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Réveil Communiste

La fonction contre-révolutionnaire de l'homophobie

16 Octobre 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Qu'est-ce que la "gauche", #Théorie immédiate

Photo : Guy Hocquenghem.

Remis en ligne après le répugnant massacre islamo-fasciste d'Orlando (12 juin 2016) et à l'occasion du remake de la "manif pour tous" qui montrent bien que l'enjeu de la lutte dite "LGBT" n'est pas la promotion de la "différence" individualiste bourgeoise comme valeur mais le simple droit à l'existence des homosexuels dans le prolétariat.

Les mouvements prétendant représenter les homosexuels et lutter pour leurs droits sont souvent récupérés hypocritement par l'impérialisme, enrôlés dans le chœur des appels à l'ingérence internationale, à cause du retard d'évolution des mœurs dans le monde non-occidental. Or dénoncer l'homophobie en Russie n'aura aucun effet positif pour les principaux concernés, si les étranges étrangers de l'intérieur de toute les cultures se laissent ranger dans la catégorie banale des agents de l'étranger. Ci-dessous quelques réflexions engendrées par la manif homophobe "pour tous", publiées il y a trois ans sur RC.

La "manif pour tous" ayant fait le plein des troupes de l'épiscopat (dans des proportions qui ne sont nullement supérieures à ce qu'il fait d'habitude), il est intéressant de se pencher sur les raisons de ce succès relatif. Pourquoi des gens ordinaires, exploités, sont-ils prêts à s'allier à leurs ennemis de classe dans un front homophobe (au fond du fond il ne s'agit que de cela, la différence entre la MPT et Civitas n'étant que dans le degré de l'aversion éprouvée).

L'homophobie joue un rôle non négligeable dans l'idéologie traditionnelle. Elle affirme la naturalité de la division entre les sexes, qui engendre dans l'idéologie la naturalité de la division du travail et de la société de classe. L'homophobe reproche à l'homosexuel de brouiller la distinction des sexes et donc la division du travail entre sexes et la fondation symbolique de l'exploitation.

Plus crûment, ce que l'homophobe ne peut pas supporter, dans sa vision simpliste de l'ordre familial et social qui sont intimement liés, et dans sa perception conditionnée par l'ordre social, c'est que des hommes jouent un rôle de femme.

Cette féminisation comprise comme démasculinisation remet en cause l'idée fondamentalement ancrée par l'éducation traditionnelle monothéiste judéo-christiano-islamique et présente encore dans l'inconscient de chacun, que les femmes valent moins que les hommes (dans le Coran, qui a le mérite de la clarté, exactement deux fois moins, du point de vue de l'héritage, et à noter qu'il s'agit là d'un progrès pour l'époque de sa rédaction), et par réplication du jugement, que les ouvriers valent moins que les patrons, que les travailleurs manuels moins que les intellectuels, etc.

Plus rarement, l'inverse aussi peut être invoqué : des femmes scandaleuses usurperaient des rôles d'homme. Mais c'est beaucoup plus rare parce la tradition admet cette substitution en cas de défaillance masculine pour occuper une case libre dans le système de pouvoir familial-social (d'où la présence de figures féminines fortes dans l'histoire politique et dynastique).

La notion de "nature humaine" est profondément réactionnaire et doit être combattue; pour les marxistes l'être humain et ses idées sur lui-même sont le résultat des rapports de production.

L'homophobie doit donc être combattue avec détermination, mais dans une perspective assez différente de celle qui actuellement se développe dans le militantisme à tendance implicitement communautariste "LGTB", plutôt dans une perspective proche de la politique de fond pour l'éradiquer qui est mise en œuvre à Cuba depuis la sortie du film "Fraise et Chocolat" qui fit époque en 1993. Il ne s'agit pas d'affirmer une orientation sexuelle comme un contenu positif, une culture, voire une nation intérieure dissidente, mais de lutter contre un préjugé qui touche au socle même de la société de classes, qui fait que les hommes combattent pour leur servitude comme si c'était leur liberté.

