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Réveil Communiste

Le marxisme et la fin du travail : discussion Luniterre/GQ

7 Février 2018 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #Economie

Posts publiés sous cet article : Les robots vont-ils supprimer le travail (20 janvier 2018)?

Je remercie le camarade Luniterre pour l'intérêt qu'il a manifesté pour mon texte et pour ses critiques qui enrichissent le débat (GQ, 1er février 2018). La discussion continue dans les posts.

Luniterre30/01/2018 18:10


Bonjour, camarade

Quelques observations au sujet de cet article qui me semble éluder quelque peu le fond des questions abordées. Tout d'abord il est question d'une « nouvelle gauche » qui n'est jamais clairement identifiée, mais nous est présentée comme une sorte d'utopisme réformiste qui...

« ...pense aussi que la nouvelle superclasse de rentiers créée par l'économie high-tech va accepter de défalquer de ses revenus hyperboliques le salaire à vie sans contrepartie de 7 milliards et demi de « fainéants ». Tel que nous les connaissons , cela paraît douteux. Mais en fait même si les générations de privilégiés hors-sols enrichies sur le Net étaient soudain possédées d'une charité infinie, ça risque de ne pas marcher. »

En réalité, camarade, le réformisme est toujours une manière de « servir la soupe » au capital et celui de cette « Nouvelle Gauche » comme les autres et il faut donc chercher à comprendre où est son intérêt dans ce type de démarche.

Il n'y a donc nulle « charité » dans ce supposé « utopisme » mais bien une manœuvre d 'enfumage à laquelle participent diverses kollabos dont certains prétendus « marxistes » comme Friot et son mouvement « salaire à vie » que tu évoques assez nettement sans pour autant aller jusqu'au bout de la critique.

Peut-être est-ce du aux confusions que tu introduis toi-même dans ton article...

La première notable porte sur une confusion entre les notions de « valeur » et de « richesse »...

Si la formule « toute richesse procède du travail » est bien d'Adam Smith ( Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Volume 6) , elle ne reflète nullement la pensée de Marx, qui a notamment fait une mise au point sur ce sujet dès les premières lignes de la Critique du Programme de Gotha :

« Le travail n'est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d'usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n'est lui-même que l'expression d'une force naturelle, la force de travail de l'homme. »

Cette confusion en introduit donc une autre, entre valeurs d'échanges, effectivement produites par le travail, et valeurs d'usages, celle des objets produits, que ce soit par un travail humain ou par une machine entièrement robotisée ou par un « mix » entre les deux, comme c'est encore le cas dans l'industrie actuelle, le plus souvent.

Pourtant, comme tu le remarques toi-même, c'est :

«la valeur d'échange qui est globalement réglée par la comparaison du temps de travail respectif nécessité par les produits échangés»

En réalité, cela implique que s'il n'y a plus de travail incorporé dans la « marchandise », celle-ci n'a plus à proprement parler de valeur d'échange, mais seulement une valeur d'usage.

C'était par exemple le cas de l'eau de source aux fontaines des villages du temps où il en existait encore...

Aujourd'hui l'eau de source est pratiquement monopolisée par les trusts de l'agro-alimentaire et sa valeur d'échange découle essentiellement du travail de mise en bouteille à l'usine, et en y incluant la fabrication de l'emballage.

Mais une usine réellement entièrement automatisée nous ramènerait en quelque sorte à la situation d'une « source ».

Une fois dépassé le stade d'amortissement du capital fixe, sa situation est pratiquement celle de la pompe ou du puits au milieu du village.

Pour en tirer un profit quelconque, il faut s'attribuer le monopole de la ressource ! Et cela de manière parfaitement arbitraire, donc.

On comprend donc tout de suite l'absurdité du système qui est en train de se mettre en place avec la « robotisation »...

La robotisation totale, dans le cadre de la « compétitivité » comprise comme une supposée « concurrence acharnée » accélère le processus de baisse de « rentabilité » du secteur productif et, à terme, dans ce cadre « concurrentiel », elle anéantit toute possibilité réelle d'élargissement du capital.

