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Réveil Communiste

Juifs et révolutionnaires ! spécialement dédicacé à Francis Kalifat

25 Février 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Qu'est-ce que la "gauche", #Front historique

Staline jeune, dans le logo d'un curieux groupe maoiste juif français contemporain : "Hapoel"

Critiques marginales sur le texte stimulant d'Ivan Segré : "Judaïsme et Révolution", publié en 2014 aux éditions La Fabrique:

Révolutionnaire ou réactionnaire, le judaïsme? sans doute ni l'un ni l'autre, et certainement historiquement dépassé, mais ce ne peut être le point de vue de l'auteur, qui cherche à concilier marxisme et sagesse judaïque, comme tel théologien de la libération d'autres religions.

Une de ses cibles est le notoire Benny Lévy, pape renégat de la "Gauche Prolétarienne" et capteur de l'héritage symbolique de Sartre, un des chefs de file de la "réaction philosémite" qui vitupère contre les juifs bolcheviks qui parait-il "fermaient plus de synagogues que ne leur demandait Staline" et qui lui paraissent pire que des nazis. Mais l'auteur ne remarque pas que ce n'est pas très surprenant puisque Staline n'a jamais demandé la fermeture d'une synagogue; les juifs bolcheviks devaient donc avoir leurs propres griefs.

En fait de culte, le gouvernement soviétique sous Staline n'a interdit que l'Église antisémite uniate, pour collaboration éhontée avec les nazis.

L'auteur est sous l'influence de feu le philosophe marxiste estimable mais néanmoins trotskyste, Daniel Bensaïd, et il aurait intérêt à reconsidérer son jugement sur ce qu'il appelle comme tout le monde et sans esprit critique le "stalinisme". Seule faiblesse d'un texte intellectuellement captivant.

Par ailleurs, Ivan Segré se réclame d'une tradition culturelle dialectique, talmudique et donc spécifiquement judaïque, qui semble fort intéressante. Ce qui n'est pas une raison pour ignorer Hegel, réduit à son rôle de prophète mal inspiré du germanisme.

Et les idées de Benny Lévy et de ses disciples qui sans craindre le ridicule relancent dans Le Monde la chasse aux sorcières contre Spinoza valent-elles qu'on les prenne tant au sérieux? Tout ce qu'ils veulent, c'est redonner un coup de Ripolin à l'idée de l'élection divine du peuple juif.

Pour esquisser une critique plus approfondie : je crois que l'erreur des ouvriéristes, trotskystes et luxembourgistes sincères parmi lesquels ont peut ranger Ivan Segré et son ami Alain Badiou est de ne pas voir que toute théorie révolutionnaire est une théorie du parti et non une sociologie (une "théorie du nom ouvrier" ce n'est pas autre chose qu'une sociologie en jargon postmoderne).

Gramsci manque à leurs références (Gramsci étant le porte-parole philosophique de l'hégémonie réelle du prolétariat, le "stalinisme" aux mains sales tant détesté), et il est remplacé en guise de modernité critique par la tradition situationniste (via cette fameuse "insurrection qui vient"... qui ne viendra jamais ! que leur éditeur commun, Éric Hazan, tente de promouvoir à bout de bras), tradition qui sans être complètement nulle est tragiquement insuffisante.

Ça leur passera avant que ça me reprenne, comme on dit.

Pour le reste je conseille vivement la lecture des livres d'Ivan Segré qui s'ils ne disent pas "Que Faire" contribuent à leur manière à la tâche qui nous incombe de ne pas mourir idiot.

GQ, 18 mai 2015

Annexes : présentations de l'éditeur (la Fabrique)

"Judaïsme et Révolution" (octobre 2014)

Le judaïsme est-il révolutionnaire ou contre-révolutionnaire )?

La question n’a sans doute guère de sens, tant qu’on ne précise pas quel judaïsme et quelle révolution. Mais de fait, depuis une trentaine d’années, la référence au judaïsme nourrit un fort courant idéologique visant à disqualifier la pensée révolutionnaire, qu’on l’entende au sens d’une « radicalité de gauche », d’un progressisme ou d’une politique d’émancipation. Il importait donc de poser la question : qu’en est-il des rapports du judaïsme à la révolution comme à la contre-révolution ?

Ivan Segré répond que le judaïsme, depuis l’origine, est divisé en deux orientations : l’une est littéraliste et contre-révolutionnaire, l’autre est dialectique et révolutionnaire. Abordant conjointement les textes de la tradition juive et ceux de la modernité philosophique et politique, il fait apparaître des convergences inattendues, des contradictions secrètes, des évidences inouïes. Dans Judaïsme et révolution, Ivan Segré relance le nom « juif » du côté de la singularité universelle et de la pensée émancipatrice.

"Le Manteau de Spinoza", (mars 2014)

Spinoza avait un trou à son manteau. On avait tenté de le poignarder et son manteau en portait la trace. La haine dont Spinoza fut l’objet est originaire. Dès la parution du Traité théologico-politique, une sainte alliance est scellée, garante d’un ordre moral menacé par la philosophie d’un homme libre.

