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Réveil Communiste

Ne pas attaquer, ne pas défendre les grandes causes des médias (une autocritique)

4 Février 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Ce que dit la presse, #Syrie

A chaque saison les médias jettent au public comme un ballon de football des "causes" et des "affaires", et voilà chacun qui se met à courir après, en plantant là ses affaires les plus urgentes. Les communistes, pas plus malins que les autres, on les entend alors souvent parler de n'importe quoi d'autre que du communisme et du prolétariat. En fait c'est surtout là qu'on les entend d'ailleurs parce que ce n'est qu'à ce moment là qu'on nous tend le micro.

Un conseil de tactique politique et communicationnelle : ne pas se mêler des polémiques qui nous entrainent loin des préoccupations concrètes de la vie des gens, du terrain de la lutte des classes, de l'anti-impérialisme, de la défense du socialisme et de la dénonciation de la culture contre-révolutionnaire dans son ensemble.

Autocritique : lors de la polémique sur le port du voile à l'école, au début des années 2000, on a vu des adversaires surgir au sein même des groupes les plus réduits et les plus épurés idéologiquement. Les arguments pleuvaient, et chacun était imparable et sans réplique et le point de Godwin était atteint presque immédiatement par chacun d'eux. Les adversaires étaient fascistes, racistes, etc.

Quelques fussent les bonnes raisons invoquées, l'hystérisation du débat en devenait inévitable. Rétrospectivement, n'est-il pas clair qu'il ne fallait ni défendre ni attaquer ni le port du voile, ni la laïcité, car ces enjeux étaient factices. Le voile a perdu à l'école (et il a gagné dans bien des rues) mais inexorablement l'école publique a continué son naufrage bien tranquille pendant la polémique.

A l'époque je me suis beaucoup engagé. Et au bout du compte pour m'apercevoir que dans l'affaire syrienne aujourd'hui qui n'est certes pas secondaire, elle, les cartes sont complètement rebattues ! je n'aurais jamais cru me retrouver dans le camp que soutient le Hezbollah. Et c'est pourtant le cas.

Ni défendre ni attaquer veut dire aussi qu'il ne faut pas s'en prendre personnellement à ceux qui s'enfoncent dans l'hystérisation du débat, même lorsqu'ils passent les bornes. Critiquer le débat c'est y entrer. Il faut le déplacer et soudain il se dissipe comme un brouillard de poussière: comme la lutte contre la loi El Khomry a soudain fait disparaitre la chape de plomb des attentats.

Il faut perdre cette pulsion que nous avons de prendre position sur tout, à commencer sur tout ce que nous ne comprenons pas.

Sinon, jamais nous ne gagnerons tant de guerres !

Mais je ne dis pas qu'il ne faut pas se "mouiller". Exemple : avant même le début de la fausse révolution syrienne, j'avais compris ce qui se passait dans ce pays, en décodant les annonces médiatiques. L'Occident, en ses groupes dirigeants, avait décidé d'attaquer un pays pour renverser son gouvernement, pour le punir de sa politique internationale indépendante, en utilisant les médias globaux, et un mercenariat international d'un type nouveau, particulièrement redoutable.

Dans un cas pareil, devant la gravité planétaire de l'enjeu ça vaut le coup de mettre en jeu sa crédibilité et d'encaisser insultes et amalgames. Mais de telles occasions sont rarissimes : il est rarissime que l'ennemi s'avance aussi imprudemment à découvert. Mais dans ce cas, peu importe les risques d'être calomnié, mal accompagné, ou discrédité, il faut y aller. Et on reconnait ce genre de situation car on s'y retrouve fort peu accompagné, en fait.

GQ, 28 janvier 2017

PS
Quant au point de Godwin, je n'y arriverai jamais car je vais carrément à l'opposé : mon but n'est pas d'assimiler les idées de mes adversaires à l'hitlérisme, mais de replacer ce paroxysme répressif dans l'histoire générale et banale du capitalisme.

 

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GQ 30/01/2017 12:12

On peut avoir des opinions personnelles irréductibles à l'engagement communiste, par rapport à un débat transversal à la ligne de front de la lutte des classes comme par ex "le mariage pour tous", où il est bien évident qu'un communiste qui conserve une attitude morale traditionnelle religieuse (et n'en déplaise aux petits bourgeois il yen a) aura sans nul doute un point de vue différent d'un communiste homosexuel (et n'en déplaise aux psycho-rigides il y en a). C'est bien pour ça qu'il ne faut pas s'y engager. Cela dit souvent ces dernières années l'ennemi principal (le NAC, "nouvel age du capitalisme", fortement arrimé à l'impérialisme occidental) a soutenu toutes sortes d'innovations en matière de mœurs. Cela ne signifie pas qu'il faille du coup réinvestir le conservatisme moral de la Russie d'après guerre, mais au moins se faire discret sur le dernier cri des causes du boboland (qui a l'air de se calmer d'ailleurs, trop occupé à lyncher Trump).