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Réveil Communiste

Djihad et génération Y. Une théorie anthropologique du Treize Novembre (et du 14/7/2016)

15 Juillet 2016 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Positions, #Théorie immédiate

deux copains ...
deux copains ...

envoyé par Lorraine (19 novembre 2015)

Genèse du 13 novembre

Rien ne frappe plus à l’esprit qu’une absence. L’absence de mots sur la violence que subit un enfant et dont l’intimidation planante le somme de se taire. Cela s’appelle un tabou.

En ces jours qui suivent ce vendredi 13 tragique, pour un jeune garçon ou une jeune fille nés à la fin du siècle dernier, le tabou est immense. Il gravite indicible sur les plateaux de télévision, sur la mine des experts ahuris. Il empli d’un bruit étouffé et sourd le palais de Versailles, dans le vide hagard des constats et des solutions ratées, des représentants de la Nation.

Le tabou, c’est celui du capitalisme. C’est celui d’un monde mortifère dans lequel tout ce qui vient à naître s’abîme aussitôt à l’aspérité stérile d’un univers sans humanité .Ce monde où l’on a voulu faire intégrer à une génération le tabou de son sacrifice. En effet, avez-vous entendu le mot « capitalisme » ces derniers jours ? Sans doute, les chaines d’information détenues par des industriels et des patrons de multinationales doivent se censurer d’elles même. Mais ceux d’hier qui luttaient festivement contre le capitalisme, de leurs barricades verbales, enrubannées de slogans multicolores et costumés de multiples dénominations révolutionnaires –mao, trotskiste-, ceux-là même parmi ces quadra-quinqua-sexa-septuagénaires qui nous gouvernent aujourd’hui. A-t-on entendu ce mot, «capitalisme », dans leurs bouches ? Ceux-là même qui ont construit le monde dans lequel il nous faut survivre aujourd’hui. Mais peut être que l’évidence, partout à l’œuvre s’est rendue invisible, indicible ? Ou peut-être que sur les vagues cotonneuses et douillettes de la croissance et du confort, la révolution se faisait moins pressante.

Alors bien sûr, les explications géopolitiques, les réponses sécuritaires, l’analyse des idéologies religieuses ne sont qu’un pâle décor et ne saurait tromper un sentiment profond, intime et sensoriel de l’existence. Ce sentiment diffus qui grésille, que ressent n’importe quel jeune aujourd’hui dans le monde occidental. Ce sentiment est celui d’un abandon, d’un colossal et lâche abandon. De cette solitude de tous les instants qui ronge n’importe quel adolescent dans sa déambulation et sa vision quotidienne des magasins, des fastfood, des buildings de verre, des jeux vidéo, des modes, sur les bancs de l’école, devant son ordinateur, son smartphone, dans ses écouteurs, dans son casque, dans cette boite de nuit abattoir où il tente de s’échapper à lui-même par la violence des basses et des stridences, dans un corps tatoué, percé, publicisé, rasé, anorexié, obésifié qu’il méprise.

Cette violence devenue taboue, c’est l’immense solitude d’un monde sans valeurs, sans règles et sans autre loi que celle de sa mise en vente et du sacrifice des plus faibles. C’est le tabou d’une génération bientôt mort née. C’est la solitude de tous ses enfants qui ne connaitront peut être jamais le modèle d’un amour, qui ne pourront peut-être jamais croire en la possibilité d’une harmonie, parce que le capital, dans la condition de travailleur précaire qu’il induit, ne produit que des associations d’adultes fatigués et éreintés, pour qui la relation amoureuse est une bataille, dont l’issue s’achève trop vite. L’enfant puis l’adolescent, d’abord imaginé comme une poche d’air se révèle vite être une bouée affective et se transforme bientôt en une pension alimentaire, en un être fragile qui absorbe les disputes et les déchirements de ce qu’il eut rêvé comme un refuge de paix. Les heures d’écran devant lequel on l’installe n‘y changeront rien. Car en sourdine, dans l’obscurité d’une société de la violence conjugale et du divorce de masse, ce qu’on a du mal à appréhender aujourd’hui : c’est le désespoir d’une jeunesse dont on a tué l’espoir, dont on a justement tué l’enfance, en brisant trop tôt les mythes fondateurs de l’amour et de la famille. Le désespoir aussi, d’un refuge sur cette Terre, parmi les centres commerciaux, les langues étrangères, les architectures géométriques macabres, les exils perpétuels, les cours du marché du travail et les marécages pornographiques d’internet.

