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Réveil Communiste

Pourquoi voter en 2022? et pour qui?

12 Avril 2021 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Élections, #Qu'est-ce que la "gauche", #lutte contre l'impérialisme, #Economie, #Journal des luttes, #GQ, #classe ouvrière, #Positions

Pourquoi voter en 2022? et pour qui?

Pourquoi voter en 2022 ? et pour qui ?

Nous jouerons ici à un jeu dont il ne faut pas sous-estimer l’importance, bien qu’il s’apparente un peu, avouons le, à celui de l’entraîneur de foot de comptoir !

On pourrait céder à la lassitude et refuser de participer au simulacre de consultation démocratique que sont les élections dans notre Occident décadent.

Mais ce serait une erreur : les élections sont le terrain faussé mais le terrain principal réel de la lutte politique et sociale dans les pays capitalistes libéraux, au moins en temps normal. Y participer ne peut pas conduire directement au changement économique et social, mais ne pas y participer, c’est s’exclure de la discussion et se couper irrémédiablement des masses. J'entends "participer" non pour témoigner mais au sens de jouer vraiment le jeu, pour être élu.

On se souvient que Lénine a convaincu les bolcheviks pourtant très réticents au départ de participer aux élections censitaires de la douma tsariste, après l’échec de la révolution en 1905. Pourtant les raisons de ne pas le faire paraissaient des plus fortes.

Pour en revenir à ici et maintenant, il me paraît très important pour l’avenir de la classe ouvrière et des idées de progrès social en France au XXIème siècle que Macron, leur ennemi déclaré et obsessionnel de premier degré soit sanctionné, humilié, et battu, si possible dès le premier tour.

Mitterrand, Chirac, Balladur, Jospin, Sarkozy, Hollande, Valls, ont été ainsi sanctionné à juste titre pour avoir tenté de faire valoir peu ou prou la même feuille de route. Il serait quand même un comble que le plus mauvais et le plus caricatural des figurants politiques mis en avant par le capital et par la finance puisse faire un deuxième mandat.

On nous dira alors une fois de plus qu’on ne doit pas favoriser l’extrême droite. Voter pour « tout sauf Macron » au vu des sondages (qui sont manipulés précisément pour le faire croire) signifierait choisir Marine le Pen. On a vu aux États Unis, en Italie, que le choix de l’extrême-droite, comme on pouvait le prévoir, est un choix ni plus ni moins mauvais que l’autre. Et si c’est la seule alternance, alors tant pis. Nullement notre intention de la favoriser, mais il est plus important encore de ne pas se décrédibiliser en apportant ses suffrages pour faire élire une fois de plus des adversaires déclarés et cyniques des classes populaires au nom de grands principes affirmés avec d’autant plus d’emphase qu’ils sont plus creux et anachroniques. Il n’est pas si faux de crier au fascisme aujourd’hui, mais il n’est pas où on le montre. En tout cas, il est au moins autant chez Valls ou chez Macron, que chez l’épouvantail de service.

Mais nous n’en sommes pas là ; il faut voter au premier tour pour un candidat de gauche assez à gauche pour susciter un vote de classe (c’est à dire voué au moins en théorie à défendre les intérêts des salariés) et le plus souverainiste possible, c’est à dire critique radical de l’UE et de l’OTAN pour garantir au pays les conditions d’une politique économique indépendante et surtout pour défendre la paix qui est de plus en plus menacée par les ingérences impériales des pays occidentaux partout dans le monde.

Un candidat parfait sur une telle ligne risque bien de ne pas se présenter et il faudra alors choisir le moins mauvais.

Le plus évident dans ce rôle malgré tous ses manquements et sa tendance à la défaillance au moment critique est Mélenchon, celui qui a accumulé le capital de notoriété qui lui permet d’ores et déjà d’envisager la présence au second tour (mais pas forcément la victoire) et qui a au moins à son actif un rôle déterminant dans la victoire du « non » au referendum de 2005. Il reste donc mon premier choix, pour être le Mirabeau de la prochaine révolution en France. Mais il risque aussi d’être écarté de la course par une manœuvre juridique de « lawfare » à la dernière minute.

On peut très bien voter pour quelqu’un dans l’intention de le combattre ultérieurement, si son élection peut servir de catalyseurs à la situation politique.

