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Réveil Communiste

Les neuf erreurs de Mélenchon qui lui ont barré la route de la présidence, et ses quelques grands mérites

4 Septembre 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #élection 17, #classe ouvrière

Ces critiques sont à entendre dans un esprit constructif. Si Mélenchon avait suivi ce genre de conseil, il aurait peut être fait moins bien. Mais il aurait peut être fait bien mieux. [entre crochets notes du 28 juin].

Et perdre à 15 ou à 19%, quelle différence quand on voulait vraiment gagner?

Mélenchon et la France Insoumise ont d'ailleurs encore une carte à jouer avec les législatives, et ils pourraient bien décrocher de nombreux élus, vu la décomposition générale du paysage politique, et le peu de crédibilité du machin macronien censé le remplir intégralement [là par contre c'est plutôt manqué : 2 500 000 voix seulement, au lieu des 7 000 000 du 23 avril, la désunion a couté cher et la victimisation n'a pas convaincu].

On ne peut pas vraiment leur reprocher comme le fait le PCF d'être uniquement une stratégie marketing, comme l'est "En Marche", d'ailleurs si le marketing ça marche il ne faut pas hésiter à en faire pour la bonne cause, et le PCF quand il était encore communiste n'a jamais manqué d'esprit pratique pour retourner contre elle les techniques de propagande de la bourgeoisie (en plus de Pif le chien, il avait même sorti un journal de jeunesse destiné à concurrencer "Salut les Copains" : "Tous les garçons et les filles"!).

Mais le grand coup d'audace de Mélenchon et de son commando pour se saisir du pouvoir politique, la surprise stratégique, a manqué, de peu. 19.6% finalement ce n'était pas assez .

Je croyais quant à moi que 17 ou 18% suffirait pour le second tour, mais mes calculs ont été déjoué par la manœuvre Hamon, qui contrairement à ce qu'on pourrait croire a terminé trop bas, voir ci-dessous.

Mélenchon a fait une campagne remarquable, mais il n'a pas gagné. Quand s'est-il trompé?

Il n'aurait pas dû :

1) Prendre de haut le PCF et ses militants après qu'il avait obtenu leur soutien, de justesse, en octobre 2016. Les quelques centaines de milliers voix qui lui ont manqué, c'étaient peut être celles-là, et il ne fallait pas les mettre tous dans le même sac, ni imposer un ralliement complet et unilatéral. On peut très bien soutenir Mélenchon sans approuver la sortie du nucléaire ou le projet constitutionnel [ et la désunion est largement responsable de l'échec relatif, en tout cas de la grande déception, aux législatives].

2) Placer en chapitre prioritaire du programme la réforme institutionnelle, aux dépens des aspects sociaux, et avoir insuffisamment étayés ces derniers sur le plan économique. "Chiffrer le programme ", ça ne suffit pas. Et, franchement, le vote blanc, le droit de vote à 16 ans, la proportionnelle, et même la révocabilité, ça intéresse qui dans le prolétariat?

3) Participer à la curée médiatique organisée contre Fillon, menée par des gens bien plus malhonnêtes que Fillon lui-même, sans comprendre que la meute pouvait se tourner contre lui instantanément. Et ça n'a pas raté [et maintenant ça ne va plus cesser].

4) Faire des compromis dans les médias. Leur indignation envers lui étant sa meilleure publicité et leur soudaine amabilité, à partir du mois de mars n'était pas très bon signe.

5) Hésiter à défendre la révolution latino-américaine contre les caricatures. Qu'est ce que ça lui coûtait de dire, "le Venezuela n'est pas une dictature"? Marchais n'avait jamais hésité à défendre l'URSS face à ce genre d'attaque, pourtant plus difficiles à démonter en l'absence de pluralisme politique là-bas, et ça ne lui avait jamais coûté une voix. Les médias ont senti la faille et ont martelé efficacement pendant la dernière semaine de campagne.

6) Rétropédaler sur l'Europe la dernière semaine avant le premier tour : "ne les croyez pas quand ils disent que je veux quitter l'Europe". Ah bon? C'est bien dommage. Je me suis senti tout con quand j'ai entendu ça [et grommeler sur la présence du drapeau européen à l'assemblée, ça ne compense pas].

