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Réveil Communiste

Orwell, un auteur de guerre froide

18 Juillet 2020 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Royaume-Uni, #GQ, #Impérialisme, #Théorie immédiate, #Ce que dit la presse

Depuis que Gérard Lébovici a réédité toute l'œuvre d'Orwell aux éditions Champ Libre, dans les années 1980, cet auteur a passé pour une icône révolutionnaire, d'abord chez les situationnistes de Guy Debord, puis parmi la foule de ceux qui ont été influencé par eux, le plus souvent sans le savoir.

Alors qu'il s'agit d'un romancier anticommuniste banal de la Guerre Froide (voir ses célèbres romans 1984 et la Ferme des Animaux, publiés en 1948) dont la promotion scolaire mondiale s'explique uniquement par son message politique sans ambiguïté. En terme de littérature d'anticipation, 1984 est un roman beaucoup plus faible pour dire l'avenir menaçant que son contemporain Meilleur des Mondes de Aldous Huxley.

Ce n'est ni un grand penseur, ni un grand écrivain. C'est un journaliste qui écrit des livres (d'où sa popularité dans la confrérie). Il avait produit avant la guerre des reportages biographiques-politiques : Dans la Dèche à Londres et Paris, Le Quai de Wigan, Hommage à la Catalogne, Souvenirs de Birmanie, où il s'engageait physiquement pour crédibiliser un message populiste sentimental et gauchiste, anti-intellectuel, et déjà, anticommuniste.

La common decency des gens simples tant vantée par Orwell et dont Jean Claude Michéa espère former la substance éthique du peuple révolutionnaire ne conduit à nulle prise de conscience. Il ne s’agit ni plus ni moins que de la morale populaire commune, qui subsiste un peu partout, et qui si elle a un fond solide de maximes simples et saines pour vivre ensemble avec ses voisins et ses cousins, est volontiers traditionaliste, sexiste, xénophobe et homophobe ; il suffit de lire Orwell lui-même pour s’en convaincre. Le prolétariat, quelques soient les préjugés qu'il véhicule, est constitué dans la lutte qui transcende ces oppositions et produira à son issue des valeurs nouvelles qui lui seront propres, qui ne relèveront ni de la tradition conservatrice, ni de la consommation aliénée des marchandises modernes ou du libéralisme moral accompagnant l'individualisme de masse.

Orwell manqua singulièrement lui-même de cette décence commune, qui déteste les informateurs, le jour où il établit une liste d'intellectuels communistes pour les signaler aux services secrets, en 1949.

Orwell produit une critique émotionnelle et paradoxale des injustices qui accablent le peuple décent et qu’il supporte avec constance, pour mieux discréditer toutes les tentatives crédibles mais indécentes et outrageantes de secouer cette société injuste. En Birmanie il donne longuement la parole aux birmans pro-colonisateurs qui raillent le manque d’authenticité des nationalistes. La théorie historique d'Orwell (formulée dans 1984) est d'une faiblesse à pleurer : de tous temps il y aurait eu trois groupes sociaux : les privilégiés, les "moyens" et les pauvres. Les "moyens" qui sont jaloux des privilégiés fomentent des révolutions en trompant les pauvres avec de fausses promesses, pauvres qui se révoltent mais restent pauvres comme avant. Lorsque les "moyens" deviennent à leur tour privilégiés en renversant les précédents, une nouveau groupe de "moyens" se forme. Qui fomente des révolutions. Et ainsi de suite.

C’est bien un tory, un conservateur paternaliste anglais. La symbolique grossière de Animal Farm est là pour le dire : le fond de sa pensée, c’est que les communistes sont des porcs. Faire la révolution, c’est se donner aux porcs. Orwell est un conservateur populiste en ce que comme Dostoïevski (mais sans le génie du romancier russe) et comme les slavophiles russes du début du XIXème siècle, il dote le peuple de qualités imaginaires pour l'opposer aux avant-gardes révolutionnaires chargées de toutes les tares. Il plonge bravement dans la Guerre d'Espagne ou dans le peuple anglais des mineurs, ou des prolétaires laissés pour compte du Quai de Wigan, pour pouvoir dire "j'y étais" quand il calomnie les vrais révolutionnaires, il va explorer ces marges comme on allait à l'époque chasser le tigre dans son milieu, ou comme un sportif de l’extrême ou un humanitaire d’aujourd’hui. Comme Kouchner au Biafra qui faisait servir la compassion aux intérêts pétroliers. Toujours la même histoire. Lorsqu'Orwell se met à vitupérer le capitalisme, c'est qu'il lui reproche en fait, en convergence avec la critique ultra-libérale de Von Hayek, d'être plus qu'à moitié socialiste. Le Welfare State et la sécurité sociale, voilà l'ennemi. Quant à l'État bourgeois et à ses gouvernements, Il s'en fait une idée complètement complotiste, comme on dit aujourd'hui.

PPS : En réaction à des réactions colériques gauchistes sur Facebook :

Orwell aurait-il été à en croire certains un critique du stalinisme, et non du communisme proprement dit? Le stalinisme est un concept développé par des auteurs hostiles au communisme, qui décrit ses aspects négatifs apparus en contexte d'agression contre-révolutionnaire, comme si ce contexte n'existait pas, et qui se fonde sur des bilans et des témoignages exagérés ou fallacieux.

Il faut partir du principe méthodologique qu'à peu près rien de ce que la bourgeoisie a diffusé sur le socialisme réel n'est fiable. Le rôle d'intellectuels de gauche comme Orwell a été crucial pour créer le consensus dans la gens intelligente autour d'une image ultra-négative du socialisme réellement existant, à partir de ce qui n'était au départ qu'un mauvais discours de propagande.

Inévitablement, il y a eu des excès répressifs dans le seul pays du socialisme confronté à hostilité implacable du reste du monde. Alors, on voudrait bien qu'il ait existé un communisme "gentil" qui n'eût jamais endossé la responsabilité d'aucun abus ! Un tel communisme n'aurait pas duré bien longtemps. Les staliniens avec leurs défauts et leurs limites ont réellement combattu le capitalisme, et la plupart des autres qui se gargarisent de révolution n'ont rien fait du tout, à part, comme Orwell, combattre ... le stalinisme.

La critique des "staliniens" est une chose facile, il suffit de reproduire tous les clichés idéologiques scolaires et médiatiques dont nous avons été abreuvés depuis l'enfance. Il n'empêche que pour l'essentiel ce sont ceux que l'on qualifie ainsi aujourd'hui avec haine et mépris qui ont réellement agis.

Aujourd'hui la politique "stalinienne" des partis du Komintern n'étant plus une option politique, et il faudrait se décoincer un peu et en reprendre la critique à nouveaux frais en sortant des ornières du discours bourgeois qui ne peut évidemment pas nous servir à grand chose pour préparer une nouvelle révolution prolétarienne (même et surtout le discours bourgeois d'extrême gauche). Sinon nous sommes partis pour conserver pour l'éternité le système actuel.

 

GQ, décembre 2015 - mai 2020


 

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