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Réveil Communiste

Travail salarié et capital (Karl Marx) - Note de lecture

3 Octobre 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

« Travail salarié et capital » - Karl Marx

Note de lecture d'Olivier Ritz (novembre 2007)

 

Cette édition, précise Friedrich Engels dès l’introduction, est issue de conférences données en 1847 par Karl Marx, et publiées sous forme d’articles dans la Neue Rheinische Zeitung en 1849, et fut publiée en 1891. Il précise avoir corrigé un point particulier concernant l’évolution théorique de K. Marx, à savoir que le travailleur vend sa force de travail au capitaliste, et non son travail. Ce n’est qu’en 1859 que cette découverte est réalisée, et publiée dans « Contribution à la critique de l’économie politique ». « Travail salarié et capital » constitue une brochure destinée aux ouvriers ; le détail des thèmes abordés est disponible dans la « Contribution à la critique de l’économie politique » et dans le livre 1 du « Capital ».

I. L’interrogation posée par Marx dans la première partie est « Qu’est-ce que le salaire ? ». La réponse spontanément fournie est la suivante : la « somme d’argent que le capitaliste paie, pour un temps de travail déterminé ou pour la fourniture d’un travail déterminé ». En réalité, il s’agit de la somme d’argent que le capitaliste paie pour l’utilisation de la force de travail, pendant un temps déterminé.

La force de travail doit être considérée comme une marchandise échangée contre de l’argent : « tant d’argent pour tant de durée d’utilisation de la force de travail ». Le salaire est la valeur d’échange de la force de travail, le prix de cette marchandise. C’est « la partie de marchandises déjà existantes avec laquelle le capitaliste s’approprie par achat une quantité déterminée de force de travail productive ». Le salarié la vend uniquement pour vivre. « Le travail est l’activité vitale propre à l’ouvrier, sa façon à lui de manifester sa vie », tout en étant un « sacrifice de sa vie ».

Par le passé, l’esclave était une marchandise en tant que tel. Puis le serf appartenait à la terre, et payait un tribut à son propriétaire. Dans le capitalisme, l’ouvrier libre vend au capitaliste le plus offrant ; mais il ne peut pas quitter la position du vendeur de force de travail sans renoncer à son existence.

II. Le salaire n’étant que le prix de la marchandise force de travail, l’interrogation structurant la seconde partie est « Qu’est-ce qui détermine le prix d’une marchandise ? ». La réponse est immédiate : « c’est la concurrence entre les acheteurs et les vendeurs, le rapport entre l’offre et la demande ». Mais il existe une triple concurrence :

entre les vendeurs, pour vendre moins cher à qualité identique, de façon à évincer les concurrents. Cela conduit à faire baisser les prix ;

entre les acheteurs, pour acheter plus cher, ce qui conduit à faire monter les prix ;

entre acheteurs et vendeurs : les acheteurs, cette fois, veulent faire baisser les prix, tandis que les vendeurs veulent les faire augmenter. Cette concurrence-ci est dépendante des concurrences au sein des acheteurs et au sein des vendeurs. C’est « l’armée » où il y a le moins de concurrence qui remporte la bataille face à l’autre armée.

Si l’offre est inférieur à la demande, il n’y a pas de concurrence entre vendeurs, mais il y a concurrence chez les acheteurs : les prix augmentent.

Si l’offre est supérieure à la demande, il n’y a pas de concurrence chez les acheteurs, mais il y a concurrence chez les vendeurs, donc baisse des prix. Cette situation est la plus fréquente.

« Mais, s’interroge Marx, que signifie hausse, chute des prix, que signifie prix élevé, bas prix ? (…) Qu’est-ce qui sert donc au bourgeois à mesurer son gain ? Les frais de production de sa marchandise ».

S’il reçoit en échange de sa marchandise des marchandises dont la somme des coûts de production est inférieure aux coûts de production de sa marchandise, alors il réalise une perte.

S’il reçoit en échange de sa marchandise des marchandises dont la somme des coûts de production supérieure aux coûts de production de sa marchandise, alors il réalise un gain.

Par ailleurs, si le prix d’une marchandise augmente, cela signifie que le prix de l’argent baisse relativement à cette marchandise (il faut en fournir plus pour acquérir cette marchandise). Toujours en cas de hausse du prix d’une marchandise, les capitaux affluent vers l’industrie produisant cette marchandise, entraînant donc de la surproduction et une baisse des prix sous les frais de production. L’offre est supérieure à la demande.

Mais si, en revanche, le prix d’une marchandise baisse sous les frais de production, alors il y a une fuite des capitaux, qui entraîne soit une disparition de l’industrie concernée, car obsolète, soit une hausse des prix au dessus des frais de production. Dans ce cas, l’offre est inférieure à la demande.

« Les capitaux émigrent et immigrent constamment, passant du domaine d’une industrie à celui d’une autre ». « Les oscillations de l’offre et de la demande ramènent toujours à nouveau le prix d’une marchandise à ses frais de production ». « C’est l’ensemble du mouvement de ce désordre qui en est l’ordre même ». Ce raisonnement n’est pas valable pour un cas particulier, mais pour une branche industrielle, une classe d’industriels.

