Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Réveil Communiste

Les droits politiques tels qu'ils s'exercent en Occident sont-ils véritablement des droits?

4 Octobre 2021 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme, #Qu'est-ce que la "gauche", #Théorie immédiate, #GQ, #Front historique, #Mille raisons de regretter l'URSS

Les droits politiques tels qu'ils s'exercent en Occident sont-ils véritablement des droits?

Les droits politiques, élections libres, presse libre, garanties juridiques, sont-elles les conditions de l’existence de tous les autres droits ?

L’article en lien d’André Lacroix à lire ici sur Le Grand Soir montre bien l'inanité de ce préjugé libéral. C’est, au contraire, l’absence des droits réels (travailler, se loger, se nourrir, se faire soigner, recevoir une éducation, etc) qui vide de leur sens les droits juridiques des individus.

Mais il faut aller plus loin.

Ces droits sont-ils vraiment des droits ?

Au vu de la désertion des urnes et de l'anémie de la presse d'opinion réduite à se vendre à des milliardaires ou à quémander les aides publiques (y compris les soi-disant journaux de référence qui se gargarisent de leur déontologie) on dirait bien que les principaux intéressés, les citoyens ordinaires des "démocraties libérales", n'en sont pas très convaincus !

Je ne crois pas que l'abstention massive soit une forme de protestation, et c'est dommage car dans ce cas la révolution serait au coin de la rue, mais c'est le signe de l'épuisement du récit idéologique libéral/républicain qui justifie le consentement des opprimés depuis deux siècles au moins. C'est donc la promesse de grands bouleversements, mais à plus long terme.

Voter tout les cinq ans pour des menteurs qui ne proposent aucune alternative et qui ne rendent jamais de comptes. Lire les articles suscités par les propriétaires des médias ou écrits pour leur plaire. Participer aux débats hystériques et superficiels qui animent la vie « démocratique ». Participer à des guerres non déclarées sans même le savoir. Donner son avis sur des questions sans intérêt pour le peuple. Donner aux délinquants organisés toutes les protections juridiques imaginables et livrer la société à la violence. Les droits de l’homme n’ont jamais été des droits que pour les élites bourgeoises et aristocratiques.

Le débat (relativement) libre qui se développe est effectivement une expression des contradictions de la bourgeoisie (celle traditionaliste de Fillon - contre celle dépravée de Macron). Il n’exprime pas la contradiction centrale de la société, la contradiction capital - travail.

Toute la culture politique bourgeoise, c’est à dire la culture politique tout court qui est enseignées dans les IEP et ressassée dans les médias n’est qu'une dénégation du rôle des classes sociales et du pouvoir de l’argent.

Les mêmes qui nient l’existence du travail gratuit des salariés (définition précise de l’exploitation) affirment à qui veut les entendre que les patrons de presse rendent un service gratuit à la liberté d’informer et à la culture.

Le contrôle de la politique par le capital est sous-évalué, considéré à la fois comme un mythe et comme un lieu commun, et minimisé à l'extrême quand il est reconnu (le tout souvent dans les mêmes publications). Il paraît que « ce qui explique tout n’explique rien ». Mais la vérité, c’est qu’il n’y a plus rien à expliquer. Les débats contradictoires internes à la bourgeoisie sont le jeu du pouvoir bourgeois et sa manière de réguler les ambitions. C’est dans cette succession des vagues éphémères de l’idéologie, « toujours la même histoire » où les hordes de parasites se bousculent au sommet d’une structure réelle inchangée, en invoquant des prétextes à leur course de rats qui ne valent pas mieux que les débats byzantins sur le sexe des anges (et tous les autres débats picrocholins de la culture pré-moderne réhabilités dans la culture post-moderne).

La contradiction entre l’argent et la citoyenneté ne date pas d’hier, elle est centrale dès la démocratie grecque de l’Antiquité, et pourtant elle n’est jamais considérée avec sérieux.

