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Réveil Communiste

Le fantôme de la dictature du prolétariat (22ème congrès du PCF, 1976)

25 Novembre 2008 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Ce qui ne peut plus durer au PCF, #Théorie immédiate

Débats postés en 2008 sous le texte :

 

PCF : Abandon de notions fondamentales (récapitulatif)

La question de la dictature révolutionnaire se pose toujours en 2019, voir si c'est en ces termes ou non (ndgq, 25 janvier 2019)

Ce qui est frappant, en 1976, c'est le score "dictatorial" obtenu pour une motion abolissant la "dictature du prolétariat". Surtout si on se réfère aux témoignages d'époque : il est très difficile de trouver un camarade encore au parti qui ne dise pas qu'il était contre l'abandon de la dictature du prolétariat. Or ça, cette habitude de contraindre à l'unanimisme, c'est loin d'avoir complètement disparu. On a simplement remplacé la dictature du prolétariat par la dictature du bureau. commentaire n° : 1 posté par : gilles questiaux (site web) le: 21/11/2008 07:07:00

 

je crois avant qu'implicitement il y avait eu par Thorez abandon de la guerre civile et ce la tactique classe contre classe, abandon de la lutte contre son propre impérialisme, abandon du rôle de tacticien révolutionnaire à al libération et donc de la notion de destruction de l'Etat bourgeois, abandon de la lutte contre sa propre bourgeoisie par nos camarade d'Afrique ou des dom... je dis cela non par gauchisme pour dire que thorez était déjà un stal et un traître mais pour relativiser tout de même l'idée de renaissance et de pureté doctrinale orthodoxe; j'ai dit relativiser et non abandonner, car l'adaptation aux conditions contemporaines de la lutte des classes y compris dans la théorie et idéologie a en effet été vécu de manière négative et dogmatiquement définitive à partir du 22° congrès et de l'eurocommunisme, mais je crois que l'idée communiste poststalinienne donc y compris castriste et maoiste disons est une idée juste qui conduit aussi à reconnaître que notre inscription dans la réalité non unilatéralement négative du mouvement du monde réel avec nos interventions, et donc progressiste est une bonne idée... mais cela nécessite de l'orthodoxie et de la conservation intellectuelle et doctrinaire dans l'invention et non comme disait Brecht de l'expressionnisme une volonté d'inventer et de dire qui n'invente rien et ne dit rien... je crois en revanche que des termes communs comme socialisme ou communisme ou matérialisme ou même marxisme pendant un temps, sont préférables aux références à un individu aussi savant soit-il pour nous ou en soi, et c'est pour moi le cas de LENINE qui me paraît un immense théoricien et praticien politique et même plus..... De Mao ou Ho chi Minh etc... mais le nom commun me paraît bien, donc le socialisme scientifique avec la critique de l'eurocommunisme et donc d'un certain gramscisme et excuse moi ho! el pussah! thorésisme ou marchaisisme me paraît plutôt là positive... et, si j'ose cette contradiction performative maintenue, marxiste....Olivier Imbert avec estime tempérée à GGastaud surtout... mais à tous ceux qui se sentirons concernés aussi....

commentaire n° : 2 posté par : olivier imbert le: 21/11/2008 11:48:24

 

Olivier,

Il ne faut quand même pas confondre les calomnies véhiculées contre Maurice Thorez par les trotskistes en particulier, et les décisions de congrès postérieures. La guerre civile n'a jamais "une notion fondamentale", juste une éventualité, que Thorez n'a jamais exclu définitivement, mais qu'aucun communiste sérieux n'a jamais souhaité. La tactique "classe contre classe" était une erreur manifeste.

La lutte de principe contre le colonialisme français n'a jamais été abandonnée. Mais la formule de Lénine "lutter d'abord contre son propre impérialisme", que les trotskiste ressassent religieusement en particulier quand il s'agit de soutenir objectivement l'impérialisme anglo-saxon (pensée émue pour le petit con de la LCR qui, au comité anti-guerre de la Sorbonne en 2003, refusait que notre tract réclamât un veto français à l'ONU parce que c'était "faire appel à notre propre impérialisme"), est à replacer dans un contexte précis, celui de la marche à la guerre de 14. Il est clair qu'elle était périmée sitôt la guerre commencée: si elle avait été appliquée, la guerre aurait eu lieu de la même façon, à ceci près que les ouvriers français auraient été dans les tranchées allemandes, et réciproquement...

Je ne comprends pas le truc "abandon de la lutte contre sa propre bourgeoisie par nos camarade d'afrique ou des dom". Tu ne veux sûrement pas dire que le PCF et le PCA auraient dû appeler les travailleurs algériens à lutter contre leur propre bourgeoisie aux côtés de Massu...