7) Terminer sa campagne par une visite organisée dans le bobo-land de l'Est parisien, ce qui ne servait strictement à rien. Il aurait dû aller à Belfort, pour démasquer l'arnaque Macron avec les travailleurs d'Alstom.

8) Ménager Hamon avec un pseudo "pacte de non agression". Lorsque la primaire socialiste le lui a mis dans les pattes, il a joué la montre et minimisé les divergences fondamentales entre les deux projets en espérant récupérer un vote utile de gauche. Il y est parvenu, mais au prix d'une modération malvenue sur la politique internationale, en fin de campagne, et de laisser une ouverture aux tentatives de sabotage venues des rangs du PCF estampillées "Union de la Gauche".

9) Se tromper d'adversaire : il a tiré sur l'ambulance Fillon, pourtant son meilleur adversaire en cas de second tour, et il a ménagé Macron pour prendre Hamon en tenaille. Ce dernier coup a trop bien marché, et Macron a trop monté. S'il avait laissé plus d'espace politique à Hamon, il aurait moins gagné de voix de ce coté, certes, mais il aurait pu réellement pilonner l'UE et l'OTAN pour attaquer du coté où se trouvait sa vraie réserve de voix pour les deux tours : absention, FN, et vote de la classe ouvrière, tout en diminuant la fuite vers Macron de la "gauche de droite" pro européeenne, de manière à empêcher la percée de ce dernier.

Simple calcul de politique fiction : si on transfère 5% de Macron vers Hamon, 5% de Mélenchon vers Hamon, et 5% de Le Pen vers Mélenchon, on trouve : Fillon, 20%, Mélenchon : 19.5%, Macron 19%, le Pen 16.5% et Hamon 16.5%. et Mélenchon gagnait le second tour. C'était là le "trou de souris par où il pouvait passer", et non par la manœuvre de faire voter toute la "gauche" pour lui alors qu'elle n'a jamais été aussi discréditée dans le pays (à 28% en comptant les Poutou). Dans ce cas de figure, il n'avait plus de réserves pour le second tour face au candidat de la presse et de l'argent [un examen attentif des résultats du scrutin montre qu'un second tour contre Macron n'était pas gagnable].

On ne peut s'empêcher de penser que le candidat de la "France Insoumise" a payé le prix d'un certain flottement dans ses convictions en fin de campagne. Un peu d'esprit bolchevique lui a sans doute manqué. Contre les préjugés de son propre camp, Lénine a dissous la Constituante, signé la paix séparée avec l'Allemagne à Brest Litovsk, et Staline a signé le pacte germano-soviétique, des transgressions qui étaient absolument nécessaires en leur temps, mais à leur place Mélenchon aurait-il été de taille pour les assumer?

Rappelons aussi ses mérites qui ne sont pas à oublier dans la déception :

Avoir réuni 20% des voix, sur un programme de gauche incompatible avec l'UE et l'OTAN , du jamais vu depuis 1981.

Avoir dynamité le PS, véritable malédiction qui plane sur les forces populaires en France depuis sa création en 1920.

Avoir contribué à la repolitisation de la jeunesse et des classes populaires à un moment où la bourgeoisie joue à fond la carte de l'occultation du politique [mais pour les perdre presque immédiatement aux législatives].

Avoir construit une campagne qui malgré ses contradictions jouait la carte de la conscience, et la politique de la conscience à la phase suivante mène à la révolution.

[Avoir obtenu le soutien massif du prolétariat d'immigration récente sur un discours rempli de fierté patriotique, tout le contraire de la démagogie communautariste de Hamon.]

Avoir refusé malgré les pressions d'appeler au soi-disant "Front-Républicain" en faveur du produit de marketing Macron, contre l'épouvantail Marine Le Pen. Cet acte de courage politique permet d'envisager une réunification prochaine du prolétariat, par dessus la frontière ethnique manigancée par la bourgeoisie entre "gaulois" et "immigrés" [ mais François Ruffin à l'air de mieux comprendre cette priorité que l'équipe dirigeante de la France insoumise].

