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Réveil Communiste

Une contribution : "la dialectique est une idée neuve"

31 Août 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Congrès du PCF depuis 2008

Un copain du XXème nous a fait parvenir cette contribution intéressante d'un camarade niçois(GQ 30 août 2008)

 

La dialectique reste une idée neuve

 

Tout titre a forcément une dimension réductrice mais peut aussi illustrer un fil conducteur.

 

Plutôt que de balayer l'ensemble des questions soulevées par le congrès à venir et le nombre important de contributions déjà publiées, je souhaite en aborder quelques-unes importantes à mes yeux en essayant de tenir ce fil. Et si j'ai choisi celui-là c'est qu'il me semble que sur un certain nombre de sujets essentiels, notre façon de procéder a été bien éloignée d'une pratique marxiste et dialectique car elle souffre encore bien trop d'une vision métaphysique pour ne pas dire plus.

 

J'en ressortirais quelques points majeurs tels que la question du projet, du modèle, de l'organisation, de la politique des alliances et du rapport à la société et au monde.

 

Sur la notion de projet tout d'abord, si le débat a pu être par le passé limité par une conception trop hiérarchique et trop exhaustive du projet communiste, fallait-il tomber pour autant dans une stigmatisation systématique de tout ce qui peut ressembler à la définition d'une perspective et des objectifs à atteindre ? Vouloir tout définir et ficeler à l'avance a certes nuit à la capacité d'intervention et d'enrichissement des militants, faut-il pour cela renoncer à affirmer des positions précises sur des questions fondamentales qui donnent à notre projet politique de société une visibilité claire quant à sa nature et à ses buts ?

 

Afficher sans ambages notre volonté d'en finir avec le capitalisme suppose aussi que l'on n'élude pas la question de l'appropriation collective des moyens de production, c'est-à-dire de leur socialisation au sens premier du terme, qui ne saurait se résumer à l'étatisation, même si dans certains cas cela a pu et peut encore être le cas. Surtout dans un contexte mondial où les états-nations peuvent encore constituer des pôles de résistance de la souveraineté des peuples par rapport à l'évolution transnationale et financière du capitalisme. L'Amérique Latine offre à cet égard quelques exemples riches d'enseignement ainsi que sur la question des processus d'intégration régionale par opposition à ce que représente aujourd'hui la réalité de la construction européenne.

 

Voilà qui soulève également la nécessité d'aborder de façon résolue la question d'un nouvel ordre international, du rôle de l'ONU et du Conseil de Sécurité ainsi que de sa composition, de la légitimité de l'OMC et des autres organismes financiers mondiaux tels que le FMI et la Banque mondiales dans leur mode de fonctionnement actuel et aussi de celle de l'OTAN.

 

Cela peut nous amener à évoquer la question du « modèle ». Si cette vision du « modèle » a pu, pendant une longue période historique donnée et précisément parce qu'elle était appréhendée de façon mécanique et métaphysique obérer durablement les capacités d'initiative et de créativité du mouvement communiste international, pourquoi être tombé dans une « diabolisation » permanente de tout ce qui peut représenter un repère, non seulement pour les militants mais surtout pour les peuples de notre planète, « diabolisation » qui n'est que le revers de la « sacralisation » qui a pu exister auparavant des expériences socialistes d'un moment historique donné  ? Cette « diabolisation » illustre aussi l'incapacité à défendre sur ces expériences passées une vision communiste propre qui s'affranchisse de la propagande menée sur ce sujet par la pensée dominante à partir d'une vision manichéenne qui alimente la thèse de « la fin de l'histoire ».

 

J'ai pu et je mesure, au gré de nombreux contacts avec des camarades d'autres pays que ceux situés dans la sphère occidentale, en particulier en Amérique Latine, l'importance qu'a pu revêtir pour eux et pour leurs peuples l'existence d'un repère comme Cuba qui leur rappelait chaque jour qu'un autre monde était possible et que l'on pouvait résister à la « toute puissance » de l'ordre impérialiste. Ceci tout en affirmant la spécificité propre de leurs expériences respectives, leur refus de toute reproduction mécanique mais avec une conscience aiguë, de par le prix très lourd qu'ils ont eu à payer, que la diversité des processus et des contextes n'était en rien antinomique de la communauté d'objectifs : Parce que l'ennemi est commun et que les intérêts des peuples le sont également ce qui nous rappelle également l'importance vitale d'une solidarité combattante et active envers ceux qui de par le monde se battent contre l'impérialisme.