Les frais de production se composent :

des matières premières, de l’usure des outils, qui représentent eux-mêmes une certaine somme de temps de travail ;

du temps de travail immédiat dont la mesure est le temps.

Cette composition est vraie pour le prix des marchandises, donc pour le salaire, prix de la force de travail. Le salaire augmente ou baisse donc selon l’offre et la demande de force de travail, selon la concurrence entre les acheteurs (les capitalistes) et les vendeurs (les salariés). « Le prix du travail sera déterminé par les frais de production, par le temps de travail qui est nécessaire pour produire cette marchandise, la force de travail », c'est-à-dire les frais « nécessaires pour conserver l’ouvrier en tant qu’ouvrier et pour en faire un ouvrier ». Il faut ici comprendre le temps de formation professionnelle comme frais de production de l’ouvrier en tant qu’ouvrier : si ce temps de formation baisse, le salaire baisse ; si au contraire il augmente, le salaire également.

La force de travail étant une marchandise particulière, son caractère particulier impose de retenir dans les frais de sa production « l’entretien de sa vie, de manière à lui conserver sa capacité de travail », c'est-à-dire les moyens de subsistance.

Il est aussi impératif de compter les frais de remplacement des instruments, soit « comment remplacer les ouvriers usés par de nouveaux ». Le salaire est donc déterminé par les frais d’existence et de reproduction des ouvriers. C’est en fait le minimum de salaire qui se décompose ainsi (définition valable pour la classe ouvrière, par pour l’ouvrier isolé).

III. De quoi se compose le capital ? Des matières premières, des instruments de travail, et des moyens de subsistance pour en produire de nouveaux. Le travail accumulé sert de moyen pour une nouvelle production de capital. Il existe des rapports déterminés entre les hommes pour que s’établisse « leur action sur la nature, la production ». Mais les rapports sociaux de production changent avec les modifications et le développement des moyens de production. Ce sont les rapports de production dans leur totalité qui forment les rapports sociaux, la société à son stade de développement historique. « Le capital représente aussi des rapports sociaux », et ainsi se compose, en plus de ce que nous avons vu plus haut, de valeurs d’échanges, de grandeurs sociales, c'est-à-dire que le capital n’est pas seulement matériel : « La matière du capital peut se modifier constamment sans que le capital subisse le moindre changement ».

Si le capital est effectivement composé d’une somme de marchandises, c'est-à-dire d’une somme de valeurs d’échange, en revanche toute somme de marchandise, toute somme de valeur d’échange ne constitue par forcément un capital. C’est le caractère social d’échange et/ou d’accumulation qui fait qu’une somme de marchandises devient du capital. D’où : « Ce n’est que la domination de l’accumulation du travail passé, matérialisé, sur le travail immédiat, vivant, qui transforme le travail accumulé en capital ». « Le travail vivant sert de moyen au travail accumulé pour maintenir et accroître la valeur d’échange de celui-ci ». Le travail est « la force créative au moyen de laquelle l’ouvrier non seulement restitue ce qu’il consomme, mais donne au travail accumulé une valeur plus grande que celle qu’il possédait avant ».

Il y a consommation immédiate ou quasi-immédiate des moyens de subsistance, et pendant le temps au cours duquel ces moyens de subsistance permettent à l’ouvrier de vivre, celui-ci produit de nouveaux moyens de subsistance, qui disparaissent à leur tour lors de la consommation. « Le capital suppose donc le travail salarié, le travail salarié suppose le capital. Ils sont la condition l’un de l’autre ; ils se créent mutuellement ». L’ouvrier produit du capital, des valeurs qui servent à leur tout à commander sont travail, afin de créer au moyen de celui-ci de nouvelles valeurs. « La force de travail su salarié ne peut s’échanger que contre du capital, en accroissant le capital, en renforçant la puissance dont il est l’esclave. L’accroissement du capital est par conséquent l’accroissement du prolétariat ». Mais « quand on dit : les intérêts du capital et les intérêts des ouvriers sont les mêmes, cela signifie seulement que le capital et le travail salarié sont deux aspects d’un seul et même rapport », celui de « la domination de la bourgeoisie sur la classe laborieuse ».

IV. Lorsque le capital s’accroît, sa domination s’étend sur une masse plus grande d’individus. Dans le cas le plus favorable, la demande de travail augmente, donc le salaire aussi. Cela suppose une hausse rapide du capital productif, et a pour conséquence une élévation des besoins et plaisirs sociaux. Mais il y a relativité de ces hausses, car elles sont de nature sociale. Ainsi, relativement aux hausses connues par les capitalistes, les hausses de revenus, des plaisirs sociaux de l’ouvrier ont diminué.

