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Réveil Communiste

Les communistes et l'immigration : quels principes adopter?

18 Février 2020 Publié dans #GQ, #Réseaux communistes, #Théorie immédiate, #Economie, #Qu'est-ce que la "gauche", #élection 17

Georges Marchais, calomnié sur la question de l'immigration par la gauche petite bourgeoise. Un des articles les plus consultés sur RC

Georges Marchais, calomnié sur la question de l'immigration par la gauche petite bourgeoise. Un des articles les plus consultés sur RC

Texte publié en 2016, toujours actuel, bien que le vent ait commencé à tourner sur la question avec le début de la démondialisation.

Il n'y a pas de différence aux yeux des communistes entre travailleurs français et immigrés. Mais les communistes ne devraient pas pour autant défendre la liberté de l'immigration, s'ils veulent renouer avec les masses. La solidarité des militants de gauche avec les réfugiés est louable, mais elle tend à accréditer l'idée qu'ils sont partisans d'ouvrir totalement les frontières à la main d'œuvre de provenance extérieure. Certains militants de la sphère NPA - refondateurs du PCF ont d'ailleurs allègrement franchi le pas depuis longtemps. Or à l'intérieur du système capitaliste, et on ne va pas changer ce système demain matin, ce sont les frontières qui préservent en dernière analyse le niveau des salaires et les acquis sociaux.

Une campagne implicite pour libéraliser les migrations internationales se développe, en exploitant les images terribles des naufragés de la Méditerranée et des migrants maltraités par la police aux frontières de l'espace de Schengen. On veut faire passer les migrations à l'heure de la "mondialisation" pour une nécessité inévitable et en définitive positive de la modernité, et faire apparaître du même coup toute opposition à leur développement comme un signe de sclérose et d'inhumanité. On sait que les militants se laissent facilement prendre par les sentiments de nos jours, depuis qu'ils ont perdu l'intelligence du marxisme. En cédant à la pression morale des médias mainstream, ils font cependant directement le lit de l'extrême droite.

Quelques thèses évidentes pour commencer :

1) Les migrations et les migrants ne sont en soi ni bons ni mauvais. On peut les critiquer sans être considéré automatiquement comme raciste.

2) Voyager et changer de pays sont des libertés individuelles dont jouissent tous les riches, partout dans le monde. Les mesures de limitation de l'immigration ne s'appliquent donc qu'aux pauvres. Il faut tendre à terme à un monde où chacun pourrait choisir librement son pays. Mais ce n'est pas notre monde capitaliste d'aujourd'hui dans lequel il nous faudra vivre encore assez longtemps.

3) La migration d'un pays à un autre peut être revendiquée comme un droit de l'individu, mais dans la limite des possibilités concrètes de l'exercer. Il faut se souvenir que les fameux Droits de l'Homme de la bourgeoisie, auxquels on en revient toujours dans ce débat comme si c'étaient les Dix Commandements, stipulent que chacun est libre de quitter son pays et d'y revenir. Mais ils n'affirment pas le droit de se rendre et de s'installer dans le pays de son choix.

4) L'exercice de ce droit suppose que l'immigrant adopte les usages du pays où il choisit de vivre et en quelque sorte s'y fonde dans la masse. En général il migre justement dans ce but. Sinon au moins qu'il fasse suffisamment de compromis pour pouvoir s'y adapter. Pour les immigrés et leurs enfants, revendiquer une fierté identitaire séparatiste ne peut aboutir qu'au rejet et à la marginalisation. Le racisme plus ou moins prononcé de populations autochtones ne peut pas servir d'argument pour l'affirmation identitaire des groupes qui en sont victimes car le séparatisme en retour agresse l'ensemble des autochtones qui se sentent dépouillés peu à peu de la jouissance de leur territoire et réagissent par la xénophobie (le cas des populations afro-américaines est particulier à cause de l'expérience de l'esclavage et de la ségrégation et ne peut pas servir de paradigme, d'autant qu'elles sont présentes en Amérique depuis Christophe Colomb, et ne peuvent pas être considérées comme des immigrés aux États-Unis).

