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Réveil Communiste

Un classique de la bataille des idées communistes : "Un autre regard sur Staline," Ludo Martens (1995), compte rendu de lecture

2 Août 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Front historique, #Russie, #Ukraine, #Europe de l'Est

 

Un autre regard sur Staline, Ludo Martens (1995), édition EPO

 

Ludo Martens, décédé en 2011, est un dirigeant politique belge, fondateur du PTB, mouvement d’inspiration maoïste qui a évolué pour devenir aujourd’hui un parti moderne d'inspiration communiste.

Son ouvrage sur Staline est écrit en 1995 à un moment où une contre-offensive idéologique est nécessaire sur le front de l’histoire du socialisme réel.

Le regard de LM est donc fortement influencé par la tradition maoïste organisée (à distinguer des thuriféraires gauchistes de la révolution culturelle). On peut résumer son acquis ainsi : Staline, grand dirigeant et nullement personnalité médiocre comme le disait Trotski, a pour l’essentiel pris les bonnes décisions pendant la période où il a participé au plus haut niveau au pouvoir soviétique, de 1917 à sa mort. LM le critique pour avoir parfois été exagérément prudent, en particulier à la fin de sa vie, où il aurait laissé monter les cliques Beria et Khrouchtchev.

LM montre aisément l’incohérence et l’opportunisme des critiques trotskystes, et la manière dont elles sont facilement récupérables par les contre-révolutionnaires nazis ou impérialistes.

Il apparait que Staline, loin d’être un défenseur de la bureaucratie, est son principal fléau. Les épisodes les plus controversés de son pouvoir, la collectivisation et les purges, manifestent une volonté du groupe dirigeant qu’il commande de rétablir le contrôle prolétarien. C’est convainquant et documenté, même on pourrait objecter à l'auteur que ces intentions ne sont pas couronnées de succès à long terme et que la méthode fait question.

Les purges judiciaires et la terreur de 1937 s’expliquent par de véritables complots et sabotages (même si l’auteur passe trop rapidement sur le grand nombre de pratiques arbitraires et d’erreurs, reconnues de fait par le succès d’un grand nombre d’appels, et n’explique pas clairement le rôle de Yejov et sa chute).

Les bilans apocalyptiques de la terreur (morts et internés) sont exagérés d’un facteur 20 environ et il n’y a pas eu de génocide ukrainien. Sur ces points la démonstration est très convaincante. Après cette lecture il ne reste que des confettis de la plupart des allégations et des sornettes du Rapport secret au XXème congrès, du Livre Noir du communisme, de l'archipel du Goulag, des falsifications de Robert Conquest, de Roy Medvédev, etc.

Il montre que Staline est un chef de guerre tout à fait compétent.

Par contre LM néglige de traiter les accusions d’antisémitisme (ce que fait très bien Losurdo dans Staline, formation et histoire d’une légende noire) et n’affronte pas la question des Polonais de Katyn, ni celle des châtiments collectifs comme la déportation des Tchétchènes ou des Tatars de Crimée, ni celle de la répression du mouvement communiste international. Il reprend sans la nuancer la position anti-Tito de Mao, et donc justifie implicitement les purges dans les démocraties populaires de 1948 à 1953. Or à mon sens Staline et ses successeurs ont manqué de discernement dans leur manière de gérer les contradictions nationales entre pays socialistes, en ce sens, sous un masque idéologique différent, la Yougoslavie de Tito préfigure la Chine dans sa volonté d’indépendance. Même si elle fut sans doute « boukharinienne » dans l'orientation de sa politique économique, il est tout à fait inexact qu’elle fut alignée sur l’impérialisme, ou retournée au capitalisme. Enfin, il donne l'impression de minimiser le génocide des juifs, par comparaison avec les pertes des peuples soviétiques, alors que sa mise en œuvre à partir de l'attaque contre l'URSS de juin 1941 fut justement étroitement lié dans l'esprit des nazis à la volonté d'éradiquer le communisme.

Les purges d’après guerre (affaire de Leningrad) sont mises au compte des intrigues de Beria, présenté selon les cas comme l’instigateur des purges, ou comme le fomentateur des complots (complot des médecins). Cette hypothèse nécessiterait un examen approfondi. Je trouve que LM fait trop de cas des révélations du transfuge Tokaev sur son réseau, dirigé par un «  camarade X » qui pourrait sans doute être Beria …

Ce livre était nécessaire, mais il ne répond pas à plusieurs interrogations (dont les réponses ne sont pas toujours simples, sauf dans la première):

Pourquoi le pouvoir soviétique est-il constamment obligé d’impulser d’en haut la critique de base ? Une structure de contrôle démocratique efficace manque manifestement, très probablement du fait d’un niveau général d’éducation trop faible au moment de la seconde révolution, celle de la collectivisation -industrialisation.

Pourquoi l’opposition de gauche et de droite ne dispose-t-elle pas de canaux légaux, qui permettraient de limiter sa participation à des conspirations ? LM semble impliquer que ces oppositions n’ont aucune légitimité, ce qui signifierait que l’URSS serait une société sans contradiction. Alors que les luttes de lignes internes de la direction reprennent finalement toujours les mêmes problématiques, celles de l’opposition ouvrière ou celle des Boukhariniens ; rouges contre experts.

Pourquoi apparait il toujours si aisé pour un bureaucrate carriériste de donner le change en faisant de la surenchère conformiste, discréditant ainsi le marxisme-léninisme ? Pourquoi seule la terreur permet-elle de déboulonner les satrapes régionaux ?

Pourquoi le culte de la personnalité qui est sans doute spontané au départ, mais que LM n’évoque pas, n’est-il pas contrôlé puis résorbé ?

