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Réveil Communiste

Le "Maidan" de Hong Kong vu de Russie : Hong Kong n’est pas Kiev

11 Octobre 2014 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

  Lu sur le blog de Danielle Bleitrach :

 

Les événements de Hong Kong vus de Russie : éviter Tian’anmen, par André Kamenetski
03.10.14


L’Ukraine a tellement formaté l’espace médiatique que les événements de Hong Kong sont vus par de nombreux observateurs depuis le début à travers le prisme du maïdan, en conséquence on colle des étiquettes et on en appelle au châtiment divin, tant que le pire n’est pas encore arrivé. Mais où sont donc les pneus, les chaînes, les policiers mitraillés et les autres attributs?
Afin de comprendre Hong Kong il est nécessaire d’examiner non pas l’Ukraine, mais Taiwan. En mars-avril dernier la signature d’un accord de libre-échange de services entre la Chine continentale et Taiwan a été empêchée par la «révolution des tournesols », au cours de laquelle les étudiants ont occupé pacifiquement le pouvoir législatif, puis exécutif jusqu’à ce que le président Ma Ying-jeou accepte leurs conditions et gèle le document.


Comme une cerise sur le gâteau, vous pouvez mentionner qu’en août, les dirigeants du mouvement étudiant ont rendu compte des succès remportés devant le Congrès des États-Unis, le Département d’Etat et l’Institut américain à Taiwan, ont souligné leur opposition à une Chine unie et menacé de nouvelles manifestations si Ma Ying-jeou osait rencontrer Xi Jinping. En conséquence, ils se sont publiquement identifiés comme «troisième force» dans la politique taiwanaise, indépendante du Kuomintang et du Parti démocrate.


En fait, le projet aurait été retardé dans tous les cas, dans la mesure où il n’était pas mûr juridiquement, mais c’est autre chose qui nous intéresse ici. Le mécanisme interne visant à saper l’élite qui objectivement est contrainte de se rapprocher des concurrents des États-Unis, n’est pas valable seulement pour les États baltes [allusion à un autre article, du journaliste Nosikov].


Le commanditaire de ces deux rébellions aux portes de la Chine est dévoilé littéralement par le fait que l’expérience réussie des « Tournesols » a été transposée de Taiwan à Hong Kong. Chaque fois que les Américains trouvent une bonne recette, ils en font un label et le clonent tel quel jusqu’à ce qu’il ne devienne trop visible.


Mais ce n’est pas tout à fait le même schéma que celui de l’Ukraine. La particularité des Maidan orientaux est qu’ils sont sur une base beaucoup plus solide de protestation que la guerre éternelle des Ukrainiens avec les « Moscals » ; les protestations sont organisées de manière beaucoup plus pacifique, le but n’étant pas de prendre le pouvoir par la force, mais de provoquer une répression violente.


Hong Kong, après sa réunification avec le continent, a reçu une Constitution fondamentale en vertu de laquelle il conserverait, pour les prochaines 50 années de vie commune, son système capitaliste habituel, laissant à Pékin les questions de sécurité et de politique étrangère. Pékin a rempli sa partie du contrat, mais la pomme de discorde a été les élections. La liberté de l’autonomie interne ne signifie pas qu’il est permis d’interférer avec la ligne générale, contenue dans la notion d ‘«un pays – deux systèmes ». L’élection directe du chef de l’exécutif n’ayant jamais fait partie des habitudes de Hong Kong et n’étant pas prévue par la Loi fondamentale, le dirigeant de Hong Kong doit nécessairement être approuvé par Pékin. Néanmoins, Hong Kong n’est pas trop heureux à chaque fois de choisir parmi les candidatures reçues d’en haut, et de nombreux habitants veulent plus de confiance et plus de droits.

De son côté, Pékin a conçu dès le départ un système d’élections fait pour empêcher l’arrivée au pouvoir d’un populiste, qui pourrait menacer fondamentalement l’intégration de Hong Kong. Tout le monde comprend cela, et aussi le fait que toute menace de rébellion a pour effet de convaincre Pékin que la précaution était absolument justifiée.


Et ici nous revenons au mouvement Occupy central, qui a jeté dans les rues des dizaines de milliers de hongkongais mécontents de la méfiance de Pékin, puis est parti en vrille. Sans compter le fait qu’il est une menace réelle pour toutes les entreprises de Hong Kong, allant des problèmes de circulation à la chute du nombre de touristes chinois attendus à la prochaine Semaine d’or. Les dirigeants d’Occupy sont même allés jusqu’à des attaques ouvertes contre le continent chinois, ce que les gens dans les rues n’avaient pas du tout envisagé.


En fait, la grande majorité des participants à Occupy et de leurs concitoyens du mouvement pro-Pékin « majorité silencieuse » veulent la même chose : montrer à Pékin à quel point sa défiance les ennuie, et les convaincre qu’il peut leur être donné plus de droits. Au lieu de cela, les foules ont été utilisées pour acculer Pékin à la rhétorique la plus dure. Dans la politique chinoise reste toujours très présent le concept de « perdre la face » et dès que Occupy se mit à employer avec Pékin le langage de la force, il est devenu clair pour tous que Pékin ne pourrait tout simplement pas faire marche arrière, quelles qu’en soient les conséquences. Le tournant a eu lieu immédiatement après que les étudiants ont lancé un ultimatum, dans lequel ils demandaient la démission du chef de l’exécutif de Hong Kong Leung Chun-ying, mais où ils ajoutaient qu’ils pourraient alors eux-mêmes ne pas se disperser (!), parce qu’ils voulaient un «changement systémique».


