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Réveil Communiste

La gauche, les classes populaires, et le conservatisme (et peut-être Fabien Roussel)

21 Janvier 2022 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche", #GQ, #classe ouvrière, #Pérou, #Positions, #Ce que dit la presse

Pedro Castillo, président du Pérou

Pedro Castillo, président du Pérou

Il paraît que Fabien Roussel "plaît à la droite" et que c'est un problème ! Vaudrait-il mieux qu'il plaise à la gauche, la gauche étant ce qu'elle est devenue? Mais la "droite" et la "gauche" ne se définissent plus par rapport au parti pris dans la lutte des classes, mais par l'adhésion à des références idéologiques imaginaires et des prêches moralisants sommaires qui sont incohérents des deux cotés. En tout cas, on dirait bien que les classes populaires sont obstinément "de droite" à en croire les gens qui se définissent actuellement comme "de gauche" malgré tous les efforts de leurs nouveaux missionnaires (?) pour les convertir à la tolérance, à l'ouverture, à l'écologie, à la créolisation, au véganisme, au non-binaire etc. etc. (note de gq 19 janvier 2022).

George Orwell qui se prétendait socialiste, qui est aujourd'hui très apprécié dans notre "gauche" qui ne l'a sans doute pas lu très attentivement, et qui consacrait toute son énergie à la propagande contre le socialisme réel, pensait qu’un vrai socialiste et un vrai démocrate devait être fondamentalement conservateur. Pourtant son propre idéal concrétisé dans l’URSS de l’époque de Staline lui faisait une horreur profonde, ce qui en dit long sur sa sincérité. Mais il y a du vrai dans cette conception, car les classes populaires sont instinctivement conservatrices devant les innovations introduites par la bourgeoisie, qu’elles soupçonnent avec raison de ne l’être presque toujours qu’à leur détriment, quel qu’en soit le prétexte et l’enveloppe.

Pour représenter vraiment les classes populaires et recevoir leur soutien et bénéficier de leur participation active, un mouvement politique démocratique et socialiste doit assumer ou au moins tolérer un certain nombre de positions sur les questions dites « sociétales » qui risquent d’être très impopulaires parmi ses propres militants, quitte à les nuancer dans l’application. Toute la question étant : veut-on véritablement parvenir au pouvoir et l’exercer, pour exproprier la bourgeoisie et améliorer la vie des masses, ou veut-on seulement persister dans une existence médiocre mais assez confortable d’éternel opposant ?

Les militants de gauche en effet ne sont plus majoritairement recrutés sur le terrain et dans les luttes dures et ingrates pour le pain quotidien, avec tout le réalisme que cela suppose, mais dans les lycées et à l’université, ou sur les réseaux sociaux, dans une ambiance de surenchère dans l’engagement éthique et idéaliste où l’on recherche la compagnie du même, et où on ne rencontre jamais l’autre. Autrement dit un militant d’un parti de gauche, au lieu d’être au service de la classe ouvrière, risque fort d’être un champion du « bien » contre le « mal » tels qu’ils sont définis par le conformisme petit-bourgeois ambiant du moment.

Le mal absolu, de nos jour, est désigné comme l’intolérance et la violence, et les receleurs de ce mal seraient précisément les classes populaires.

Et dans ce contexte idéaliste les militants sont donc beaucoup plus intéressés par des situations limites où l’injustice est ou leur paraît flagrante et où la qualité éthique de leur engagement peut s’illustrer, croient-ils, comme dans les actions de soutien aux sans-papiers et aux migrants. Leur modèle de lutte c’est plutôt l’affaire Dreyfus que les grèves de 1936, ce qui ne les empêche pas de passer complètement à coté de l’Affaire Dreyfus du début du XXème siècle, l’affaire Assange (et dont le héros a beaucoup plus de mérite personnel que le capitaine éponyme, victime passive de l’antisémitisme de ses collègues militaires).

Or aujourd’hui, s’ils voulaient vraiment avoir la confiance des classes populaires, et obtenir leur écoute, et non le rejet immédiat de ceux qui en quelques mots ont compris que ceux qui parlent dans le poste « ne sont pas de leur monde », il leur faudrait assumer de côtoyer le négatif, pour être seulement entendu sur leur programme positif qui est pourtant majoritaire à en croire des enquêtes d’opinion qui n’ont aucune raison d’être biaisée en ce sens (hausse des salaires, sécurité sociale, promotion du service public, égalité des revenus, etc) .