La seule « alternative », pour le capital, c'est donc le monopole...

Les capitalistes qui jouent le jeu de la « compétitivité » sont, en réalité, et paradoxalement, nécessairement les perdants...

Alors que les gagnants réels sont simplement les monopoles qui ont des masses de capitaux suffisantes pour pouvoir racheter les « gagnants » de la « compétitivité », devenus nécessairement financièrement exsangues à l'issue de la « bataille des prix » (...bas) et pour pouvoir leur imposer leurs prix et contrôler les marchés...

Seul problème... A l'horizon de la « robotisation totale », c'est le marché lui-même qui est exsangue, à cause du chômage de masse...

Il n'y a donc nulle « générosité », nulle « charité » ni « utopisme » dans les systèmes type « revenu universel » ou « salaire à vie », mais seulement la volonté d'entretenir artificiellement et dans des limites bien précises un « marché » de la « consommation » qui permette à la bourgeoisie monopoliste de maintenir sa domination de classe et ses privilèges exorbitants.

De plus, comme il n'y a plus, dans le cas de la robotisation totale, de création de valeur d'échange, il y a donc nécessairement une déconnexion qui s'opère entre le système monétaire et la « valeur » des productions, qui n'est plus, en réalité, que leur valeur d'usage. Les prix fixés par les monopoles deviennent donc totalement arbitraires, et le cours des monnaies le devient également et devra donc être fixé de manière tout à fait autoritaire pour que le système survive, comme c'est déjà le cas pour le Yuan chinois, par exemple.

Le système économique mondialisé deviendra donc une sorte de « monopoly » géant reposant sur de la monnaie de singe, et dont l'immense majorité des joueurs n'aura jamais que la maigre portion de son « revenu universel », de la « case départ » jusqu'à la mort... !

Il n'y a donc pas de « passage automatique » au communisme sans intensification de la lutte des classes et le simple accroissement des contradictions internes du système ne suffit pas à la ranimer sans une réelle prise de conscience massive, actuellement non seulement faible, mais plutôt encore en voie de régression, avec le processus « macronien ».

De plus, il y a une autre confusion importante, dans l'article, à propos de l'interaction entre « surtravail » et « communisme » :

« ...à l'horizon communiste ce surtravail doit surgir spontanément de l’activité libre qui remplacera le travail, ce qui n'est pas une mince question : le communisme c'est le règne achevé de la conscience ! »

Comme on l'a vu,

https://tribunemlreypa.wordpress.com/valeur-loi-de-la-valeur-plus-value-un-essai-de-breve-definition/

et cela est rappelé, même si de manière confuse, dans l'article, le « surtravail », à l'origine de la plus-value, découle de la différence entre valeur d'échange et valeur d'usage de la force de travail.

Or dans la société communiste achevée la force de travail ne constitue plus réellement une valeur d'échange et n'est même plus la mesure de base de l'économie communiste, selon la formule de Marx :

« De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins »

En réalité c'est la notion même de valeur d'échange, basée sur la valeur-travail, qui est abolie, à ce stade, et notamment dans cette formule elle-même.

De plus, même si, effectivement, la notion de surtravail est indispensable à l'élargissement du capital, elle n'en est aucunement la résultante et le capital ne fait qu'exploiter ce surtravail qui pré-existe indépendamment de lui.

En effet, deux producteurs indépendants qui échangent directement entre eux échangeront généralement bien au delà de la seule valeur d'échange de leurs forces de travail, en vue d’accroître leurs richesses réciproques, sans pour autant s'« exploiter » mutuellement !

Le lien entre « conscience » (...de classe), conscience sociale et « communisme » intervient bien, pourtant, à propos du surtravail, mais pour le communisme dans sa première phase (socialisme), où la formule est :

« De chacun selon ses capacités à chacun selon son travail » (Manuel économique de l'Académie des Sciences- URSS)

En effet, à ce stade, où la loi de la valeur et l'échange en valeur-travail restent la mesure utile pour la planification socialiste, le « surtravail » se trouve re-socialisé pour répondre aux besoins collectifs essentiels non encore satisfaits.

