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Réveil Communiste

Pour argumenter la sortie de l'OTAN et la défense de la paix auprès des électeurs en 2022

15 Juin 2021 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Impérialisme, #lutte contre l'impérialisme, #États-Unis, #Qu'est-ce que la "gauche", #Élections, #GQ

 

Comment rendre populaire le thème de campagne importantissime de la sortie de l’OTAN ?

Il est probable que le thème de la sortie de l’OTAN interpelle fort peu les électeurs qui auront à choisir le président en 2022. Pourtant, il s’agit de la paix ou de la guerre, et vu sous cet angle cela pourrait les concerner. Et les intéresser.

Sans doute L’OTAN n’évoque rien dans le grand public électoral, ou à la rigueur chez les demi-informés, c’est à dire désinformés par les médias mainstream, une bonne affaire pour la France qui serait en quelque sorte douillettement protégée par cette grande alliance qui concentre au bas mot 75 % de la puissance militaire de la planète, contre des menaces plus ou moins réelles, provenant des Barbares peuplant d’autres continents, qui paraissent dans les mêmes médias.

Certes certains peuvent ressentir avec malaise ou même douleur la perte de souveraineté qu’implique cette vassalisation militaire aux États-Unis et songer avec nostalgie au geste de retrait du Général de Gaulle, qui obligea l’OTAN à déménager à Bruxelles en 1966 (à une époque où une des plus grandes bases américaines du monde se trouvait à Châteauroux, dans l’Indre). Mais il faut se résoudre à accepter les faits : le patriotisme est un sentiment résiduel qui peut éventuellement se manifester de temps à autre dans les sondages, mais qui ne déterminera pas le vote. D’autant plus que se superpose maintenant au patriotisme national qui est brocardé et ringardisé, suspecté de xénophobie et d’étroitesse d’esprit, une sorte de patriotisme postmoderne suprématiste occidental sous les prétextes des droits de l’homme et de la démocratie, qui ne dit pas son nom mais qui envahit les esprits et qui est en phase sans s'en rendre compte avec le discours de l’extrême droite qui est bien plus gêné par la présence dans le paysage des mosquées que par la menace latente des porte-avions et des bombes américaines pour l'indépendance de la France.

Par contre si l’on peut parvenir à communiquer cette vérité que c’est le bien-être et même la vie des Français et de leurs enfants qui sont mis en danger par la participation à l’OTAN, ce serait autre chose, je pense.

L'OTAN n'est pas une simple alliance défensive !

Nous voudrions les convaincre, que loin d’être un cocon protecteur (et gratuit), la participation à l’OTAN est déjà la cause de nombreuses guerres hors de son territoire métropolitain (Europe et Amérique du Nord) qui retombent chez nous sous la forme du terrorisme, et du sacrifice inutile de militaires français outremer, et qu’à courte échéance, elle risque de nous entraîner dans une guerre majeure avec la Chine et la Russie, qui aurait toutes les chances de devenir une guerre nucléaire. Il ne faut jamais oublier que la seule puissance qui ait effectivement utilisé les armes nucléaires au cours d'une guerre, qui plus est en visant délibérément les populations civiles, ce sont les États-Unis.

L’OTAN, l’alliance militaire des puissances occidentales fondées en 1949, dont fait partie la France, autour des États-Unis qui en assument le commandement, est sans objet depuis 1991 : elle associait de manière contraignante les adversaires de l’URSS sur un éventuel front européen, en cas de guerre avec ce grand pays. L’URSS avait réagi en 1955 en constituant de son coté l’alliance surnommée péjorativement en Occident le « Pacte de Varsovie » qui a disparu en 1989.

En 1991, l’URSS a été dissoute par ses dirigeants félons, et on peut dire que l’adversaire potentiel redouté et diabolisé de la Guerre Froide a capitulé. Une des raisons des concessions de Gorbatchev qui ont fini par ruiner son pays, c’était la promesse à lui faite par Reagan et à laquelle il eut la sottise de croire (dit-il) de ne pas élargir L’OTAN dans les territoires d’Europe de l’Est et dans les anciennes républiques de l’URSS, promesse allègrement foulée au pieds par les pays occidentaux. Pourtant la Russie des années 1990 était tombée à environ 10 % de la puissance économique de l’ancienne URSS, et à la moitié de sa population.