Bref, rien à voir dans tout ça avec l'abandon de la dictature du prolétariat, qui marque la première date importante dans la débandade du PCF. Pas tant d'ailleurs à mon avis à cause de l'abandon de la formule, qui pouvait se discuter, que parce qu'on lui a substitué, déjà, le culte de la démocratie bourgeoise.

Sur le "score dictatorial" qu'évoque joliment Gilles, je crois que ça tient aussi aux modalités. D'abord au système en vigueur à l'époque (meilleur quand même que celui d'aujourd'hui): le texte proposé est soumis au débat par amendement aux cellules, puis aux sections, puis aux fédés... ce qui fait qu'à chaque niveau on ne vote que sur le texte qu'on a amendé (qu'on ne peut guère qu'adopter), jusqu'au congrès national, où il n'y a presque que des permanents.

De plus, d'après ce que j'en ai lu ou entendu dire, ce système même a été truqué délibérément par la direction Marchais. L'abolition ne figurait pas dans le texte initial mais a été proposée par un amendement (d'une cellule de l'Essonne, je crois)  que la direction a accepté avec un tel enthousiasme qu'il était clair qu'elle l'avait dicté. Ainsi, le débat à la base était court-circuité. Pour bien faire, Marchais a annoncé la bonne nouvelle en direct à la télé.

Mais Gilles a néanmoins raison de pointer le caractère anormal de cette docilité de la quasi totalité des militants. C'est le problème de fond, alors comme aujourd'hui encore: le refus de principe d'un grand nombre des camarades à mener une réflexion et un débat politiques au nom de l'"unité du Parti".En 1975, celui qui se prononçait contre la dictature du prolétariat était un ennemi du peuple. DU moment que Marchais a changé d'avis et l'a dit à la télé, c'est celui qui, comme Althusser, s'obstine à la défendre qui est un ennemi du peuple.

Il y a d'autres exemples frappants. Au 27e congrès, Anicet Le Pors (dont c'était le dernier) a proposé l'abolition du centralisme démocratique (je ne pense pas que ce soit ce qu'il a fait de mieux, mais ça peut se discuter). Refusé à l'unanimité, et avec indignation, au nom de la spécificité du parti révolutionnaire, du refus d'être un parti comme le PS avec des tendances qui confisquent la démocratie. En 94, le 28e a a adopté à la quasi unanimité.

Sur le 22e, le plus frappant n'est pas l'abandon de la notion en soi, mais la façon dont il est présenté par le texte. On aurait pu argumenter sur le fait que l'idée de dictature du prolétariat, naguère indispensable, ne correspondait plus à la situation de la France d'alors. Pas du tout: on écrit froidement que, comme la dictature c'est Franco, Salazar et Pinochet, alors on est forcément contre.

C'est hallucinant: un parti politique explique gentiment à ses électeurs "Jusqu'à hier soir, nous étions des Pinochet, des Franco, des Salazar, mais rassurez-vous: ce n'est plus le cas". Si on admet cette logique, on peut déduire qu'il y avait alors deux types d'électeurs du PCF: ceux qui étaient consciemment salazaristes, franquistes, pinochétistes, et ceux qui étaient dupés. À la lecture de ça, aucune des deux catégories n'avait plus de raison de voter PCF. Bien évidemment, ça n'a pas eu d'effet immédiat parce que les électeurs ne lisaient pas les textes de congrès, mais ça ma paraît significatif d'un parti déjà acharné à creuser sa propre tombe

commentaire n° : 3 posté par : Emmanuel Lyasse le: 24/11/2008 01:05:22

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PASCAL CARCY 23/01/2019 13:37

l'abandon du principe de la dictature du proletariat est absurde.A supposer qu'un parti communiste puisse prendre le pouvoir par les urnes il aurait donc 5 ans pour "faire" sa revolution (une sacré pagaille avec forcement des mecontents et encore si ce n'est pas la guerre civile) et se presenterait aux elections serait surement battu et rendrait gentimment le pouvoir aux capitalistes ?

Jean-Michel Pascal 29/11/2008 10:17

J'ai une lacune, ça fait plusieurs fois que je recherche les actes du 22ème congrès et pour l'instant j'ai fait chou blanc.

Cette référence-là :
http://palissy.humana.univ-nantes.fr/labos/cht/biblio/ouvrages/livre9121.htm

gilles questiaux 28/11/2008 23:51

je crois qu'on est à peu près d'accord.