 

Et ce n'est pas le fruit du hasard si c'est aujourd'hui en Amérique Latine qu'émerge dans le monde l'alternative la plus crédible à l'ordre dévastateur du capitalisme, même si cette émergence n'est pas exempte de contradictions et de difficultés.

 

Les débats relatifs aux modes et au type d'organisation illustrent également à mon sens cette dérive « métaphysique ». Plutôt que de procéder à une analyse réellement marxiste de ce qu'ont été nos pratiques d'organisation, nous avons préféré nous attacher à l'appellation bien trop contrôlée qui était censée résumer ces pratiques à savoir « le centralisme démocratique » pour en faire un « exorcisme », exercice bien peu marxiste me semble-t-il ! Pour ne pas reprendre l'analyse pertinente de Lucien Sève sur la question de la verticalité, je m'en tiendrais à une anecdote racontée par un ami égyptien pour illustrer ce qu'a pu être la réalité du « centralisme démocratique » : « Tu prends deux communistes et tu les mets face à un mât. Tu demandes à l'un de monter au sommet de ce mât et tu lui dis de pisser sur l'autre.... Ça c'est le centralisme ! Et puis tu demandes à l'autre en bas de pisser sur celui qui est au sommet : Ça, c'est la démocratie ! » Ce n'est pas le centralisme démocratique qui posait problème mais ce que l'on a pu en faire avec beaucoup de centralisme et très peu de démocratie.

 

Mais la nécessité de permettre un débat le plus démocratique qui soit sans nuire cependant à la cohérence de l'organisation ni à la lisibilité de sa vision politique perdure. Il n'est qu'à constater les dégâts causés sur cette lisibilité par nombre de responsables du parti, qu'ils soient élus ou dirigeants, dont la posture essentielle consiste à cultiver leur « différence » quitte à le faire en piétinant allégrement les choix décidés démocratiquement et souverainement par la majorité des militants.

 

Un responsable du parti reste d'abord un militant parmi les militants. Quelle est donc la cohérence de ceux qui ne cessent d'invoquer l'indispensable respect de la souveraineté des peuples pour s'affranchir sans états d'âme du respect de la souveraineté des adhérents, quand bien même ces choix puissent leur sembler discutables ? Ces deux questions sont indissociables et continuer à permettre que la politique d'un parti communiste soit d'abord dictée par un arrangement entre « lobbys », qui ne sont que des tendances qui n'osent dire leur nom, est le plus sûr moyen de le mettre à mal. D'où peut-être ce florilège de divers appels appelant à des recompositions ou des regroupements dont les contours apparaissent d'autant plus flous qu'est nébuleux le contenu du projet politique qui s'y attache.

 

Travailler à faire progresser la démocratie dans toutes nos instances et nos pratiques ainsi qu'explorer toutes les possibilités de travail commun avec d'autres organisations et personnes qui se situent dans une vision anti-capitaliste ne m'amène pas néanmoins à estimer que la disparition d'un parti dont je persiste à croire en l'utilité puisse être la panacée, mais plutôt un grand service à rendre à la pensée dominante.

 

Voilà qui me conduit à évoquer la question des alliances qui renvoie aussi à la question du projet. Vouloir résumer les choix dans une alternative entre un prétendu « pôle de radicalité » ou un repli identitaire et une perpétuation sclérosée d'alliances dictées d'abord par des considérations électorales me paraît être la pire des approches pour le congrès à venir.

 

Faut-il nous enfermer dans un choix qui ne l'est pas puisque les deux termes conduisent à l'impuissance et à l'impasse, celui d'un suivisme institutionnel « majoritaire » qui nous a amené à cautionner des politiques socialement condamnables ou celui d'un « refuge » dans un pôle de radicalité dénué de tout espoir d'alternative concrète et de capacité de changer le réel ?

 

 

Il se trouve qu'en France, l'histoire a ancré dans l'imaginaire collectif, en l'associant à des périodes de grandes avancées sociales, un vécu de travail en commun entre le courant réformiste et le courant révolutionnaire, les deux ensembles n'étant pas pour autant homogènes ni figés, qui a produit des moments historiques de grandes avancées sociales. C'est aussi à ces références historiques que la notion de « gauche » renvoie. Ne vouloir la réduire qu'au concept
« majoritaire » qu'a induit le schéma constitutionnel de la Vème République, c'est l'enfermer dans une vision historique bien restrictive.

