A propos de l'AG du PCF 19e du 11 mars 2008
Salut à tous,
ça y est, nous sommes démasqués ! Après tant et tant d'efforts de notre part, voilà, les dirigeants de notre bon Parti sont au courant de l'existence de notre blog ! D'ailleurs, j'imagine bien que ces lignes seront lues d'ici peu... alors voilà, ce soir nous avions une assemblée générale des communistes du 19e arrondissement. Notre secrétaire de section évoque, sans le nommer, un rapport officieux de la dernière AG qui aurait relaté des propos de camarades sans leur demander la permission. Bon. Un autre camarade, dirigeant national du PCF, dans le cours du débat, me cite nommément (salut JFG au fait, puisque tu vas lire ces lignes, autant le faire dans la courtoisie, pour une fois que je connais au moins une personne qui va lire ma prose...), ainsi que notre blog, animé dit-il par des dirigeants de la Fédération de Paris ; et de rappeler que ce n'est pas bon, pour la sérennité des débats, etc. Mon tour vient, et voilà mon intervention :
"Réveil communiste est un site que j'anime avec d'autres camarades, qui me permet de me sentir moins isolé que dans ma section, et qui a pour but de défendre l'existence du PCF contre la liquidation voulue ouvertement par de nombreux dirigeants du PCF. Il est donc surprenant et révélateur qu'un dirigeant national s'en prenne à l'initiative de militants de la base qui, sans de grosses responsabilités, prennent une telle initiative ! Par ailleurs, nous utilisons les moyens technologiques du XXIe siècle, du IIIe millénaire, pour échanger points de vue, informations, sans contrôle ni censure. En se contentant d'informations "officielles" , personne n'aurait su que Jean-Claude Gayssot soutenait la liste du PS contre la décision de la section PCF à Béziers. Et si on avait demandé son avis à Sarkozy, personne n'aurait jamais su qu'il avait insulté un passant au Salon de l'Agriculture. J'assume donc mes actes et continuerai de rendre compte de nos discussions d'AG.
Concernant les camarades sur la liste de la LCR, bien qu'ulcéré par leur décision, ils doivent savoir qu'ils n'ont aucun soucis à se faire car la direction nationale tolère ce genre d'agissements en ne jouant pas son rôle de garant de l'unité du PCF et des communistes. L'an dernier, Braouezec et Perreux n'ont pas été sanctionnés pour avoir soutenu Bové ; quand j'ai soulevé la question, on m'a dit que c'était un non-problème. Comment s'étonner alors que d'autres leur emboîte le pas ? Bien qu'en désaccord avec eux, je trouve scandaleux de leur faire la morale ici en section alors que la direction nationale n'assume pas ses responsabilités en la matière.
Concernant les élections, je ne suis pas d'accord quand MGB dit que la perte du CG de Seine-Saint-Denis n'est rien. Cependant le bilan est positif. Commes les législatives, les résultats montrent que les élus et militants de terrain, souvent en province, sont crédibles devant la population et que l'étiquette PCF n'est pas rédhibitoire, même devant le PS. Les théoriciens du "déclin structurel du communisme", nombreux à la tête du PCF, en sont pour leurs frais !
Pourtant, quand nous perdons des mairies (Pierrefitte, Mouy, etc.) ou des cantons (Seine-Saint-Denis, Marseille, Hérault, Landes), ce n'est jamais contre l'UMP, mais contre le PS ! Parfois même avec l'assentiment des communistes (15e et 16e arrondissements de Marseille), mais là Jean-François ne leur dit rien !
Cela montre que la stratégie dite du "rassemblement de la gauche", si chère à la direction nationale, n'a rien d'impératif pour s'affirmer et pour gagner, mais surtout que les alliances avec le PS sont contre-nature.
Les succès remportés par les élus locaux montrent le décalage grandissant entre les militants de terrain et la direction nationale, qui ne semble pas percevoir la réalité de la société française, ni en tirer les conséquences politiques, la campagne présidentielle en fait foi. Les volontés de création d'un nouveau parti exprimées par de nombreux dirigeants du PCF ne sont que l'aveu de leur propre incurie.
Après les présidentielles et législatives l'an dernier, les municipales et cantonales, nous bénéficions de quelque répit pour reconstruire un PCF qui soit à la hauteur des attentes exprimées par le peuple à l'occasion de ces élections.
Cette démarche est d'autant plus urgente que l'extrême-gauche présente de plus en plus de listes et que ses résultats sont en hausse partout. Il faut faire cesser l'hémoragie qui fait perdre son électorat au PCF au profit de l'abstention et de la LCR.
Dans l'immédiat, il faut dire non à toute liste avec le MODEM. MGB dit qu'elle n'en veut pas, mais laisse les camarades concernés les accepter, comme à Marseille ; et pour cause, en faisant liste commune avec le PS dès le 1er tour, nous sommes pieds et poings liés et n'avons plus notre mot à dire."
