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Réveil Communiste

La lutte de classe. Une histoire politique et philosophique, par Domenico Losurdo

17 Août 2013 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate

origine : le blog de l'auteur


Marx est toujours vivant


« Un grand essai de philosophie de l’histoire », une recension de Gianni Vattimo dans les colonnes de L’Espresso

 
 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Si l’on prend au sérieux le mot de Marx selon qui l’histoire est histoire de la lutte de classe, comment pouvons-nous interpréter à la lumière de ceci les multiples réalités conflictuelles que de fait l’histoire documente et qui sont encore à l’ordre du jour dans la chronique de nos années ? Par exemple, comment rapporter à la lutte de classe les multiples luttes de libération nationale qui ont modifié substantiellement le cadre du colonialisme et de l’eurocentrisme qui a duré jusqu’au début du vingtième siècle ?

Il ne semble pas possible de rapporter à la lutte de classe les rebellions de groupes sociaux comme les gays et avant tout les luttes féministes ; sans parler du fait qu’aujourd’hui un des sujets de la lutte de classe semble disparu avec la fin de l’usine tayloriste et la différenciation des travaux qui ont ôté son sens à l’idée même de classe ouvrière. La proposition de Domenico Losurdo, dans La lutte de classe. Une histoire politique et philosophique  (Editions Laterza, 383 pages, 24 euros), un livre qui résume de façon emblématique toute sa carrière de chercheur, est de rediscuter philosophiquement la notion de lutte de classe pour en retrouver à la fois sa portée pour l’historiographie, et sa valeur pour les luttes sociales encore ouvertes.

Loin d’être une simple histoire du concept de lutte de classe et des significations qu’elle a prises, au fur et à mesure, dans des contextes différents, le livre est un grand essai de philosophie de l’histoire. Qui commence par mettre en lumière l’insuffisance des visions naturalistes des conflits historiques, celles selon lesquelles il y a toujours eu et il y aura toujours une lutte entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent, entre forts et faibles etc. L’importance de l’approche de Marx et Engels consiste à refuser ce paradigme naturaliste qui à la fin ne sert que les classes dominantes pour décourager toute transformation. A l’idée trop générique d’une seule lutte de classe Losurdo oppose, sur la base des textes de Marx, la thèse qu’il y a de multiples luttes de classe. Et montre de façon convaincante (sur la base d’une documentation très vaste et extraordinairement instructive) comment ce schéma sert à comprendre la réalité de l’histoire moderne jusqu’à nos jours.

Losurdo professe une conception globalement rationaliste de l’histoire : l’affrontement de classe a un sens en ce que, sur la base de revendications partielles et spécifiques, elle promeut finalement l’affirmation de valeurs humaines universelles. Thèse (peut-être excessivement métaphysique) qui l’amène enfin à souligner la différence radicale entre une vision marxiste et authentiquement révolutionnaire de la lutte de classe et les nombreuses formes de populisme « soixantuitard »  qui ont cours aujourd’hui (Negri et Hardt ; Zizek, mais avant, Foucault) et qui semblent coresponsables de la confusion dans laquelle se trouve aujourd’hui la gauche.
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G

"la fin de l'usine tayloriste" : c'est vite dit ! le "toyotisme" qui est censé avoir remplacé le taylorisme n'est qu' un taylorisme aggravé par l'insécurité.
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