Si le stade d'automatisation totale de la production est atteint par le système capitaliste avant que ne survienne une révolution socialiste, il est clair que la loi de la valeur devient par contre très rapidement caduque (Marx, Grundrisse), mais cela ne supprime pas pour autant la nécessité d'une planification, en raison des besoins essentiels restés insatisfaits sous le capitalisme. Dans ce cas, la notion de surtravail disparaît avec, mais reste la nécessité d'une conscience sociale pour gérer les ressources et les richesses produites en fonction des besoins collectifs essentiels.

En conclusion, il faut éviter d'entretenir des confusions qui ne servent que les réformistes et les révisionnistes que l'on affirme vouloir combattre et dénoncer... !

Luniterre

Post-scriptum: Toutes ces questions ont été développées encore davantage, récemment, au cours d'un échange présenté ici:

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/03/la-societe-de-larnaque-un-theme-de-reflexion-pour-2018/

Réveil Communiste30/01/2018 23:04

Je n'attribue de charité aux monopolistes actuels que par ironie. Je suis d'accord que le salaire à vie de Friot est un leurre. Pour moi, le communisme signifie que la collectivité est en mesure de "surtravailler" consciemment en vue de buts librement choisis et rationnellement calculés; buts qui ne sont pas forcément en soi rationnels (la conquête spatiale par exemple). Si elle refuse de surtravailler, ou si elle en a marre de surtravailller en prévision d'une guerre future, c'est foutu, comme en URSS. Je ne crois pas à l'automatisation totale de la production qui contredit clairement la baisse tendancielle du taux de profit. De quelle confusion parles-tu? Sois clair. La valeur d'un bien ne peut en aucun cas être sa valeur d'usage, les désirabilités et utilités subjectives étant complètement incommensurables.

Luniterre31/01/2018 16:26

Dans ce post, camarade, je ne fais essentiellement que rappeler les fondamentaux du marxisme, tout en essayant de comprendre s'ils ont encore cours ou non dans l'évolution actuelle du capitalisme.

L'élargissement du capital à travers le cycle productif ne peut avoir lieu que par l'interaction de la loi de la valeur et de la loi du marché.

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/07/marx-capital-livre-iii-chapitres-9-et-10.pdf

Cette interaction cesse si la loi du marché est remplacée par la planification socialiste, la loi de la valeur étant alors utilisée pour faire correspondre forces productives et besoins sociaux réels, y compris en terme de développement et de défense collective.
(Marx, CPG, Lénine, Etat/Révo, Staline, Prob. Éco. URSS)

Cette interaction cesse aussi dans le cas d'une robotisation totale de la production, même si effectuée sous l'égide du capitalisme monopoliste, car sans intervention significative du travail humain dans la société, il n'y a effectivement plus d'échange d'équivalents, selon même ta formule :

«la valeur d’échange qui est globalement réglée par la comparaison du temps de travail respectif nécessité par les produits échangés»

Formule correcte, quant à elle.

Peut-on être plus clair ?

Plus de travail, plus de valeur d'échange, plus d'action possible de la loi de la valeur, devenue caduque. (Cf Marx, Grundrisse)

Dans ce cas la bourgeoisie monopoliste est bien obligée de « planifier » la production au mieux des intérêts de sa domination de classe, c'est à dire pour simplement tenter de la sauvegarder.

D'où les projets de « revenu universel » et autres « salaires à vie »...

Leurs tenants « idéologiques » se positionnent déjà en futurs acteurs de la collaboration de classe nouvelle manière, adaptée à cette évolution du système. D'où l'oreille « complaisante » qu'ils trouvent auprès des médias...

Une engeance à combattre, parmi d'autres, mais de façon relativement prioritaire, eut égard à l'avenir du mouvement ouvrier.

« Croire » ou « ne pas croire » à l'automatisation totale de la production, et même, désormais, des services, ce n'est pas vraiment une attitude marxiste, non seulement parce que Marx lui-même la définissait comme inéluctable (Grundrisse), mais aussi et tout simplement parce que c'est cette évolution que l'on observe dans tous les domaines de l'activité humaine.

