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Réveil Communiste

Haiti, pays occupé

14 Octobre 2011 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme

Haïti, pays occupé (sur lepecf.fr)

Par Eduardo Galeano
jeudi 13 octobre 2011
par  auteurs à lire
popularité : 28%


Texte que l’écrivain uruguayen a lu le 27 septembre 2011 à la Bibliothèque Nationale de Buenos Aires au cours d’une conférence « Haïti et la réponse latino-américaine » conjointe avec 3 autres panélistes dont Camille Chalmers (Directeur Exécutif de la PAPDA, Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif) et Jorge Coscia (Secrétaire d’État à la culture).


Consultez n’importe quelle encyclopédie. Demandez quel a été le premier pays libre en Amérique. Vous recevrez toujours la même réponse : les États-Unis. Mais les États-Unis ont déclaré leur indépendance quand ils étaient une nation avec six cent cinquante mille esclaves, qui ont continué à être esclaves pendant un siècle, et dans leur première Constitution, ils ont établi qu’un noir équivalait aux trois cinquièmes d’une personne.

Et si à n’importe quelle encyclopédie vous demandez quel a été le premier pays qui a aboli l’esclavage, vous recevrez toujours la même réponse : L’ Angleterre. Mais le premier pays qui a aboli l’esclavage n’a pas été l’Angleterre mais Haïti, qui continue d’expier encore le péché de sa dignité. Les esclaves noirs d’Haïti avaient battu la glorieuse armée de Napoléon Bonaparte et l’Europe n’a jamais pardonné cette humiliation. Haïti a payé à la France, pendant un siècle et demi, une indemnisation gigantesque, pour être coupable de sa liberté, mais, pas même cela fut suffisant. Cette insolence noire continue de faire mal aux maîtres blancs du monde.

De tout cela, nous savons peu ou rien. Haïti est un pays invisible. Il a seulement eu droit à la célébrité quand le tremblement de terre de 2010 a tué plus de deux cent mille Haïtiens.

La tragédie a fait que le pays a occupé, fugacement, le premier plan des médias. Haïti ne se connaît pas par le talent de ses artistes, les magiciens de la ferraille capables de transformer les ordures en beauté, ni par ses exploits historiques dans la guerre contre l’esclavage et l’oppression coloniale. Cela vaut la peine de le répéter encore une fois, pour que les sourds entendent : Haïti fut le pays fondateur de l’indépendance de l’Amérique et le premier qui a vaincu l’esclavage dans le monde. Il mérite beaucoup plus que la notoriété née de ses malheurs.

Actuellement, les armées de quelques pays, y compris le mien, continuent d’occuper Haïti. Comment se justifie cette invasion militaire ? En affirmant alors qu’Haïti met en danger la sécurité internationale. Rien de nouveau.

Tout le long du 19ème siècle, l’exemple d’Haïti a constitué une menace pour la sécurité des pays qui continuaient de pratiquer l’esclavage. Thomas Jefferson l’avait déjà dit : d’Haïti provenait la peste de la rébellion. En Caroline du Sud, par exemple, la loi permettait d’emprisonner tout marin noir, tandis que son bateau était au port, compte tenu du risque qu’il pût contaminer de la peste antiesclavagiste. Et au Brésil, cette peste s’appelait haïtianisme.

Déjà au 20ème siècle, Haïti avait été envahie par les Marines US, pour être un pays insécure pour ses créanciers étrangers. Les envahisseurs ont commencé par s’emparer des douanes et ils ont remis la Banque Nationale à la City Bank de New York. Et puisqu’ils y étaient, ils sont restés dix-neuf ans.

Le point de passage de la frontière entre la République Dominicaine et Haïti s’appelle « Le mauvais pas ». Qui sait, le nom est un signal d’alarme : vous êtes en train d’entrer dans le monde noir, la magie noire, la sorcellerie...

Le vaudou, la religion que les esclaves ont apportée d’Afrique et qui s’est fait naturaliser en Haïti, ne mérite pas de s’appeler religion. Du point de vue des propriétaires de la Civilisation, le vaudou est chose de noirs, d’ignorance, de retard, une pure superstition. L’ Église Catholique, où ne manquent pas les fidèles capables de vendre des ongles de saints et des plumes de l’archange Gabriel, a obtenu que cette superstition fût officiellement interdite en 1845, 1860, 1896, 1915 et 1942, sans que le peuple ne soit au courant.