5) En régime capitaliste les immigrants sont utilisés comme main d'œuvre bon marché, pour faire pression à la baisse sur les salaires et les revenus indirects. Ils sont aussi utilisés comme un capital humain, dérobé par les pays impérialistes aux pays plus faibles, qui perdent ainsi leur investissement en formation dont ils récupèrent une petite partie sous forme de retours financiers au pays natal. L'organisation de l'immigration massive en Europe de réfugiés syriens a également eu pour but de provoquer l'effondrement de la Syrie, sur le modèle de celui de la RDA en 1989. Une politique socialiste réaliste limiterait donc dans les faits le droit à l'immigration (et encore plus, comme il lui a été reproché pendant la guerre froide, à l'émigration).

6) La concurrence entre travailleurs engendre du ressentiment, et chez beaucoup le rejet de l'immigration et des immigrés. Ce rejet est un produit objectif de la situation, et les prêches moralisateurs sont sans effets contre lui.

7) Il faut affirmer clairement qu'être "contre l'immigration" et être "contre les immigrés"  ce n'est pas la même chose. Dans le premier cas on prône un changement de politique économique et démographique qui peut être justifié ou non, qui souvent ne l'est pas, mais qui est une opinion dont l'expression est légitime; dans le deuxième cas on prend des boucs émissaires, attitude qui doit être combattue par les communistes par l'éducation, sauf dans le cas où on a affaire à un raciste idéologique endurci, du genre de ceux qui croient en la suprématie biologique de l'homme blanc, et qui ne comprend que le langage de la force. Mais il est totalement abusif et honteux d'amalgamer toutes les critiques de l'immigration à ce type de positions néonazies.

8) Les questions de savoir si l'immigration est bonne ou mauvaise pour la classe ouvrière du pays d'accueil, pour les pays d'origine des migrants, et pour les migrants eux-mêmes sont des questions de sociologie et d'économie scientifique, dont les réponses peuvent varier selon la situation réelle. On doit donc pouvoir en discuter sans préjugés et sans tabou.

9) La France est un pays traditionnel de l'immigration politique et cette tradition d'accueil fait partie de son identité. Mais il n'y a pas de raison ni de mérite à y accueillir des oligarques kleptocrates russes, des terroristes islamistes (ou d'autres causes), des fondamentalistes, ou des pseudo-dissidents cubains ou chinois stipendiés par l'Occident.

10) La revendication de la régularisation automatique de tous les sans-papiers est un mot d'ordre irresponsable, gauchiste, d'essence ultralibérale. Il joue son rôle dans la conjoncture sinistre qui pousse les migrants à risquer leur vie en masse en cherchant à passer en Europe à n'importe quel prix.

11) L'idée, fréquemment défendue à la CGT, qu'il suffirait de régulariser tous les travailleurs sans-papiers pour mettre fin à leur surexploitation et à la pression à la baisse qu'ils exercent sur le marché du travail ne résiste pas à l'analyse : une telle régularisation globale déclencherait une nouvelle arrivée massive, et la situation sur le marché du travail serait encore aggravée pour les travailleurs.

Faut-il dire que "l'immigration est une chance pour la France" ? Elle l'est dans le sens où elle a toujours lieu dans l'intérêt de l'économie du pays d'accueil (sinon elle cesse immédiatement comme on a pu voir en 2009 avec la crise). Mais l'intérêt de l'économie pilotée par la bourgeoisie et celui de la classe ouvrière n'est pas le même. Ce n'est pas par bêtise ou par racisme que les prolétaires français ou étrangers installés depuis longtemps en France sont réticents à l'égard des sans-papiers. Ils sont souvent excédés par des campagnes bien intentionnées mais irréfléchies et pensent que "j'ai bien mes papiers, ils n'ont qu'à en avoir eux aussi avant de venir en France". Il faudrait changer de ton à leur égard pour commencer, si on veut combler la fracture entre "la gauche" et le peuple et s'opposer vraiment, et pas qu'en intention, à l'influence du FN et à la désertion des urnes.

La régularisation des sans-papiers ne va pas de soi, ceux qui la défendent doivent convaincre au cas par cas.

