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Réveil Communiste

Les États-Unis se contenteront-ils d'une "guerre froide", ou préparent-ils une agression de grande envergure contre la Chine?

1 Août 2020 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Chine, #États-Unis, #Impérialisme, #Asie

Si les États-Unis entreprennent une "guerre de l'opium" au XXIème siècle, ils tomberont sur un os !

Si les États-Unis entreprennent une "guerre de l'opium" au XXIème siècle, ils tomberont sur un os !

Jean Pierre Page nous a envoyé ce texte en réaction au dossier contre la campagne de presse mondiale anti-chinoise en cours : consulter le dossier
 
 

 

Cher Camarade, 


J'ai lu avec intérêt les différents articles du dossier sur la Chine que publie "Réveil communiste". Je pense que c'est une initiative heureuse et utile. J'observe une forte disponibilité et curiosité pour comprendre la situation réelle dans le conflit aigu que les américains ont provoqué à l'égard de la Chine. Je l'ai vérifié récemment à travers les commentaires positifs à mon article publié dans LGS sur "la Chine, Hong Kong et les syndicats". Ceci, confirme qu'il y a beaucoup d'efforts politiques à faire pour clarifier des idées souvent alimentées de manière caricaturale par les campagnes de diabolisation des médias ou celles de politiciens de droite et de "gauche" comme on vient de le voir de la part de Clémentine Autain députée de la France Insoumise, voir de syndicats comme la CFDT ou particulièrement la CGT. Il y a donc besoin de répondre de manière argumentée en écartant tout jugement à priori.  L'objectif n'étant pas d'apparaître "prochinois" mais "pro-vérité".

 

Dans le dossier, j'ai lu attentivement l'article "La Chine et les Etats-Unis vers une nouvelle guerre froide ?" de Xavier Dupret. Il y a dans cette contribution beaucoup d'appréciations et de références qui sont à retenir. Toutefois, je ne partage pas trois arguments développés par l'auteur. L'un, écrit certes au conditionnel sur l'idée de nouvelle guerre froide, l'autre sur ce que ferait une administration démocrate à l'égard de la Chine, enfin sur l'exemple du Sri Lanka qu'il cite longuement. Je connais ce pays assez bien puisque j'y réside l'essentiel de l'année et depuis fort longtemps. J'ai d'ailleurs souvent commenté l'actualité politique du Sri Lanka et les enjeux géopolitiques qu'il représente. Ils ne nous éloignent pas du sujet: la Chine et les USA. Bien au contraire!

 

1-Je ne partage pas l'idée que nous serions face à ce qui ressemblerait à une nouvelle "guerre froide". Je crois que ce constat ne recouvre pas la réalité et surtout la gravité du virage pour ne pas dire la rupture opérée par Washington. La "guerre froide" est me semble-t-il un argument facile, d'ailleurs repris en boucle dans les médias. L'époque n'est pas la même mais surtout la confrontation URSS/USA, si elle se situait bien évidemment sur le terrain politique et idéologique, s'appuyait fondamentalement sur la dissuasion militaire particulièrement nucléaire et la course aux armements qui en découlait. Il s'agissait de se tenir en respect et réciproquement. Dans le cas présent, la Chine conteste toute idée de compétition et de confrontation d'autant que sa puissance militaire est très loin d'être celle des Etats-Unis. Sa priorité, est son développement économique et social à l'échelle d'un pays continent de 1,4 milliards d'habitants. Comme me le disait avec humour un ancien ambassadeur français de longue expérience rencontré à Pékin" si vous voulez comprendre la Chine il faut d'abord admettre que les chinois sont nombreux, très nombreux!" Dans sa coopération avec d’autres, la Chine n'impose aucune conditionnalité et se revendique du multilatéralisme. Ce n'est pas le cas de Washington et de son "National Defense Strategy Plan" qu’alternativement les administrations démocrates et républicaines mettent à jour avec la même finalité, à savoir, celle d'assurer la suprématie mondiale de l'impérialisme et cela quel qu'en soit le prix. Comme on le sait cela se fait à travers les ingérences, les ambitions géopolitiques et militaires au nom de la sécurité nationale des USA, des sanctions qu'ils appliquent à tous ceux qui refusent les diktats, et par cette incroyable prétention à revendiquer et imposer un leadership mondial. La Chine ne se situe pas sur ce terrain. Par conséquent, l'époque, le contexte, les tenants et aboutissants sont d'une autre nature. 