Car oui, internet, ce médium dont les générations précédentes tentent de nous faire croire ironiquement qu’il serait l’identité et l’appropriation d’une jeunesse. Et ceci pour dissimuler l’atrocité de ce qu’ils ont mis au monde. La génération « y » comme aime à le dire les sociologues-poubelles. Mais internet et ses labyrinthes devant lesquels tant de jeunes ont vendu leur âme au diable, leur reste d’espoir pour partir faire le djihad. Internet n’est-il pas ce lieu de toutes les misères, où gravitent les vautours, où l’on s’atteint, se percute mentalement de part en part. N’est pas-t-il ce lieu de la vulnérabilité extrême dont tant d’adultes ne veulent rien savoir en y abandonnant leurs enfants. Où l’on s’est défaussé également de donner une éducation trop chronophage et trop énergivore pour des emplois du temps d’esclave. Ce lieu dont on a tenté de nous faire croire qu’il pouvait lui aussi donner un amour, une présence rassurante et charnelle .Les histoires avant de s’endormir ont disparues pour céder la place à la rapide et silencieuse lévitation des images qui sucent jusqu’à la moelle , la dernière goutte de nos imaginaires.

Alors il faut le dire maintenant. Nous sommes tous des terroristes en puissance, car nous vivons dans un désespoir latent, qui croît et a déjà sacrifié sur l’hôtel spectaculaire du djihad les plus fragiles.

Le Front National est par ailleurs le parti politique le plus jeune de France et le terrorisme est l’affaire d’une jeunesse- ceux qui partent de l’autre côté de la méditerranée sont tous dramatiquement juvéniles.

Bien sûr, ils viennent en majorité des banlieues de villes européennes où la solitude est la plus intense. C’est celle de ces jeunes des cages d’escaliers bétonneuses, repeintes peut-être, mais toujours carcérales. Gloire à l’homme nouveau du Corbusier ! C’est la solitude condensée de jeunes, dans un monde capitaliste de laideur. Echoués entre deux cultures, dans un no-man ’s-land identitaire, exilés loin de la « misère luxueuse » dont parlait un certain Albert Camus à propos de son Algérie natale. C’est cette solitude redondante qui se double d’un climat de violences intra familiales, perpétré par les grands frères sur les plus jeunes, par les rappeurs sur les plus fragiles.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, ceux qui partent faire le djihad sont aussi pour un bon nombre issus des classes moyennes françaises, de familles athées. Parce qu’ils n’appartiennent plus depuis longtemps à une communauté culturelle et spirituelle et que l’horizon qu’il leur est promis est celui d’une existence compétitive, carnassière et moribonde. Leur futur n’a plus d’avenir.

Alors comment l’appréhender, quand on 17 ans et le cœur miné par la désillusion et le cynisme omniprésent dont la publicité, les figures politiques et les chroniqueurs nous inondent. Ceux-là même qui devraient faire figure de modèle. Esseulé par une société de l’image où vous n’avez plus que des contacts et des listes de noms en guise d’amis.

Ainsi le dernier romantisme, le dernier désespoir pour nous autres qui appelons à l’aide dans un monde sans réponse et sans voix se nomme-t-il djihad et Front National ? C’est le rêve de particules adolescentes pour faire lien, pour qu’une société devienne enfin compacte, ce désir d’ordre, de repères ; cette illusion que la liberté éteinte dans la société amorphe et statique du numérique ressurgira sur les bancs sauvages et physiques du djihad. C’est ce rêve d’une communauté de frères soudés par la mort d’un des leurs et fuyant l’indifférence d’un monde où l’on disparaît en silence dans la compétition des pourcentages.