Les communistes pourraient, s'ils avaient un tant soit peu de courage politique, défendre un programme demandant la limitation ou l’arrêt de l’immigration, sans être confondu aux yeux du peuple (qui voit juste, disait Mao) avec l'extrême droite. Mais pour ceux qui ne comprendraient pas bien, voici explicitement la différence entre une politique restrictive de l’immigration émanant de l’extrême droite, et une telle politique émanant de communistes.

Sans doute d'aucuns vont m'objecter ici avec la mauvaise foi candide que donne la bonne conscience que l'on ne peut pas lutter contre l'extrême droite en reprenant son programme. Mais l'extrême droite n'est pas contre l'immigration mais contre les immigrés, et ce n'est pas une simple affaire de mots.

L'extrême droite veut non pas arrêter l’afflux d’immigrants, mais chasser ou persécuter les immigrants déjà installés et leurs enfants et descendants, et principalement les Noirs et les musulmans. Elle n'est pas opposée, loin de là, à l'immigration de chrétiens et de blancs. Peu lui importe le fait que l’immigration au départ soit une politique destinée à comprimer les salaires par la concurrence entre exploités, ce qui devrait lui plaire, car elle pense parvenir au même résultat par la simple force de la répression, dont elle est fétichiste, et par la persécution du mouvement ouvrier. En fait elle veut détruire la nation française réelle, fondée en 1789, pour revenir à un fantasme de la nation traditionnelle de l'Ancien Régime. Des guerres de la Révolution à la Commune et à la seconde guerre mondiale c'est elle est le parti de la trahison et des puissances étrangères. Aucune réconciliation possible avec cela.

Mais même si certains néonazis sont obsédés par la purification de la soi-disant race blanche, son but réel est la création d’un prolétariat discriminé et d’une société d’apartheid. Si elle avait réalisé son rêve de garder l’Algérie française, il y aurait maintenant 45 millions de citoyens de seconde zone en France. Dans les conditions actuelles, elle serait prête à importer des millions d'Ukrainiens encadrés par des groupes néo-nazis. Elle le fait déjà en Espagne. Historiquement, on constate que les militants d'extrême droite, symptomatiquement, se recrutent très souvent parmi les cadres expatriés en Afrique, et dans les directions du personnel de l'industrie, sans parler des syndicats jaunes, qui sont en contact direct avec la main d'œuvre immigrée et organisent son exploitation.

Les communistes devraient quant à eux défendre la politique migratoire qui permettrait l’intégration la meilleure des immigrés déjà présents et de leurs enfants à la nation française, et plus précisément concernant les ouvriers qui sont largement majoritaires dans l’immigration, leur intégration à la classe ouvrière française, ce qui ne peut se faire que dans la lutte commune pour les intérêts communs de tous les travailleurs.

Ralentir ou faire cesser provisoirement l’immigration est nécessaire pour améliorer l’intégration. Aux États-Unis, ce sont précisément les lois contre l'immigration de 1919, pourtant destinées à préserver le pays de la contagion révolutionnaire, qui ont relancé involontairement le processus d'intégration des Noirs américains au monde du travail industriel et des grandes métropoles, préalable à leur émancipation relative des années 1960.

Une mauvaise intégration massive, avec son corolaire de pauvreté, d’échec scolaire, de chômage, de ghettoïsation, condamne une part importante des immigrés à devenir un nouveau lumpenprolétariat sans espoir, qui remplit les prisons et nourrit des réactions de racisme ordinaire parmi les français sans autre identité particulière qui restent largement majoritaires (plus de 90% de la population).

Les communistes dignes de ce nom devraient s’opposer explicitement à la théorie libérale de la libre migration internationale dans les conditions du capitalisme, qui considère d'ailleurs la nation comme dépassée dans l’ensemble euro-atlantique, et donc l’intégration inutile. Or on finit toujours par s'intégrer à quelque chose. Les groupes gauchistes qui considèrent l'intégration à la culture française des immigrés résidant en France comme une forme de colonialisme moral défendent objectivement à la place l'intégration à la culture de la marchandise et du spectacle, à l'Occident sous la conduites des État-Unis, la patrie globale du capital, ou sinon le repli identitaire-religieux. Bref, à l'empire américain-européen-chrétien-blanc, ou à DAESH.