GQ, 15 mai 2017

PS 3 juillet :  La FI doit viser l'échéance de 2022 (sauf survenue d'imprévu ce qui est d'ailleurs assez prévisible), mais dans cet esprit elle n'atteint véritablement son objectif de mettre le PS au rancart qu'en unité avec le PCF : ensemble, 13,7% aux législatives et 28 députés, c'est honorable et ça laisse le parti historique de la trahison de la classe ouvrière loin derrière. Cette unité stratégique reste nécessaire, puisque Hamon est toujours là pour mystifier et diviser la "gauche de la gauche" dont le manque de discernement politique est proverbial.

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Gourmel Michel 22/05/2017 12:28

Je ne suis pas très d’accord avec les arguments développés. Sauf sur :
« 6) Rétropédaler sur l'Europe la dernière semaine avant le premier tour : "ne les croyez pas quand ils disent que je veux quitter l'Europe". Ah bon ? C'est bien dommage. Je me suis senti tout con quand j'ai entendu ça. »
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Par contre pour le reste, comme :
1) « Prendre de haut le PCF et ses militants après qu'il avait obtenu leur soutien, de justesse, en octobre 2016 ». Ce n’est pas du tout cela. Les militants ont voté Mélenchon dans les jours précédents le 25 novembre 2016. Mais les directions du PCF et de l’Huma sont restées l’arme au pied à NE RIEN FAIRE pendant 11 semaines.
Puis ensuite à passer leur temps pendant 5 semaines à réclamer l’union de la gauche ; comme Hamon était devant dans les sondages truqués, cela voulait dire qu’il fallait que Mélenchon se désiste pour Hamon pour le PCF et l’Huma.
Enfin, les 5 dernières semaines, ils ont fait campagne pour Mélenchon, et se sont décidés d’envoyer un peu de matériel ! Exemple sur l’Orne 10.000 tracts pour 200.000 électeurs inscrits, dans un premier temps, puis 6.000 d’une autre sorte, certaines sections comme la mienne n’ont donc jamais rien reçu, sinon qu’une demande de participer au muguet ! ! !
Le problème principal étant qu’ils ont dit APRÈS COUP qu’ils n’avaient soi-disant pas d’argent pour cela au parti. Un parti politique qui n’a pas d’argent pour les présidentielles ? Mon œil ! Et prendre soin de ne le dire qu’après les élections passées et non d’avance pour que les militants attendent le plus longtemps possible sans rien faire ; ce n’est pas une raison mais une astuce politique et en même temps une faute politique majeure.
D’ailleurs pour Macron, les directions du PCF et de l’Huma n’ont pas attendu ni 11 ni 16 semaines, ni demandé la vie des militants pour soutenir Macron, mais cela a été instantané, un soutient total et inconditionnel ! Et pour mentir effrontément sur l’accession au pouvoir d’Hitler et autre, comme toute la pensée unique, en évitant de parler des vrais raisons d’un vote anti-Le Pen qui auraient alors été tout autant des raisons d’un vote anti Macron !
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Les Belges sont mieux au courant que nous de ce qui se passe en France.
On nous a fait croire en France que l’attentat, 3 jours avant la présidentielle, comme Chirac en 2002, n’avait pas eu d’influence, ou que l’on ne savait pas la mesurer ; c’est faux, les français l’ont mesuré, cela a été publié … en Belgique.
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Le Pen a bel et bien profité de l’attentat : +1 pt pour elle ; -0,5 pour φ et LR !
C'est "Le Point" qui publie ce vendredi soir ce tout dernier sondage avant le 1er tour de l'élection présidentielle française, à 36 heures de l'ouverture des bureaux de vote, et qui reflète l'effet des attentats dans les intentions de vote: l'institut Odoxa a sondé 2 500 personnes au total, 1 500 jeudi avant l'attentat de Paris et 1 000 autres vendredi matin, après l'attaque contre les policiers.
Selon ce sondage, seule Marine Le Pen profite d'un relatif effet "insécurité" et progresse d'un point, ce qui lui permet de recreuser l'écart avec François Fillon et Jean-Luc Mélenchon (-0,5 chacun), alors que ces derniers avaient grappillé une partie de leur retard ces derniers jours.
