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Réveil Communiste

La stratégie russe et le droit international

20 Avril 2022 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Russie, #Ukraine, #lutte contre l'impérialisme, #l'Europe impérialiste et capitaliste, #États-Unis, #Ce que dit la presse, #Mille raisons de regretter l'URSS

La stratégie russe et le droit international

Toujours d'actualité le 20 avril :

la Russie s’est mise dans son tort par rapport au droit international en pénétrant en Ukraine. Et ce n’est pas rien. Mais elle a le bon sens stratégique de son coté.

Une observation pour commencer : à peu près toute l’information qui provient du camp ukrainien-maidaniste est a priori suspecte . La guerre de l’information est en effet cruciale pour ce camp qui ne peut espérer sauver sa position ou atténuer sa défaite qu’avec une aide internationale massive et celle-ci ne peut pas se produire sans une énorme campagne de préparation médiatique et mise en condition de l’opinion occidentale.

La guerre engagée en Ukraine par la Russie contre le régime de Kiev issu du Maidan, sous influence néo-nazie, se donne pour but de dénazifier et de démilitariser l’Ukraine. Ce régime portait en lui les germes d’une entité terroriste comparable à Isis au Moyen Orient, et d’un État voyou nucléaire.

Mais atteindre ces buts ce n’est pas un mince affaire, L’Ukraine est un grand pays à l’échelle européenne et ce n’est pas étonnant que ça ne soit pas encore résolu. Surtout quand on n’a pas grand-chose à mettre à la place, en terme d’idéologie, puisqu’on renie le communisme, la seule chose qui ait fonctionné pour maintenir ensemble les peuples de l’ancien Empire russe, n’en déplaise au président russe actuel.

On peut s’interroger sur les précédents historiques, et se demander si c’est même possible de changer de régime politique durablement ainsi. Les Soviétiques ont essayé en Hongrie et en Tchécoslovaquie et n'ont pas réussi à long terme, mais cela ne prouve rien : la chute du bloc soviétique provient du sommet, non de la périphérie. Et les Américains l’ont fait maintes et maintes fois dans leur zone d’influence.

La Russie a déjà perdu en Occident en terme d’image, mais il faut observer que cette image à la suite de campagne constantes de diabolisation depuis une génération ne pouvait guerre empirer, et dans sa rage de surenchère impuissante l’Empire en est à boycotter Tchaïkovski et Dostoïevski.

La Russie semble avoir fait une croix là-dessus, pour gagner plus gros sur un autre terrain.

La situation ressemble à cet égard à celle de la Chine de 1989, où la répression des manifestations De Tien An Men a permis au parti communiste de conserver le pouvoir, d’étouffer dans l’œuf l’ingérence politique de l’Occident, pour finalement réussir à sortir le pays de la pauvreté au prix d’une quarantaine provisoire.

Pour la Russie aujourd’hui il s’agit d'abord de mettre fin à la persécution sanglante des Russes du Donbass, pour y rétablir le droit mais aussi pour garder la face. Continuer à la tolérer, continuer aussi à tolérer le mépris cynique des accords de Minsk par l’Ukraine et par leurs garants européens, et laisser le Donbass se faire écraser militairement comme l’Arménie avec des drones turcs aurait occasionné aussi une perte d’image, quoique d’un autre genre. On dit qu’il vaut mieux avoir l’air mauvais que faible.

Mais surtout

Une Ukraine sous le contrôle des États Unis, qui ont truffé l'administration ukrainienne de leurs agents, et de leurs supplétifs banderistes constitue en soi un danger existentiel pour la Russie.

Il s’agit aussi d’une question mémorielle et donc qu’on pourrait penser secondaire, mais dans un contexte où partout ces questions acquièrent une importance croissante. Si les Russes tolèrent chez leur voisin et cousin le plus proche la célébration officielle et la panthéonisation de chefs de bandes nazis qui ont mis en œuvre des politiques génocidaires à leur encontre – et contre les juifs - ils perdent le respect et encouragent tous les empiétements.

Il ne s’agit pas simplement de supporters de foot ou de gangs de motards. Le nazisme là-bas, organisé en groupes paramilitaires, est une pratique réelle et non symbolique, raciste et meurtrière et sait employer le double langage à l’intention de ceux qui ne demandent qu’à se laisser tromper dans la société civile européenne, y compris à gauche et à l'extrême gauche.