Ce que les militants de gauche n’arrivent pas à admettre, c’est que les thèmes conservateurs exploités avec hystérie par un Zemmour, ou une Le Pen, renvoient à un vécu quotidien qu’ils ne connaissent pas, à un sentiment général d’insécurité et de précarité qu’ils ne peuvent pas ressentir puisqu’ils sont issus pour l’essentiel des rangs des fonctionnaires de la classe moyenne (catégorie A), ou des cadets insatisfaits de la bourgeoisie. Cette insécurité affecte par contre de plein fouet les prolétaires sous payés et/ou sans statut protégé (la grande majorité), qu’ils soient d’ailleurs d’origine autochtone, ou en proportion croissante d’origine immigrée. La dénégation de cette insécurité et sa mutation sémantique en apologie de la « diversité » ne peut favoriser qu’une mince couche parmi les immigrés ou descendants d’immigrés, ceux qui ont réussi leur intégration et leur ascension sociale, mais pas du tout les masses prolétariennes où ils sont pourtant surreprésentés. On peut dire exactement la même chose pour le féminisme : après avoir obtenu des succès dans l’émancipation féminine dans les années 1970, il a dégénéré en un procédé de la classe moyenne pour occuper des positions sociales.

En conséquence, et assez logiquement, les militants de gauche deviennent les porte-paroles de leur classe, la petite-bourgeoisie individualiste, mais protégée ou qui se croit telle (petite bourgeoisie antagonique de la petite bourgeoisie de droite des indépendants qui risque davantage le déclassement qui s’est largement exprimée dans le mouvement des Gilets Jaunes).

En conclusion, un mouvement authentiquement prolétarien qui veut fonder en France aujourd’hui une société socialiste et démocratique doit absolument, sous peine de ne pas exister ou d’être récupéré par ses adversaires historiques, rallier des positions plus conservatrices que celles qu’il assume par conformisme aujourd’hui sur le plan des mœurs, de la morale, de la culture, ou au moins si ce n’est pas possible à cause de sa composition sociologique, ne pas les mettre en débat, ne pas s’y opposer, ne pas les stigmatiser. Il faut choisir pour modèle politique Pedro Castillo, le nouveau président du Pérou, authentique représentant des classes populaires de son pays, bien qu'il soit un conservateur moral.

Il y a eu bien assez d’évolution récente des normes et des mœurs, pour envisager une pause pour laisser le corps social les digérer, car jusqu’à présent leur principal effet sur la société n’aura été que la fragmenter en groupes de plus en plus indifférents ou hostiles les uns envers les autres. En conséquence, l’objectif du socialisme passe aussi par la reconstitution d’une norme respectée. La tolérance qui est souhaitable doit être définie comme l’acceptation de certains écarts individuels à cette norme, mais aucunement comme la remise en cause de la norme même.

Sinon, le peuple n’en voudra pas.

On pourrait présenter les choses d’ailleurs de manière machiavélienne, ou si on veut, plus cynique et plus triviale : les classes populaires en France étant constituées très majoritairement de blancs d’ascendance européenne, ou d’assimilés à ce noyau dur qui ne veulent plus entendre parler de leur « différence », de catholiques très laïcisés mais qui conservent l’empreinte culturelle de la religion historique des masses en France, d’hétérosexuels formant des couples avec enfants, de femmes qui refusent la guerre symbolique au sexe masculin, et d’observants implicites mais têtus de la morale universelle qui répugne au meurtre, au vol, et à l’inceste, et qui ne veut rien savoir d’autre sur la question, la gauche doit respecter tout cela, ou se résigner à disparaître à brève échéance.

Note : Sur la question de l’immigration, il faut remarquer que son refus prégnant dans une grande partie des couches populaires, s’il est causé au départ par les situations de concurrence entre autochtones et immigrés, en vient souvent à s’essentialiser et à devenir une forme enkystée de xénophobie, un vrai rejet des étrangers, y compris de ceux qui sont présents depuis longtemps. C’est une réalité regrettable mais très différente du racisme. Le raciste veut en effet séparer des groupes qu’il estime hiérarchiquement inégaux (le sien propre étant bien entendu toujours considéré comme le meilleur) et institutionnaliser cette situation de privilèges et d’exploitation. Si les racistes de « l’Algérie française » avaient triomphé, il y aurait aujourd’hui en France 40 millions d’Algériens, avec un statut subalterne humiliant, comme les Noirs sous le régime de l’apartheid sud-africain, ou les Palestiniens aujourd’hui dans leur propre pays. Le rejet xénophobe de l’immigration est quant à lui fondé à tort ou à raison sur l’idée qu’elle remet en cause l’unité du peuple, sur le soupçon que les immigrés ne s’assimilent pas, et il est fondamentalement lié au doute sur sa propre identité. En effet les jeunes qu'ils soient ou non issus de l’immigration s’assimilent davantage à la culture mondialisée qu’à la culture française, ce qui n’est pas étonnant, parce que la culture bourgeoise qui constitue spécifiquement l’identité de la France est en crise terminale. Si on veut lutter contre cette xénophobie structurelle, il faut refonder le peuple et la nation françaises à travers une révolution sous direction prolétarienne qui les inclura tous.

