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Réveil Communiste

Quand Karl Marx dénonce les effets dévastateurs de l'immigration sur la classe ouvrière (1870) - augmenté d'un commentaire d'actualité

19 Juin 2020 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Royaume-Uni, #Economie, #Positions

 

Extrait de la lettre de Karl Marx à Siegfried Meyer et August Vogt, du 9 avril 1870. Le sens général de la lettre est de chercher à convaincre les membres de l'Internationale de lutter pour l'indépendance de l'Irlande. Mais on y trouve aussi ce passage particulièrement clairvoyant sur le rôle que les classes dirigeantes anglaises font jouer à l'immigration irlandaise en Angleterre pour appauvrir et diviser la classe ouvrière, qu'elle soit britannique ou irlandaise.

(...)

Mais la bourgeoisie anglaise a encore d’autres intérêts, bien plus considérables, au maintien de l’économie irlandaise dans son état actuel.

En raison de la concentration toujours plus grande des exploitations agricoles, l’Irlande fournit sans cesse un excédent de main-d’œuvre au marché du travail anglais et exerce, de la sorte, une pression sur les salaires dans le sens d’une dégradation des conditions matérielles et intellectuelles de la classe ouvrière anglaise.

Ce qui est primordial, c’est que chaque centre industriel et commercial d’Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L’ouvrier anglais moyen déteste l’ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l’ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l’Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L’Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l’ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande.

Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.

(...)

Tout y est, même "les revues satiriques"! Le fait de constater que l'antagonisme entre prolétaires provoqué par l'immigration est une carte maitresse de la bourgeoisie et même "le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste" ne signifie pas qu'il faille encourager les préjugés contre les immigrants (ou leurs préjugés contre les autochtones) ou prêcher leur renvoi dans leur pays d'origine, bien au contraire, mais signifie bel et bien qu'il faut au minimum revendiquer le contrôle et le ralentissement de l'immigration si l'on veut être entendu de la classe ouvrière dans son ensemble, y compris de celle qui est issue de l'immigration, parce qu'on a vu le même jeu reprendre dans la suite de l'histoire britannique avec les Antillais, les Pakistanais, les Polonais, etc., les immigrants d'hier devenant les autochtones d'aujourd'hui. Par ailleurs on voit clairement dans ce texte que Marx considère que les effets négatifs de l'immigration ne sont pas un fantasme irrationnel de la classe ouvrière, dont il faudrait la purger, mais une menace bien réelle pour le niveau des salaires et pour sa "condition matérielle et intellectuelle". Il n'en argumente pas pour demander l'expulsion des immigrés irlandais, ce que Marx préconise, à tort ou à raison, c'est l'indépendance de l'Irlande pour faire cesser les migrations vers l'Angleterre.

Aujourd'hui comme hier, la bourgeoisie travaille à diviser les classes populaires en deux camps hostiles qui s'expriment aux deux extrêmes de l'échiquier politique. Les forces qui prétendent les représenter doivent demander la limitation de toute nouvelle immigration, non pour exclure les immigrés déjà présents, mais justement pour les intégrer réellement là où ils sont "accueillis", dans le prolétariat.

RC n'est pas "anti-immigrationniste" de principes, mais considère que la question doit être franchement posée sur la table dans toute discussion préparatoire à un programme politique destiné aux classes populaires. Sinon, la gauche électorale continuera à s'éloigner du prolétariat réel, pour ne plus représenter qu'une fraction intellectuelle de la bourgeoisie, petite et grande.

ndgq, 30 novembre 2018

 

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JP 04/08/2019 01:03

Je trouve le choix du terme "miséreux" justement inapproprié : miséreux a une connotation péjorative.
L'immigration/ émigration est d'abord un phénomène quasi consubstantiel au genre Humain...
Il y a des immigrations., et il y a 100 ans, c'étaient les Européens qui s'exilaient ( voir l'excellent Chaplin : the Emigrant)

