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Réveil Communiste

Khrouchtchev a-t-il menti? Les éditions Delga répondent à l'historien trotskyste Jean Jacques Marie

28 Septembre 2015 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Front historique, #Publications, #Russie, #Ukraine

Jean Lévy me signale que vu l'épaisseur du bouquin, il a vraiment beaucoup menti.

Jean Lévy me signale que vu l'épaisseur du bouquin, il a vraiment beaucoup menti.

Envoyé par Aymeric Monville

 

"Khrouchtchev a menti" : Jean-Jacques Marie choisit la calomnie

Après l'heureuse publication de Khrouchtchev a menti et d'un certain nombre d'ouvrages sur l'histoire de l'URSS, étayés par des recherches récentes (1), le public cultivé était en droit d'exiger un débat à la hauteur des questions soulevées. Jean-Jacques Marie, dont on peut regretter qu'il n'ait pas les mêmes scrupules méthodologiques que son défunt camarade Pierre Broué, s'est contenté de répondre par la calomnie et la caricature.

Je ne sais si démasquer pareils procédés relève de la dignité des controverses entre historiens et c'est pourquoi je prends la peine d'intervenir en tant qu'éditeur, pour en épargner aux auteurs que je publie la très fastidieuse besogne.

Dans un récent ouvrage sur le rapport Khrouchtchev, récemment publié au Seuil (2), J.-J. Marie a adjoint à sa traduction du rapport une présentation qui se clôt par une attaque en règle contre l'auteur de Khrouchtchev a menti, Grover Furr, ainsi que son préfacier, Domenico Losurdo.

Cette place de choix, en péroraison d'un fastidieux récit des vicissitudes dudit rapport (sans que jamais soit posée la question de sa véracité), laisse penser que Jean-Jacques Marie entendait lancer un contre-feu à ces récentes publications, qualifiées ici sans nuance de "tentative de défense de Staline". Il s'agissait pourtant avant tout - et j'en assume avec fierté la part de responsabilité qui incombe à l'éditeur - de défendre la possibilité d'une histoire écrite sans les préjugés du maccarthysme et de la guerre froide.

Nous aurions aimé rencontrer sur ce terrain plus de sympathie et non de vulgaires attaques ad hominem contre "ce Furr" et "ce Losurdo". En effet, Jean-Jacques Marie, agrégé de lettres classiques, doit certainement donner à cet adjectif démonstratif la coloration dépréciative d'un iste plutôt que d'un ille. Quoi qu'il en soit, on reste stupéfié par le mépris et la désinvolture dont M. Marie fait preuve pour résumer les travaux de l'historien états-unien et du philosophe italien :

"Goulag ascenseur social, très humaine déportation des peuples, Trotsky lié aux nazis... la tentative de discréditer le rapport de Khrouchtchev pour défendre Staline tourne au délire." (3)

Diantre. Mais de quel "délire" s'agit-il?

a) Dans un de ses autres ouvrages (4), Domenico Losurdo montre, y compris en citant les historiens "officiels" les plus anticommunistes (Anne Applebaum in primis), que le goulag n'était nullement une machine d'extermination (contrairement à ce que l'odieuse assimilation du communisme au nazisme veut faire accroire), mais un système pénitentiaire qui n'excluait pas l'élargissement des prisonniers, les remises de peines et la réintégration de plein droit dans le corps social. Déclaration somme toute pondérée et qui se prêtait pourtant mal à la caricature. (On se reportera avec profit, en note 7, aux documents découverts par Mme Lacroix-Riz et qui corroborent parfaitement le point de vue de Losurdo.)

b) Quant à la "très humaine déportation des peuples", c'est ainsi que J.-J. Marie pense pouvoir résumer la position de Grover Furr à propos des déplacements forcés de nationalités durant la guerre, loin des arrières de l'Armée rouge. Ces populations représentaient en effet, à l'époque, un danger militaire certain, du fait de leur collaboration passée - et massive - avec les nazis. Furr souligne que si les lois de la guerre - qu'on les juge ou non trop sévères - avaient été appliquées, ces populations n'auraient pas survécu, en raison des peines qui eussent été infligées, légalement, à la population masculine qui avait porté les armes contre l'URSS. Il s'agissait donc là d'une mesure de clémence, liée au souci des Soviétiques d'assurer la pérennité des différentes nationalités. Le nombre de morts, inévitables, que ces déplacements forcés en catastrophe ont entraîné, dans un pareil contexte, est étonnant bas, si l'on compare les données archivistiques fournies par Furr au regard des chiffres fantaisistes que donne Jean-Jacques Marie, sans le moindre étai documentaire.