Note 2 : La réaction conservatrice qui se développe dans le contexte préélectoral est vouée à l'échec. On ne peut pas être fier de ce qu’on est simplement parce qu’on l’est, il faut encore que cette essence soit en elle-même respectable, et non un mythe romantique. La France imaginaire des Zemmour et compagnie est une menace pour la France réelle. Mais rien de cela ne serait arrivé si la gauche n'avait pas porté le patriotisme à la déchetterie.

GQ, 1er septembre 2021, relu le 19 janvier 2022

 

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P
"Sur la question de l’immigration" il y a surtout qu'il y a en France et dans toutes les métropoles impérialistes occidentales DES PEUPLES que les besoins de force de travail du Capital ont amené là ; que ceci ne date pas d'hier mais remonte au moins à l'époque de Marx (cf ses écrits sur les Irlandais en Angleterre), lequel n'a jamais entendu l'interNATIONalisme uniquement comme une solidarité envers des populations à des milliers de kilomètres, mais aussi et surtout comme une solidarité DEVANT SA PORTE entre travailleurs d'identités nationales différentes que les besoins capitalistes déjà "brassaient" énormément dans les grands centres industriels...

Et donc que tout l'objectif de la lutte de classe (sur la base du dénominateur commun prolétaire exploité) est de parvenir à cette "ligue" des peuples (des différentes communautés d'identité culturelle nationale), à travers le monde mais aussi dans chacun de nos territoires de vie, contre l'oligarchie capitaliste avec son identité culturelle propre et planétaire (la culture bourgeoise occidentale quoi).

Chaque prolétaire immigré étant potentiellement un "pont", une "passerelle" entre les luttes de son pays d'immigration et celles de son pays d'origine, pour permettre de tisser sur toute la planète une "toile" de ces luttes contre une domination par essence mondiale.

C'est ça la ligne communiste.

Pour le reste du propos, tout à fait d'accord mais justement, cette "ligue" des peuples dans le plus profond "respect mutuel de leurs formes particulières d'identité nationale" (Argala, géant et martyr marxiste-léniniste basque) est leur meilleur et de fait le seul antidote possible contre ces manœuvres idéologiques libérales-libertaires, "progressistes", socedems et gauchistes "dissolvantes" : destinées à "dissoudre" cette perspective de "ligue des peuples", menace mortelle pour l'oligarchie, dans un gloubiboulga moraliste de "lutte contre toutes les z'oppressions" et de "progressisme"-injonction.

Les wokes aux cheveux turquoises peuvent s'évertuer autant qu'ils veulent à l'ignorer, dans un "antiracisme"-spectacle de pacotille, mais RIEN, absolument rien n'est plus opposé qu'un de ces "beaufs mâles cishétéros blancs" à leurs délires... sinon un ou une prolétaire maghrébin(e), africain(e), turc(que) ou tchétchène ; et c'est tant mieux !!
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D
Il y a beaucoup d’hypocrisie dans tout cela en effet. Il suffit d'observer le pourcentage approximatif de membres des directions des partis, syndicats ou organisations en principe antiracistes qui sont d’origine immigrées, encore plus de femmes d'origine immigrées, et encore plus de femmes d'origine immigrées ne cachant pas sans pour autant les agiter leurs convictions, habitudes ou manières de vivre qui ne collent pas aux comportements qui se sont développés dans les milieux politiques surtout après 1968. Une photo de famille de tel ou tel comité central, national ou autre montre clairement que le ou la citoyen(ne) de base a de la difficulté à se reconnaître souvent dans telle ou telle direction. Cela même si l’idée de quotas imposés reste malsaine.
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L
Bonjour,
Peu de choses à ajouter sur ce qui a été dit avec pertinence ici.
Une seule chose : la perspective communiste est morte, disqualifiée. Elle ne saurait être un horizon à proposer au peuple.
C’est en constatant cela que j’en suis arrivé à l’idée d’une 4eme voie. Voie refondant le peuple et la nation française autour du creuset d’une nouvelle Constitution, et au-delà de Nouvelles Lumières.
Je vous suggère d’y jeter un œil ici : https://1p6r.org/wordpress/1p6r/les-mercredis-de-lespoir/mercredis-de-lespoir-20210901/
Votre avis serait le bienvenu.
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G
La difficulté de la question tient au fait que le débat dérive rapidement du terrain social au terrain "sociétal".
Il faut cesser de mettre en avant les questions idéologiques qui divisent, et ce concentrer sur les questions sociales qui unifient.
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