Il y a en fait trois façon de voir le salaire. « Le salaire n’est donc pas (…) déterminé seulement par la masse de marchandises que je peux obtenir en échange ». « (…) ni le salaire nominal, c’est à dire la somme d’argent pour laquelle l’ouvrier se vend au capitaliste, ni le salaire réel, c’est à dire la quantité de marchandise qu’il peut acheter avec cet argent n’épuisent les rapports contenus dans le salaire ». Il est en effet « déterminé avant tout par son rapport avec le gain, avec le profit du capitaliste ». « Le salaire relatif (…) exprime la part du travail immédiat à la nouvelle valeur qu’il a créée par rapport à la part qui en revient au travail accumulé, au capital ».

« Mais ce salaire, il faut que le capitaliste le retrouve dans le prix auquel il vend le produit fabriqué par l’ouvrier ; il faut qu’il le retrouve de façon (…) qu’il lui reste (…) un excédent sur ses frais engagé, un profit ». Le prix se décompose donc en 3 parties :

le remplacement des matières premières avancées, des instruments, machines, etc. ;

le remplacement du salaire avancé et payé à l’ouvrier ;

Le profit.

Ces deux derniers proviennent uniquement de la valeur créée par le travail de l’ouvrier. Même avec une hausse du salaire nominal et réel, le salaire relatif peut baisser : « la puissance de la classe capitaliste sur la classe ouvrière a grandi, la situation sociale de l’ouvrier a empiré ». « Le profit monte dans la mesure où le salaire baisse, il baisse dans la mesure où le salaire monte », indépendamment de la hausse des ventes ou du perfectionnement technique. Car, dans ce cas, « le profit n’a pas augmenté parce que le salaire a diminué, mais le salaire a diminué parce que le profit a augmenté ».

V. La croissance du capital productif et la hausse du salaire ne sont pas liées comme l’affirment les économistes bourgeois. « Quel est l’effet de l’accroissement du capital productif sur le salaire ? ». La hausse du capital productif suppose une hausse d’accumulation de travail, d’où une hausse de la concurrence entre capitaux, car chacun est toujours plus puissant et a besoin de croître inexorablement. Mais pour vaincre, il faut vendre (donc produire) moins cher, donc augmenter la productivité, ce qui impose une plus grande division du travail et un perfectionnement des machines. Avec la même somme de travail, il faut produire plus de produits. Il y a donc un besoin d’élargir les débouchés, entraînant une baisse des prix et l’éviction d’une partie des concurrents. Ceux qui restent améliorent à leur tour leurs machines, divisent encore plus le travail, et font baisser leurs prix sous les frais de productions de leur concurrent. Chaque arme forgée par le capitaliste contre ses concurrents se retourne contre lui. C’est donc une course au bouleversement permanent des moyens de production, qui tendent à se généraliser dans une branche donnée.

« La division (…) du travail permet à un ouvrier de faire le travail de 5, 10, 20 ; elle rend donc la concurrence 5, 10, 20 fois plus grande ». « L’habileté particulière de l’ouvrier perd sa valeur ». « Son travail devient un travail accessible à tous », et nécessite donc moins de formation, ce qui entraîne une baisse de salaire. « L'ouvrier cherche à conserver la masse de son salaire en travaillant davantage, soit en faisant plus d'heure, soit en fournissant davantage dans la même heure. Poussé par la misère, il augmente donc encore les effets funestes de la division du travail. Le résultat est que plus il travaille, moins il reçoit de salaire, et cela pour la simple raison qu'au fur et à mesure qu'il concurrence ses compagnons de travail, il fait de ceux-ci autant de concurrents qui se vendent à des conditions aussi mauvaises que lui-même, et parce qu'en définitive c'est à lui-même qu'il fait concurrence, à lui-même en tant que membre de la classe ouvrière. ».

« Le machinisme produit les mêmes effets (…) en évinçant les ouvriers habiles et en les remplaçant par des ouvriers malhabiles ». La guerre entre capitalistes « a ceci de particulier que les batailles y sont moins gagnées par le recrutement que par le congédiement de l’armée ouvrière ». Le reclassement se fait toujours d’une occupation complexe, supérieure, à une occupation plus simple, inférieure, donc avec un salaire moindre. A cela s’ajoute que la concurrence entre capitalistes rejette dans la classe ouvrière les petits industriels qui n’ont pu résister à la course au gigantisme.

Celle-ci conduit à des crises de plus en plus nombreuses et violentes, au cours desquelles sont sacrifiés richesses, travailleurs, produits, moyens de productions. Elles sont inéluctables car le nombre de marchés à conquérir se réduit inéluctablement, ce qui est contradictoire avec le besoin de croissance du capital.

Annexe : cette série d’articles étant restée inachevée, l’édition présentée propose, en annexe, la suite sous forme de plan détaillé :

-   Propositions pour y remédier : les caisses d’épargne, l’instruction industrielle, la théorie malthusienne ; sur la fin du salariat.

Les associations ouvrières.

Côté positif du salariat.

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gq 28/11/2007 18:03

Pourrais-tu nous en dire plus sur la problématique de Marx, l'état des questions qu'il traite au moment où il écrit ce texte, car ce qui rend souvent difficile les classiques, c'est la méconnaissance du contexte intellectuel et politique qui existait au moment de la publication.