Il faut aussi montrer les raisons historiques et anthropologiques qui expliquent le haut niveau de violence dans la vie politique soviétique, l’échec « de la sortie de l’état d’urgence » selon Losurdo, et qui explique la lassitude générale de la population dont profite Khrouchtchev en 1955.

A le lire, le pouvoir bolchevique semble dégénérer rapidement après la guerre, du vivant de Staline, en caste politique et militaire qui règle ses comptes à coup de révolution de palais.

Je crois que la critique communiste du passé communiste, sans reprendre à son compte les mensonges et les exagérations de l’ennemi de classe, doit prendre au sérieux les demandes de la morale élémentaire. La révolution, du point de vue subjectif de l’engagement, consiste à réclamer justice et égalité réelle pour tous, à réclamer la jouissance de tous des droits naturels. Elle est donc liée à une attitude morale élémentaire (non moraliste mais éthique) qui refuse de désarmer devant la violence ouverte ou cachée de la bourgeoisie mais qui ne peut se satisfaire du règlement violent et en définitive stérile des contradictions au sein du peuple.

Enfin l’ouvrage très crédible en général pèche parfois par des comparaisons insuffisamment argumentées destinées à relativiser le bilan du socialisme réel par rapport à celui de ses ennemis.

 

 

GQ, 18 décembre 2011

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CN46400 16/08/2012 18:56


Le livre de Martens a le mérite de remettre à sa place, qui est quasi nulle, la critique de Kroutchev. Il a aussi des limites qui sont aussi notées dans la critique de GQ. Par contre la critique
de la NEP, qui est le noeud de l'affrontement Staline-Opposition entre 24 et 27 est escamotée. C'est pourtant sur ce sujet, à mon sens que s'est joué le sort du socialisme soviétique.

marcel raym 11/08/2012 10:03


Le commentaire de Jacques Lacaze est tout  fait pertinent. Il pourrait expliquer partiellement le manque de résistance des ouvriers soviétiques face à la contre-révolution. Mais cela ne peut
s'appliquer aux pays de démocratie populaires tels la Tchécoslovaquie la Pologne ou surtout l'Allemagne dont les prolétariats respectifs ont connu l'exploitation capitalistes la plus féroce
et y sont pourtant retournés, plein d'illusions. BMW contre Trabant ?  En se plaçant sur le terrain du consumérisme le match était perdu d'avance. C'est sans doute ce qui a alimenté la
reflexion des camarades chinois vers leur socialisme de marché où les objets sont disponibles... pour ceux qui en ont les moyens.  

Jacques Lacaze 10/08/2012 08:59


Un facteur essentiel ne doit pas être perdu de vu. Le prolétariat susse qui a joué un rôle décisif dans la Révoltion d'octobre était très minoritaire. L'essentiel de ses membres a été par
nécéssité incorporé à l'appareil d'état. Un nouveau prolétariat a été de fait créé dans le contexte de la construction du socialisme (je garde le vocabulaire classique, mais à mon avis il
faut  réfléchir à sa pertinence). La classe ouvrière soviétique dans son immense majorité n'a pas connu l'exploitation capitaliste, pas d'autre univers que le socialisme historique et les
grandes luttes patriotique. Cette notion me parait très importante pour penser les contradictions qui ont traversé la formation sociale soviétique.

Xuan 05/06/2012 00:39


En février 1957, alors que le PCC avait été confronté à une révolte inspirée par les événements de Hongrie, Mao Tsé toung a prononcé le discours « de la juste solution des contradictions
au sein du peuple » devant la onzième session de la Conférence d’Etat.


En ligne ici : http://classiques.chez-alice.fr/mao/juste.pdf (on fera abstraction de l’en-tête)


Ou ici : http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMDictionnaire?iddictionnaire=1645


Ce document – qui doit être replacé dans les conditions historiques et les caractéristiques de la révolution chinoise – constitue un développement important du marxisme-léninisme sur la période
de la dictature démocratique du prolétariat.


Il mérite d’être cité ici car il apporte indirectement des éléments de réponse en analysant les différentes contradictions qui subsistent dans la société socialiste, leur nature et la façon de
les résoudre.


Cette façon de procéder renvoie dans ses cordes la conception bourgeoise de la démocratie prétendant « laisser chacun s’exprimer ».


Tant que se poursuit la période de transition au communisme, la démocratie
« au sein du peuple » doit s’accompagner de la dictature envers les ennemis de la révolution, lesquels doivent être attentivement ciblés et punis avec discernement. Je
ne partage donc pas la phrase « La révolution, du point de vue subjectif
de l’engagement, consiste à réclamer justice et égalité réelle pour tous, à réclamer la jouissance de tous des droits naturels ».


La question du rapport entre démocratie et dictature n’est pas une question
éthique, mais une question pratique dont dépend la victoire du socialisme ou la restauration temporaire du capitalisme.


L’indépendance revendiquée par le PCC envers le « parti père » (notion qui mériterait aussi une réflexion approfondie) ne peut pas être assimilée à celle de la Yougoslavie qui
pratiquait la « neutralité » en pleine guerre froide, tandis que la position de la Chine au sein des non-alignés visait l’unité des pays colonisés contre l’impérialisme
occidental.


 


meilleures salutations communistes

GQ 30/12/2011 16:21


Couper les têtes de l'hydre : l'assassinat des dirigeants et des cadres révolutionnaires a toujours été une des tactiques favorites des services occidentaux, comme on voit à l'œuvre en ce moment
en Inde et en Colombie (et contre le mouvement national palestinien).