Enfin des immigrés explicitement antifrançais faisant obstacle à l’intégration de leurs compatriotes ou coreligionnaires n’ont évidemment pas leur place dans le pays. Prendre leur défense aboutirait uniquement à susciter un mépris populaire bien mérité.

Contrairement à l’extrême droite, les communistes ne remettent pas en cause les naturalisations, se proposant au contraire de les faciliter, et refusent l’expulsion de mineurs scolarisés qui déjà sont culturellement français de facto. Contrairement aux "socialistes", ils ne stigmatisent pas les binationaux et refusent la déchéance de nationalité.

Dans l’application de leur politique restrictive de l’immigration, la droite, l’extrême droite, et les "socialistes" proposent essentiellement des pratiques de discrimination et de harcèlement des immigrés, qui sont fondamentalement racistes. Les communistes frapperaient sans merci les employeurs de main d'œuvre étrangère illégale, français ou étrangers, y compris les particuliers, et leurs donneurs d'ordres (surtout français, et parfois même relevant de l'État!). Les communistes lanceraient des politiques de codéveloppement ambitieuses avec les pays d'origine des migrants, qui ne sont possibles qu'en quittant le cadre européen. Lequel cadre introduit, comment ne le voit-on pas, une discrimination intolérable entre les étrangers selon leur origine, leur religion et leur couleur de peau.

Les communistes tels que je les entends n’ont pas de préjugés contre l’islam français. S'ils refusent le communautarisme musulman qui enferme les immigrés dans un ghetto mental et renforce le racisme de part et d’autre, ils refusent de la même manière de cautionner les communautarismes juifs, chrétiens, nationaux et régionaux ou fondés sur l’orientation sexuelle.

Il faut remarquer qu’à part les gauchistes de tendance libertaire et les partisans idéologiques du libéralisme économique cohérents avec leurs idées, personne ne défend réellement la liberté de l’immigration, et donc tous (gauche comprise) doivent aussi assumer la nécessité de procéder à des expulsions.

Mais les travailleurs immigrés ne peuvent pas s'intégrer à une nation sans patriotisme, où la petite bourgeoisie mondialisée et décervelée par les médias mainstream dénigre sans cesse son propre pays, et déstructure son propre langage, dans l'espoir de complaire à l'impérialisme.

Le nationalisme tant reproché aux communistes réels (ceux qui ont réellement agi) est un nationalisme défensif et de libération, et non le chauvinisme impudent et grotesque qui accompagne les tendances impérialistes. On ne peut les confondre que par ignorance crasse, ou en usant de la plus complète mauvaise foi. En fin de compte, la différence est claire entre le pseudo-nationalisme raciste prompt à la trahison et le patriotisme, entre Vichy et la Résistance de l’Affiche Rouge.

Les politiques libérales de migration, qui aident à la dissolution des nations et la suppression des frontières qu’exige la bourgeoisie transatlantique, développent dialectiquement une opposition radicale, parfaitement légitime, mais tout est fait, en particulier par la promotion médiatique des porte-paroles de l'extrême droite, pour que la colère des masses soit récupérée par les mouvements racistes et xénophobes, et ainsi stérilisée, et diabolisée. Le piège est grossier. Certains militants de gauche et d’extrême gauche semblent pourtant bien prompts à y donner. C'est qu'ils sont plus intéressés par la posture morale que par l'action, ou bien qu'ils confondent militantisme politique et aide humanitaire. Ou, tout simplement, qu'ils ne sont pas les révolutionnaires qu'ils prétendent être.

La liberté des migrations est une idée bourgeoise, une idée stratégique de la bourgeoisie, et ne peut pas figurer au programme d'une organisation prolétarienne !

 

GQ, 18 juin 2015, mis à jour 5 septembre 2016

 

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manuel 23/05/2019 13:54

> "Or à l'intérieur du système capitaliste, et on ne va pas changer ce système demain matin, ce sont les frontières qui préservent en dernière analyse le niveau des salaires et les acquis sociaux."

Ici on parle des acquis sociaux, dont un communiste qui veut la révolution et non pas la réforme se fout pas mal d'ailleurs, pour les habitants des pays impérialistes uniquement. Cette phrase et posture ignorent complètement le sort et les combats des populations du tiers monde et n'est donc pas acceptable comme argument communiste.

