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Réveil Communiste

Pourquoi soutenir la Russie? Sans adhérer au discours des "valeurs traditionnelles" !

18 Juin 2024 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Russie, #Ukraine, #Qu'est-ce que la "gauche", #lutte contre l'impérialisme, #GQ, #Mille raisons de regretter l'URSS

Pourquoi soutenir la Russie? Sans adhérer au discours des "valeurs traditionnelles" !

Republication d'un article dont l'ébauche remonte à août 2022, la position des armées étant restée presque figée depuis, malgré la fureur des combats, tandis que les morts et les blessés se chiffrent par centaines de milliers. "Soutenir" la Russie signifie en pratique s'élever contre la guerre par procuration que mènent nos oligarques contre ce pays pour maintenir un ordre mondial néo-colonial condamné, avec le sang des Ukrainiens.

Certains se demandent encore pourquoi faudrait-il soutenir la Russie plutôt que l’Ukraine, ou s’il ne faudrait pas plutôt endosser une position complètement neutre dans ce conflit qui opposerait deux nationalismes d’égale nocivité.

On remarquera que cette dernière position implique au minimum de s'opposer aux livraisons d'armes à l'Ukraine qui prolongent inutilement un conflit dont l'issue militaire en faveur de la Russie ne fait guère de doute, au moins pour ceux qui ne sont pas sous l'influence des médias mainstream. Et c'est triste à dire mais fort peu de ces militants de gauche qui renvoient les deux camps dos à dos atteignent ce minimum requis.

Pour les communistes, soutenir la Russie signifie aussi avaler les couleuvres que nous sert Vladimir Poutine qui ne rate pas une occasion pour manifester son aversion pour Lénine. Avec une grande ingratitude, même de son point de vue, car on peut dire que c’est grâce aux bolcheviks que l’Ukraine et la Russie sont restées liées au cours du XXème siècle, les forces séparatistes organisées de l’extérieur ayant déjà réussi pratiquement à détacher le premier pays du soi-disant monde russe dès 1919.

A propos de « monde russe », ce concept de l'intellectuel réactionnaire russe Douguine (dont la fille a été assassinée par une opération terroriste des services ukrainiens en août 2022) n’est qu’une tentative de récupérer le patriotisme soviétique qui reste puissant dans l’ensemble de l’ancienne Union, comme le fait de récupérer le drapeau rouge comme « drapeau de la victoire » apolitique.

On peut soutenir la Russie dans la guerre d’Ukraine, sans pour autant souscrire aux discours idéologiques que la Russie a produit pour justifier cette guerre, production inutile en ce qui nous concerne puisqu’elle est déjà amplement justifiée par les provocations répétées de l’OTAN et du régime nazifié de Kiev et par les intérêts nationaux vitaux et objectifs de la Russie qui doit faire face à un projet officiel de démembrement.

Il semble bien que l'objectif à long terme de la stratégie occidentale unifiée (Occident : triade monde anglo-saxon, Europe, Japon) soit de démanteler ou de dissoudre tout ensemble géopolitique susceptible d’agir de manière autonome et de contester tout ou partie de son hégémonie, donc tous les grands États à commencer par la Chine et la Russie, comme Israël l'a fait fait à son échelle longtemps avec succès en semant le chaos dans le monde arabe et musulman depuis 75 ans. L’Empire occidental est objectivement menacé par le développement économique, social, et scientifique du Sud et cherche à conserver son hégémonie en le dissociant en entités les plus petites et les plus faibles possibles, les plus manipulables et influençables possibles, comme il a balkanisé l'Afrique au moment des indépendances vers 1960. Il cherche aussi à le conquérir de l’intérieur en modelant ses élites. La seule chose qui l’en a empêché jusqu’à présent, c’est le profond racisme suprématiste inconscient de ses classes dirigeantes qui perce à travers leur langage moralisateur et hypocrite : les bourgeoisies du Sud et de l’Est qui ne demandaient pas mieux que de s’intégrer et de participer à la fête du meilleur des monde du libéralisme technologique ont été renvoyées dans leurs buts sans ménagement, en général en invoquant à contre-sens l'écologie, les droits de l’homme, de la femme, et des minorités sexuelles - et, ironie de l'histoire, ce sont les oligarques russes pro-occidentaux qui sont les principales victimes des sanctions économiques et juridiques contre leur pays qu'ils étaient pourtant près à solder à l'encan !

