Qu'est-ce qui sonne faux dans la gauche occidentale ?
4 Septembre 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche", #Positions, #GQ, #Economie, #Front politique intérieur
La gauche croyait avoir gagné les élections en France en juillet 2024 et aurait même voulu gouverner. Mais de quoi s'agit-il en fait de "gauche" ?
Ce qui est dorénavant désigné ainsi dans les sociétés occidentales et celles qui en subissent l’influence - surtout en Amérique latine - est essentiellement une combinaison des déclinaisons de l’antiracisme, du féminisme et de l’écologisme, le tout enveloppé dans une ambiance victimaire, et un style moralisateur et arrogant.
Or il s’agit de trois piliers majeurs de l’idéologie dominante actuelle dans la bourgeoisie des métropoles - ou au moins du discours dominant dans les médias - et ceux qui les défendent loin d’être combattus et réprimés sont célébrés par les autorités et les organes de référence du capital.
Pourtant ils se vivent comme des résistants, ce qui pousse les plus jeunes à jouer et surjouer la confrontation avec la loi et la police, et il peut arriver très exceptionnellement qu’un de leurs militants souffre de la répression, auquel cas il est immédiatement porté en triomphe par tous les médias.
Ce qui nous gêne chez les écologistes, les féministes, les militants LGTB, les antiracistes, c’est principalement cette position officielle et dominante qu’ils occupaient de manière incontestée jusqu'à la guerre de Gaza, dans la culture politique, où ils étaient parvenus d'ailleurs involontairement, qui donne à penser qu’il se pourrait bien qu’ils n’y fussent présents que pour se substituer à l’expression de l’opposition réelle au capitalisme et à l’impérialisme.
On constate d'ailleurs que la sympathie dont ils jouissent cesse rapidement quand ils évoquent l'extermination des Palestiniens à Gaza, voir le cas de Greta Thunberg.
Ce ne sont pas, ou pas toujours, leurs positions sur les questions qui motivent leurs engagements qui nous gênent – souvent à regarder les choses froidement, nous sommes plus en accord théorique avec eux qu’avec leurs adversaires, nostalgiques d'un ordre idéologique et moral révolu.
Ce qui nous gêne vraiment est le fait que ces résistants célébrés partout soient mis en avant par les médias et par les institutions du capital dans leur domination du champ culturel, pour prendre la place qui reviendrait aux représentants des exploités si les médias faisaient leur travail, sans qu’ils se posent aucune question sur le succès de leur communication. Or ce sont les mêmes qui ont diabolisé le socialisme réel avec toutes sortes de mensonges, et qui continuent, et qui soutiennent des surenchères symboliques pour les droits des femmes et des minorités opprimées, des causes qui avaient déjà triomphé sur toute la ligne, alors que le socialisme en son temps fut le pionnier des politiques réellement féministes, antiracistes et anticolonialistes.
Mais dans une société où des femmes, des noirs, des musulmans, des homosexuels, occupent des positions de pouvoir de premier plan, au service de tous les partis, et où 60 % des juges et 80 % des nouveaux magistrats sont des femmes, prétendre que les individus qui appartiennent à ces groupes sont opprimés n’a aucun sens.
De même prétendre que les idéologies et les normes écologistes ne sont pas hégémoniques relève du déni de réalité. Si elles ne sont pas mises en pratique, c'est moins faute de volonté que de possibilité - en fait aucune planification écologique n'est possible en système capitaliste.
Le triomphe des droits civiques des minorités et du premier féminisme dans la deuxième moitié du XXème siècle, et la prise de conscience des limites physiques de la planète sont des progrès de civilisation, qui ont été acquis avec une surprenante facilité à l'échelle du temps historique, mais la surenchère de l’idéologie de la diversité, de l’inclusivité, de l’éthique, et du rituel du tri des déchets nous paraît la manifestation d’une tartufferie généralisée. On combat pour ce qui est acquis, et on calomnie tous ceux qui ne se rangent pas avec empressement sous la bannière du nouveau conformisme pour répéter son catéchisme. Ces surenchères arrogantes n'aboutissent qu'à crédibiliser un discours réactionnaire opposé, tout aussi incohérent d'ailleurs, qui progresse dans les urnes partout, et qui peut conduire à des régressions réelles des droits réels, comme celui d'avorter par exemple qui fut remis en question aux États-Unis alors qu'on y discutait et on y légiférait à n'en plus finir sur les pronoms et sur les toilettes publiques. Et Obama a accouché de Donald Trump.
Et fait nouveau et grave, en 2026 un retournement de la conjoncture idéologique se fait sentir, caractérisé par l’alliance entre les courants sionistes dominants dans la politique occidentale, et les forces les plus conservatrices et néofascistes. Ce tournant est dangereux, bien qu'il ne reflète pas du tout les opinions réelles prévalant dans la société, parce que la gauche embourgeoisée s'est aliénée les masses en courant s'associer avec les formes les plus baroques des expressions de l’individualisme contemporain postmoderne.
GQ, 22 août 2022, relu le 13 avril 2026
PS sur la question du succès et de la rapidité de l'émancipation féminine au XXème siècle, des transformations technologiques et économiques qui l'ont rendue possible, et des menaces qui pèsent sur elle aujourd'hui, on peut lire avec profit Féminicène, de Vera Nikolski.
Réveil Communiste :
Réveil Communiste est animé depuis 2010 par Gilles Questiaux (GQ), né en 1958 à Neuilly sur Seine, professeur d'histoire de l'enseignement secondaire en Seine Saint-Denis de 1990 à 2020, membre du PCF et du SNES. Les opinions exprimées dans le blog n'engagent pas ces deux organisations.
Le blog reproduit des documents pertinents, cela ne signifie pas forcément une approbation de leur contenu.
Le blog est communiste, non-repenti, et orthodoxe (comme ils disent). Il défend l'honneur du mouvement ouvrier et communiste issu de la Révolution d'Octobre, historiquement lié à l'URSS quand elle était gouvernée par Lénine et par Staline, mais sans fétichisme ni sectarisme. Sa ligne politique est de travailler à la création et à l'unité du parti du prolétariat moderne, et de lutter contre l'impérialisme (contre le seul qui importe, l'impérialisme occidental, dirigé par les États-Unis).
Les textes originaux, écrits par l'animateur seul ou en collaboration et dont il endosse pleine et entière responsabilité sont publiés dans la catégorie GQ, accessible directement dans la barre de menu. Ils sont reproductibles, sans modification, à condition d'en mentionner l'origine.
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