Pourtant, parfois, un de ces hommes puissants qui pensaient pouvoir tout acheter tombe de son piédestal. Quand un riche pourri tombe, qu’est ce que cela signifie ? Et aujourd'hui qu’est ce que ça signifie quand ça se produit en Occident, et quand ça se produit en Chine ?

Les deux systèmes procèdent à des purges, dont le but est de signifier par un exemple haut placé un changement de ligne.

On prendra comme exemple le producteur tout-puissant Weinstein à Hollywood en 2019, et Bo Xilai, le dirigeant du PC de Chongquing en 2013

Weinstein est purgé dans le cadre des contradictions insolubles du « Nouvel âge du capitalisme » qui veut concilier l’individualisme absolu, massif, amoral, sans frein et sans règles avec la promesse d’un capitalisme compatissant, repentant, écologiste, féministe, gay-friendly. Ce nouvel âge post soixante-huitard est arrivé à sa vérité, quand l’amour libre se dégrade en harcèlement de rue, et quand les comédiennes refusent d’être assimilées aux « travailleurs du sexe ». A long terme, sur le plan des mœurs, les élites occidentales basculent d’une génération à l’autre du cynisme du Marquis de Sade à l’hypocrisie de la reine Victoria, et retour.

Bo Xilai est purgé dans le cadre de la prise de conscience par le parti chinois que la corruption détruit sa légitimité, et ouvre les portes à une restauration néo-colonialiste. Il signifie aussi le basculement progressif au profit du socialisme des rapports de force internes au PCC. (Sur l'évolution interne des pays socialistes, lire ici :Une, deux, trois générations de révolutionnaires !)

Dans les deux cas des comportements qui étaient connus et tolérés, ou acceptés avec résignation deviennent soudain insupportables. La ligne a changé.

Mais qui décide de cette ligne ? en Chine on le sait, c’est le Parti communiste, mais en Occident ?

L’explication implicite qui a cours est que cela se décide « tout seul » et qu’il y a une espèce de météo idéologique dont les plus futés sauront anticiper les variations. Ce qui est vrai c’est que les décideurs ne sont pas totalement éclairés sur les motivations de leurs décisions sur chaque question séparée, mais ils ne perdent pas le nord dans leur adhésion opportuniste aux valeurs changeantes, qui conservent un noyau invariant : la nécessité absolue de préserver la société de classe et la propriété.

Contrairement aux apparences crées par la propagande, qui est dissimulée mais structurelle dans la culture occidentale, le citoyen soviétique était beaucoup plus libre que nous. Lorsque des représentants sont choisis dans un pays socialiste, c’est au cours d'un processus où les mandants, avant de voter,  sélectionnent eux-mêmes leurs candidats, connaissent réellement leurs élus et peuvent leur faire confiance. Les 100% du "score soviétique" qui provoquent les ricanements universels des bien-pensants ne sont pas l'effet d'une pression policière, mais d'un long travail de la conscience collective qui vise à construire l'unité du peuple. Les citoyens du socialisme tiennent leur pays réellement entre leurs mains, et les opposants au socialisme veulent le donner à d'autres, en échange de promesses d'abondance marchande, comme nous le faisons honteusement à chaque "élection libre".

L’idée d’un parlement où toutes les voix autorisées à s’affronter s’affrontent est essentielle au libéralisme , mais ce n’est en rien une idée démocratique. Les voix qui s'affrontent sont aristocratiques sous l'ancien régime, et oligarchique sous le régime bourgeois. La démocratie prolétarienne imagine plutôt des mandataires rigidement déterminés dans l’utilisation de leur mandat impératif par leur mandants. Il n’y a rien là, il est vrai, d’excitant pour l’imagination : car nous avons été habitués à l’idée que la politique, comme une série télévisée, doit être un spectacle passionnant et surprenant et plein d'intrigues, de complots et de rebondissements, et c’est précisément ce qu’il faut éviter si on veut une politique prolétarienne. Le parlement socialiste est une délégation du pays, une structure de conseil, et un organisme qui rédige et qui promulgue les lois. Ce n’est pas un spectacle mais un rouage essentiel de l’État prolétarien.