Nous assistons actuellement de la part des USA à une évolution très importante de ses orientations. De la part des américains, il y avait auparavant une volonté de veiller au respect des zones d'influence, le moyen en était le "containment" et le"roll back" particulièrement à l'égard de la Russie et de la Chine si cela s'avérait nécessaire selon la formule de Zbigniew Brezinski. Aujourd'hui, nous assistons à tout autre chose. Après avoir fait la critique "soft" de la période précédente y compris celle initiée par Richard Nixon et Henry Kissinger, il s'agit pour l'administration US actuelle, d'opérer un changement assez radical avec les stratégies précédentes. C'est ce qu'explique clairement Mike Pompeo dans sa récente conférence "Communist China and the free worlds' future" le 23 juillet à Yorba Linda en Californie. A cette occasion et de manière très nette il a proposé non plus de contenir mais d'intervenir directement en Chine par des moyens économiques, diplomatiques et surtout militaires avec l'objectif d'un changement de régime. Selon lui ce n'est pas la Chine qui est visée mais "le Parti Communiste Chinois", son "idéologie marxiste-léniniste", "ses dirigeants mafieux". Il s'agit de créer une alliance internationale sur le modèle de la lutte contre le terrorisme pour se débarrasser du PC Chinois et de son idéologie qui selon lui serait devenue la "principale menace pour le devenir de l'humanité". On est plus dans la rhétorique, on est dorénavant  dans la mise en oeuvre. Cette approche provocatrice a été confirmée par la tournée européenne de Pompeo  la semaine passée en compagnie du secrétaire à la défense Mark Esper. Ils se sont employés tous les deux à battre le rappel de leurs alliés/vassaux en faveur d'un changement de régime à Pékin. Les arguments de Pompeo ont été immédiatement repris par Boris Johnson mais surtout par un "expert" particulièrement  influent sur le sujet à savoir Chris Patten le dernier gouverneur britannique de Hong Kong et ancien commissaire européen aux affaires étrangères. Il faut absolument prendre connaissance des multiples déclarations et interviews de celui-ci, elles ont été reprises largement par la presse internationale. Il faut y compris remarquer comme dans le cas de  Soros, que le maître à penser du Baron Lord Patten chancelier de l'université d'Oxford est Karl Popper et sa théorie de "société ouverte", ce dernier l'a développé aux côtés de Hayek et Milton Friedman. Il est intéressant de noter que Pompeo a d'ailleurs eu recours aux mêmes références dans sa conférence du 23 juillet.

 

On se situe donc dans une démarche qui n'a rien à voir avec la "guerre froide", mais qui signifie plus simplement la préparation à une guerre d'agression tout court. Les travaux des principaux "think tanks" US comme la Fondation Carnegie, Heritage ou le Cato Institute le confirment. C'est dans ce but que les USA ont mis en place dans la région de l'Océan Indien et du Pacifique un nouveau concept géographique et géopolitique qui exclut la Chine de la communauté des pays asiatiques. Ce concept qualifie cette vaste région du monde                d' "Indopacifique", il n'a aucun statut ni reconnaissance internationale mais est systématiquement repris par les membres de l'Alliance stratégique  mise en place depuis à l'initiative de Washington : ”la Quadrilatérale" ou encore la "Quadre" qui réunit outre les USA, l'Inde, le Japon et l'Australie. Cette stratégie très offensive vis-à-vis de la Chine est illustrée depuis quelques semaines par les multiples et importantes manoeuvres militaires en particulier navales  en mer de Chine méridionale ou dans le Golfe du Bengale sous la direction du vaisseau de amiral de la 7e flotte , l'USS Nimitz. Faut-il ajouter que tout comme les Etats-Unis, l'Australie a sensiblement augmenté son budget militaire (dans le cas des USA,  c'est tout particulièrement vrai pour son programme nucléaire). La prochaine étape de la "quadrilatérale" est maintenant d'impliquer dans cette stratégie plusieurs pays de la région entre autre l'Indonésie, la Corée, les Philippines, le Vietnam et justement le Sri Lanka dont le contrôle de Trincomalee, plus grand port en eau profonde de l'Asie du Sud est pour l'Inde et les USA devenu un enjeu de première importance.  Les Etats-Unis multiplie  à cet effet les MCC (Millenium Challenge Corporation) avec les pays de la région. Ce sont des programmes d'assistance économico-militaires dont le contenu est totalement unilatéral et qui ne font l'objet d'aucune négociation véritable.