c) "Trotsky lié aux nazis": Grover Furr a apporté de nombreux éléments à ce propos et je ne peux que renvoyer à ces ouvrages et articles en anglais, en plus de l'ouvrage que nous avons publié (5). Nous croyons savoir qu'un livre complet sur la question est en cours de publication. Mais pour nous en tenir au plan national, il est pourtant établi que les trotskistes français, en pleine guerre froide, ont préféré s'allier au pire du pire de l'époque - la CIA - pour former un syndicat anti-CGT. D'autres alliances antérieures avec d'autres impérialistes, et dans différents pays, n'ont donc rien d'étonnant. Mme Annie Lacroix-Riz a également fourni à M. Marie, en 2007, les cotes d'archives attestant de la collaboration de nombreux trotskistes français pendant la guerre (6). Ce dernier n'a, pour le moment, toujours pas daigné répondre à sa proposition d'arbitrage concernant l'interprétation qu'il convient de donner à ces documents.

Ce n'est pas à un modeste éditeur de rappeler à Jean-Jacques Marie que son engagement militant n'a pas à prévaloir sur ses devoirs d'historien. Il ne nous reste donc qu'à souhaiter que la sérénité du débat l'emporte sur cette manière de faire de l'histoire à coups de matraques et d'indignations feintes. Car, "personne", dit le philosophe, "ne ment autant que l'homme indigné".

Aymeric Monville, directeur des Editions Delga, 8 septembre 2015

 

PS : Après lecture de notre texte, Mme Annie Lacroix-Riz a eu l'amabilité de nous communiquer les précisions suivantes, ainsi que des documents importants qu'elle a découverts :

"À propos de b) Charles Alphand, en poste à Moscou de 1933 à 1936, est catégorique sur la légitimité des déplacements de population en termes de sécurité. Même tableau de l’attaché militaire Palasse (1937-1940), cf. Le choix de la défaite (Armand Colin, 2010). Idem sur Trotski lié à l’Allemagne (non nié, même par l’antibolchevique de choc Robert Coulondre, cf. Le choix de la défaite). Ce que je dis n’est pas question d’interprétation mais de documents d’archives diplomatiques ou militaires. Le caractère « humain » du système pénitentiaire soviétique est évoqué par une comparaison avec le système allemand des camps dès la mise en place de celui-ci."

Voir documents joints en note 7 (les numéros sont ceux de la pagination).

Notes :

1) Grover Furr, Khrouchtchev a menti, Delga, Paris, 2014 (préface de Domenico Losurdo) et, récemment : Grover Furr, Le Massacre de Katyn. Une réfutation de la version "officielle"?, Delga, Paris, 2015. Voir aussi Geoffrey Roberts, Les Guerres de Staline. De la guerre mondiale à la guerre froide. 1939-1953, Delga, Paris, 2014 (préface d'Annie Lacroix-Riz).

2) Jean-Jacques Marie, Le Rapport Khrouchtchev, Le Seuil, Paris, septembre 2015.

3) Ibidem, p. 75.

4) Domenico Losurdo, Staline. Histoire et critique d'une légende noire, Aden, Bruxelles, 2011.

5) https://msuweb.montclair.edu/~furrg/

6) http://www.reveilcommuniste.fr/article-annie-lacroix-riz-repond-a-l-historien-trotskyste-jean-jacques-marie-biographe-de-staline-55479078.html

7) Documents découverts par Mme Annie Lacroix-Riz :

UN TÉMOIGNAGE FRANÇAIS SUR LE GOULAG DE L’APRÈS COLLECTIVISATION

7 N 3121, URSS, rapports des attachés militaires, 1933-1934, État-major général, Deuxième Bureau, archives du Service historique de l'armée de terre, Vincennes

Commentaire Annie Lacroix-Riz :

Pour les historiens français actuels, la phobie de l’ennemi relève de la manipulation stalinienne; à lire les archives et de nombreux historiens étrangers, anglo-saxons, cette phobie eut des bases objectives et ne saurait être assimilée à de la manipulation des masses.

Voir la bibliographie fournie dans l’appareil critique de mon recueil de textes sur l’Ukraine.