Oui ces jeunes nostalgiques du Front National, d’une France harmonieuse et sans conflit sont ceux-là aussi, qui loin d’une tranquillité bourgeoise, n’envisagent aucun avenir. Oui ce sont aussi ces jeunes femmes qui voient leurs parents multipliaient les aventures, les violences et les divorces qui partent en quête d’entraide et d’idéal au royaume islamique. Ce sont aussi ces jeunes délinquants qui meurent à petit feu des crimes dans lesquels la société les a laissé tremper et qui sur leurs écrans se prennent à rêver d’une existence morale et blanche. Ce sont ceux-là même qui donneraient leur vie pour une société plus morale et plus juste et ne supporte plus de vivre aux côtés de générations ultérieures se satisfaisant d’une vie de mode, d’objets et de tourisme.

Mais nous sommes tous des terroristes en puissance, naviguant dans une vie absurde qui se perd dans l’illusion magnétique des images. Il n’y plus de prise, d’accroches. A force de stupéfiants et d’addictifs pour oublier la misère capitaliste, on ne se sent bientôt plus vivre. Vidéos, porno, alcool, drogues, soirées, musique zombifiante, tous les stimulis ne suffisent plus pour cacher notre faible sentiment, de valoir la peine d’exister sur cette Terre. Alors le suicide, le djihad, c’est la dernière chance, la dernière aventure ? La promesse de parents que nous n’avons jamais eus ? La promesse d’une confiance enfin accordée ? De cette identité que nous avons toujours cherchée ?

Ainsi, le remède n’est évidemment pas celui des bombes, des guerres toujours aveugles et stupides qui nourrissent ce sentiment d’absurde, comme la prison ne saurait régler le problème de la délinquance. Il faut remonter à la racine. Car le fanatisme renaitra et repoussera partout de lui-même .Tuons le capitalisme et nous tuerons cette société du désespoir qui mène vers le fanatisme.

A défaut d’y arriver tout de suite. Que tous les adultes, les parents, les oncles, les grands-mères, les anciens, les ermites, fassent foyer et refuge pour une jeunesse explosive qu’ils ont un temps abandonné. Qu’ils se mettent entre parenthèse, eux déjà vieillis et adoucis par la vie passée, pour donner, donner et donner encore à une génération. Qu’on partage les richesses, qu’on désenclave, prêtent main forte, qu’on solidarise, qu’on transmettre, qu’on apprenne, qu’on console et qu’on donne, l’exemple, l’espoir, dans le monde qu’y s’avance comme une vague.

Nous devons en finir avec tous les médiums de violence qui distillent ces films d’horreur, d’épouvante, ces contenus pornographiques au cinéma et à la télévision.

Nous devons tous devenir éducateurs de rue, professeur déclaré, psychiatre inventé, tuteur bricolé d’une ou plusieurs personnes. Que l’on oublie la sécurité et les conséquences et qu’on s’attèle aux causes.

L’éducation, les liens paternels et fraternels éteindront le terrorisme.

Lançons nous dans un monde ou la beauté remplacera l’obscénité, la dignité l’esclavage.

Nous devons à une jeunesse qui n’a pas eu d’enfance, un avenir sur cette Terre.

Quentin Le Fèvre

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GQ 22/11/2015 00:14

Le divorce de masse provoque certainement une grande insécurité affective; mais la famille harmonique est aussi rare dans le passé qu'aujourd'hui : l'éducation bourgeoise est basée sur l'envoi en pensionnat, l'éducation populaire sur la mise au travail éreintant, le tout sur un fond de pratiques incestueuses fréquentes dans toute la société. Sans parler des coupsCe qui ne va pas, c'est sans doute moins l'instabilité affective que les promesses de bonheur non tenues distillées par le spectacle qui font vivre toute crise comme une déchéance

Réveil Communiste 23/11/2015 10:34

L'auteur signale que des jihadistes proviennent non seulement de familles prolétariennes musulmanes mais aussi de familles de la classe moyenne athées, mais il y a aussi je crois une série de cas dans la petite bourgeoisie catholique.

GQ 20/11/2015 18:24

Je crois que le terrorisme est une forme dévoyée de lutte des classes. Une attaque contre le spectacle qui se transforme immédiatement en élément du spectacle; mais pour certains il s'agit plutôt des "quinze minutes de célébrité" d'Andy Warhol.