 

2-Ensuite et plus brièvement. Dans la perspective des élections présidentielles US, j'ai trouvé que Xavier Dupret faisait la part belle aux démocrates à travers la possible élection de "sleepy"Joe biden. Pourtant le danger que les démocrates représentent n'est pas moins grand que celui incarné par les républicains. Il aurait fallu rappeler dans cet article que c'est Obama qui a opéré un important changement qualitatif de la stratégie américaine en Asie pour en faire la priorité de sa politique étrangère. Cela a été le but de son fameux document d'orientation stratégique "Pivot to Asia". A cette occasion il avait affirmé "si nous ne fixons pas les règles, la Chine les fixera pour nous".  Cela dit, avec Obama, Trump et demain peut-être Biden ce seront toujours les néoconservateurs qui fixeront l'orientation et décideront de la ligne à suivre. C'est si vrai que les deux candidats pour les présidentielles de novembre pratiquent une forme de surenchère au sujet de la Chine, l'un accusant l'autre de faire preuve de faiblesses. Faut-il ajouter que si Biden fait le choix de Susan Rice comme colistière il faudra s'attendre au pire dans les provocations. Ancienne ambassadeur à l'ONU et ex-secrétaire à la sécurité nationale d'Obama, très liée à Madeleine Albright qui l'avait parrainée et à Hillary Clinton elle est hystériquement anti russe et anti chinoise et donc particulièrement en phase avec le lobby néoconservateur à Washington. Elle vient de déclarer après l'assassinat de Georges Floyd, que ce sont les russes qui étaient derrière les manifestations aux USA. 

 

3- Enfin, au sujet du Sri Lanka. L'auteur nous présente ce cas comme un exemple positif qui mériterait d'être mis en valeur. C'est allé vite en besogne. Ce qui est ainsi rapporté n'a en effet rien à voir avec la réalité. De quoi s'agit-il en fait? Fin 2015, le gouvernement de centre-gauche (avec participation communiste, trotskiste, et nationaliste de gauche) de cette île d'une certaine importance puisqu'elle compte 22 millions d'habitants a été balayé par l'action combinée des Etats Unis, de l'UE et d'une droite néo libérale, pro occidentale et représentante de l'oligarchie locale. Une élite politique et économique particulièrement hostile à la Chine. Elle contestait entre autre l'alignement sur Pékin de Mahinda Rajapksa, l'ancien Président et de son gouvernement.  Après la victoire électorale de la droite, la première décision de celle-ci fût de bloquer tous les travaux et projets d'infrastructures en cours mis sur pieds avec l'aide de la Chine. Ce fût donc le cas du port d'Hambantota au sud du pays, dont il faut rappeler à l'origine que le Sri Lanka avait d'abord sollicité l'Inde pour sa construction, donc bien avant la Chine. Cette sollicitation avait été déclinée par Delhi. Mais, outre Hambantota et plus spectaculaire encore figurait l'aménagement de tout le front de mer de Colombo, dont les travaux étaient également engagés avec la coopération de la Chine. Ce projet "pharaonique" sur le modèle de Singapour est mitoyen d'importantes installations portuaires de la capitale. De ce fait, et dans les deux cas, l'arrêt prolongé des travaux avaient entraîné les Chinois à réclamer réparation du préjudice financier. Pour le démarrage des travaux en 2016, le nouveau gouvernement conservateur Sri Lankais s'est alors tourné, vers les Indiens et les Américains, mais en vain. Il s'est donc résolu à aller à Pékin comme à Canossa pour négocier un nouvel accord. Initialement les Chinois ont proposé pour Hambantota un bail de 35 ans, mais bizarrement le gouvernement  Sri Lankais, a proposé 99 ans. La question est donc de savoir pourquoi il s'engageait aussi loin et s'imposait une telle contrainte, d'autant que cet accord suscitait de nombreuses oppositions tout particulièrement paysannes avec à leur tête l'ancien Président Rajapaksa qui lui avait négocié ces deux importants projets avec la Chine. On n'allait pas tarder à le savoir !