De plus, elle ne peut évidemment pas contredire la baisse tendancielle du taux de profit, dans la mesure où elle en est précisément l'aboutissement ultime, actuellement anticipé, donc, par les nouvelles stratégies monopolistes.

Par ailleurs tu sembles vouloir ne considérer le « communisme » que dans sa première phase, celle du socialisme, en réalité, et, dans cette limite, ton propos sur la relation « surtravail/conscience/communisme (socialisme) » reste correcte tant qu'il n'est pas totalement dépassé par l'évolution actuellement en cours, telle qu'ébauchée ci-dessus.

Mais la prospective n'est pas une affaire de « croyance »... Elle doit tenir compte de toutes les évolutions en cours, et surtout de celles qui sont prépondérantes, dans le rapport de forces actuel.

Luniterre

PS : A noter que l'aspect fondamental du révisionnisme trotskyste consiste à nier l'interaction loi du marché/loi de la valeur et à promouvoir une prétendue « action régulatrice » de la loi du marché, tout à fait à l'instar des libéraux bourgeois :

« En acceptant ou en rejetant les marchan­dises, le marché, arène de l’échange, décide si elles contiennent ou ne contiennent pas de travail socialement nécessaire, détermine ainsi les quantités des différentes espèces de marchandises nécessaires à la société, et, par conséquent, aussi la distribution de la force de travail entre les différentes branches de la production. » (Trotsky, 1939)

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390418b.htm

Cité in « Le Bloc et la Faille », un débat sur le trotskysme :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/04/le-bloc-et-la-faille/

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Réveil Communiste 01/02/2018 11:01

Sur un point : il est juste de réinterroger les fondamentaux du marxisme pour voir s'ils s'appliquent encore au capitalisme du début du XXIème siècle qui comprend des aspects importants qui n'existaient pas encore à l'époque de parution du Capital (1867). Mais selon moi on ne peut se baser que sur les textes publiés par Marx-Engels mêmes, de leur vivant. La disparition ultime du capital variable n'est pas envisagée par eux à ma connaissance dans ce corpus, et sa possibilité même est discutable. La partie non publiée comprend des ouvrages achevés qui auraient été dépassés par la situation historique (idéologie allemande), mais aussi des ébauches qui n'ont pas été jugées satisfaisantes, ce qui est je crois le cas des "Grundrisse".

Sur un autre point : je ne crois pas à l'automatisation totale de la production parce que la baisse tendancielle du taux de profit devrait stopper ce processus bien avant qu'il aboutisse, quelques soient les progrès impressionnants de la technologie. La crise de sous consommation , ou la guerre de destruction du capital fixe doivent se produire avant. Le revenu universel me semble une nouvelle variante particulièrement naïve (et donc peu soutenue par le capital) de la constitution d'un bloc historique impérialiste associant les classes populaires à la bourgeoisie pour l'exploitation du travail de la périphérie néocoloniale. Au moment même où cette périphérie va disparaître !

 

 

 

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Luniterre 02/02/2018 06:24

La question fondamentale, camarade, c'est l'analyse que nous faisons de la situation actuelle et les perspectives que nous en déduisons pour le mouvement ouvrier. Pour avancer sur cette question, faisons nous le choix de la méthode dialectique matérialiste ou d'une autre ?

Être marxiste, c'est d'abord faire le choix de la méthode dialectique et non pas de savoir si Marx ou Engels ont donné leur « imprimatur » à tel ou tel texte. C'est plutôt là une méthode dogmatique.

Il est clair que les textes classiques du ML sont tout à fait naturellement truffés de références aux contextes de leurs époques. De par cette méthode même, comment pourrait-il en être autrement ? L'important est évidemment dans les fondamentaux qui se dégagent du contexte et ont éventuellement un prolongement dans le notre.

Les fondamentaux le sont aussi, du point de vue de l'historicité des textes, parce qu'ils se complètent et se renforcent par la cohérence qu'ils ont entre eux, indépendamment de leur destinée éditoriale.