Pour la comparaison avec le camp de concentration de la même époque (qui n'est pas encore le camp d’extermination, par le travail ou le gaz), voir le texte sur « Un camp de concentration nazi en 1933 »

 

Dossier 3, Attaché militaire 1934

Mots en italique soulignés dans le texte; chiffres entre parenthèses : pagination de l’original

 

Renseignement 222 du colonel Mendras, « de source absolument sûre », Moscou, 10 janvier 1934, 4 p., in extenso

« On sait que la plupart des grands travaux publics entrepris depuis quelques années en Russie ont été exécutés par les prisonniers, politiques et de droit commun, enrégimentés sous les ordres de la G.P.Ou. Les Bolcheviks sont très fiers de cette organisation qui a permis l’achèvement rapide et aux moindres frais du canal Baltique-Mer Blanche et qui soumet les condamnés à un régime moins inhumain qu’on ne pourrait le penser.

Ceux-ci jouissent d’un confort relatif. Ils sont logés dans des baraques convenablement chauffées et disposent de couvertures. L’ordinaire est à base de chènevis, de soupe au poisson ou à la viande et de thé à discrétion avec une quantité variable de sucre. La ration de pain normale (1 kg par homme) est diminuée ou augmentée suivant que le travail fourni est inférieur ou supérieur à la tâche imposée. Le pain est de bonne qualité, meilleur qu’à Moscou. Ce taux relativement élevé de la ration permet aux bons travailleurs d’en troquer une partie contre certaines denrées (lait, œufs, alcool, etc.) qu’on trouve facilement à acheter dans le pays, où le pain est rare. Lorsqu’un effort particulier est momentanément demandé, (1) l’ordinaire est très largement augmenté, et l’on distribue même de la vodka.

Les prisonniers sont strictement hiérarchisés et l’on choisit parmi eux la plupart des hommes armés, mais cette faveur est uniquement réservée aux prisonniers de droit commun, toute arme, quelle qu’elle soit, étant refusée aux condamnés politiques. Les femmes sont autorisées à venir passer de temps en temps quelques jours auprès de leurs maris, certaines même à vivre auprès d’eux. Des réductions de peine parfois très substantielles sont accordées aux bons travailleurs, dont certains même reçoivent des décorations, comme on l’a vu à l’achèvement du canal de la Mer Blanche.

Les “villages” de prisonniers comportent clubs, bibliothèques, cinémas et théâtres. Pour préparer les séances récréatives, des dispenses de travail, parfois assez longues, sont accordées aux condamnés doués d’un talent approprié.

La vie n'en reste pas moins très dure pour la masse, particulièrement pour les ouvriers non qualifiés auxquels sont imposées des tâches journalières supérieures à leurs forces. Aussi la mortalité est-elle très élevée.

Le recrutement de cette main-d'œuvre de choix a été très abondant au cours de ces dernières années, où sévissait la “dékoulakisation” des paysans. Il reste encore largement assuré du fait qu’une condamnation politique (2-3) peut être provoquée par les motifs les plus futiles. Les exemples abondent :

Un aviateur servant depuis dix ans dans l’Armée rouge, voyage habituellement dans l’autobus avec un chauffeur allemand. Il finit par lier conversation avec lui. Au bout de quelques jours il est arrêté.

Un Russe a une maîtresse, qui invite un soir des Persans habitant dans sa maison à venir chez elle entendre la TSF. L’ami rentre, n’ose pas expulser ces hôtes et passe la veillée avec eux. Le lendemain il est arrêté.

Un gamin de 11 ans a été arrêté et condamné sous prétexte qu’il fomentait un attentat contre Staline.

À noter que les communistes n’échappent pas à la suspicion générale. La tchistka [épuration, nettoyage] de cette année a même provoqué une recrudescence d’arrestations parmi eux : la proportion de communistes parmi les prisonniers politiques est passée de 10 à 50%.

Parmi ces prisonniers se trouvent aussi de nombreux officiers, et jusqu'aux grades les plus élevés. L’Armée rouge est l’objet d’une surveillance particulièrement stricte. Et pour cause. En 1928, une cinquantaine de “Commandants rouges” de la garnison de Kiev avaient réussi, de connivence avec l’État-major polonais, à monter un complot en règle visant à proclamer l’indépendance de l’Ukraine. Ils ont été arrêtés deux heures seulement avant le déclenchement de l’affaire.

