Nuits Debout ! toujours la même histoire?
24 Octobre 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #loi travail, #Théorie immédiate
Hervé Hubert lors d'un précédent envoi fait à la liste, nous donnait à lire la deuxième partie d'un texte consacré à une approche des Nuits Debout, ces rassemblements festifs et politiquement créatifs qu'il analysait du point de vue de la psychanalyse et du marxisme, tout en rapportant certains aspects de leur structure à la question du transfert, et de ce qui sur un plan pulsionnel peut les rapprocher de ce que Freud avait développé dans sa psychologie des foules en relation avec les mécanisme du moi.
Si nous pouvons voir avec lui et le partager, qu'une partie de la jeunesse essayait dans ces espaces de rouvrir la question du politique dans sa relation avec la vie quotidienne, il ne me semble pas par contre, que nous devrions y trouver quelque chose de tout à fait neuf. Certes il faut déverrouiller l'accès à ce que certains appellent la parole citoyenne. Mais au profit de qui et comment? Qui se trouvait convoqué sur ces places? Les AG des grévistes n'étaient-elles pas aussi des lieux où se forgeaient de nouvelles représentations des luttes ainsi que de nouvelles formes de participation à ces dernières (mise en acte d'ailleurs beaucoup plus radicale et beaucoup plus violente puisque le plus souvent directement liée a l'affrontement avec le capital et ses défenseurs).
Personnellement j'ai fait une expérience différente de la sienne, de ces manifestations. Les Nuits Debout de l’agglomération lyonnaise ont cherché à s'implanter dans les quartiers populaires, en particulier dans ma ville. Intention louable! J'ai cependant retiré de cette opération un goût étrange où se répétait quelque chose des éventements que j'avais connu en 68 quand les étudiants voulaient se joindre aux travailleurs pour leur expliquer la révolution et la lutte des classes. Dans les deux cas la volonté de se lier avec les gens était réelle. Pourtant chacune de ces expériences montrait un même refus d'entendre que ceux à qui ils s'adressaient avaient leurs vécus, leur savoir et leurs traditions, c'est à dire leur culture de la lutte dans une vie qui était la leur et les leçons qu'ils en avaient dégagées.
C'est ainsi que la représentation d'un groupe d'étudiant de l'ENS était faite sur l'idée que les blancs présents dans l'assemblée étaient forcément extérieurs à la ville, exigeant presque que nous nous taisions pour laisser la parole aux habitants qu'ils imaginaient être éclipsés par notre présence. Nous parlions à la place des habitants. Il ne leur venait pas à l'idée que les foules croisées au marché se désintéressaient de leurs palabres démocratiques et libertaires, qu'à midi femmes et hommes rentraient dans leurs immeubles pour le repas et que le public présent relevait d'une même extraction sociale que la leur, même si d'origine émigrée, qu'en sommes une ville populaire comme Vaulx en Velin pouvait avoir une histoire au-delà des trente dernières années et que sa population puisse aussi être composée de ceux qui venait d’Europe ou d'autres régions de France. En somme dans leur représentation il n'y avait dans nos villes que des gens d'origine étrangère forcément victimes d'islamophobie, condamnés à la précarité et au chômage, sans logis ou mal logés, victimes d'un colonialisme d'État sans racine de classe, provenant d'une espèce de construction résultant de rapports de race et excluant toute analyse de classe. Les rapports sociaux de production n'existent pas et tous ces gens ne peuvent à aucun moment être considérés comme des travailleurs salariés comme les autres. D'une certaine manière nos interlocuteurs lyonnais et leurs correspondants locaux reprenaient sans s'en rendre compte la division de la société que propose le FN.
La dernière manifestation des Nuit Debout sur ma ville était en soit éclairante du décalage qui existe entre la représentation que se font leurs participants des rapports sociaux et des constructions politiques qui les expriment. Ils étaient présents samedi dernier au centre du Mas du Taureau sur une place un peu excentrée du marché, mais très passante. Ils avaient dressé des tables avec des brochures, des panneaux où étaient exposés des documents sur la zone de Nôtre Dame des Landes. Une sono diffusait très fort de la musique rock. Des groupes se formaient et se déformaient devant les tables, composés de toujours les mêmes participants qui parlaient entre eux mais ne se mélangeaient pas avec la population environnante. Ils étaient comme transparents à celle-ci qui vaquait sans leur prêter attention. J'étais plus loin sur le marché pour diffuser l'Humanité Dimanche. A côté de moi se trouvaient des militants de LO avec leur journal et des panneaux. Là le mode de présence changeait du tout au tout. Les militants accrochaient les passants qui s'arrêtaient pour discuter, qui des élections qui des problèmes avec la mairie, de leur travail, du manque d'argent pour vivre correctement, des difficultés pour assurer l'éducation des enfants, du manque de moyens donné par l'État, la ville, pour faire fonctionner les services publics. Il m'a semblé que deux mondes coexistaient qui avaient une conception du politique qui ne pouvait se rejoindre. Ils se juxtaposaient sans pouvoir communiquer. (...)
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
Les textes originaux, écrits par l'animateur seul ou en collaboration et dont il endosse pleine et entière responsabilité sont publiés dans la catégorie GQ, accessible directement dans la barre de menu. Ils sont reproductibles, sans modification, à condition d'en mentionner l'origine.
Les commentaires sont publiés après validation, mais ne sont pas censurés, sauf abus (insultes, diffamation, mythomanie, publicité, non-pertinence, ou bêtise manifeste).
Newsletter
Abonnez-vous pour être averti des nouveaux articles publiés.
Catégories
- 7209 Impérialisme
- 4865 Ce que dit la presse
- 4445 Economie
- 3404 lutte contre l'impérialisme
- 3203 Répression
- 2933 Front historique
- 2897 Journal des luttes
- 2828 États-Unis
- 2454 Qu'est-ce que la "gauche"
- 2378 A gerber !
- 2288 Ukraine
- 2128 Cuba
- 2128 l'Europe impérialiste et capitaliste
- 2124 classe ouvrière
- 2061 Russie
- 1910 Positions
- 1861 Syndicalisme en débat
- 1809 Théorie immédiate
- 1787 Initatives et rendez-vous
- 1680 Chine
- 1582 L'Internationale
- 1351 Élections
- 1292 Réseaux communistes
- 1193 Venezuela
- 1113 L'Europe impérialiste et capitaliste
- 1101 loi travail
- 1031 Amérique latine
- 939 Asie
- 896 Afrique
- 893 Europe de l'Est
- 859 élection 17
- 843 la bonne nouvelle du jour
- 676 Publications
- 625 Royaume-Uni
- 596 Art et culture révolutionnaires
- 581 Asie occidentale
- 576 Congrès du PCF depuis 2008
- 567 Syrie
- 549 GQ
- 536 Articles les plus lus archivés chaque semaine
- 477 Corée
- 450 Colombie
- 433 Euroboycott
- 378 Grèce
- 361 Communistes en Italie
- 357 La bonne nouvelle du jour
- 354 Brésil
- 350 Luttes 2008-2011
- 315 Bolivie
- 303 Mille raisons de regretter l'URSS
