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Réveil Communiste

Le vote tactique pour Mélenchon, ce qu'il a été, ce qu'il n'est plus

12 Novembre 2021 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections, #Qu'est-ce que la "gauche", #lutte contre l'impérialisme, #GQ, #classe ouvrière

Le vote tactique pour Mélenchon, ce qu'il a été, ce qu'il n'est plus

Sera-t-il un bon choix tactique d’appeler au vote Mélenchon en 2022, comme en 2012 et en 2017 ?

Mélenchon n’est pas un candidat de témoignage. Il pourrait comme Mitterrand l’a été, être élu président à sa troisième tentative, ne serait-ce que parce que la persévérance de cette ambition apporte une notoriété populaire de fond et un capital politique à la personne d’un homme politique et lui donne une de dimension supplémentaire. De ce seul fait, les électeurs s’étant habitué à lui en quelque sorte, sa victoire n’est pas impossible. Mais je crois que pour d’autres facteurs, elle est bien moins possible et beaucoup plus improbable qu’en 2017, l’année où il a raté sa chance.

En 2012, il était encore auréolé de son rôle qui paraissait majeur dans la victoire du « non » au TCE. Le PCF encore sous le coup de la déconfiture de Marie-Georges Buffet en 2007 ne pouvait guère faire autre chose que de s’aligner, et JLM a obtenu un excellent 11 %, du jamais vu pour un candidat « gauche de gauche » depuis longtemps, bien que des sondages hyperboliques qui le plaçaient encore plus haut aient un peu gâché la fête.

De ce succès absolument rien n’a été fait, comme rien n’avait été fait non plus de la victoire du « non » en 2005, les deux partenaires étant parfaitement d’accord pour ne pas s’entendre et pour ne rien entreprendre pour reconquérir le vote des classes populaires. Les résultats de toutes les élections intermédiaires entre les deux présidentielles sanctionnèrent cruellement le PG comme le PCF.

Malgré ces déboires, Mélenchon refit surface pendant l’été 2016, en liquidant son organisation, le PG, et en lançant la FI, entièrement organisée autour de sa personne, mais qui semblait transcender le clivage droite-gauche en visant le vote populaire, tout en infléchissant sérieusement son langage dans un sens « dégagiste », populiste et anti-impérialiste. Il partait d’un seuil solide d’intentions de vote d’environ 12 %, sans même avoir fait campagne, ce qui lui permettait à sa propre surprise d’envisager le second tour, le seul à gauche dans ce cas, et il rompait la glace avec des déclarations très fermes sur l’OTAN, un peu moins fermes mais bonnes aussi sur l’UE. Or la politique étrangère est la pierre de touche pour juger si un candidat à l’intention ou non de réaliser son programme, dans un pays à la souveraineté limitée comme la France.

Cela me parut suffisant pour militer dans le PCF, au grand scandale de mes amis politiques purs et durs, pour la candidature Mélenchon, comme le firent alors d’autres communistes hors du parti (le PRCF, le RCC) etc.

Le résultat inespéré de 7 millions de voix (19,6% des suffrages exprimés) le mettait à 700 000 voix du second tour, qu’il n’aurait sans doute pas gagné contre Macron. Cependant, dès le soir du premier tour (et même dès la dernière semaine de campagne) Mélenchon avait commencé à se débarrasser de ce capital politique tout nouvellement acquis comme d’une patate chaude. Les candidats présentés par la FI , six semaines après le second tour, ne récoltaient que 35 % des voix qui s’étaient portées sur Mélenchon. Cette déroute, à peine le succès enregistré s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, JLM a commencé à retropédaler sur les aspects « populistes » de son programme avant le premier tour, et il a choisi symboliquement de finir une campagne tonitruante, de façon inoffensive, en allant rendre visite en péniche sur le canal Saint-Martin avec son copain Iglesias à la foule clairsemée des bobos de l’Est parisien. Il s’est soudain affiché pro-européen dans son dernier grand meeting, et il a refusé de soutenir clairement le Venezuela bolivarien, lorsqu’il a été attaqué sur le sujet, rappelant son lamentable vote impérialiste au parlement européen en 2011, sur l’invasion de la Libye. Anti-impérialiste, oui, à condition que ça ne lui coûte rien!