Le parlement bourgeois est une arène, et comme les arènes romaines elle ne sont pas faites pour éveiller la conscience ni pour le bien public. La vie politique bourgeoise est remplie d'une mauvaise énergie et d'une vitalité morbide que Balzac a décrites parfaitement dans sa Comédie Humaine.

Du reste les parlements bourgeois ont perdu beaucoup de leur lustre et de la passion politique qui les animaient depuis que le pouvoir s’est déplacé hors des cadres nationaux, vers la "gouvernance" d'institutions opaques internationales ou transnationales. Mais dans une société bourgeoise, l’élection des mandataires politiques investis d’un pouvoir officiel et présenté comme effectif reste la seule expression de la vie politique qui semble éveiller un peu l’intérêt du public, et les médias se chargent d'exciter le public en lançant inlassablement des polémiques stupides et sordides.

Le retour des élections est donc un cycle pseudo-naturel qui doit enfermer dans un cercle fermé les potentialités révolutionnaires de la société. Participer au vote c'est accepter par avance la légitimité bourgeoise où les pauvres sont invités à choisir leurs maîtres parmi les riches. Ne pas y participer, c'est se vouer à l'inexistence. Y figurer uniquement pour témoigner, à la manière trotskyste, c'est travailler à consolider l'édifice.

On ne peut pas briser ce cercle par une simple victoire électorale, mais il faut participer aux élections et les gagner, afin de pouvoir créer la situation historique qui rendra possible de briser ce cercle. Au temps des Trente Glorieuses, des partis communistes pouvaient dans quelques pays du monde (France, Italie, Chili, etc) atteindre le pouvoir par la voie électorale, et il était compris par tout le monde, dans les deux camps, que ce passage devait être décisif, sans retour possible. Bien évidemment le vote seul n'y aurait pas suffit.

L’élection est le langage qu'il faut employer et la scène symbolique qu'il faut occuper, pour pouvoir surmonter le régime qui les a mis en place. Vouloir mener une autre politique sans participer aux élections dans un État bourgeois, ce serait comme tenter de parler au peuple en espéranto.

On ne fait pas « la politique autrement » . Autrement, c’est toujours la même chose : « jusqu’à ce jour on vous a toujours menti, mais moi je vous le promets je ne suis pas comme les autres » ; c’est qu’il faudrait les croire !

Signe de l’épuisement du modèle démocratique libéral, il est de plus en plus fréquent qu’on tente par voie judiciaire d’interdire la participation aux élections aux défenseurs d’une véritable alternative. On a le droit d’être verbalement « anticapitaliste », mais bientôt on n’aura plus le droit de relever d’une idéologie dite totalitaire, et d’être « communiste ».

Ou sinon, si on n'est pas un communiste, mais qu'on représente tout de même un certain danger politique pour les possédants, on sera traîné, préventivement ou a posteriori, devant les tribunaux pour corruption, sachant qu'aucun candidat ne peut gagner une élection importante en Occident sans financement illégal. Médias et Justice interviendront sélectivement pour éliminer ou pour intimider tous les sociaux-démocrates un peu radicaux qui se présenteraient aux électeurs avec quelque chance de victoire.

Sauf circonstances historiques exceptionnelles, on a le droit de se présenter aux élections si on représente le prolétariat, soit pour perdre, soit pour le renier de manière spectaculaire. On a le droit aussi de célébrer en grande pompe les souvenirs des défaites du mouvement ouvrier sur le mode pleurnichard, et d'en dénaturer le sens. Mais parfois, et souvent de la manière la plus inattendue, surgit une fenêtre de tir à la faveur des rivalités internes et de la baisse du niveau de culture du personnel politique bourgeois, et c'est le moment qu'il ne faut pas manquer.