En règle générale, on peut affirmer qu’à partir du moment où il noue des relations, même superficielles, avec un étranger, tout sujet soviétique, si haut placé qu’il soit, devient suspect – à moins qu’il n’en ait (3) reçu l’ordre ou l’autorisation. Et dans ce dernier cas, il est étroitement surveillé et astreint à rendre compte, par écrit et dans les moindres détails, de tout ce qu’il a vu et entendu.

On peut conclure de là que les dirigeants de l’Union sont atteints d’une véritable manie de la persécution. Cette crainte maladive s’explique si l’on songe que tous sont eux-mêmes d’anciens conspirateurs, qu’ils ont passé leur jeunesse à saper dans l’ombre le régime établi et qu’ils savent par expérience combien vulnérables sont parfois les pouvoirs qui semblent le mieux assis. En ce qui concerne particulièrement les étrangers, cette invraisemblable méfiance, congénitale chez les Russes, a été portée au paroxysme chez les Bolcheviks par les luttes qu’ils ont eu à soutenir à leurs débuts contre les autres Puissances : ils ne sont pas encore arrivés à se défaire de la psychose interventionniste. Ils la cultivent même soigneusement chez tous leurs administrés. L’intervention étrangère leur sert à la fois de mythe pour galvaniser les énergies et de dérivatif pour apaiser les mécontents.

De tous ces faits l’impression d'ensemble se dégage que les Chefs du Parti n’ont pas une confiance absolue dans la solidité d’un régime qui apparaît pourtant – et à bon droit – à l’observateur du dehors, comme un des plus stables dans le monde, à l'heure actuelle. »

 

UN CAMP DE CONCENTRATION NAZI EN 1933

Témoignages sur les camps et la répression (le discours de la police avère le témoignage antifasciste de juillet 1933. Les camps ont été ouverts contre les militants et dirigeants du KPD dès l'incendie du Reichstag.

 

F 7, 13431, juillet-décembre 1933, Archives nationales

(Série F 7, 13424 à 13519, pays étrangers, documents sur leur situation, surveillance de leurs ressortissants en France, dont 13424 à 13434, Allemagne, 1915-36)

 

(commentaire d'Annie Lacroix-Riz : la fin du texte a des accents militants naturellement destinés à donner courage aux antifascistes; la description va dans le même sens que les nombreux courriers de police sur la brutalité de la répression, visant particulièrement les communistes ou la gauche SPD; la référence fréquente à des militants du SPD et le jugement de la fin suggère une rédaction par des non-communistes, vraisemblablement socialistes de gauche. À la même époque, cf. « Le SPD vu par les autres… après l’avènement des hitlériens au pouvoir », la droite du SPD, majoritaire dans la direction du parti, brille par sa non-opposition au régime, dans le meilleur des cas).

 

Note sans référence, sans date, classée en juillet 1933, signée « quelques intellectuels de Leipzig », « Faits authentiques dans le camp de concentration de Colditz près Leipzig », dactylographié, 5 p.

Ville de 5 000 habitants, où a été ouvert un camp de concentration pour « des gens de toutes conditions, des communistes, des social-démocrates, des ouvriers et des intellectuels […] un millier environ […]. Le camp est installé dans un ancien château qui fut jadis un asile d’aliénés et une maison de correction, et qui sans affectation depuis des années est complètement délabré […] : environ 80% communistes, ouvriers et intellectuels et 20% de social-démocrates, ou n’appartenant à aucun parti politique », dont beaucoup « actuellement inoffensifs et doivent leur sort à des dénonciations : il y a des vieillards de 70 ans, des invalides de guerre, etc.

Dans des salles de 6 à 7 m2 sont parqués entassés 20 à 25 internés auquel le plancher couvert de paille sordide sert à la fois de couche, de table et de siège. Le camp est gardé par les SA de la Standarte (Régiment) 139. La nourriture est très mauvaise et de qualité douteuse, les prisonniers sont obligés de s’alimenter sans pouvoir se servir ni de table ni de siège et de peler avec leurs mains les pommes de terre qu’on veut bien leur servir. Toutefois on met à leur disposition de petites cuillères en fer blanc. » (1). Valeur de la nourriture quotidienne, « au plus de 40 à 50 pfennigs. Les internés sont obligés de dormir dans des salles éclairées au grand jour à l’électricité et toutes portes ouvertes au vent, sans cesse réveillés par le bruit lourd des sentinelles, les cris terrifiants de ceux que l’ont soumet à la bastonnade. Fréquemment on les fait sortir dehors de sorte qu’il est impossible de dormir.

