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Réveil Communiste

Anticolonialisme ou séparatisme?

20 Novembre 2021 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #l'Europe impérialiste et capitaliste, #Amérique latine, #Afrique, #Asie, #Europe de l'Est

Anticolonialisme ou séparatisme?

Illustration : La Fédération de Yougoslavie, une nation détruite: cas d'école des méfaits du séparatisme. Mais elle était elle-même issue des démembrements de l'Autriche-Hongrie et l'Empire Ottoman !

Anticolonialisme et séparatisme, selon quel critère les distinguer et où placer la limite?

On se souvient que les adversaires de l’indépendance de l’Algérie, surtout ceux qui étaient issus de la gauche laïque, ont tenté de faire passer la lutte anticolonialiste pour un séparatisme anti-français réactionnaire. Au vu des réalités historiques, géographiques, démographiques, culturelles, économiques, cette démarche était cousue de fil blanc et n’a trompé que ceux qui voulaient l’être.

Mais il peut se trouver des situations concrètes où il est plus difficile de trancher.

Il y a eu plusieurs cas de figure concernant les revendications nationales :

- la colonie outremer, exploitée économiquement et occupée militairement (Algérie, Inde, Congo, Viet Nam, etc.)

- la nation conquise ou démembrée mais dont l’exigence géographique et historique ne fait aucun doute (Irlande, Pologne, etc)

- les nations non historiques (ou dont l’histoire autonome est très ancienne ou éphémère) qui peuvent revendiquer un territoire où elle sont majoritaires (mais sur le terrain la situation est toujours complexe et les populations sont mêlées). Les nations constitutives de la Yougoslavie étaient de ce type.

Les nations réelles sont des constructions historiques sur des territoires donnés, qui sont toujours composées de régions et de populations diverses, qui peuvent être pluri-ethniques, et qui résultent d'un processus de conquête politique et militaire progressif à partir d'un centre, presque toujours un siège dynastique. Ce processus qui absorbe des territoires périphériques pour leur valeur stratégique est souvent aliénant et brutal, mais il n'est pas de même nature que la conquête coloniale qui s'appuie sur une volonté d'exploitation et une pratique raciste.

Pour résoudre les contradictions entre grande nation centrale et petites nations périphériques, l'histoire propose la solution d'une nation fédérale comme par exemple l’ancienne Yougoslavie ou l'URSS, laquelle peut être composées de plusieurs nations unitaires. On peut relever de plusieurs identités nationales à la fois.

Outre l'éloignement géographique, le critère central pour distinguer les colonies des territoires périphériques d'une nation historique complexe sont :  la participation significative ou non de dirigeants issus de la périphérie au pouvoir politique central, et l'existence ou non d'un rapport d'exploitation économique. Selon ces critères, au sein du Royaume-Uni, Écosse n'était pas une colonie (et ne l'est toujours pas) et l'Irlande l'était. Ce dernier cas montre aussi que le séparatisme peut être utilisé  contre l'émancipation d'une colonie pour affaiblir le nouvel État indépendant.

Si la lutte pour l’indépendance des colonies est absolument justifiée, et du point de vue formel pour l'essentiel achevée (sauf exceptions dont la plus importante est la Palestine), le séparatisme est rarement légitime, et il est susceptible d'aboutir dans bien des cas à un contrôle indirect très contraignant du protecteur puissant qui a favorisé l'accession à l'indépendance formelle. L'indépendance des États Baltes qui ont été vidés de leur substance économique et de leur population depuis 1991 me paraît de ce genre. Telle serait aussi une Écosse ou une Catalogne indépendante formellement, mais membre très subalterne de l'UE et de l'OTAN.

L'Arménie, nation historique incontestable, était cependant beaucoup mieux lotie et beaucoup mieux défendue en tant que république soviétique, qu'en tant qu'État indépendant doté d'un siège à l'ONU et d'une équipe nationale de foot. Et on peut dire de même de l'Ukraine.

L'indépendance nécessite de tracer des frontières internationales nouvelles qui conduisent à des déplacements forcés de population. Ainsi les Serbes de la Krajina croate ont dû tous quitter leur terre natale, où ils étaient largement majoritaires, en 1995, et des millions de Russes se retrouvent citoyens ukrainiens sans l'avoir voulu, tandis qu'un nombre encore plus grands d'ukrainiens russophones sont mis en demeure de rejeter une composante majeure de leur identité personnelle.

Il faut garder à l'esprit cependant que des nations se forment, parfois très vite, dans la lutte contre l'oppression. C'est bien le cas de la Palestine.

La généralisation du séparatisme et la balkanisation de l'Afrique favoriserait encore davantage la prédation néocoloniale, et la véritable lutte nationale qui s'y déroule est à visée panafricaine. Dans le cas du Québec, la situation est intermédiaire entre le type "Irlande" et le type "Écosse" mais je pense plus proche du premier (colonie) que du second (associé secondaire au pouvoir impérialiste). Les Kurdes, qui sont de culture iranienne forment une population de zone frontière maltraitée mais n'ont pas historiquement ou géographiquement un territoire cohérent qui pourrait devenir vraiment indépendant des protecteurs extérieurs, en l’occurrence américains. La solution fédérale en Turquie, Irak, Syrie s'impose. Les Kabyles sont une composante centrale de la nation algérienne et n'ont pas à mon avis d'avenir indépendant en dehors d'elle. Enfin, en  Amérique latine, se superpose au patriotisme national "la grande patrie" de José Marti.

 

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