Jonathan est contre les contradictions secondaires, oui mais...
1 Février 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Correspondance au PCF
mes grands-parents ayant été ouvriers dans le textile dans les Vosges (leur usine ayant fermé l'an dernier, la dernière de la vallée de la Vologne), je sais de quoi tu parles, et à quel point c'est vrai. Le PCF a d'abord défendu la sidérurgie lorraine, par exemple, mais en participant au gouvernement Mauroy qui l'a liquidée au final. Et le Parti a finit par adopter une posture d'amnésie, ou de changement à 180° : "la classe ouvrière a disparu". Mes grands-parents, qui, comme me le rappelle mon grand-père, "ont toujours voté rouge", et aimaient Georges Marchais, se sont éloigné du PCF, ou plutôt celui-ci s'est éloigné d'eux. Je pense que la fracture dont tu parles, qui en apparence est celle Paris-province, est beaucoup plus celle "sociétal-social", et qu'elle est la traduction des différences sociologiques entre les deux. Malgré la décentralisation, ou plutôt à cause d'elle, en plus des politiques de ségrégation sociale pratiquées à Paris, la capitale recelle de plus en plus, y compris au PCF, de gens des classes moyennes, et se "dé-prolétarise". Y compris dans nos rangs à RC : nous sommes enseignants, ingénieurs, thésards, etc. La différence entre nous et la direction du Parti est probablement notre longueur de vue et notre fidélité à la vocation du PCF : être le parti des exploités, des travailleurs.
Le fait que le PCF dise que les questions sociétales ont la même valeur que les questions sociales est une catastrophe. Sous prétexte d'avoir "raté" mai 68, on en vient à dire que toutes les luttes d'émancipation se valent ; et très concrètement, lors du dernier CN, il y a eu débats pour, d'un côté, travailler à l'unité des salariés ; de l'autre pour imposer l'unité des dominés, sans plus de précision. Au moins le premier terme place le curseur sur le thème du travail ; le second est flou et révèle la place disproportionnée occupée par les questions sociétales dans la politique du Parti. C'est un véritable non-sens et une aberration que de s'imaginer qu'on peut mener le combat pour l'émancipation sans se référer à des groupes socialement situés. Hier soir à Canal+, Mme de Sarnez, candidate du MODEM à Paris, disait même clairement qu'elle était la candidate des classes moyennes. Le PCF doit être un parti de classe, et défendre une politique d'unité des travailleurs. Les questions sociétales, que je ne nie pas, ne valent rien en soi ; elles ne prennent sens qu'articulées à la lutte de classe et d'émancipation sociale. Que signifie le féminisme en dehors de l'articulation à la question sociale ? Que les femmes veulent dominer les hommes ? Que devient l'indépendance nationale en dehors de l'émancipation du capital, si ce n'est un vulgaire nationalisme ?
Je réponds, (Gilles Questiaux)
Je suis d'accord à 75%. Mainenant, les questions purement sociales, relevant de la contradiction brute capital travail ont repris le dessus en France, et prennent le dessus dans le monde entier avec l'effacement des conditions postcoloniales et le décollage économique de l'ex- "Tiers Monde", malgré la pression retardataire des groupes religieux intégristes de toute farine; mais ce n'était pas le cas dans les pays industrialisés vers 1968-1981. Le nationalisme et le féminisme en tant qu'expression de groupes humains objectivement et matériellement opprimés ont toute leur place dans la lutte révolutionnaire. La première, et à ma connaissance la seule arme opérationnelle "paritaire" a été, jusqu'à présent, la Fraction Armée Rouge allemande des années 1970, dont on a découvert a postériori, au grand étonnement de certains communistes antigauchistes primaires, les liens avec la RDA!
Dans certains pays, comme en Algérie ou en Iran, la lutte féministe reste une priorié de même rang que la lutte des classes. Dans l'armée populaire de libération de Mao Zedong, le statut des femmes et la question de l'indépendance étaient élevées au rang de "contradictions principales". Une des erreurs théoriques du trotkisme dogmatique (de celui de LO en particulier, en ce sens diamtralement opposé à la LCR) et des "conseillistes (ceux qui idéalisaient les conseils ouvriers) tient au refus total de prise en compte du nationalisme, ce qui les conduisit à un total aveuglement devant le fascisme.
Par ailleurs je n'ai jamais compris pourquoi ceux qui sont les premiers à défendre les revendications du nationalisme palestinien sont souvent les mêmes qui dénient aux Français tout droit à conserver une nation. La "cosntruction européenne" qui va dans le sens de la destruction simultanée des nations et des droits sociaux en Europe fait pourtant chaque jour la preuve de la nécessité pour les peuples, et en particulier pour les classes popualires de chaque peuple de conserver cette forme d'organisation historique.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
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