L’eau pour la toilette tombe goutte à goutte du plafond de tuyaux percés et des groupes de 30 à 40 malheureux se précipitent et se bousculent pour la happer au passage.

Les prisonniers sont traités avec la dernière brutalité. La garde des SA est composée principalement de jeunes gens, qui à quelques exceptions près, sont des sadiques et des brutes complètes. Les internés sont livrés à leur merci, sans moyen de défense. Leurs réclamations adressées au Commissaire du camp produisent généralement un effet tout à fait contraire à celui qu’en attendent les plaignants et provoquent de la part des SA une vengeance féroce. Lorsqu’on manifeste un désir quelconque et demande l’autorisation de ses laver, de satisfaire ses besoins naturels, etc., il faut se mettre au garde à vous devant chaque SA, porter les mains à la couture du pantalon et faire un demi tour réglementaire. Il en est de même quand on est interpellé par un SA, l’un veut que les bras soient tendus, un autre le contraire, un troisième que les doigts soient détendus et ouverts. Jamais on ne réussit à les satisfaire, il y a pourtant parmi les prisonniers beaucoup d’anciens soldats. Tout cela finit souvent par des coups de matraques en caoutchouc. On force les prisonniers à chanter des chansons nationalistes sous la direction d’intellectuels de Leipzig. Les corvées sont nombreuses et variées, vidanges des cendres, transport du charbon, vidange des cabinets et fosses d’aisance, travaux de cuisine, etc.

Les visites ne sont tolérées qu’une fois tous les 15 jours et d’une durée de 10 minutes au plus. Les prisonniers sont entourés de SA, les visiteurs sont traités ignoblement, les SA les eng…. (sic) et molestent les femmes. Les visiteurs (il y en a toujours des centaines à la fois) importunent le SA. [Les visites] avaient lieu les mercredis et dimanches. (2)

Celles du dimanche ont été supprimées et reportées au samedi afin d’empêcher les visiteurs de bénéficier des billets à prix réduits des chemins de fer. Pendant les visites il est naturellement impossible de parler de choses ayant une certaine importance. Le mot d'ordre est de cuisiner prisonniers et visiteurs ce qui donne lieu aux plus grands abus. Voici comment on procède au “cuisinage”, tous les prisonniers regagnent leur chambre avec interdiction de stationner dans les couloirs. Un baquet d’eau est placé devant la porte. Le prisonnier que l’on interroge doit se tenir debout devant une tales les mains levées. Un “Commissaire” entouré d’une vingtaine de SA commence alors l’interrogatoire. Celui-ci terminé, le Commissaire quitte la salle. Le prisonnier est couché sur la table et tous les SA présents tombent sur lui en le frappant à coups de matraques. Les coups sont portés avec un raffinement barbare sur les reins, le dos, les fesses, etc. On entend les cris de douleur dans les pièces voisines. Le prisonnier atterrit après la bastonnade dans le baquet rempli d’eau froide, puis il est jeté en cellule jusqu'à sa guérison. Quand les camarades le revoient quelque temps après il est amaigri et abruti.

Les nouveaux arrivants sont d'abord l’objet de toutes sortes de brimades. Tout d'abord on les obliger à des exercices, on les brutalise et frappe de la plus belle façon. Tout un transport de prisonniers venant de Pennig, en Saxe, a été brutalisé du premier jusqu'au dernier. Un invalide de guerre, amputé d’une jambe, qui en faisait partie a subi le même sort. Le nommé Dietrich Théo, de Rochlitz en Saxe, et un SA surnommé le “dégoûtant” par ses propres camarades s’y sont particulièrement distingués. Un transport de 70 prisonniers de Chemnitz arrivé le…. (sic) ont (sic) été tellement maltraités que la cuisinière des Nazis et la femme du SA M…. (sic) ont poussé des cris d’horreur et imploré pitié. Un des internés, l’ouvrier B….. (sic), ancien social-démocrate qui souffrait d’une maladie de nerfs contractée à la guerre, en est devenu fou. Des prisonniers l’ont emmené du camp l’écume aux lèvres et les menottes aux mains. Des prisonniers racontent (3) que des camarades dont ils citent les noms portaient des blessures qui s’envenimèrent, des chemises remplies de sang et de pus. Parmi un grand nombre de cas, six noms ont été signalés spécialement. Les punitions infligées aux prisonniers sont les suivantes : rester debout courir pendant des heures entières au pas de gymnastique; passer une nuit debout un bras levé etc. Le secrétaire social-démocrate et le caissier, Schorter et Riehl, tous deux de Leipzig, sont continuellement brutalisés. Les bastonnades sont à l'ordre du jour. On les oblige à vider les WC et à charger les ordures et on leur fait faire les plus sales besognes. Les plus cyniques des SA sont les nommés Mullet (sic), chef de groupe, Mengel, le “ dégoûtant”, et le fameux Dietrich Théo, déjà nommé, de Rochlitz, une brute finie.