Donc il continue d'exister sous le même nom, l’OTAN, une alliance hypertrophiée sans adversaire désigné, c’est à dire qui a pour adversaire potentiellement le monde entier, une alliance contractée entre un pays dominateur et ses vassaux, dont la France, dans une forme incontestable d’Empire, et il est dans la nature des empires de rechercher l’extension territoriale et la domination sans limite.

Elle remplace une alliance prétendument défensive constituée dans une situation de rivalité réelle, qui pouvait conduire à la guerre, elle lui substitue une nouvelle alliance qui se construit des adversaires au coup par coup pour justifier son existence, pour perdurer et qui étend son champ d’action sur de nouvelles régions, dont notamment la poudrière du Moyen Orient et la Mer de Chine. La raison d’être de cette nouvelle alliance est le maintien illimité de la domination occidentale sur le monde et de la domination des États-Unis sur leurs alliés (et plus profondément, mais il est inutile d’élargir trop le sujet dans un matériel de propagande électorale, le maintien et la consolidation mondiales du capitalisme et la gestion de ses contradictions).

L’OTAN fonctionne en lien étroit avec des vassaux extérieurs qui peuvent aussi provoquer une guerre : Israël, Arabie Saoudite, Corée du Sud, Japon, etc. et les puissances anglo-saxonnes d’Océanie et du Pacifique. Plutôt qu’une « Organisation du Traité de l’Atlantique Nord », il s’agit en réalité d’une « Organisation Impériale de l’Océan Mondial » dont la marine de guerre est prépositionnée partout dans le monde et qui se figure les puissances continentales comme des ennemis géopolitiques structurels.

Les élites politiques et militaires anglo-saxonnes sont élevées dans l’idée scientifiquement infondée que le progrès et la civilisation sont portées par les puissances maritimes, et que la barbarie et le tyrannie dominent le continent eurasiatique – le « Heartland », le reste du monde (Afrique, Inde, Amérique latine, Moyen Orient, Asie du Sud est) étant destiné dans leur pensée, manifestement, à n’être qu'un ensemble de néo-colonies.

La nature agressive et anti-russe (et pas seulement antisoviétique) de cette alliance est donc apparue clairement au moment de l’ouverture du Rideau de Fer.

L’OTAN est donc non pas une garantie de paix mais un risque de guerre :

L’OTAN est une coalition de puissances nucléaires, et une guerre de l’OTAN contre une autre puissance nucléaire a de grande chance de conduire le monde à l’apocalypse, bien avant que le réchauffement climatique n’ait eu le temps de causer le moindre tort à l’humanité (les écologistes, à l’origine de leur mouvement , dans les années 1970 en étaient bien conscients, et ils étaient pacifistes et militaient activement pour le désarmement nucléaire ; on est loin du compte aujourd’hui).

En faire partie comporte le risque d’entraînement dans un conflit lointain (comme en 1914 où le jeu des alliances avait entraîné la France dans la guerre mondiale, commencée par un conflit localisé austro-serbe). Il faut bien garder à l’esprit que si un seul des nombreux nouveaux membres ou prétendants à le devenir d’Europe de l’Est, pays souvent instables et gouvernés par des extrémistes ou par des mafieux, venait à être attaqué à la suite d’une folie ou d’une initiative provocatrice de son gouvernement, nous serions automatiquement entraînés dans la guerre pour le défendre, comme nous avons été entraîné dans la guerre de destruction de la Yougoslavie, de 1992 à 1999.

Cela comporte aussi le risque d’entraînement dans un conflit pour défendre des intérêts opposés aux intérêts nationaux : pour quelle raison rationnelle la France serait-elle amenée à faire la guerre à la Russie, ou à l’Iran, ou plus encore, la Chine ? Pour quelle raison a-t-elle participé à la guerre contre l’Irak , un pays ami, en 1991 (et a-t-elle eu le bon sens d’éviter de participer à celle de 2003) ? Quel a été l’intérêt national en jeu dans la participation à la destruction de la Libye, et à la tentative de destruction de la Syrie , toujours en cours?

A vrai dire quand l’Ultime Guerre Mondiale commencera on ne nous demandera pas notre avis, pas plus qu’on ne le demandera aux prête-noms du capital qui seront alors officiellement au pouvoir, car appartenir à l’OTAN signifie que les troupes françaises sont sous commandement impérial. La perte du contrôle opérationnel des forces armées par le pouvoir politique des partenaires secondaires de l'alliance est inscrite dans le fonctionnement intégré de cette alliance militaire. Qui est donc en temps de guerre le chef suprême de l’armée française, sinon le président des États-Unis ?