Voilà, je pense que mes lecteurs présents ce soir pourront constater la fidélité de la retranscription ici publiée. Elle se fonde sur mes notes, et sur ma mémoire, très fraîche puisque je publie ces articles dans la foulée de l'assemblée générale. Naturellement, en bons politiciens, ils seront d'autant plus sur leur garde et prendront soin de ne pas dévoiler leurs volontés de création d'un parti tourant le dos au communisme, ou de l'enrober dans des propos verbeux destinés à endormir l'auditoire (et Astrée nous a bien montré, avec le discours d'O. Dartigolles à l'ANE, à quel point nos dirigeants étaient des vrais pros en la matière).
Chers camarades qui lisez ces lignes, ceci n'est en rien un compte-rendu de notre AG. C'est mon intervention, ainsi que ce que j'ai estimé, de façon subjective et totalement assumée, intéressant pour les camarades hors du 19e, à Paris ou de province (je dis ça sans mépris, étant moi-même de Meurthe-et-Moselle et ayant encore voté, à l'occasion des municipales et cantonales, là-bas) qui n'ont pas forcément l'opportunité d'avoir des dirigeants nationaux dans leurs instances locales. Je fais ça car je pense que ça peut aider les camarades, souvent très enclins au légitimisme dans le PCF, à prendre conscience des dangers qui guettent le Parti auquel ils tiennent, et que ce danger vient, en grande partie, de nombre de dirigeants nationaux du Parti, qui se sont prononcés, publiquement, pour un nouveau parti. Je peux les citer : P. Cohen-Seat, O. Dartigolles, M.-P. Vieu, M. Laurent, J.-C. Gayssot, M. Duffour, D. Grador, A. Hayot, etc., sans compter les "historiques" : P. Zarka, P. Braouezec, F. Asensi, R. Martelli, F. Dutoit, F. Maruchelli, J. Perreux, etc., etc. Les incantations sur la sérennité des débats sont un voeu pieux quand autant de dirigeants sont intimement convaincus que le communisme et le PCF ont vécu, et qu'il faut passer à autre chose. Comment assurer la sérennité des débats quand certains, au plus haut niveau du parti, travaillent à sa liquidation ? Comment, simplement, assurer le bon fonctionnement du parti, la bonne préparation du congrès, quand autant de dirigeants ne cherchent qu'à faire en sorte que ce Congrès soit celui lançant le "processus fondateur" dont ils rêvent ? Je n'aurais, quant à moi, pas beaucoup de choses à leur demander : puisque le PCF est le navire en train de sombrer que vous décrivez, puisqu'il reste, selon vous, dans l'esprit des gens, associé à Staline, au goulag, qu'attendez-vous pour sauver votre peau et votre âme, d'une part, et d'autre part pour le créer ce fameux nouveau parti dont vous nous parlez tant, celui qui supplantera le moribond PCF, que vous n'aurez d'ailleurs aucun mal à enterrer dans les débris de l'Histoire ? Oui, qu'attendez-vous pour faire preuve de loyauté et laisser le PCF à ceux qui sont prêts à la défendre et qui sont convaincus de son avenir ? Manifestement, mais Jean-François, toi qui les connaît beaucoup mieux que moi, tu me corrigeras si je dis des bêtises, ils sont protégés par la secrétaire nationale. Ou en tout cas, elle les laisse agir librement, alors qu'elle devrait être garante de la sincérité de l'engagement de chacun, en particulier des dirigeants, et de l'unité du parti. Avant d'invoquer "la gauche la gauche la gauche", ne devrait-on pas s'assurer de l'unité de notre propre parti ?
J'aurais pu ajouter citer, dans mon intervention en AG, et pour la fustiger évidemment, Marie-George Buffet qui, sur France Inter l'autre matin, avait déclaré défendre une stratégie consistant à "aider le PS à rester à gauche"... je cite d'ailleurs la dépêche d'Associated Press :
Marie-George Buffet a dénoncé à nouveau jeudi la "fixation d'un certain nombre de socialistes qui veulent essayer de prendre le pouvoir au parti communiste" en refusant de faire des listes communes avec son parti pour les élections municipales.
Répondant sur France-Inter à la question de savoir si elle était toujours "remontée contre la volonté hégémonique du Parti socialiste", la secrétaire nationale du PCF a assuré "je le suis toujours autant".
"C'est dommage, on a réussi dans 90% des villes et même plus, à faire le rassemblement de la gauche et il y a une fixation d'un certain nombre de socialistes qui veulent essayer de prendre le pouvoir au parti communiste, au lieu de s'arc-bouter à prendre des responsabilités à la place de la droite", a-t-elle poursuivi.
"Il faut le rassemblement", a-t-elle exhorté, reconnaissant toutefois que "ça n'a pas été possible dans un certain nombre de villes de Seine-Saint-Denis".
Estimant que son parti aide le PS à rester "ancré à gauche", Marie-George Buffet a appelé "les électeurs socialistes à se rassembler derrière les équipes sortantes, derrière leur maire qui a travaillé avec l'ensemble des forces de gauche, avec les socialistes" lors du précédent mandat. AP"
Voilà où nous en sommes réduits : à "aider le PS à rester à gauche"....
Allez, bonne nuit les camarades (dirigeants nationaux, fédéraux, de section, ou simples militants).
Jonathan