Emmanuel Lyasse 28/11/2008 18:56

Sur la question de fond, je te trouve un peu catégorique, Gilles. On ne peut réduire la dictature du prolétariat à ce qu'elle est devenue en URSS dans un contexte précis. Voici ce qu'en disait Léon Blum à Tours (que j'évoquais ailleurs, et que je ne partage pas forcément):
"Nous en sommes partisans. Là aussi, nul désaccord de principe. Nous en sommes si bien partisans que la notion et la théorie de la dictature du prolétariat ont été insérées par nous dans un programme qui était un programme électoral. Nous n’avons donc peur ni du mot, ni de la chose.
J’ajoute que, pour ma part, je ne pense pas, bien que Marx l’ait écrit, et plus récemment Morris Hilquist, que la dictature du prolétariat soit tenue de conserver une forme démocratique. Je crois impossible, d’abord, comme on l’a tant répété, de concevoir d’avance et avec précision quelle forme revêtirait une telle dictature, car l’essence même d’une dictature est la suppression de toute forme préalable et de toute prescription constitutionnelle. La dictature, c’est le libre pouvoir donné à un ou plusieurs hommes de prendre toutes les mesures quelconques qu’une situation déterminée comporte. Il n’y a, par conséquent, aucune possibilité de déterminer d’avance quelle forme aura la dictature du prolétariat, et c’est même une pure contradiction.Où est par conséquent le désaccord ? Il n’est pas non plus dans le fait que la dictature du prolétariat soit exercée par un parti. En fait, en Russie, la dictature n’est pas exercée par les Soviets, mais par le Parti communiste lui-même. Nous avons toujours pensé en France que demain, après la prise du pouvoir, la dictature du prolétariat serait exercée par les groupes du Parti socialiste lui-même devenant, en vertu d’une fiction laquelle nous acquiesçons tous, le représentant du prolétariat tout entier. La différence tient, comme je vous l’ai dit, à nos divergences sur l’organisation et sur la conception révolutionnaire. Dictature exercée par le Parti, oui, mais par un parti organisé comme le nôtre, et non pas comme le vôtre. "
Évidemment, avec le spectacle que donnent les deux congrès des deux partis issus de la scission de Tours, toute personne de bon sens répondra aujourd'hui à la dernière phrase: "Non, surtout pas, ni l'un, ni l'autre !". Mais il y a d'autres possibilités qui peuvent être ouvertes.
Ceci dit, sur la décision de 1976, ma position est beaucoup moins nuancée. Je pense, contrairement à toi, qu'ils avaient tort, parce qu'on a TOUJOURS tort de se renier, surtout quand c'est dans l'espoir totalement vin de satisfaire ses adversaires.
Je ne suis pas un inconditionnel de la formule "dictature du prolétariat". Je ne pense pas du tout (c'est une de mes petites divergences avec les camarades du PRCF) que pour refaire un vrai PCF, il faudrait nécessairement la remettre à l'honneur.
Il est fort possible que cette formule n'ait plus de sens ni d'efficacité dans la France d'aujourd'hui, et que cela ait été déjà vrai en 1976. Mais il fallait alors expliquer pourquoi, en disant pourquoi elle avait été juste par le passé, pourquoi elle ne l'était plus, et surtout par quoi on la remplaçait, quels devaient être les traits principaux d'une démocratie socialiste.
En 76, on n'a rien fait de tel: on a sombré dans le culte de la démocratie bourgeoise, et expliqué qu'on construirait le socialisme en la maintenant, ce qui était absurde et n'a d'ailleurs convaincu personne… à part les militants du PCF. C'est un peu le même problème que pour l'"Autre Europe". Oserai-je dire que dans les deux cas le processus me semble être à peu près: au début on trouve très subtil de mentir pour tromper les autres, à la fin on n'a convaincu que soi-même ?
Bref, deux choses à retenir à mon avis de ce lointain souvenir.
1) S'il y a une chose avec laquelle les communistes doivent absolument rompre, c'est l'habitude de "changer" chaque fois que les media dominants leur en intiment l'ordre (avant de dire bien sûr que le changement n'est pas suffisant).
2) En revanche, il y a une chose avec laquelle ils doivent absolument renouer: la critique de la démocratie bourgeoise, ou plus exactement de ce que la classe dominante prétend être la démocratie (Je me permets de renvoyer, sans bien sûr prétendre en faire une référence (!) au pensum que j'avais produit sur le sujet en janvier 2007, qui est sur le site RV ici http://rougesvifs.free.fr/archives/rv0107lyasse.htm

gilles questiaux 25/11/2008 22:06

Je pense que la dictature du prolétariat réellement appliquée, ou encore "socialisme réel" ne surmonte pas la contradiction, ne réalise pas la "dictature démocratique" comme le voulait Lénine. De toute manière, la dictature d'une classe dominée ne peut s'exercer que par la médiation d'un parti politique qui exerce la dictature sur tout le monde, ancien bourgeois, mais aussi les individus prolétaires. Sinon le terme n'a aucun sens. Et la dictature utilise toujours des moyens policiers pour s'exercer. donc Marchais et la direction du PCF avaient raison en 1976. Mais ils ont essayés, et leurs successeurs jusqu'à aujourd'hui aussi, de conserver tout de même la dictature de l'appareil sur les communistes, au nom de l'efficacité stratégique.