 

Cette situation a en effet justifié de la part de l'Inde et des Etats-Unis l'exigence d'avantages stratégiques identiques. Ensemble,  ils ont fait monter la pression et le gouvernement Sri Lankais s'est donc empressé d'accepter avec en prime l'objectif politique d'être considéré comme un vassal de “qualité". Immédiatement a donc été accordé à l'Inde le contrôle et la gestion du second aéroport international du pays, celui de Matara, Mais comme cela ne suffisait pas, on a aussi mis dans la corbeille l'aménagement du port en eau profonde de Trincomalee et le contrôle de ces immenses tankers. Ensuite les américains ont eu droit à une pièce de choix, à savoir l'accord pour l'ouverture de discussions visant transformer le pays en une vaste base militaire US, orientée contre la Chine. Il s'agissait ainsi de transformer le Sri Lanka en un immense porte avion naturel au milieu de l'Océan Indien. Le Sri Lanka devenant de cette manière une pièce importante sur l'échiquier asiatique des Etats-Unis. Napoléon disait avec prémonition "celui qui contrôlera Ceylan (l'ancien nom du Sri Lanka) contrôlera l'océan indien".  On s'est donc attelé à la mise au point d'un accord dont Washington a fixé les règles et les conditions unilatéralement. Il s'agit d'un cadre à trois volets"l'ACSA, le SOFA et le MCC", qui outre l'accaparement de milliers de petites propriétés paysannes, organisera le pillage des “terres rares" composant stratégique indispensable aux nouvelles technologies,  assurera également  aux militaires américains, une circulation libre, l'usage sans limites des infrastructures: aéroports, ports, routes, et un statut d'extra territorialité ou diplomatique pour les soldats étatsuniens sans contraintes dans le pays. Vichy avec l'Allemagne n'avait fait guère mieux.  Le problème depuis, c'est qu'en décembre 2019, la droite a été chassé du pouvoir,  l'ancien président est revenu avec un soutien populaire très fort, il est devenu premier ministre et son frère cadet l'ancien secrétaire à la défense pendant la guerre contre les terroristes du LTTE est le nouveau Président Sri Lankais. Le gouvernement lui est toujours de centre gauche avec les mêmes composantes politiques. Toutefois, sa position a évolué, ainsi il n'est pas insensible à certains avantages particuliers et financiers que font miroiter actuellement les Etats-Unis.  Le  problème politique est que cette attitude est en contradiction avec les positions antérieures de ceux qui aujourd'hui au pouvoir étaient hier dans l'opposition. Par contre, les mobilisations populaires contre ces atteintes à la souveraineté d'un pays qui a connu 30 ans de guerre, n'ont cessé de se développer depuis plus d'un an. Il est difficile de ne pas en tenir compte. Le 5 aout prochain auront lieu les élections générales, nous verrons alors ce qu'il en sera par la suite  de cet accord  qui aux yeux d'une large partie de la population, équivaut à une capitulation, mettant en cause l'indépendance du Sri Lanka.

 

Entre ces trois points il y a une articulation, le point en commun c'est la volonté  américaine à mettre sur pieds une stratégie de déstabilisation de toute cette région qui aux yeux de Washington représente un enjeu de première importance. C'est pourquoi les USA exige de se donner les moyens d'un changement de régime à Pékin. L'objectif étant également de mettre un terme à une expérience socialiste inédite. C'est là, je crois la partie qui est en train de se jouer. On le voit, il s'agit de tout autre chose qu'une nouvelle guerre froide.

 

Je voulais te faire part de cette opinion. Elle ne contredit pas celle positive que j'ai par ailleurs sur la qualité des textes que tu publies. J'ai voulu ici apporter une contribution aux débats qui je le souhaite donneront lieu à bien d'autres échanges. Tu trouveras ci-joint attaché mon article sur " La Chine, Hong Kong et les syndicats"" avec quelques mise à  jour depuis sa publication dans LGS et sur d'autres sites, y compris à l'étranger.

Bien fraternellement, 

 

Jean-Pierre Page 

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