Montebourg tente d’occuper la place du souverainiste de gauche bien modéré que le précédent a peu à peu abandonné depuis 2017. Mais ses états de service sont bien maigres : avoir prêché le « produire en France » dans un ministère symbolique ad hoc sous la présidence de Hollande ne va pas très loin, n’est ce pas ? Son passé de « young leader » sélectionné par la French-American Fondation (sic) ne plaide pas non plus pour lui. Cela dit, les gens changent, et il peut lui aussi viser le second tour et la victoire, s’il réussit à créer unité et rassemblement autour de sa personne. Contrairement à Mélenchon qui s’affirme souvent radical sur le plan verbal, quand ça lui vient, Montebourg n’est pas très idéologisé. Ce qui signifie que sa trajectoire une fois en place ne sera pas forcément celle de quasiment tous les idéologues gauchistes, à droite toute. Mais d'ici qu'il se mette en place, ce n'est pas gagné.

Roussel est un candidat communiste potentiel comme on en rêvait en 2007. Un candidat pour revitaliser le parti historique des ouvriers en France, et d’ailleurs pour le rendre aux ouvriers pour commencer. Il est d'ailleurs un élu de la France ouvrière, dans une région dite "périphérique". Mais est-il en mesure de gagner et de prendre le pouvoir ?

Le problème qui se pose concrètement, c’est que le temps a passé et le vote communiste même remplumé risque fort de n’aboutir à rien d’autre qu’à la division des forces de progrès, et Roussel n’est pas encore en mesure, comme actuellement le candidat communiste au Chili, de rassembler suffisamment pour aller au second tour, et de le gagner, s’il l’est un jour. Il n’est même pas sûr de pouvoir rassembler son propre parti. Si cette conjoncture changeait, ce qui est malheureusement peu probable, il serait je crois le meilleur des trois, au vu de ses qualités personnelles. A condition, bien entendu, qu'il s'engage par avance à ne pas appeler à un vote Macron ce qui me parait impossible, le PCF étant ce qu'il est.

Les écologistes tels qu’ils sont, sont une force réactionnaire qui doit être écartée de tout accord mais non pas éliminée des calculs ; loin de faire des compromis avec eux, il faut les antagoniser, non en espérant les affaiblir, mais au contraire pour les renforcer et se renforcer soi-même par polarisation classe contre classe. En fait, il faut espérer une candidature écologiste-libérale-libertaire dynamique susceptible d’écraser ce qui reste du PS et de prendre une part substantielle du vote Macron du premier tour 2017. Par contre l’union avec eux est à proscrire, car chaque voix gagnée en flattant les bobos se paye par trois ou quatre voix perdues dans les milieux populaires. Et je parierais bien que l’inverse pourrait être vrai également : chaque voix perdue dans la moyenne bourgeoisie de gauche est compensée par trois ou quatre voix, provenant de l’abstention, du vote le Pen, ou de la frange assez importante d’électeurs de tous les bords qui votent pour une bonne tête mais jamais pour les donneurs de leçons moralisateurs.

Un second tour opposant un candidat de gauche souverainiste à un écolo serait intéressant à observer : une confrontation directe du bloc populaire et du bloc bourgeois !

De même il faut espérer un nouveau candidat de droite bon teint, respectable et crédible, susceptible de rogner sur le vote RN et le vote Macron, et il faudra espérer que le ou les candidats de gauche comprendront qu’ils se sont tirés une balle dans le pied en participant à l’hallali contre Fillon, au prétexte de ses positions conservatrices sur le plan des mœurs, lynchage juridico-médiatique qui ne pouvait bénéficier qu’aux deux finalistes de 2017.

Le candidat d’alternance de gauche doit pouvoir bloquer la progression du RN, voire lui reprendre des voix, occuper l’espace politique vacant dans lequel s’est développé le mouvement des Gilets Jaunes, et pour cela il doit être le moins « sociétal » possible, il doit laisser ces thèmes aux écolos. Et le plus social possible, en mettant en avant des propositions concrètes, vérifiable, et immédiates d’augmentation du pouvoir d’achat des salaires et des pensions de retraite.

Outre les trois précédents, il y aurait d’autres figures envisageables : François Ruffin, ou un des porte-parole connu des Gilets Jaunes, François Boulo, Priscillia Ludosky, Jérome Rodrigues. Ou un oiseau rare, un artiste, un intellectuel, un savant ? Mais je n’en vois guère se pointer à l’horizon.

