Réveil communiste facho ?
9 Novembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Qu'est-ce que la "gauche", #Réseaux communistes, #classe ouvrière, #Mille raisons de regretter l'URSS
Je ne suis pas un théoricien, mais un agitateur et un propagandiste. Pour remplir ce rôle, il faut faire du bruit, et parfois le bruit qu’on fait prête à confusion.
Quelques lecteurs de mes textes, et souvent quand ils sont reproduits sur d’autres sites m’accusent d’être un loup déguisé en grand mère, un facho qui pose au communiste.
En gros, selon leur interprétation, pointer du doigt les problèmes sociaux liés à l’insécurité, l’immigration, l’assistanat, et considérer que l’émancipation des minorités est faite, et ne peut pas aller plus loin sous peine de porter préjudice à la majorité « sans qualité », c’est fasciste. Sans parler de soutenir la Russie contre l’Ukraine.
Sur d’autres questions qui fâchent, celles qui sont du ressort du courant LGTB, mon opinion n’est pas très populaire non plus : il est clair pour moi qu’elles n’ont aucun rapport avec la lutte des classes. L’émancipation des homosexuels ou des transsexuels, dans la mesure où ils en ont encore besoin, ne porte pas préjudice en soi à la classe ouvrière, mais ne lui apporte non plus strictement rien. A part le rejet des prolétaires qui ne sont pas de culture occidentale, et même des autochtones.
Bon. Que « je sois » un facho ou un communiste après tout, si c’est une simple question identitaire de celles qui agitent les passions aujourd'hui, c’est moi qui décide. Je suis communiste, et même stalinien, et je pense que la place des fachos est en prison. Mais pour les y mettre, c’est une autre paire de manche ! Le militant de la gauche courants habituels veut demander aux flics qui votent RN de mettre le RN en taule. Ouais ! Ouais ! comme on dit dans les manifs.
Le problème ne se pose même plus si on prend les choses du coté de l’efficacité politique : que faire pour remédier à la droitisation du prolétariat ?
Ma démarche est la suivante : si on veut représenter le prolétariat, il faut d'une part le respecter, même si on n’est pas d’accord avec lui, et le respect minimum c’est de ne pas danser dans la rue quand le vieil épouvantail pour lequel il a bien souvent voté casse sa pipe à 96 ans. D’autre part l’écouter : s’il en veut à l'assistanat, à l’immigration, à l’insécurité, c’est peut être parce qu’il a ses raisons et pas simplement parce qu’il a trop regardé la télé de Bolloré.
Donc il faut partir du principe que dans bien des cas les ouvriers ont raison quand ils prennent des positions qui déplaisent à l’extrême-gauche bourgeoise d'inspiration trotskyste ou écologiste - dont l’idéal type se promène quelque part entre le NPA et LFI épuré depuis 2018 de son aile populiste. Et même s’ils ont tort, il ne faut pas se décourager pour si peu.
Et de leur coté les militants qui donnent le ton dans les organisations politiques de gauche se retrouvent sur un consensus qui place sur un pavois l’individualisme total, l'interdit d'interdire (sauf évidemment la parole à ceux qu'on aura réussi à cataloguer comme facho, à tort ou à raison) ce qui ne plaît pas du tout aux ouvriers qui ont plutôt envie féroce d’interdire plein de choses (et les ouvriers noirs ou musulmans encore plus que les autres).
Et la principale raison de cette divergence de fond est simple : les inconvénients, les contrariétés, et les atteintes à la qualité de vie qui sont liées à ces questions sont vécues par lui, dans ses quartiers, et non par la petite-bourgeoisie, où les militants de gauche sont largement recrutés. Les questions évoquées sont toutes des questions qui concernent la liberté d’évoluer dans l’espace public et de l’utiliser – y compris en automobile, et la jouissance des « communs » dont bourgeois grands et moyens peuvent assez facilement se passer, ou accéder à en payant un supplément, mais pas les ouvriers.
Mais peu importe en fait : la vraie question et qui devrait quasiment être la seule, c’est de comment convaincre à nouveaux les masses, qu’elles soient prolétariennes ou petites-bourgeoises de l’importance et de la nécessité du socialisme ? et de l'urgence de lutter pour la paix, et contre l'impérialisme ? Et s’il faut pour cela mette de l’eau dans son vin idéaliste, et renoncer au narcissisme politique que procurent les discours humanistes, il n’y a pas à hésiter.
Que le capitalisme devienne écolo, féministe, gay-friendly, antiraciste, etc, ça n'a strictement aucune importance s'il reste le capitalisme, du point de vue de la classe ouvrière.
Ce que mes critiques ne veulent pas voir, c’est que je ne préconise pas une inflexion réactionnaire dans la politique ou dans le discours des partis ouvriers, mais une relégation dans la vie privée des thématiques qui divisent et qui éloignent les militants de ceux qu’ils voudraient représenter - si c’est vraiment le cas qu'ils veulent le faire, pour remettre au centre la question ouvrière basique, l’exploitation du travail et l’objectif du socialisme.
Au niveau du discours, c’est encore celui de LO qui conviendrait le mieux, à part son étymologique et trotskyste incroyable incompréhension de la question nationale et des migrations. Mais à cette organisation a toujours manqué une stratégie politique, justement parce qu’elle est à sa façon identitaire et ouvriériste, et non une avant-garde politique.
Quant au ton volontiers haineux à mon encontre qu’on trouve dans certains commentaires, j’avoue l’avoir un peu cherché : j’ai gardé de mon passage dans le courant situationniste une certaine tendance à la provocation, et à la critique ad hominem, à toucher où ça fait mal ; les gens à l’extrême-gauche qui me détestent, c’est parce que je les démasque pour ce qu’ils sont : des idéologues bourgeois, qui représentent au fond très bien leurs intérêts de classe en mettant au centre de leurs engagements les caprices de l’individu post-moderne. Ou tout simplement des suivistes qui ont absorbé sans critique les conventions idéologiques scolaires et médiatiques du moment - et la "ligne du parti" de partis embourgeoisés et politiquement dégénérés.
Pour eux, tout est affaire d’identité, et rien de stratégie politique – y compris être « de gauche ». Et pour la bourgeoise c’est très bien comme ça.
GQ, 9 janvier 2025, relu le 20 octobre
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
Les textes originaux, écrits par l'animateur seul ou en collaboration et dont il endosse pleine et entière responsabilité sont publiés dans la catégorie GQ, accessible directement dans la barre de menu. Ils sont reproductibles, sans modification, à condition d'en mentionner l'origine.
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