À ce stade, la plupart des manifestants se rendirent compte qu’on était en train de les manipuler, et ont commencé à quitter les rues. Un rôle important a été joué ici par l’homme d’affaires Jimmy Lai, une espèce de Porochenko local. Il possède l’empire médiatique Next Media, dont les publications et les chaînes de télévision sont les plus populaires à Hong Kong et à Taiwan. Ces médias apportent un soutien infaillible à toutes les protestations importantes, et ne manquent jamais de diffamer le Pékin officiel, et c’est pourquoi les entreprises publiques de Chine et le grand bizness qui y est associé à Hong Kong n’y publient jamais d’annonces publicitaires. Néanmoins, Lai est un populiste de talent et son empire médiatique prospère.
Cet été, quelques mois avant les manifestations, d’après ce que l’on dit, Lai a rencontré sur un yacht Paul Wolfowitz, qui n’a pas besoin d’être présenté, et a eu quelques entretiens avec Shi Mingde, politicien taiwanais et expert dans le domaine des actions de masse. Les Hongkongais sont certains que c’est Lai qui a organisé Occupy central et joué un rôle clé dans les manifestations au stade initial. En particulier, les scènes de « brutalités policières » avec l’utilisation de gaz poivré contre les « étudiants pacifiques » qui essayaient de franchir le cordon de police, ont été montrées sur ses chaînes.
Cependant, après les premiers affrontements avec la police, le groupe organisé de Lai a soudainement quitté les rues. Peut-être lui a-t-on fait une offre qu’il est difficile de refuser, car une partie de ses gens, avant de quitter, ont été vus en train d’essayer de démanteler les barricades et de saboter le processus. En conséquence, dans la rue sont restés des gens sans véritable organisation, à l’exception des membres de la Fédération des étudiants de Hong Kong.

Cette Fédération est également curieuse. En 1981, elle était dans la liste rouge du comité secret de Hong Kong pour la surveillance des groupes de pression, car elle était procommuniste. Après 1984, à la suite du changement graduel de la politique de Hong Kong, l’organisation devint tout à coup pour la démocratie, se trouvant en opposition à tout gouvernement. Dans les années quatre-vingt-dix, les activités de la fédération ont définitivement tourné le dos à la défense directe des intérêts des étudiants pour s’occuper purement de politique et d’éducation, et elle est devenue un fournisseur de manifestants dans toutes les grandes manifestations de la région. L’analogie directe avec Taiwan s’impose.
On ne peut nier que la plupart des habitants de Hong Kong soient d’une manière ou d’une autre solidaires des revendications d’Occupy. Mais pas d’Occupy en tant que tel! Ses actions obtiennent l’effet inverse et en fait convainquent Pékin que ses craintes sont fondées. De toute évidence, le chantage et les menaces de saisie de bâtiments administratifs – ce n’est pas la bonne façon de prouver à la Chine continentale que Hong Kong est capable de montrer assez de patriotisme et de bon sens.
En conséquence, après avoir fait sortir dans les rues des dizaines de milliers de personnes, Occupy est contraint de bloquer les bâtiments administratifs avec quelques centaines d’étudiants. C’est le volume réel des actifs du « Maidan » dont disposent les organisateurs. Voyant cela, Pékin a réagi avec modération, grondant au bon moment, pour séparer rapidement les agneaux des béliers.
Maintenant, la menace est en grande partie neutralisée. Comme il n’y a pas de leader incontesté du mouvement, et l’organisation étudiante n’est pas suffisamment forte et radicale, il n’est pas très difficile de désorienter et dissiper les manifestants réellement pacifiques. Ils s’essoufflent déjà eux-mêmes. Le noyau radical de protestation a effrayé son « bouclier humain » aussi vite qu’il l’avait créé.
En refusant de respecter «le droit à la face » de Pékin, Occupy a instantanément enterré tant ses chances de succès, que son soutien populaire. Il s’agissait en fait d’une manifestation volée à la majorité. Tous ceux qui avaient besoin de changements positifs à Hong Kong, et non la guerre civile, quittent les rues, laissant quelques instigateurs en tête-à-tête avec la police. Si nécessaire, Pékin devra attendre une semaine supplémentaire pour leur donner la possibilité de partir, avant de s’occuper soigneusement du noyau.
Si avec l’Ukraine on a tenté d’entraîner la Russie dans la guerre, on tente de même d’entraîner Pékin dans un nouveau Tiananmen pour le souiller de sang devant la communauté mondiale. C’est justement ce que les autorités chinoises, et les résidents de Hong Kong veulent éviter. La promesse de négociations et l’inflexibilité modérée sont les meilleurs remèdes à cette crise. Il est facile de prévoir que Pékin va bientôt « récompenser » les instigateurs selon leur mérite, tout en reconnaissant l’indignation des bons citoyens et en initiant un dialogue avec eux, mais pas avant que tout le monde ne prenne conscience du danger mortel des émeutes et tentatives de pression. Cet épilogue classique pour la Chine arrange absolument tout le monde, à l’exception, bien sûr, des États-Unis.

http://www.odnako.org/blogs/izbezhat-tyananmen/

source : site du PCFR, repris du journal en ligne « Odnako »

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