Et voici maintenant le pire : toutes les personnes qui sont relâchées doivent signer une attestation qu’elles ne diront rien de défavorable au sujet de la nourriture, des traitements subis, etc., et qu’elles s’abstiendront de toute propagande marxiste, etc. Quelque temps après leur mise en liberté elles reçoivent une feuille de papier portant les indications suivantes :

M….. de …. jusqu'à…. vous avez été interné dans un camp de concentration, ce qui a entraîné des frais se montant à… que vous êtes tenus de rembourser. Vous êtes prié de payer ledit montant à la caisse indiquée ci-dessous, jusqu'au… en cas de non paiement le montant sera récupéré par les moyens légaux.

Signé : Présidence de Police de Leipzig.

Les frais qui leur sont comptés se montent à la somme de 2 marks par jour (14 marks par semaine) alors que l’indemnité de chômage allouée pour l’entretien d’une famille est de 15 marks ½, dont il faut déduire 2 marks pour le loyer.

Résultats de l’incarcération : les prisonniers rentrent chez eux avec une haine encore plus forte contre le régime actuel qui dans un avenir prochain aura des conséquences graves pour les autorités responsables. Les prisonniers tiennent plus que jamais à leurs opinions politiques. Une armée de milliers d’ouvriers et d’intellectuels devient prête de sorte que sous peu le fascisme allemand aura vécu. (4) »

Demande de diffusion de l’information. « Le rapport est authentique et est basé sur les renseignements fournis par des nombreux prisonniers libérés. Tout en laissant de côté les causes politiques pour lesquelles ces ouvriers et intellectuels ont été incarcérés, il faut tout de même tenir compte des principes humanitaires. La compassion pour ces malheureux nous pousse à vous demander de faire connaître à l’Europe civilisée ce qui se passe en Allemagne et ce banditisme organisé qui par l’excitation à la guerre est capable de mettre le monde entier à nouveau à feu et à sang.

Nous comptons sur votre appui.

Malheureusement, la situation actuelle en Allemagne nous force à vous envoyer cette communication sans signature.

Nous vous présentons nos remerciements anticipés pour votre appui. » 5

 

Lettre 2912 du commissaire spécial de Saint-Louis au contrôleur général Services généraux de police Alsace et Lorraine, 7 octobre 1933, dactylographié, 1 p., transmis à ministre des Affaires étrangères par lettre 9209, 11 octobre 1933, dactylographié, 1 p.,

« mutineries » septembre 1933 « dans la SA à Berlin », 14 septembre, 16 « internés dans un camp de concentration », et « 24 autres […] quelques jours après », anciens membres des « partis de gauche », le chef de la section de motorisation M.O. 33 de Berlin « a été frappé par des hommes inconnus de sa section […] mort de ses blessures », et 10 hommes « mis au secret » également membres des « partis de gauche ».

 

Rapport 1743/33 du commissaire spécial de Lauterbourg, 8 décembre 1933, dactylographié, 2 p.

Sur l’obligation pour les habitants du Palatinat « confectionner pour le compte de la Winterhilfe [aide d’hiver, une des nombreuses organisations dont le financement obère le salaire ouvrier] […] des articles de lainage », cf. détails.

« Dans la région de Munich 20 prêtres catholiques ont été arrêtés récemment parce qu’ils avaient entrepris des démarches en vue d’obtenir une amélioration du sort des détenus du camp de concentration de Dachau.

Ces ecclésiastiques auraient signalé que ces prisonniers étaient logés dans de très mauvaises conditions, et (1) sans qu’aucune disposition ait été prise pour les préserver du froid ni dans les locaux, mal aménagés, ni par des vêtements appropriés.

Dans la presse allemande, pour justifier ces arrestations, on prétend en ce moment que ces prêtres avaient lancé des bruits mensongers susceptibles de troubler l’ordre public.

[…] dans la région de Rastatt on envisage dans les établissements industriels, le renvoi des femmes pour les remplacer par des membres du parti hitlérien. » 2

 

 

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