 

C'est aussi ce vécu commun qui peut expliquer que la victoire du Non au référendum n'est possible que parce qu'une majorité de l'électorat socialiste a voté Non, situation impensable dans bien d'autres pays européens et parce que ce vote a pu s'exprimer en dehors du carcan institutionnel de scrutin uninominal majoritaire, caractéristique de la Vème République.

 

Rejeter l'ensemble des citoyens qui se reconnaissent dans un vote socialiste ou même écologiste, pour des motivations pourtant bien diverses, dans le camp de suppôts déguisés du capital, c'est non seulement se condamner durablement à l'impuissance comme faire litière des enjeux de classe pourtant si présents dans ce pays.

 

Le cadre institutionnel étant ce qu'il est, il nous faut le changer pour remettre la démocratie sur ses pieds et pour cela, il faut disposer d'une expression et représentation politique à la hauteur des enjeux. Cela passe par une politique d'alliances qui, sans nous amener à en rabattre sur le fond, s'avère nécessaire pour construire des rassemblements populaires qui portent ces aspirations au changement. Le problème consistant selon moi à n'appréhender cette question des alliances et des rassemblements que par le prisme réducteur et destructeur des institutions de la Vème République.

 

C'est aussi négliger l'importance essentielle d'un mouvement social qui peut, à condition qu'un projet politique lui apparaisse crédible, jouer un rôle moteur dans une dynamique alternative. Sur les expériences passées, qu'il s'agisse de « l'Union de la Gauche » en 81 ou de « la gauche plurielle » en 97, le problème n'est pas tant la participation au gouvernement mais d'avoir conditionné l'ensemble de notre expression et action politiques à cet élément. Donc d'avoir de ce fait cautionné des mesures inacceptables en matière de privatisations ou de politique étrangère par exemple, pour ne pas risquer de rupture.

 

Les résultats des dernières élections cantonales et municipales montrent que pour beaucoup de citoyens, l'existence d'une organisation comme le PCF est perçue comme utile, mais d'abord sur le terrain local. C'est sa capacité à donner corps à une alternative politique crédible dans la société française d'aujourd'hui qui pose problème par l'absence de lisibilité d'une stratégie qui reste encore enfermée dans les schémas institutionnels de la Vème République, y compris dans ses rapports et dans le travail en commun avec d'autres courants partageant des aspirations semblables ou tout au moins cohérentes avec ces objectifs de rupture. Les fortunes diverses des expériences de recomposition politique d'une gauche de transformation sociale, en Allemagne, en Italie ou en Espagne, montrent bien qu'il n'y a pas de panacée en la matière et doivent d'abord nous inciter à ne pas vanter des reproductions « mécaniques » d'expériences qui ne tiendraient pas compte de la culture politique et sociale propre à chaque pays.

 

Cela nous demande de réfléchir à de nouvelles réponses sur la question de nos pratiques organisationnelles, de l'articulation de notre positionnement entre le champ des institutions et celui plus essentiel de notre rapport à la société et sur la visibilité de notre projet et de notre identité tant pour le peuple de ce pays que pour les organisations anticapitalistes des autres pays et continents.

 

Je ne crois pas que nous puissions trouver d'issue en donnant des gages de « bonne conduite » à la pensée dominante en espérant ainsi nous rendre plus « présentables ». Ni non plus en adoptant le langage et les concepts de la pensée dominante que l'on rendra plus intelligible notre discours. Cultiver l'illusion qu'il suffirait de changer l'étiquette et l'emballage pour nous redonner une nouvelle jeunesse me semble être la pire des éventualités. Je crois plutôt que c'est en redonnant corps et sens à l'idéal communiste, en rappelant sans cesse les enjeux d'une lutte des classes plus actuelle que jamais que nous pourrons être utiles au peuple de notre pays qui souffre des innombrables ravages causés par la politique rétrograde de la droite.

 

 

Pedro DA NOBREGA

Nice - Cellule Bianchi/ Magnan

27/08/08

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G
Dans cette contribution le centralisme démocratique (égyptien?) est décrit comme une forme de "ferme te gueule", mais Lucien Sève ne me paraît pas une bonne référence pour critiquer la "verticalité" comme il dit, dont il a berucoup bénficié au cours de sa carrière: il appartient au courant du parti qui veut la remplacer par une autre forme de dictature, plus moderne, celle du "cause toujours" dans le congrès permanent. Autre problème : cette contribution fait comme si tous les participants du congrès étaient de bonne foi. Or il est bien clair que la majorité du groupe dirigeant a fait un choix de sortie du communisme.
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