L’Occident lance des croisades idéologiques depuis trente ans qu’il est maître du jeu mondial. Les attentats du 11 septembre 2001 ont permis de prétexter du terrorisme pour intervenir dans n’importe quel pays du monde, dans une « guerre sans limite » à motivation idéologique, à savoir pour la défense du libéralisme. La « responsabilité de protéger » contre le chaos qu’on a soi-même créé, et la défense du libéralisme politique (les droits de l’homme dans la version réduite de 1789) seront avancés comme prétexte pour défendre le libéralisme économique (la mondialisation et la concurrence libre et non faussée).

Avant 1991, l’Occident reprochait aux Soviétiques de vouloir étendre leur système politique socialiste au reste du monde, ce qui était (de notre point de vue) une vision bien optimiste de la réalité de l’engagement internationaliste des autorités soviétiques. En réalité les Soviétiques n’intervenaient que dans les situations où les Occidentaux s’étaient déjà rendus odieux aux masses par leur soutien aux tyrannies locales. Aujourd’hui, l’Occident veut imposer partout le modèle néo-libéral et se mêle d’arbitrer la vie politique interne de tous les autres pays, et particulièrement de ceux qui sont toujours ressentis comme des rivaux.

Au nom de la prétendue défense des droit de l'homme, et des minorités, le simple respect des usages diplomatiques disparaît, et le langage de l’insulte directe est employé à l’égard des adversaires que l’on cherche à intimider et à dégrader au niveau du langage et de l’image, en suivant une recette dont Adolf Hitler a été le promoteur. Quand on exige avec insolence la libération de l’activiste Navalny, affaire intérieure russe s’il en est, dans le langage, la guerre est déjà là. On nie dans les faits et on piétine avec arrogance la souveraineté russe. Quand Biden qualifie Poutine d'assassin sur un grand média on croirait entendre le Führer déblatérant à la radio en 1938 sur les prétendues vexations subies par les Allemands des Sudètes de Tchécoslovaquie !

L’OTAN, poids financier croissant :

Les États-Unis (ceux de Trump ou de ceux Biden, réconciliés dans cette affaire) deviennent plus agressifs, et respectent de moins en moins les formes du droit international et les convenances diplomatiques. Mais simultanément, avec la montée en puissance de la Chine, ils deviennent relativement plus faibles, malgré la croissance démesurée de leur budget militaire, et ils font de plus en plus pression pour que leurs vassaux contribuent à l’alliance en augmentant leurs dépenses militaires. Cela signifie concrètement plus d’impôts en France, qui ne serviront pas aux besoins de la population, mais à nourrir une nouvelle course aux armements et à contribuer à l’enrichissement illimité des capitalistes du complexe militaro-industriel.

Et cependant, l'OTAN est une menace pour les industries stratégiques française :

La France conserve un secteur industriel de pointe et une recherche appliquée de haut niveau grâce à son industrie d’armement, et aéronautique (comme d’ailleurs la Russie et les États-Unis, autres pays cruellement désindustrialisés par ailleurs). La sujétion croissante à l’OTAN va signifier ouvrir massivement le pays à l’achat de matériels produits ailleurs dans l’alliance (États-unis, Allemagne, Royaume Uni, Italie, etc.), sans contreparties, et une fermeture des marchés d’exportation, notamment par des attaques juridiques ciblées des tribunaux états-uniens contre des entreprises françaises ou des particuliers qui ont déjà commencé. Très concrètement cela signifie d’importantes pertes d’emploi en France qui pourraient se chiffrer en centaines de milliers d’emplois ouvriers et cadres, et des pertes d’autonomie stratégique.

Sortir la France de l'OTAN, c'est favoriser la paix

Mais la sortie de cette alliance et le rejet du « parapluie américain » comporterait-elle des risques ?

Incontestablement, elle comporterait le risque d’antagoniser l’Empire qui n’avait déjà pas apprécié les manifestations d’indépendance de Dominique de Villepin, en 2003.

Mais la sortie de l’OTAN ne met pas en danger la défense du territoire : la France n’a aucun ennemi dans son voisinage direct et il est peu probable que les pays de l'OTAN deviennent du jour au lendemain des adversaires militaires.

Elle affaiblirait par contre assez sensiblement l’alliance, sans pour autant la détruire. Il faut en effet constituer une puissance militaire bien plus élevée pour mener une stratégie agressive, que pour assurer une défense crédible, et la puissance actuelle des forces coalisées de l’OTAN est déjà très excessive, ce qui est en soi un danger pour la paix.