HUGO 02/05/2018 20:43

Article paru dans l'Humanité en juillet 1991


LES COMMUNISTES ET L'IMMIGRATION


Les communistes ont toujours combattu pour l'indépendance et la liberté des peuples victimes du colonialisme et du néocolonialisme. C'est le fondement de leur démarche lorsqu'ils luttent contre les expulsions et exigent depuis plus de seize ans l'arret de toute nouvelle immigration.



S'il y a une chose qui authentifie l'identité des communistes français c'est bien leur sensibilité et leur engagement permanent au regard des réalités du monde. Pour eux l'injustice n'a pas de frontières. L'étranger n'a jamais été un étranger au sein du parti. Chacun sait que le PCF s'engagea dès sa naissance contre les guerres coloniales. Que ce soit le combat contre la guerre du Rif ( Maroc,1925 ), celle d'Indochine ( 1947 ), ou encore celle d'Algérie, le PCF s'est toujours battu pour l'indépendance des peuples et la liberté des hommes. Ce n'est pas un hasard si dans le combat contre l'occupant nazi ceux de " l' Affiche rouge " que chantent Aragon et Ferré étaient avec le "parti des fusillés" auxquels rendit hommage François Mauriac.

L'histoire de l'après-guerre et celle plus récente nous a montré les communistes français être du combat contre les discriminations raciales, celui du pasteur Martin Luther King et de la communiste Angela Davis aux Etats-Unis, ou encore celui de Mandela et de l'ANC contre l'apartheid en Afrique du Sud. Il n'y a aucun parti politique dans ce pays qui puisse se prévaloir d'un tel engagement dans le combat des peuples pour leur indépendance et leur liberté.

C'est dans ce contexte que le PCF - fidèle aux paroles de Jean Jaurès " beaucoup d'internationalisme rapproche de la patrie " - a défini sa politique au regard de l'immigration. Lorsque, dès 1971, Georges Marchais souligna la réalité de la crise de la société française, il n'évacua pas le fait que le patronat français faisait venir de la main d'oeuvre taillable et corvéable à merci pour satisfaire les appétits du capital, et diviser la classe ouvrière française. Déjà, en avril 1964, le bureau politique du PCF s'en prenait au " chauvinisme et au racisme " visant à diviser les travailleurs français et immigrés, citant
entre autres " les courants malsains " qui se développaient " parmi la population autour des bidonvilles de Champigny, de Saint Denis et d'ailleurs ", ou le patronat avait fait venir notamment des travailleurs Portuguais (1).

En 1974, le livre " Français et immigrés " (2) rappelait qu'en 1956 le groupe communiste à l'assemblée nationale s'était prononcé " contre la venue en France de milliers de travailleurs immigrés ". Dénonçant les pratiques de négriers du capital français, les députés communistes soulignaient que l'arrivée de cette main-d'oeuvre ne répondait ni à l'intérêt national ni à la misère dans laquelle étaient enfoncé le peuple algérien du fait du colonialisme français.

Mais c'est en 1974, en raison de la montée du chômage, que le PCF s'est prononcé pour " l'arrêt de toute immigration nouvelle OFFICIELLE ou CLANDESTINE ", tout en combattant les expulsions arbitraires, le racisme et la xénophobie largement encouragés par le pouvoir de l'époque. Plus tard, dans un communiqué du bureau politique du PCF daté du 30 juin 1977, les communistes dénonçaient le fait que " les travailleurs immigrés " étaient " l'objet d'une campagne indigne visant à leur imputer la responsabilité de l'aggravation de la crise et particulièrement du chômage ". En juillet 1977, les députés
communistes déposaient un projet de loi pour " une maitrise démocratique de l'immigration " (3).

Une appréciation toujours d'actualité. D'autant que, les années passant, le patronat et le gouvernement n'ont jamais arrêté l'immigration, recourant y compris aux marchands d'esclaves avec l'immigration clandestine, et concentrant les familles immigrés dans les mêmes villes, souvent dirigées par des maires communistes, constituant de fait de véritables ghettos, sources de difficultés pour les uns et pour les autres. Ainsi, même si la méthode était inappropriée, ce n'est pas un hasard si, en décembre 1980, les élus communiste de Vitry s'opposèrent au coup de force du maire de droite de Saint-Maur, qui avait expulsé des travailleurs maliens d'un foyer de sa ville pour les transporter à l'heure du laitier dans un foyer insalubre et désaffecté de Vitry.