L'Occident du dernier stade de l'impérialisme a développé une économie parasitaire néocoloniale, en externalisant la production industrielle et la classe ouvrière avec elle. Vouloir favoriser sa domination mondiale parce que l'on croit qu'il recèle le nec plus ultra de la modernité et de la liberté des individus, dans l'espoir chimérique qu'il en sortira un dépassement du capitalisme, c'est être en retard d'une ou plusieurs révolutions. L’Occident en tant que tel n'a pas d'autre avenir que le déclassement.

Les Russes, quoiqu'on pense par ailleurs de leur gouvernement, ont donc raison de vouloir mettre fin au régime de Kiev issu du coup d'État du Maidan, en 2014, qui est une sorte de « ISIS » européen à double face, bâtard de postmodernisme ultralibéral terroriste et mafieux et de nazisme assumé. Leur guerre est une guerre défensive contre un adversaire qui a foulé aux pieds tous les principes du droit et de la diplomatie, ainsi que les plus élémentaires décence et moralité et qui est très adéquatement représenté par son clown-président, égaré dans la "post-vérité".

La Russie oligarchique n’est en rien équivalente moralement à son adversaire de ce point de vue, lequel est tombé dans le caniveau depuis longtemps, depuis les massacres perpétrés à Odessa et dans le Donbass en 2014 avec les encouragements et la complicité passive des médias de masse occidentaux.

Mais au niveau idéologique, les élites russes tentent de présenter leur combat non seulement pour ce qu’il est c’est à dire un combat existentiel patriotique comme beaucoup ont été menés dans le passé - et le plus souvent perdus-  contre le rouleau compresseur de l’Occident néo-colonial, mais comme une croisade planétaire contre un mal « globaliste » envisagé d’une manière mystique déraisonnable. Ce faisant elles singent la logique simpliste de la propagande occidentale en tentant simplement d’en inverser la direction, et récupèrent la théorie ad hoc de Samuel Huntington, dite du « choc des civilisations » (comme s’il y avait plusieurs civilisations actuellement sur la planète alors que c’est à peine s’il y en a une seule!).

Ces élites dont Poutine, Lavrov, Zakharova, Medvedev, Kadyrov, sont des représentants compétents (on ne peut pas en dire autant des nôtres!) sont embarrassées du fait que l’amour ou la haine de la Russie qui sont fort répandues toutes les deux dans le monde n’ont qu’une seule et même cause : le souvenir encore brûlant de la grande Révolution d’Octobre. La Russie risque bien de reperdre rapidement tout ce que les sacrifices qu’elle consent de faire aujourd'hui sur le champ de bataille lui apporteront si elle persiste à renier le point central de son histoire, qui est l’événement le plus important de l’histoire de l’humanité du dernier millénaire, et qui est la seule cause qui puisse mobiliser en sa faveur les masses, à l'intérieur de ses frontières et dans le monde. et il est de plus en plus évident qu'au-delà de l'épisode de la guerre en Ukraine, qu'elle ne gagnera pas la confrontation globale avec l'Empire occidental - sur l'échelle de temps de la décennie à venir - sans l'intervention des masses dans le monde, et à domicile.

Il faut aussi noter que le principal allié de la Russie, la Chine, ne montre aucun enthousiasme particulier pour la défense des « valeurs traditionnelles » invoquées contre la décadence de l’Occident. L'affirmation du caractère socialiste de plus en plus explicite de ce pays montre la voie à suivre dans la confrontation contre l'Empire en phase terminale.

La Russie doit gagner pour l’intérêt des peuples qui luttent contre l’impérialisme et pour l’intérêt des classes ouvrières du monde mais ces dernières ne le savent pas encore. Elle vivent en effet dans le monde imaginaire du spectacle occidental, dans l’univers lénifiant ou pervers des Disney, des Stefen King,  ou de Game of Thrones. Ce n’est pas en inventant un récit du même tonneau qui présente la Russie comme le paladin de valeurs traditionnelles dont les masses mondiales confrontées à la réalité matérielle des crises à répétition se fichent éperdument qu’on va déchirer le voile de quatre générations de propagande de guerre froide qui ont diabolisé le grand pays.

Le combat de la Russie n’est pas une croisade du « Bien «  contre le « Mal » où on aurait simplement inversé les protagonistes habituels, c’est un combat pour le retour au réel. C’est un combat contre le monde de la post-vérité. C’est un combat, que ça plaise ou non à ceux qui l’ont déclenché à contre-cœur, parce qu'ils y ont été acculés par l'impérialisme, un combat contre le capitalisme à son stade ultime de décomposition.