En France aujourd'hui, les homosexuels en tant que tels, c'est à dire en pratique ceux de la bourgeoisie ne forment plus un groupe opprimé. Les plus opprimés de tous sont d'ailleurs les homophobes et les racistes de toute religion, des classes populaires, qui sont piégés dans une alliance "contre nature " ou plutôt "contre-sociale" avec leurs oppresseurs, alliance contre leurs frères et leur sœurs d'orientation religieuse ou sexuelle différentes, qui sont d'autant plus leurs "prochains" qu'ils les haïssent davantage.

Mais les homosexuels courent toujours le risque de devenir les boucs-émissaires de l'exploitation comme le furent autrefois les Juifs, surtout si contrairement au regretté Guy Hocquenghem, ceux qui font profession de les représenter se font récupérer en masse par la frange libérale de la bourgeoisie (celle qui possède et qui s'exprime dans les médias tels "Libération", "Canal plus", etc. et qui s'épanouit dans les escroqueries de l'art contemporain). Ils devraient viser politiquement à approfondir et à étendre à toutes les classes sociales "le droit à l'indifférence" plutôt qu'à surenchérir sur un "droit à la différence" qui n'a jamais été plus large ni plus illusoire qu'à notre époque, sur fond de triomphe de l'idéologie du désir, c'est à dire de la consommation aliénée. ll faut lutter pour le droit des "hommes sans qualités", les prolétaires, à choisir leur orientation sexuelle, et non confondre politique, pseudo-art et exhibition festive. En cela les provocations exhibitionnistes contre les manifestations homophobes sont néfastes, et confondent comme les "Femen" libération sexuelle et prostitution. Ce groupe a d'ailleurs montré ses liens troubles avec le néo-nazisme en Ukraine.

D'une manière générale, la liberté individuelle sous le règne du capitalisme quelque soit son champ d'application se renverse au terme d'un courte dialectique en servitude et aliénation marchande.

Il est d'ailleurs assez drôle de constater que le modèle scénographique et communicationnel de la "Manif pour tous" , Frigide Barjot en tête, n'est autre que ... la Gay Pride !

GQ, 14 janvier 2013

PS il faut remarquer aussi, si l'on suit les termes du raisonnement ci-dessus, que la lutte contre l'homophobie est une composante particulièrement importante du combat féministe réel (je ne parle pas du politiquement correct subventionné par l'UE qui veut introduire des figures féminines dans les livres... de maths!).

PPS : Il parait que des participants de la Nuit Debout ont chassé des éléments cathos homophobes qui voulaient se joindre à la mobilisation anti loi-travail. Je ne connais pas le détail des faits et les individus impliqués de part et d'autre, mais sur le principe, ce genre de comportement est stupide et parfaitement contreproductif, la tolérance ne peut pas s'imposer, elle doit se gagner, et c'est justement en participant à des luttes communes contre l'ennemi réel que tombent les préventions.

PPPS : certains marxistes considèrent l'homosexualité comme "décadence bourgeoise". Pour moi, la "décadence" n'est pas un concept scientifique (pas davantage que "l'identité"). Je ne crois pas non plus contrairement au mouvement LGTB à la naturalité de l'homosexualité. Il s'agit d'un choix. Et il n'y a pas de raison valable d'interdire ce choix. Et je ne crois pas que les communistes manquent d'ennemis, au point qu'ils faillent en ajouter gratuitement.

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stefano 10/09/2016 07:11

je suis pas d'accord :l'omosexualite'c'est individualisme,negation creuse de la polarite'dialectique sexuelle.C'est negation de la transmission de la vie , donc,de l''existence meme du peuple communiste!!!!

Réveil Communiste 10/09/2016 15:38

Les individus ne sont pas les porteurs de l'ensemble du sens dialectique. La transmission de la vie se fait au niveai de l'ensemble, et il y a toujours eu une partie de la population qui évite la reproduction. bref la condamnation de l'homosexualité ne relève pas de raisons commuinstes mais d'autres, cachées.