De toute manière, quelque soit le candidat choisi il faut qu’il apparaisse rapidement comme le seul crédible, pour rassembler au maximum.

Il faut aussi écarter d’emblée tous les candidats clivants et sectaires qui sont comme par hasard ceux de la gauche pro-impérialiste, même peinte en rouge écarlate, Les Hamon, les Autain, les Poutou, et bien sur les pseudopodes de la « gauche » de droite, les Glucksman, les Hidalgo, les Taubira, etc, etc.

Le candidat doit avoir un style qui puisse inspirer confiance aux classes populaires, et aussi une grande détermination ; qu’il ne soit pas complètement d’équerre sur toutes les questions évoquées ci-dessus n’est pas le plus important.

Pour conclure, tactiquement, il faut laisser une ouverture à la droite classique en la ménageant et aux écolos en leur laissant leur fond de commerce idéologique pour contenir et affaiblir Macron des deux cotés, et ne pas être souverainiste à moitié pour contenir et affaiblir Marine Le Pen. Macron doit quant à lui être attaqué et démoli impitoyablement.

C’est un pari nécessaire : un candidat ancré à gauche ne peut pas gagner s’il ne récupère pas un nombre significatif de voix sur l’extrême droite et les abstentionnistes, et il ne peut pas faire ça en ressassant les lieux communs, qui d'ailleurs ne mangent pas de pain, sur le climat, sur les migrants ou sur les mœurs.

La logique du vote utile doit s’inverser : il faut faire comprendre aux « informés » que n’importe quel candidat, qu’il soit facho, écolo, catho, ou coco gagnera contre Macron au second tour.

Enfin, last but not least, les thèmes petits-bourgeois gauchistes et « éthiques » doivent être laissés de coté pour ce qu’ils sont : des machines hystériques à créer de la division et à invisibiliser dans le spectacle politique les classes populaires et leurs problèmes concrets.

A la place, + de quoi? plus de salaire, plus d’égalité, plus de santé, plus d’éducation, plus d’indépendance nationale, plus d’État, plus de protection économique, plus de sécurité sociale, plus de fonctionnaires, plus de services publics, plus de science, plus d’usines, plus d’ouvriers, plus de paysans, et plus de peines de prisons pour les spéculateurs, les corrompus, les négriers, les dealers et les évadés fiscaux.

Et pour le quinoa, ça suffira comme ça, merci !

 

GQ, 9 mars 2021

 

PS du 21 mars. On peut écourter la discussion en fixant le programme minimum d'un candidat possible à trois points : hausse du pouvoir d'achat, abolition des contre-réformes anti-sociales promulguées depuis 1983, et souveraineté nationale pour l'indépendance économique (contre l'UE)  et pour la paix (contre l'OTAN). Le reste c'est du quinoa.

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DD 11/03/2021 18:18

Mélenchon au vu de son parcours n'a rien d'un révolutionnaire, même s'il a parfois des "saillies". Il est par contre incapable de dire haut et clair : "je veux quitter l'UE et rétablir l'indépendance de la nation française, je suis le candidat du peuple français, le candidat des travailleurs" . Or c'est précisément là que tout doit commencer. Je n'ai pas oublié la trahison(?) de l'ex-ministre de Pétain, ni le passage de Mélenchon dans le gouvernement de François Mitterrand... En gros je ne crois pas aux miracles.

bob 11/03/2021 09:26

perso, pour marquer mon mecontentement je voterais NPA ou LO au premier tour et je resterais a la maison au second. EEVL fait parti de la gauche de droite, il n'y a rien a attendre d'eux. De toute façon tout est bien ficelé, depuis toujours c'est toujours une politique qui favorise les 1% les plus riches qui est adopté ... c'est cela la démocratie.

Réveil Communiste 11/03/2021 09:45

Le NPA et même LO ne me paraissent pas de bon choix (pourtant ce sont des choix bien différents, mais qui ont en commun leur incapacité coupable de comprendre l'impérialisme), on ne vote pour dire "je ne suis pas content", mais pour produire une situation.

Lanta Paule 09/03/2021 16:56

retroussons nos manches je n'ai pas de site WEB

paule lanta 09/03/2021 16:53

Il nous reste un an pour mener une campagne d'éducation sur les besoins de rupture d'avec le système capitaliste financier , d'inscription sur les listes électorales ....
Retroussons nos manches