Mais depuis déjà quelques années, les sectes évangéliques se chargent de la guerre contre la superstition en Haïti. Ces sectes viennent des États-Unis, un pays qui n’a pas d’étage 13 dans ses édifices, ni un rang 13 dans ses avions, habité par des chrétiens civilisés qui croient que Dieu a fait le monde en une semaine.

Dans ce pays, le prédicateur évangélique Pat Robertson a expliqué à la télévision le tremblement de terre de 2010. Ce berger d’âmes a révélé que les noirs haïtiens avaient conquis l’indépendance à la France à partir d’une cérémonie vaudou, invoquant l’aide du Diable depuis le plus profond de la jungle haïtienne. Le Diable, qui leur a donné la liberté, a envoyé le tremblement de terre pour leur passer la facture.

Jusqu’à quand les soldats étrangers resteront-ils en Haïti ? Ils sont arrivés pour stabiliser et pour aider, mais ils sont là depuis sept ans petit-déjeunant et déstabilisant ce pays qui ne les veut pas.

L’occupation militaire d’Haïti coûte aux Nations Unies plus de huit cents millions de dollars par an. Si les Nations Unies destinaient ces fonds à la coopération technique et à la solidarité sociale, Haïti pourrait recevoir une bonne impulsion au développement de son énergie créatrice. Et ainsi se sauverait de ses sauveurs armés, qui ont une certaine tendance à violer, tuer et à offrir des maladies fatales.

Haïti n’a besoin que personne ne vienne multiplier ses calamités. Il n’a pas besoin non plus de la charité de qui que ce soit. Comme le dit si bien un proverbe africain ancien, la main qui donne est toujours au dessus de la main qui reçoit.

Mais Haïti, oui, a besoin de solidarité, médecins, écoles, hôpitaux et une vraie collaboration qui rend possible la renaissance de sa souveraineté alimentaire, assassinée par le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et d’autres sociétés philanthropiques.

Pour nous, les Latinoaméricains, cette solidarité est un devoir de gratitude : ce sera la meilleure manière de dire grâce à cette petite grande nation qui en 1804 nous a ouvert, avec son exemple contagieux, les portes de la liberté.

(Cet article est consacré à Guillermo Chifflet, qui a été obligé de démissionne de la Chambre des Députés de l’Uruguay quand il a voté contre l’envoi de soldats l’Haïti).

Source PAPDA (Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif)

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GQ 07/12/2014 10:52




Les haïtiens manifestent en appelant Poutine à l’aide…



06 Décembre 2014







Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de la capitale haïtienne, Port au Prince, en appelant le
Président et le premier ministre à démissionner ; ils ont accusé les Etats-Unis de soutenir le gouvernement impopulaire et ont appelé le président Poutine à
l’aide. 



Moscou, 6 décembre (Spoutnik) – Des milliers d’Haïtiens sont  descendus dans les rues de leur capitale
Port-au-Prince pour protester contre les dirigeants actuels du pays et réclament des élections, a annoncé la BBC le 6 décembre.


Les manifestants demandent la démission du président Michel Martelly et du premier ministre Laurent
Lamothe,  en accusant les Etats-Unis de soutenir les dirigeants impopulaires et en réclamant le président Poutine.


Certains tenaient  des affiches sur lesquelles on pouvait lire: « Vladimir Poutine, s’il vous
plaît aidez-nous! »


Les manifestants ont affronté la police, brûlé des pneus et jeté des pierres. La Police a utilisé des gaz
lacrymogènes pour disperser la foule.


Des centaines d’entre eux ont réussi à pénétrer dans la zone du Palais National, qui a été fermée au public
pendant plusieurs années.


« Aujourd’hui, c’est une victoire contre le Président Martelly, qui détruit le pays ; depuis deux ans
nous n’avons pas été autorisés à traverser devant le Palais National, » dit la BBC en citant un des manifestants, un homme qui dit s’appeler Reginald.


Le mécontentement croissant sur la direction du pays est arrivé à son comble à cause du report des élections
qui devaient intervenir   en 2011. Elles ont été annulées en raison de l’impasse entre le gouvernement et l’opposition sur la Loi électorale.


Le pays est encore en train de faire face aux conséquences d’un séisme catastrophique de magnitude 7.0, qui a
coûté la vie à plus de 100 000 personnes en 2010.