https://www.rtbf.be/info/societe/detail_presidentielle-2017-selon-un-tout-dernier-sondage-le-pen-profite-de-l-effet-attentats-mais-macron-reste-devant?id=9586816
Résultat définitifs officiels :
MACRON 24,01% - M. LE PEN 21,30% - F. FILLON - 20,01% J. MELENCHON 19,58%
Sans les attentats on aurait plutôt quelque chose comme :
MACRON 24,01% - M. LE PEN 20,30% - F. FILLON - 20,51% J. MELENCHON 20,08%
Autrement dit, celui qui a ordonné les attentats pouvait être motivé par le fait de passer Le Pen en 2ème ; sinon, car c’était vraiment extrêmement serré lorsqu’il l’a décidé !
Et si c’était le maître de Macron qui avait fait les attentats, il n’aurait pas pu mieux faire !
https://fr.news.yahoo.com/attentat-champs-elys%C3%A9es-ne-faut-exag%C3%A9rer-port%C3%A9e-l%C3%A9lection-160915624.html
http://www.rtl.be/info/monde/france/attentat-a-paris-un-impact-sur-la-presidentielle-difficile-a-evaluer--911272.aspx
https://www.publicsenat.fr/article/politique/attentat-a-paris-un-impact-sur-la-presidentielle-difficile-a-evaluer-59120
Ci-dessus dans l’ordre, les Titres de la presse pour endormir les français ; Ouest-France aussi..
http://www.ouest-france.fr/elections/presidentielle/attentat-aux-champs-elysees-un-impact-sur-le-vote-de-dimanche-4942105
Seul le point avouait la vérité, mais pas dans le titre, et en minimisant l’impact dans l’article.
http://www.lepoint.fr/presidentielle/le-point-et-odoxa-publient-le-tout-dernier-sondage-avant-le-1er-tour-21-04-2017-2121553_3121.php
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"Le Point" et Odoxa publient le tout dernier sondage avant le 1er tour
L'attentat terroriste influence-t-il les votes ? Très peu, sauf pour Marine Le Pen, révèle Odoxa qui a sondé les Français après les événements tragiques.
http://www.lepoint.fr/presidentielle/le-point-et-odoxa-publient-le-tout-dernier-sondage-avant-le-1er-tour-21-04-2017-2121553_3121.php
Très peu mais essentiel, creusant l’écart de 1,5 points avec ses 2 alter-égos suffisant pour la qualifier au 2d tour, contre la volonté du peuple ! À qui profite le crime : À Macron !
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Le 1er tour serait invalidé s’il y avait des démocrates au pouvoir !
Chaos organisé. Si Macron avait perdu, les élections auraient été annulées !
Le hasard ou le chaos organisé par le pouvoir s’ajoute aux 9 attaques en rège au début de la campagne, toutes au profit de Macron ou au détriment de ses principaux adversaires ?
Infos Gérard G.
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Le Mans. Elections : 4 079 Manceaux radiés selon les médias, 3 126 selon le maire
Au Mans, le premier tour de l'élection présidentielle a été entaché d'un problème de radiation massif des électeurs.... Les 170 personnes qui ont galéré dimanche avec parfois une attente de plus de trois heures au tribunal d'instance afin de pouvoir voter n'étaient que la partie visible de l'iceberg.
Municipales 2014 : 92.643 inscrits,
Européennes 2014 : 91.695 inscrits ! 1.000 morts en 2 mois ! ? ! ? ! ?
Régionales 2015 : 91.932
Présidentielles 2017 : 89.290
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Présidentielles, radiés :
7.600 à Nice, 5.000 au Havre, 500 à La Queue en Brie sur 7.600 inscrits fin 2015, 3.800 Clichy soit 10% des inscrits, 16.000 radiés à Strasbourg, 81.300 radiés en Val de Marne.
Pour radiés 254.000 lors de la révision électorale 2016-2017.
28.000 pertes de droits sur décision de Justice.
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Et ne pas oublier qu’il y a eu 9 attaques en 6 semaines entre fin janvier et début mars toutes contre les adversaires de Macron … ou au profit de Macron et parfois Hamon.

Romain 16/05/2017 10:16

Je pense que le 1 est un facteur de réussite plutôt. Parce que sinon il s'enfermait dans des marchandages pourris et dans un programme moins ambitieux. Et je ne parle même pas de ce que ça aurait eu comme conséquence sur le mouvement qui s'organise spontanément et non comme le FdG s'organisait.

Réveil Communiste 16/05/2017 13:04

Il s'agissait seulement de garantir que les candidats du PCF n'auraient pas d'adversaires FI dans 30 circonscriptions.