Si un tel État, kleptocratie sous influence nazie devient membre de l’OTAN – dont la raison d’être est de combattre et de refouler la Russie - et la place, avec ses armement nucléaires tactiques, à quelques minutes de vol de Moscou, le danger cesse d’être calculable rationnellement.

Le bon sens élémentaire est du coté de la Russie quand elle décide d’y mettre un coup d’arrêt définitif.

Mais il reste que le droit international n’est pas du coté de la Russie. Le droit international qu’est ce que c’est ? En principe c’est que les conflits entre États ne doivent pas se résoudre par la force des armes, que les frontières sont intangibles et qu’il ne faut pas s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays. En réalité, ces principes s’appliquent à tout le monde sauf aux États unis, et à certains leurs satellites les plus zélés, Israël notamment.

Mais vaille que vaille les autres pays sont tenus plus ou moins de le respecter ; alors les partisans du moindre mal diront c’est déjà ça. Surtout que les guerres de l'Occident se produisent en général très loin de chez soi.

La Russie a choisi la guerre sans aller jusqu’à assumer ce terme pour mettre un coup d’arrêt aux empiétements impérialistes sur sa frontière. Il est probable que les joueurs d’échec du Kremlin ont jugé que sans cette rupture traumatique avec des règles du jeu implicites leur partie était perdue à long terme.

Alors après avoir vu dans toutes les crises de l’après guerre sans en excepter aucune les États-Unis ne tenir aucun compte du fameux droit international les dirigeants russes ont décidé d’agir de la même manière dans une question où leur intégrité nationale et leur sécurité était en jeu - ce qui n'est jamais arrivé pour les États-Unis, sauf peut-être lors de la crise des fusées à Cuba en 1962. En faisant cela ils ont défié l’Empire et l’ont ébranlé jusqu’aux fondements. Ce qui explique la violence et la démence des réactions.

Ils ont utilisé pour cela une fenêtre de tir ouverte par leur avance dans le développement des armements stratégiques, notamment des armes hypersoniques, qui les sanctuarise provisoirement.

Ils sont condamnés à réussir. Ce qui signifie que si on ne veut pas que la Russie prenne le contrôle de l'Ukraine, il faudra prendre le contrôle de la Russie. Bon courage et tous aux abris.

Ce qui signifie de leur coté qu’il va leur falloir trancher dans le vif les liens multiformes qui se sont tissés entre leur oligarchie et les classes dirigeantes occidentales ; Et l’hystérie en jaune bleu va les y aider.

En voulant détruire l'économie de la Russie par des sanctions démesurées on va surtout gravement affaiblir le capitalisme en Russie. Contrairement à ce qu'on fait circuler, les communistes russes soutiennent l'action de leur gouvernement et lui reprochent de ne pas l'avoir lancée bien plus tôt.

Vladimir Poutine va devoir modifier son logiciel idéologique : loin que le bolchevisme ait été le fossoyeur du monde russe, il lui a permis de durer 75 ans de plus. Et il n’est pas cohérent de faire la guerre aux néonazis actuels en se réclamant des protofascistes pogromistes des armées blanches de la guerre civile, vendus à l’étranger qui plus est et qui ont versé dans la collaboration à partir de 1941.

La voie de fait des Russes en Ukraine provoque un scandale total en Occident, mais rien de tel dans le reste du monde. Il voit plutôt dans cette indignation jaune bleue complétement délirante le dernier couac du suprématisme blanc.

L’Occident va maintenant mener - ou mimer - une lutte à mort contre la Russie. Il va falloir enrayer cette spirale destructrice.

En un mot comme en cent, les gens naïfs qui arborent en troupeau les couleurs jaune et bleue après avoir découvert l’existence de l’Ukraine le 24 février sont-ils conscients de participer à une escalade qui peut conduire (et avec une probabilité non négligeable) à une guerre ouverte de notre pays avec la Russie, à la guerre nucléaire ?

Empêcher cette guerre, et si elle a lieu, ne pas y participer, voilà la bonne ligne.