Ensuite, il faut voir ce qui la provoque, et là, les classes dirigeantes sont totalement impliquées dans le processus : l'immigration depuis les ex-pays colonisés n'est que la conséquence des rapports économiques néo-coloniaux. Ma femme est malgache, et avant la venue des Vazaha et la colonisation de 1896, il n'y a jamais eu d'émigration malgache d'autant que pour les Malgaches le déracinement est terrible ( ce qui est paradoxal pour un peuple venu de la mer).
Moi, je suis bien sûr choqué par le discours anti-immigrés, qui est produit par le Patronat à la source de l'Immigration.
Néanmoins, cette immigration est aussi une stratégie du Patronat, qu'il complète d'ailleurs par une politique d'externalisation du travail que ce soit les services ( pays francophones ) ou le secteur secondaire. Dans tous les cas, une mise en concurrence des salariés, du prolétariat.

Mais néanmoins, il y a effectivement une différence idéologique et sociologique par exemple entre les immigrations : entre les futurs MOI ( européens) et d'autres, pas forcément "miséreux" mais sans conscience de classe.
Je ne connais pas d'immigré ayant ambitionné d'être éboueur en France, ni puisatier, ni ouvrier du bâtiment ; c'est le patronat qui en dispose, en fonction du degré de résistance de ce salarié.
Pour les Malgaches ils ne viennent pas pour s'enrichir - enfin ce n'est pas la règle - mais le niveau de la conscience de classe s'internationalise à la baisse. Vraiment, qualifier de miséreux me semble déplacé : les "miséreux" crèvent sur place, et n'envisagent même pas de venir ici. Ceux qui viennent ont toujours un atout, une incitation particulière, et une dose d'espoir, parfois des illusions.
Il y a mise en concurrence, mais le diplôme pose problème, car il n'est pas reconnu et c'est là où le patronat y gagne, car il a une main d'oeuvre qualifiée ou capable à disposition, des bras déjà formés ( l'enfance est finie). .ceci a fait la richesse des USA, et ça continue : aucun responsable de labo, pratiquement, n'est né Américain. ..et c'est tout bénéf...mais le directeur de labo en question, il peut trouver exemplaire ce système qui le paie d'autant plus qu'il ne lui a rien coûté pour le former.
Quoi qu'il en soit , ces questions d'immigration sont instrumentalisées par la Droite ( jusqu'au PS) et il n'y a pas d'analyse concrète de notre côté, comme il n'y en a pas sur d'autres points fondamentaux.
Lors de porte-à-porte on tombe sur des immigrés absolument individualistes, sarkosystes, même ( ou macroniens,) qui vont dénoncer le 'mauvais immigré" à cause de qui le racisme se répandrait ...
On doit donc produire de l'idéologie pour élever la conscience de classe, et analyser concrètement ce que sont les immigrations. Faute de quoi on verra se développer une pseudo-identité immigrée , qui évacue la conscience de classe chez les uns et chez les autres.

richard palao 30/05/2019 20:40

Comparer l immigration irlandaise avec l immigration actuelle en FRANCE essentiellement issue des ex pays socialistes , d AFRIQUE ou d ASIE il faut oser , meme en faisant appel a MARX , comparaison n est pas raison ...
Dire que les immigres actuels veulent s enrichir est une contre verite a moins de considerer qu un meurt de faim qui veut devenir eboueur en FRANCE n est qu un sinistre ambitieux pret a piquer le boulot d un bon francais ...
l immigration n est pas un probleme insoluble: il suffit d appliquer les textes internationaux et les divers traites dont la FRANCE est signataire ce qui permettrait d accueillir les immigres legaux , les immigres illegaux devant quand a eux etre reconduits dans leur pays ce qui n est pas contradictoire avec le fait de tout faire pour les sauver si leur vie est en danger, les soustraire aux griffes des trafiquants et les accueillir provisoirement avec respect et humanite

richard palao 01/06/2019 11:00

Je suis fils d un refugie politique je sais donc de quoi je parle , dire que la tres grande majorite des immigres sont des misereux n est pas une vision miserabiliste , c est helas la triste realite ...

GQ 01/06/2019 07:10

La vision misérabiliste des immigrés est pleine de condescendance et empêche de voir les vrais problèmes.