Dans ce livre, Ivan Segré s’intéresse aux derniers avatars de la réaction idéologique qui a pris Spinoza pour cible, et singulièrement aux penseurs juifs qui ont reconnu en lui un « traître ». Est-ce à dire qu’une vie sous la conduite de la raison est une trahison de la cause des Juifs ? Philosophe et talmudiste, Segré examine l’acte d’accusation qu’on a dressé contre le philosophe d’Amsterdam et il conclut que la fidélité à l’antique tradition hébraïque exige, aujourd’hui, d’arborer le manteau troué de Spinoza.

À ceux qu’il appelle les théoriciens bourgeois du nom « juif », il oppose l’intelligence des textes hébraïques, dont il nous dit qu’ils sont solidaires du nom « ouvrier », solidaires de son devenir révolutionnaire.

Ivan Segré est né à Paris en 1973. Philosophe et talmudiste, il a publié La Réaction Philosémite et Qu’appelle-t-on Penser Auschwitz ? (2009).

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gnientalgherf@gmail.com 26/05/2015 14:31

je soutiens votre critique et vos observations sur tout ce gauchisme qui se proclame "anti stalinien" , les livres didactiques sur Lenin ou Marx ont sont envahis de consideration gratuite et fausse sur Staline. Je lisais " La maladie infantile du communisme , le communisme de Gauche........" un guide de strategie et tactique que beaucoup devrait lire et relire bien loin de tout le dogmatisme dont on veut toujours accusé les marxistes leninistes........... avec des textes commenté par Arrigo Cervetto et Guido Labarbera , editions Science Marxiste ( bibliotheques jeunes- 5 euros) - qui considere que le socialisme sovietique fut un FAUX socialisme!!!!!!!! ( p157) je cite " les autels trompeurs du socialisme Stalien" comme si l'histoire nous aurait demontré qu'il en Existe un VRAI!!!!!!!!! le socialisme sovietique "assiegé" permis l'emancipation sociale et economique de milliers de travailleurs qui vivaient dans le servage et en moins de 70 ans l'URSS deviendra une puissance scientifique, industrielle et militaire et fut avec le socialisme cubain les seuls a etre mis à l'épreuve de l'histoire. Nous n' en connaissons pas d'autres. Nous ne sommes pas des idealistes comme dirait quelqu'un nous sommes des marxistes leninistes! Marre des attaques de ces RENEGATS!

Réveil Communiste 26/05/2015 20:13

En réalité, la position sur Staline une des pierres de touche pour distinguer les gauchistes inoffensifs des vrais révolutionnaires; mais bien sûr c'est insuffisant, et il y a aussi des staliniens (mais peu) dans la catégorie des ... gauchistes inoffensifs.

GQ 20/05/2015 20:18

Le communisme, qui n'est pas une idée issue de la culture judaïque, a suscité chez de nombreux juifs ouvriers ou non une adhésion passionnée, et ça, ça ne s'oublie pas. Et juifs et communistes ont été pourchassés et assassinés ensemble. Ça crée des liens.

Cela dit, dans le monde de maintenant, le rôle de paria et d'exilé autrefois rempli par les juifs le serait plutôt par les Palestiniens.

beasimion@orange.fr 18/05/2015 16:00

Seul Hitler parle de race juive. Aujourd'hui il y a un Etat Israélien , non spécifiquement juif et une religion juive, une religion n'est pas une race ni une nation.

Réveil Communiste 18/05/2015 18:43

Qui d'autre en effet? il n'y a pas de "races" ni juive, ni autre. Aujourd'hui, il y a un état territorial, Israël, qui se prétend "État juif", ce qui entretient la confusion entre ses ressortissants et les juifs d'autres nationalités. Mais à l'époque de Gramsci, les juifs d'Europe de l'Est formaient une nation sans territoire (avec une langue particulière, dérivée de l'allemand, le Yiddish, parlée en Pologne, en Lituanie, en Roumanie, en Ukraine et en Biélorussie), et ce fait était reconnu par la loi en Union Soviétique.

GQ 18/05/2015 15:20

Gramsci considère les juifs non comme une nation à part entière mais comme un réseau international organisant une partie de la catégorie des intellectuels, catégorie stratégique dans son analyse du monde, (un peu comme l'Eglise catholique, et d'ailleurs déterminant ses positions politiques en partie par rapport à elle, mais comparable aussi au ... Rotary Club!)). Visiblement, les masses prolétariennes de religion juive de l'Est de l'Europe et de l'Orient musulman qui ont produit tant de cadres communistes tombent en dehors de cette définition.

GQ 18/05/2015 15:24

Mais si Gramsci n'est pas très utile pour étudier spécifiquement le peuple juif, il reste inégalé pour le moment pour comprendre le capitalisme et ses relais politiques, dont font partie des groupes qui revendiquent abusivement la représentation des juifs (comme le CRIF).