GQ, 26 août 2022, revu le 18 juin 2024

PS Les déboires du gouvernement russe avec l'organisation Wagner en juin 2023 ont bien montré l'insuffisance de la stratégie politique en cours à Moscou - qui n'a aucun plan clair pour l'après-guerre en Ukraine. Quand on veut faire la guerre à moitié, c'est qu'on préfère à la victoire la préservation de l'ordre social courant.

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Permet-moi de te signaler l'article <br /> <br /> "La rencontre du Styx et de l’Achéron"<br /> <br /> La mythologie grecque racontait que le fleuve Achéron servait de passage dans la barque de<br /> Charon pour les âmes défuntes, et rejoignait le Styx vers l’Enfer.<br /> <br /> Il n’est pas nouveau que des théories gauchistes, social-démocrates ou révisionnistes s’associent aux pires anticommunistes, pour aboutir ensemble dans l’enfer de l’impérialisme et de la guerre, mais on n’avait pas entendu depuis longtemps un tel concert ...<br /> <br /> sur http://editions-proletariennes.fr/Actu/La%20rencontre.pdf
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C
Le pouvoir Soviétique obtint la victoire en Octobre 1917 aussi facilement que " soulever une plume" , comme disait Lénine. Mais la véritable bataille ne fit que commencer : 4 années de lutte à mort entre les Blancs et les Rouges, entre tsaristes et Bolsheviks. On est bien d'accord là-dessus.<br /> Les Blancs furent battus à platte couture et les survivants fuirent à l'Ouest, remplis de haine envers Lénine.<br /> Mais 20 ans plus tard, que se passa-t-il?<br /> Quand les panzers du 3ème Reich montèrent à l'assaut de la Russie, un grand nombre de Blancs ont rangé dans l'armoire leur anti-léninisme et demandèrent de rejoindre la Mère Patrie pour combattre l'envahisseur Nazi. Staline leur ouvra les portes toutes grandes naturellement.<br /> Poutine est l'héritier moderne du tsarisme et se pose en défenseur de la nation russe face aux héritiers modernes du 3ème Reich, dont l'intention est d'étrangler la Russie, de contrôler ses abondantes richesses naturelles et de démembrer son territoire de 11 fuseaux horaires.<br /> La Russie est entrée en guerre de Libération Nationale contre le 4ème Reich et tout naturellement les communistes russes "pardonnent" à Poutine son anti-léninisme de Garde Blanc et ouvre les portes en grand à une alliance tsarisme-bolchévisme contre le nouvel envahisseur Otanazi.<br /> Nous nous retrouvons dans une ré-édition de la Grande Guerre Patriotique, après 80 ans.<br /> Ce n'est pas un hasard si Volgograd va retrouver son glorieux nom de Stalingrad de façon permanente, alors que l'Ouest du Cartel UE vient juste d'attribuer son prix Nobel de la "Paix" à Mémorial, ONG russe de la 5ème Colonne, maintenant dissoute par Poutine, qui prétendait dénoncer les "crimes" de Staline.<br /> Pour le 4ème Reich Otanazi, le crime de Staline qu'ils ne lui ont jamais pardonné fut d'avoir libéré l'Europe du nazisme.
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C
Très bon article.<br /> Je crois qu'il est juste de dire que 3 dates ont marqué le 20ème siècle : le 7 novembre 1917, le 9 mai 1945 et le 26 décembre 1991. Le 20ème siècle fut le siècle du communisme, et ces 3 dates représentent sa naissance, son apogée et sa disparition (que nous souhaitons temporaire). L'histoire tranchera, mais il est clair que le 24 février 2022 marquera le début d'une ère nouvelle.<br /> Pour la première fois depuis 31 ans, l'impérialisme victorieux de 1991, US/UE/OTAN, trouve en face de lui un adversaire qui refuse de se soumettre et décide de ne plus subir: la Russie.<br /> Au début du 21ème siècle, les penseurs néo-cons étatsuniens ont publiquement déclaré leur intention de bâtir "the American Century", le siècle de l'Amérique.<br /> En d'autres termes, les U.S. ne permettraient à aucun état, capitaliste ou non, de mettre en cause la position dominante des États-Unis sur la planète.<br /> Pendant une dizaine d'années la Russie capitaliste a cru à l'American Dream et s'est aplatie comme un fidèle chien d'accompagnement, acceptant sans broncher de voir l'OTAN s'étendre en 5 vagues successives toujours plus près de ses frontières. Pour les US/UE/OTAN, la Russie, capitaliste ou non, est avant tout une caverne d'Ali Baba. Aux US, on entend dire régulièrement : "Russia is not a country, just a giant gas station".