Ce n'est pas un hasard non plus si le conseil général du Val de Marne, présidé par le communiste Michel Germa, a décidé depuis d'octroyer des subventions pour reconstruire le foyer incriminé de Saint Maur, et que le maire de droite de cette ville refuse, non pas la subvention, mais de reconstruire le foyer.

Nous touchons là aux vraies questions. Celles qui amènent les communistes à agir avec les intéressés hier comme aujourd'hui, contre la misère du tiers-monde pour enrayer l'immigration à la source, demander l'arrêt de l'immigration et des expulsions arbitraires, dans l'intérêt commun des travailleurs immigrés et français.


PIERRE AGUDO


(1) Publié par " France Nouvelle", Avril 1964

(2) Editions sociales, livre d'André Vieuguet, dirigeant national du PCF à l'époque.

(3) Projet de loi réactualisé en 1979 et portant le titre de " Statut de l'immigration "

Stef 22/11/2016 23:35

Et dernier point, j'ai en souvenir le film Germinal avec Renaud et Depardieu, je me souviens d'une scène ou ils sont en grève et le patron fait venir des Belges pour travailler à leur place, je ne vous raconte pas la suite mais dans votre logique ils n'auraient rien du faire parce que sinon on les auraient traités de racistes, de fascistes, de lepenistes aussi....
À méditer.......

manuel 23/05/2019 14:18

La manière d'éviter que les Belges viennent briser la grève c'est de faire en sorte que ceux-ci qui sont plus mal lotis le soient moins. C'est seulement quand on suppose que ceux qui viennent d'ailleurs valent moins que toi que l'on peut se permettre de leur nier des droits.

Mais c'est une règle générale qui s'applique au sein d'un même pays : lorsque des ouvriers font grève et que les patrons amènent des chômeurs pour la briser, la chose à faire c'est pas de rejeter les chômeurs qui n'ont plus d'autre choix pour pas crever la gueule ouverte sous prétexte que les ouvriers vont perdre ou ne pas gagner quelques droits parfaitement niés aux dits chômeurs. La solution c'est le partage et l'unité. Il n'y a plus les ouvriers et les chômeurs, il y a les exploités tous ensemble contre la bourgeoisie. Donc soit les ouvriers partagent leurs salaires avec les chômeurs (j'imagine que c'est l'origine des allocations de chômage) de façon à ce qu'ils ne soient pas des briseurs de grève, soit ils acceptent, s'ils s'y refusent, que les chômeurs soient en compétition avec eux pour leur emploi.

Le fait même de chercher une autre solution qu'une de ces 2 là c'est déjà fondé sur des principes d'inégalité, ce qui dans le cas de l'immigration s'appelle du racisme. Pas étonnant que le FN regorge autant d'anciens membres du PCF...

Stef 22/11/2016 23:28

Je suis tout à fait d'accord avec cet article, sur le fond tout le monde sait très bien que le patronat utilise l'immigration pour faire baisser les salaires! Un exemple, si il n'y a pas de chômage le travailleur est en position de force pour parler salaire, condition de travail puisque' il sait que si le travail ne le convient pas, il trouvera facilement ailleurs ( la France des trentes glorieuses ).
Alors que si il y a chômage de masse tout le monde de tiens à carreau et en plus on fait venir des travailleurs de l'extérieur pour travailler à bas coût ( les travailleurs Polonais par exemple ).
Tout ça pour dire que le patronat à besoin de chômage, tout marxiste sait cela, par contre le capitalisme c'est la loi de l'offre et la demande, et vu les commentaires de certains, ils n'ont pas du étudier l'économie du point de vue marxiste jusqu'au bout.
En gros, le patronat gagne une masse d'esclaves à bas coût, et le travailleur local y gagne quoi je vois le demande? À part plus de concurrence sur le marché du travail.
Allez parler aux travaileurs détachés de droit du travail ou droit de grève, il partiront en courant car ils pensent: je suis mieux dans mon pays qui est pauvre en plus de ça.
Si vous français vous alliez dans un pays qui paient 10 fois votre salaire national vous penseriez à la lutte, la grève, la révolution? Avec un salaire de 10000€ je ne crois pas..........