Son attitude de mauvais perdant bien peu « présidentielle » le soir du premier tour a pu aussi le décrédibiliser, attitude aggravée par sa réaction ridicule aux perquisitions politiques de ses locaux, l’année suivante. Enfin, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a fait aucun effort pour se coordonner avec le PCF, qui était pourtant la seule formation importante qui le soutenait, ni pour préparer des candidatures communes au législatives. Un vieux relent d’anticommunisme lambertiste a du jouer son rôle (« vous êtes le néant, vous êtes la mort ») ; il n’y avait pas à l’époque que Trump pour produire des tweets agressifs et débiles.

Pour résumer, la campagne de Mélenchon n’a pas gagné parce qu’il y avait pour la mettre en œuvre trop de bobos, pas assez de prolos.

En 2022, sachant cela la question se pose à nouveau, faut-il encore voter Mélenchon, pour réaliser un résultat honorable (qui sans servir à grand-chose vaut quand même beaucoup mieux qu’une veste comme celles, méritées, reçues par Hue et MGB)) comme en 2012, ou même pour viser le deuxième tour comme en 2017 ?

La question étant aussi de savoir s’il peut atteindre le second tour et être élu en 2022 ; Mais cette question porte non sur le fond ou le programme mais sur une simple évaluation des probabilités de succès. Dans l’absolu, bien entendu, il le « peut », tout le monde le peut, sauf ceux qui ne le veulent pas.

Et justement j’ai certains doutes sur la volonté de vaincre de l’ami Jean Luc.

De plus atteindre le second tour et être élu sont deux choses différentes. Ce qui rendait le pari sur ce candidat si intéressant en 2017, c’était l’hypothèse fort possible qu’il se retrouverait au second tour contre Marine le Pen, en position de gagner en exploitant le rejet de cette dernière (un peu comme Pedro Castillo a gagné contre Keiko Fujimori cette année au Pérou).

Mais aujourd’hui, il est de plus en plus clair que JLM au second tour ne doit pas s’attendre à des cadeaux de la part du centre-gauche soi-disant républicain dans un éventuel duel avec l'extrême droite. Son positionnement compris à tort ou à raison comme « islamo-gauchiste » risque aussi de couper l’apport d’un vote dégagiste venu de l’extrême droite dans une configuration qui le placerait contre Macron (celui là ou un autre représentant du marais). Et il est bien clair aujourd’hui qu’aucun candidat de la gauche réelle (celle qui s’en prend au capital) ne peut être élu dans aucune élection si tacitement des électeurs d'extrême-droite ne se reportent pas sur lui. Tout candidat qui construit un discours de campagne incompatible avec ce report doit être écarté.

Bref, pour un JLM qui a choisi de se positionner à gauche de la gauche, la gauche est tout simplement trop faible pour le porter à la victoire. Il ne pourrait arriver, avec de la chance, au second tour qu’en siphonnant toutes ses réserves dès le premier tour. Fabien Roussel a donc raison de souligner, pour justifier l’existence de sa candidature, que le problème de la gauche n’est pas tant qu’elle est divisée, que le fait qu’elle est beaucoup trop faible, aux alentours d’un quart de l’électorat, un sixième si on compte les abstentionnistes !

La gauche à laquelle ne s’identifient positivement guère plus de 10 % des sondés dans les enquêtes d’opinion ne représente plus qu’une fraction de la bourgeoisie, moralisatrice et obsédée de conformisme éthique, et les malheureux qu’elle influence via ses relais communautaristes.

Je considère donc que Mélenchon n’est plus le porteur d’un espoir conjoncturel, ce qu’il a été en 2012, et bien plus en 2017. Il a purgé son organisation de tous les souverainistes, les accablant d'insultes au passage. Gauchistes communautaristes et écologistes timbrés tiennent le haut du pavé parmi ses conseillers, qu’il n’écoute d’ailleurs même pas mais qui saturent la communication. Les aléas de ses positionnements, de ses attitudes et de ses déclarations depuis 2017 ont révélé ce qu’on savait, qu’il était essentiellement motivé par un ego surdimensionné, mais ils ont surtout prouvé qu’il n’est motivé que par cela.

Sanders, Corbyn, Iglesias, Tsipras, et enfin Mélenchon, une génération de la gauche politique occidentale s’éclipse, faute de courage politique, mais faute surtout d’ancrage dans les classes populaires.

Dans ces conditions je voterai sans espoir excessif mais sans regrets pour Fabien Roussel, qui est certainement le meilleur candidat qui pouvait sortir des rangs du PCF. Et pour preuve, les difficultés qu’il éprouve à mobiliser un corps de militants défaitistes sélectionnés par les directions issues de la mutation du PCF, et la dissidence ouverte ou larvées d’une partie des cadres, dont MGB comme par hasard, scandalisés d’un discours qui s’adresse véritablement, bien que timidement, à la classe ouvrière dans son unité, indifféremment à ses divisions de genre, de religion, etc.