<br /> <br /> Finalement, les évènements de 2014 à Kiev mirent fin une fois pour toutes aux illusions des capitalistes russes sur leurs soi-disant "Western partners".<br /> Et n'oublions pas les tentatives infructueuses de "révolution de couleur" en Biélorussie durant les étés 2020-21.<br /> Ce changement de cap de la Russie capitaliste a pour soutien les partis communistes russes, à part quelques cercles soi-disant "marxiste-léninistes", qui répètent les slogans copié-collés de 1914 de "ne pas prendre parti pour l'un ou l'autre des deux brigands impérialistes" (ligne KKE). À noter que cela faisait 8 ans que le KPRF de Zyuganov demandait la reconnaissance des Républiques Populaires du Donbass et l'avait introduit en proposition de loi à la Douma. Poutine l'a signa le 21 février 2022 et lâcha le marteau en Ukraine 3 jours plus tard.<br /> La Russie bénéficie également du soutien des mouvements progressistes de nombreux pays sur 3 continents : Asie, Afrique et sous-continent américain.<br /> Il est clair et évident que les peuples qui ont eut affaire à l'impérialisme US et à ses marionnettes européennes (Cartel UE), asiatiques (Japon, Sud Corée et Australie) et du Moyen-Orient (Israël) depuis 1945, ne voient pas d'un mauvais œil la Russie tenir tête au soi-disant maître du monde.<br /> Lorsque la Russie osa dire à l'Empire US/UE/OTAN: "non, pas cette fois-ci!", la majorité de la population mondiale eut ce sentiment: "et bien ce n'est pas trop tôt!"<br /> Pour ce qui concerne la Chine, il suffit de dire que le mot "Ukraine" a pour traduction "Taïwan" en chinois.<br /> Si le bloc impérialiste US/UE/OTAN remportait la victoire contre la Russie, la Chine serait la suivante par l'intermédiaire de Taïwan.<br /> Pour ce qui concerne les partis communistes soutenant la Russie capitaliste dans ce conflit, une issue victorieuse ne signifierait évidemment pas l'avènement automatique du socialisme, mais elle le rendrait possible. <br /> À l'inverse, une victoire du bloc impérialiste, que Poutine a très justement qualifié de 4ème Reich, rendrait l'avènement du socialisme totalement impossible.
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S
"post-vérité" c'est quoi ces concepts totalement idéalistes ???<br /> l'article commençait pas si mal en parlant de pratique commune (opposition aux livraisons d'armes occidentales par exemple) mais termine dans un galimatias<br /> <br /> Il faut simplement combattre son propre impérialisme qui est celui de l'OTAN mais la Russie de la société wagner aux mêmes tatouages nazis que le bataillon azov n'est pas à soutenir. Tu veux faire quoi t'engager dans l'armée russe ? Tu n'as même pas le courage
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R
Ton raisonnement est un peu alambiqué ! Pourtant l'affaire est simple. L'opération militaire spéciale (pourquoi devrait-on dire autrement que les russes ?) oppose l'occident au reste du monde, avec la Russie actuellement en tête de pont. Donc on soutient la Russie parce qu'on condamne l'occident, ses exactions, ses guerres, sa haine des peuples. Nous sommes dans cet occidental détestable et il est de notre devoir de dire non. Les considérations sur Poutine, les grandes pincettes que tu prends pour dire que Poutine n'est pas ta tasse de thé son sans objet ! Poutine, Président Russe, c'est l'affaire de russes, pas la nôtre ! C'est une question de non ingérence. Contrairement à l'occident, qui se fait un soi-disant devoir de "s'ingérer", nous devons ne pas le faire ! Les états d'âmes, les hésitations, de la gauche sont écoeurantes ! La droite patriotique existe et nous donne des leçons de détermination : oui au soutien à la Russie dans son conflit décisif contre l'occident, alliance avec tous ceux qui partagent ce point de vue, pas d'ingérence dans les affaires de autres pays (en particulier les pays amis, jusqu'à la Corée du Nord) et on réglera nos problèmes entre nous plus tard, quand le moment sera venu !
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R
Ce n'est pas moi qui prend Poutine avec dédain, c'est Poutine qui rejette Lénine et qui se tire une balle dans le pied.
R
Ouais, ça c'est de la rhétorique. Vouloir la Révolution dans le monde entier c'est s’ingérer partout. L'Occident n'est pas détestable, il a joué et accompli son rôle historique.