Les fondamentaux des Grundrisse sont en adéquation avec les autres fondamentaux de l’œuvre de Marx, indépendamment des éléments conjoncturels qui ont provisoirement bloqué l'édition de ce texte, et c'est en cela qu'il nous apporte des éléments de réflexion originaux et précieux.

La question de l'automatisation totale de la production y est clairement traitée et tout à fait en cohérence dialectique avec la question de la baisse tendancielle du taux de profit, et notamment sur le point de la caducité de la loi de la valeur à partir de cet horizon.

En deçà de cet horizon, les conséquences de la baisse tendancielle du taux de profit, nous les connaissons déjà :

__Destruction massive du capital fixe par la guerre impérialiste. (...mais aussi du capital humain "variable"..., par voie de conséquence...)

__Fixation arbitraire des prix par les monopoles, en dépit de la supposée « libre concurrence ».

Mais ces conséquences « palliatives » ont aussi leurs limites par les contradictions exacerbées qu'elles impliquent au sein du système et ne font jamais que reculer l'échéance.

La guerre est souvent un facteur d'accélération du progrès technique et donc de l'automatisation de la production.

Le monopole est rarement total et ne fait que reporter la lutte concurrentielle à une échelle supérieure et avec de plus gros moyens.

Les éléments les plus « conscients » du système sont donc ceux qui anticipent l'échéance, même s'ils y sont encore minoritaires.

De notre côté, les éléments conscients sont également, et même encore bien davantage, ultra-minoritaires. Mais ils se doivent aussi d'anticiper les coups à venir, et non de se complaire dans une « croyance » que l'évolution du système connaîtra un « frein » qui le maintiendrait quoi qu'il en soit dans une sorte de stase cyclique, ce qui, pour le coup, serait tout à fait une négation de la dialectique !

Luniterre

Réveil Communiste 05/02/2018 17:48

"La chaine de valeur" dans la théorie, c'est l'équivalent de la titrisation dans le finance. Ça finit par kracher. La possibilité d'une reféodalisation de la société est tout à fait présente, notamment dans l'ambiance d'une gestion "écologique" ou pseudo-telle de la décroissance économique et démographique du monde. C'est effectivement l'alternative au socialisme.

Luniterre 02/02/2018 17:27

Il semble donc encore y avoir une grande confusion dans ton approche de cette problématique :

« Ta critique porte moins sur mes thèses que sur les conséquences que tu en déduis. La conséquence réelle de la "stase" économique cyclique n'est pas la reconduction indéfinie du système capitaliste, mais la réapparition périodique des conditions objectives et aussi subjectives de la révolution. »

Tu entérines donc l'idée de « stase cyclique » qui ressortait de ton précédent post...

En somme l'évolution du système connaîtrait donc bien un coup d'arrêt, selon ton point de vue, à un certain stade où les crises se succèdent en attendant que le prolétariat veuille bien faire la révolution...

Tourner en boucle en attendant le grand soir...

Tourner en rond n'est pas une caractéristique dialectique, ni de la nature, ni de la société humaine, phénomène « naturel » au sens large et réel du terme.

Ceci-dit, une évolution dialectique en spirale n'est pas non plus forcément systématiquement ascendante et peut comprendre des aspects provisoirement régressifs, des contre-courants qui ne changent pas fondamentalement le sens général du mouvement mais peuvent être localement et/ou temporairement dominants.

Ce sont principalement les invasions barbares qui ont mis fin à l'empire romain, et non les révoltes des esclaves.

Par rapport à la cité antique même l'apparition de la motte féodale primitive peut être vue comme une régression et l'est sans doute réellement, par bien des aspects (« dark age » disent nos amis britanniques). Soit pratiquement cinq siècle avant l'apparition significative de la bourgeoisie en tant que classe et encore plus de sept siècles avant l'établissement de sa domination totale... Malgré la lenteur de ces processus, l'évolution économique et sociale n'a pourtant pas connu de période de stase.

Avec l'évolution actuelle des forces productives, il y a encore moins de raisons de supposer qu'elle puisse en connaître une...