Le départ de la France affaiblirait sa capacité offensive, sans nuire profondément à sa capacité de défense : en un mot, la sécession de France de l’Empire le priverait de la marge de puissance qui lui permet de concevoir des projets offensifs (toujours présentés comme défensifs, mais la carte est sans ambiguïté : les bases de l’OTAN encerclent la Chine et la Russie, et non l’inverse). Cependant cela n’affaiblirait pas assez l’alliance pour susciter la tentation d’une attaque du bloc opposé, si tant est qu’il ait de telles intentions, ce qui est hautement improbable, quand on connaît l’histoire réelle de la Russie et de la Chine, qui ne sont pas coutumiers contrairement aux Occidentaux de « projeter leurs forces armées », c’est à dire qu’ils ne les éloignent pas volontiers de leur territoire.

Les avantages concrets d'une sortie de l'OTAN

Un bénéfice immédiat de ce départ serait la disparition des attaques terroristes émanant de la sphère islamiste radicale (comme notamment les attaques de 2015 et 2016). Elle retire la France de son engagement dans des guerres sans objet pour elle, notamment au Moyen Orient, et donc du risque de représailles. Un autre bénéfice serait de permettre à la France de jouer un rôle positif dans la recherche de la paix en Palestine, et de pousser Israël à la négociation avec les Palestiniens en modifiant le rapport de force international (ainsi il n’aurait plus que deux soutiens au conseil de sécurité de l’ONU sur cinq, au lieu de trois).

La sortie de l’OTAN permettrait d’avoir une politique étrangère indépendante, et de renouer des liens privilégiés avec d’anciens alliés historiques : Russie, Pays Arabes, Serbie, etc., de déjouer les blocus économiques unilatéraux qui ruinent des pays entiers (Cuba, Syrie, Iran) et d'en nouer avec les puissances émergentes du XXIème siècle, au premier chef la Chine, qui sera suivie par d'autres.

Elle permettrait de se désolidariser des puissances de l’OTAN quand elle commettent des crimes contre l’humanité comme en Irak ou qu’elles protègent leurs auteurs comme en Palestine.

Elle permettrait enfin de désengager la France de ses interventions militaires en Afrique, où elle sème le chaos et la corruption et agit comme le gendarme de l’ordre néocolonial dans la division des tâches entre vassaux de l’Empire, et n'en récolte qu'un rejet et une impopularité croissantes sur ce continent.

La sortie de l’OTAN permettrait aussi de valoriser les atouts spécifiques de la France en matière de défense, lui permettant de jouir d’une pleine souveraineté : la dissuasion nucléaire, la filière industrielle de l’armement et de l’aéronautique, et le siège permanent au conseil de sécurité.

Mais par-dessus tout, elle éviterait à notre pays d’être entraîné dans une guerre potentiellement nucléaire contre la Russie ou contre la Chine, à laquelle conduit inexorablement la politique américaine qui refuse que les États-Unis redeviennent une puissance ordinaire, et même seulement égalée en influence par d’autres pays, à commencer par la Chine qui a pourtant quatre fois sa population.

Un condensé et une présentation plus populaire de cette thématique générale de la paix, et de la nécessité de sortir de l’OTAN pourrait prendre une place authentique dans le débat.

Un dernier point : il faut impérativement que le candidat progressiste qui aurait le courage d’avancer cette thématique revendique la sortie sans délai de la France de l’OTAN, et non un accord global de dissolution de l’organisation, qui non seulement est inatteignable en pratique, mais qui de surcroît continue à déléguer la décision aux grands frères américains. Qui d’autre peut en effet dissoudre l’alliance, que son dominateur hégémonique ? La revendication de « dissolution de l’OTAN » est le faux fuyant choisi par la direction du parti postcommuniste allemand Die Linke, pour noyer le poisson et berner les anti-impérialistes de sa base. Il est à noter que Wikileaks avait révélé à cette occasion au grand jour la pénétration des services américains à la direction de cette organisation !

GQ, 1er juin 2021

PS Qu'on ne pense pas que je suis anti-américain ! je suis si peu anti-américain que je ne crains pas d'affirmer que si les États-Unis devenaient socialistes j'en deviendrais un partisan enthousiaste. Mais pour cela il faudrait qu'ils soient un peu plus socialistes que Joe Biden essaye d'en avoir l'air, quand même !

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