Malheureusement beaucoup qui font profession de changer le monde regardent précisément ailleurs à ce moment là !

GQ 14 juillet 2021

PS 15 juillet 2021 :

En 1989 et 1990 en Europe de l'Est, des foules civiques organisées de l'extérieur sont descendues dans les rues pour exiger le pluralisme politique à l'occidentale et ont obtenu en échange la fin du système socialiste et un effondrement de leur niveau de vie. Cette génération enthousiaste des libertés politiques et du parlementarisme s'est évaporée comme par enchantement dès 1992, et chacun s'est rué à la poursuite des opportunités offerte par la toute nouvelle société libérale : mendicité, émigration, prostitution, drogue, criminalité organisée, exploitation, chômage, cléricalisme et chasse aux sorcières.

"l'Empire du moindre mal" tente de rééditer aujourd'hui le même coup à Cuba, une fois de plus, après avoir échoué à Hong Kong et en Biélorussie l'année dernière, et en Bolivie et au Venezuela l'année précédente.

Partager cet article
Repost1
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
En 1989 et 1990 en Europe de l'Est, des foules civiques organisées de l'extérieur sont descendues dans les rues pour exiger le pluralisme à l'occidentale et ont obtenu en échange la fin du système socialiste et un effondrement de leur niveau de vie. Cette génération enthousiaste des libertés politiques et du parlementarisme s'est évaporée comme par enchantement dès 1992, et chacun s'est rué à la poursuite des opportunités offerte par la toute nouvelle société libérale : mendicité, émigration, prostitution, drogue, criminalité organisée, exploitation, chômage, cléricalisme et chasse aux sorcières.

"l'Empire du moindre mal" tente de rééditer aujourd'hui le même coup à Cuba, une fois de plus, après avoir échoué à Hong Kong et en Biélorussie l'année dernière, et en Bolivie et au Venezuela l'année précédente.
Répondre
D
L’article est excellent. Le seul bémol que j’apporterais porte sur le caractère démocratique du système soviétique finissant (je ne parle pas des soviets de 1917). Ce système a eu certes ses moments positifs mais à terme il a sélectionné de plus en plus de notables gestionnaires embourgeoisés qui ont dépolitisé la société par délégation de pouvoir de type post-féodal (« vous nous acceptez aux commandes sans discuter en échange de quoi on vous garantit des protections sociales »). Ils ont maintenu un temps un rituel communiste calqué sur celui des Eglises antérieures tout en menant à leur avantage la lutte de classe dans le Parti, Pour finalement passer ouvertement à l’étape capitaliste et au vol de la propriété du peuple par des oligarques bourgeois promus par les Parti et les institutions « soviétiques ». .Les cadres du Parti n’étaient plus jugés par leurs concitoyens, par les masses, ils étaient jugés par leurs collègues gestionnaires en fonction de la force de la coterie à laquelle ils appartenaient et des privilèges mutuels qu’ils pouvaient se répartir et se redistribuer. Pour le moment, ce qui a permis aux partis communistes toujours au pouvoir de le garder, c’est le fait que leurs membres et leurs cadres ne sont pas seulement jugés par leurs pairs mais aussi par les masses au milieu desquelles ils agissent. Cela reste toutefois hautement hasardeux dans la mesure où les mécanismes de surveillance par en bas restent fragiles et donc aléatoires. L’histoire de la lutte des classes au sein du socialisme doit être faite pour permettre de comprendre les enjeux fondamentaux de chaque étape de construction de cette société transitoire qu’est le socialisme. Et la nécessité d'y développer une conscience chez chaque militant qui dépasse sa propre personne, de sa famille et de son cercle restreint de sociabilité au profit de quelque chose qui les dépassent en temps et en lieu.
Répondre
R
Sur cette question, j'ai republié l'article de l'été 2020 : http://www.reveilcommuniste.fr/2019/04/une-deux-trois-generations-revolutionnaires.html