Un résultat honorable de ce candidat renforcerait les idées du socialisme en France et l’influence des défenseurs de la classe ouvrière dans le PCF et dans la CGT (on peut envisager au moins les 8% du PTB en Belgique !).

Arriver au second tour est très improbable, mais comme pour tout autre candidat de gauche, et sans doute même un peu moins, car la campagne de Roussel est potentiellement entendable par les électeurs des classes populaires de toutes tendances, et encore plus par ceux qui sont depuis longtemps abstentionnistes.

Mais sachant que cette perspective du second tour s’est éloignée, essentiellement par la faute des incohérences, des reculs, et des foucades inconsidérée du principal candidat de ce coté, il faut voter sur les programmes et sur la confiance qu'ils peuvent inspirer et je préfère un programme avec énergie nucléaire et sans quinoa, simple question de goût

 

GQ, 20 octobre 2021

 

PS : il peut paraître cruel d'associer Corbyn à la liste des politiciens de gauche occidentaux velléitaires de la dernière décennie qui tirent leur révérence, mais je crois que son échec est dû principalement à son refus d'assumer explicitement le Brexit, et de lui donner un sens social, et non aux calomnies du lobby sioniste. Ce qui l'a perdu, c'est cette mollesse inattendue pour défendre la souveraineté britannique, et non sa solidarité avec la Palestine. Du moins c'est mon avis , croyant connaître un peu le pays outre-Manche.

PPS :

29 octobre :

Il est très improbable que les électeurs des classes populaires qui ont choisi de voter pour Mélenchon au premier tour en 2017 recommencent pour un candidat qui s'aligne sur Sandrine Rousseau, Mme hausse-du-carburant !

 

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F
Mélenchon ne peut pas être ce qu'il n'a jamais été sinon anti communiste. Comme tous les politiciens, Roussel y compris, il est dans l'antichambre des poubelles de l'Histoire.
Unn candidat sérieux à l'élection présidentielle devrait revisiter les fondamentaux marxistes, proposer la sortie de l'UE, de l'Otan, énoncer très clairement qu'à défaut d'appropriation collective des grands moyens de productions et d'échange, y compris médiatiques, selon un rythme à définir selon l'état de l'opinion, il sera impossible de stopper le déclin social mais cela nécessite une prise de conscience élargie , de celui qui croit au ciel comme de celui qui n'y croit pas , de l'ensemble des patriotes comme celle qui a conduit à la libération de la France après la déroute de 39-40.
C'est là l'enjeufacile à comprendre.
En l'état rien ne m'incite à aller déposer un bulletin dans l'urne en 2022. J'attendrai les professions de foi avant de prendre ma décision définitive.
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R
Si c'était "si facile à comprendre" on serait nombreux à voter pour toi. Tu es candidat? Parce que sinon, tu risque de voter Poutou toute ta vie au vu des professions de foi !
P
Vous n'avez pas honte? Voter Roussel, c'est voter UE et oligarchie mondialiste. Allez-vous vous libérer du carcan idéologique qui vous empêche de voir la réalité, à savoir que ce qui reste du PCF est totalement inféodé aux forces que vous prétendez combattre? Allez vous penser par vous même? Roussel est un vendu de plus. En tout cas pas moins que Hue. Allez donc à la pêche plutôt que jeter votre voix.
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P
être furieux ne rend pas les arguments entendables: Je me suis forcée d'écouter JLM lors de son meeting palois: il y recyclait un ancien responsable du PCF au quel nous avions nous les militants, reproché son goût des belles voitures et de Roland Garros qu'il préférait à une réunion du CN au frais duquel il montait!!!!!
R
Il va falloir que les commentateurs se résignent au fait que non, je n'ai pas honte d'exprimer mes idées, et j’attends toujours impatiemment les proposions constructives.
G
JLM ::il faut fermer toutes les centrales nucléaires
MLP : il faut démonter les éoliennes

La noix d'honneur pour qui?
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J
ha ha bel comparaison!
J
Je vous comprend mais Roussel m'a déçu: se moquer de la FI sur la garanti d'emploi en la comparant à un kolkhoze...
Ce type a honte d'être communiste et c'est bien dommage.
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R
Il ne faut pas accorder trop d'importance aux signifiants; "communiste" ça ne veut pas dire grand chose isolément, et dans les pays de l'Est les peuples détestent les communistes ... parce qu'ils ont bradé le socialisme !