GQ le 6 mars 2022 relu le 21 mars

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R
Excellent article, en effet, mais un détail (important !) qui me fait un peu tiquer. Je crois avoir perçu, de la part de Poutine, un faible enthousiasme pour la glorieuse période bolchevique,certes, mais a-t-il jamais exprimé de la sympathie pour les armées blanches qui ont assailli et saigné son pays avec l' aide de l' Occident ? Cela m' étonnerait très fort.
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R
Ambigu là dessus en effet
D
Excellente analyse, merci.
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G
Les raisons de l’intervention Russe.<br /> Les sanctions injustes, sans fondement réel, et de plus en plus fortes depuis 8 ans, ne pouvaient qu’encourager à cette intervention !<br /> 1) L’OTAN a violé 14 fois le traité signé en 1990-91, de non extension à l’est !... et s’apprêtait à le violer encore au moins 2 fois : En Ukraine et en Géorgie. Rappel, les 4 grands pays occidentaux, USA, France, GB et Allemagne ont signé le traité de non extension à l‘est de l’OTAN.<br /> 2) Macron avait parlé d’encercler la Russie : c’est un aveu, c’est le but de l’OTAN !<br /> 3) Interdiction de toute culture Russe en Ukraine… et des minorités, dans le berceau de la Russie ! Seule la culture purement "ukrainienne" était tolérée. De plus, la moitié de l’opinion publique a disparu en quelques jours : tout ce qui était pro-Russse et pro-communiste n’a plus pu s’exprimer, et il y a eu des programs contre eux, pour les faire taire, comme celui d’Odessa contre les syndicalistes (45 à 50 morts selon les décomptes). Cette moitié de l’opinion publique est en train de renaître ! ! !<br /> 4) Les USA et l’Ukraine soutiennent les Nazis en Ukraine… même jusqu’à l’ONU !<br /> 5) l’Ukraine prévoyait une super guerre au Donbass en mars – selon Moscou ; mais on ne pourra sans doute jamais le prouver.<br /> 6) Les ADM, il n’y en n’a pas qu’une seule sorte comme le laisse supposer le texte :<br /> - nucléaires (il en est question abondamment)<br /> - biologiques ; Victoria Nuland (sous-secrétaire d'État pour les Affaires politiques depuis le 3 mai 2021, dans le cabinet d’Antony Blinken le Secrétaire d'État US), a admis : L’Ukraine possède des "installations de recherche biologique"… et craint que la Russie ne s’en empare ; bien sûr dans le jargon US, ils prétendent que ce sont des recherches pour prévenir les risques biologiques ; mais vu les super menteurs US, il faut comprendre le contraire. C’est tellement vrai que la pensée unique qui habituellement censure ou traite à la légère en une ligne les arguments Russes… donne tous les détails, craignant – ou sachant pertinemment - que la version Russe, c’est la réalité ! D’ailleurs, on peut se demander :<br /> a) Pourquoi une immense quantité de labos dans le monde pour ce genre de recherches si ce n’est pas pour créer des armes biologiques. Rien qu’en Ukraine, selon les versions, cela va de 11 à 36 labos ?<br /> b) pourquoi en avoir monté aux frontières de la Russie, avec des nazis à la tête de l’armée, c’est extrêmement dangereux, quand on voit l’usage des missiles qu’ils font au Dombass ou dans les couloirs humanitaires, que serait-il arrivé si ces recherches US avaient abouti entre leurs mains ?<br /> <br /> Un jeu dangereux pour l’occident : Si Poutine perd, ce seront les communistes au pouvoir en Russie et … en Ukraine. Il faut rappeler qu’aux dernières législatives russes du 17 au 19 septembre 2021, Poutine a triché comme un malade pour faire gagner son parti face aux communistes. Les médias ont censuré complètement l’évènement majeur de la politique russe et préfèrent soutenir un zigoto extrémiste genre Navalny ou une pseudo-affaire Skripal (°)<br /> <br /> Remarque personnelle : J’ai l’impression que c’est l’ancien président destitué par les USA et les nazis en février 2014 Viktor Ianoukovytch (*) qui mène les tractations… Cela pourrait faire comme en Amérique latine quand un mandat présidentiel est interrompu par un Coup d’État US, le mandat est repris quand le chef de l’état peut revenir au pouvoir<br /> <br /> (°) L’affaire Skripal, où le poison militaire Novitchok qui aurait dû tuer la moitié de la ville de Salisbury n’a pas réussi à le tuer, ni lui, ni sa fille, ni la fille d’Alison McCourt, la colonelle chef des infirmières de l’armée britannique qui passait « par hasard » par là... et à appelé... sa mère... qui les a sauvé ! Lol !<br /> <br /> (*) L’ancien président Viktor Ianoukovytch (25 février 2010 – 22 février 2014) a été destitué seulement un an avant la fin de son mandat, sans doute parce que les USA pensaient qu’il allait être reconduit, sinon, ce n’est pas utile de faire un coup d’état.