ne peux pas me contenter d'une position d'observateur.
J'annoncerai donc, dans peu de temps, une initiative qui me donnera la possibilité de
poursuivre autrement et reprendre plus activement mon combat pour un monde plus
juste et plus humain.
Chère Marie-Georges, je suis convaincu que dans ce combat nous nous
retrouverons chacune et chacun dans la fidélité à nos convictions.
Je t'adresse mes sentiments les plus fraternels.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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