Réveil Communiste 23/11/2016 09:56

Ce qu'il faut dans une perspective communiste, c'est réintégrer les ouvriers migrants déjà arrivé dans le pays à la classe ouvrière, mais ça n'interdit pas de demander l'arrêt de l'immigration ultérieure, dans l'intérêt de cette même classe ouvrière. Lorsque les États-unis ont contingenté et drastiquement ralenti l'immigration en 1920 par peur de la contagion révolutionnaire européenne, en utilisant des arguments racistes contre tous les non-WASP (WASP = les anglo-saxons blancs protestants), ils ont involontairement provoqué une hausse des salaires, et surtout l'intégration des Noirs à l'économie industrielle (auparavant les syndicats faisaient barrage à leur embauche).

DD 31/10/2016 01:38

Comme le faisait remarquer un autre intervenant, ce texte inévitablement soulève la question du cosmopolitisme. Voici un texte traitant de la question en 1955 : petit dictionnaire philosophique - éditions de Moscou. à mon avis terriblement contemporain.
Cosmopolitisme
(du grec  = citoyen du monde)

Idéologie bourgeoise réactionnaire qui prêche l'indifférence pour les intérêts, les traditions et la culture nationale, l'abandon de la souveraineté nationale. Le cosmopolitisme dissimule son vrai caractère en déclarant que tout homme à l'univers pour patrie. Mais, en réalité, le cosmopolitisme, propagé par les idéologues de l'impérialisme, est une arme des monopoles dans leur lutte contre l'indépendance nationale des peuples, un moyen idéologique pour asservir économiquement et politiquement les peuples libres.
En faisant la propagande pour le cosmopolitisme, pour l'idée de « gouvernement mondial », les impérialistes visent à assouplir la vigilance des peuples à cultiver l'idéologie de la trahison de la patrie. Le cosmopolitisme est l'idéologie de la bourgeoisie actuelle qui met ses intérêts égoïstes au dessus de tout et qui, pour les satisfaire, est prête à trahir la nation.
« Autrefois, disait J.Staline au XIX e congrès du parti, la bourgeoisie était considérée comme la tête de la nation, dont elle défendait les droits et l'indépendance en les plaçant « au dessus de tout ». De ce principe national il ne reste plus trace. Maintenant la bourgeoisie vend les droits et l'indépendance de la nation pour des dollars. Le drapeau de l'indépendance et de la souveraineté nationales a été jeté par dessus bord. »
Le cosmopolitisme est un masque commode pour la bourgeoisie toujours prête à trahir les intérêts de la nation. De nombreux dirigeants des socialistes[de droite] prêchent également les idées du cosmopolitisme.
A l'opposé du cosmopolitisme bourgeois se situe l'internationalisme prolétarien, qui associe harmonieusement les intérêts nationaux des ouvriers et de tous les travailleurs, leur patriotisme profondément populaire, et la solidarité du prolétariat mondial en lutte contre le capitalisme, cette source profonde de la haine entre les nations.
Les partis communistes et ouvriers, authentiques défenseurs de l'indépendance nationale, de la liberté des peuples, tiennent bien haut le drapeau de l'indépendance et de la souveraineté nationales.
Le cosmopolitisme est incompatible avec l'internationalisme prolétarien, avec le patriotisme soviétique. Aussi le parti communiste d'Union Soviétique combat-il le cosmopolitisme sur le front idéologique : l'adulation de la culture bourgeoise réactionnaire, l'attitude négative envers les acquisitions de la culture soviétique, l'avilissement et le mépris du rôle marquant du peuple russe et de sa science, de sa culture, de son art, le mépris des traditions progressives (progressistes?) des autres nationalités de l'URSS. En même temps, la culture socialiste assimile tout ce que la culture mondiale a créé de grand, de précieux. Le respect des réalisation des cultures nationales de tous les peuples est un trait inaliénable de l'idéologie du peuple soviétique.