Si le prolétariat ne fait pas la révolution d'ici à l'horizon de l'automatisation totale et du « taux zéro », une transformation économique et sociale s'opérera nécessairement, un peu à l'instar de l'établissement du féodalisme, en quelque sorte.

Évidemment, là s'arrête l'analogie, tant les conditions et les prémisses sont différentes.

Même si, effectivement, par rapport à la période « révolutionnaire » de la bourgeoisie, on peut considérer qu'il s'agira d'un système essentiellement régressif.

C'est pourquoi, au cours de débats précédents avec d'autres camarades c'est l'expression « société de l'arnaque » et/ou « fake-capitalism », par dérision, qui est venue nommer cette perspective, définie simplement comme une sorte de féodalité financière bureaucratique.

Enfin, qui parle d' « abolition du travail » ??? (Sinon la « wertkritik » et ses dérivés fascisants?). Le fait qu'il n'y ait plus de travail « productif », c'est à dire directement intégré dans le « produit », qu'il soit marchandise ou non, ou même « service » robotisé, cela ne signifie pas pour autant la disparition totale du travail, quoi qu'il en soit.

La féodalité bureaucratique aura toujours besoin d'une « garde rapprochée », classe « moyenne » minoritaire, pour contrôler son système et protéger son pouvoir, même s'il s'agit simplement de commander le « sale boulot » à des robots... Et de quelques kollabos, genre Friot, Hamon et autres, à la base...

Le passage au communisme n'implique pas non plus la disparition du travail mais sa transformation en un rôle humainement gratifiant pour ceux qui veulent s'investir dans le processus révolutionnaire, quelle qu'en soit l'étape.

Enfin, il faut donc encore revenir sur cette confusion « valeur/richesse »...

Le rapport capital variable/capital fixe peut aussi être vu comme un rapport « travail vivant/travail mort ». Seul le travail vivant crée de la valeur et apporte de la plus-value. Le travail mort restitue une valeur déjà précédemment crée et n'en crée nullement de nouvelle.

Un processus productif entièrement automatisé ne crée donc plus de valeur, au sens de la valeur d'échange, valeur marchande, mais il crée néanmoins de la richesse, des valeurs d'usage.

C'est pourquoi une domination monopoliste sur un tel processus est à proprement parler, une arnaque !

En l'état actuel du « mix » travail vivant-travail mort, les économistes néo-classiques, opérant sur le terrain, utilisent assez efficacement le système des « chaînes de valeur », y compris à une échelle mondialisée, et s'ils tentent précisément de minimiser le rôle du travail vivant (« gains de productivité ») ils n'en parlent pas moins de valeur « marchande », au final, et font donc de l'économie tout à fait classique, en réalité, dissimulée sous cette phraséologie...

Un « mix », dans leur cas, de « Mr Jourdain » et de « Tartuffe », en quelque sorte...

Luniterre

Réveil Communiste 02/02/2018 11:39

Ta critique porte moins sur mes thèses que sur les conséquences que tu en déduis. La conséquence réelle de la "stase" économique cyclique n'est pas la reconduction indéfinie du système capitaliste, mais la réapparition périodique des conditions objectives et aussi subjectives de la révolution.
Par ailleurs, j'ai l'impression que tu considères que le capital fixe au lieu de restituer au produit sans l'augmenter la valeur travail qui l'a créé produit de la plus value, et donc que la valeur des marchandises est un "mix" comme tu dis, de travail (identifié au seul capital variable) et de capital (capital fixe), avec bien évidemment de moins en moins du premier et de plus en plus du second. Un peu de travail, beaucoup de capital, un zeste de nature, voilà la recette de la création de la richesse pour les économistes néoclassiques des origines à Macron, dont le tableau aboutit à nier la réalité de l'exploitation, et la légitimité de l'expropriation de la classe des propriétaires des moyens de production.
Pour le dire en un mot, si le capitalisme réussit à supprimer le travail, la révolution sociale est complètement inutile, puis que c'est justement son but ultime. Mais c'est pas demain la veille à mon humble avis.