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Réveil Communiste

L'idéologie de la nouvelle gauche empêche la prise de conscience ouvrière

12 Novembre 2025 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #classe ouvrière, #Théorie immédiate, #Qu'est-ce que la "gauche", #Syndicalisme en débat

Dans les années 1930, l'extrême-droite tentait de séparer les travailleurs français des immigrés, maintenant l'extrême-gauche fait l'inverse - c'est à dire la même chose

Dans les années 1930, l'extrême-droite tentait de séparer les travailleurs français des immigrés, maintenant l'extrême-gauche fait l'inverse - c'est à dire la même chose

Les théories féministes et antiracistes dominantes dans les partis de gauche et dans les conditions actuelles s’opposent à la réémergence du prolétariat comme sujet politique et social - d'autres sujets sociaux prennent sa place, et illégitimement.

Il est bien sûr difficile de prouver objectivement qu’il n’existe plus de discriminations structurelles en France. Cependant je ne suis pas complètement ignorant de ce dont je parle : j’ai enseigné aux intéressés en Seine Saint-Denis en ZEP et en « zone prévention violence » pendant 30 ans, et je sais ce qu’ils disent, garçons et filles, leurs parents, et jusqu’à un certain point comment ils vivent.

Combattre les discriminations, ce n'est pas combattre le capitalisme, cela peut même contribuer à le renforcer. Il faut se souvenir qu’une discrimination à proprement parler touche tous les membres individuels du groupe affecté, suivant un schéma vertical qui traverse toutes les classes sociales, et que dans le cadre démocratique libéral bourgeois, elle n’a aucune légitimité ; lorsqu’une discrimination subsiste elle ne manifeste pas une contradiction interne du capitalisme, mais une incohérence sociétale, qui est due à des impuretés économiques et sociologiques de son fonctionnement à un moment et dans un espace précis, qui l’obligent à composer avec des groupes sociaux en déclin et des traditions plus archaïques : il subsiste très longtemps des logiques d’intégration verticales ou locales qui remontent aux types d'organisation plus anciens, claniques, féodaux, et des réseaux bourgeois dégénérés, mais toujours renouvelés, qui permettent aux porteurs de rente de consolider leur propriété et leur position sociale à l’abri de la concurrence.

Mais les contradictions internes du capitalisme dont le jeu peut changer fondamentalement le mode de production et le dépasser dans la direction du socialisme ne sont pas ces incohérences. Elles trouvent leur origine dans la contradiction capital-travail qui est au cœur de son fonctionnement normal.

Rétablir les droits civiques d’un groupe vertical discriminé ce n’est pas affaiblir le capitalisme, c’est l’améliorer. Cela ne peut devenir une démarche révolutionnaire qu'à travers la participation à une alliance avec le prolétariat où ce dernier est dominant. Dans une première phase, plutôt longue puis qu’elle dure de 1848 jusqu’aux années 1970 il y avait certes une alliance tendancielle entre les groupes discriminés en Occident, les peuples colonisés et le prolétariat, particulièrement visible en ce qui concerne les juifs. Voir le destin exemplaire du chef FTP de Toulouse, Epstein, héros et martyr communiste issu d’une riche famille juive de Varsovie, mais discriminé en Pologne car interdit de devenir officier dans l’armée. Mais depuis que l’inclusivité est devenue la norme des sociétés libérales, ne restent dehors du cercle de la démocratie et de ses promotions que les prolétaires.

Les prolétaires genrés ou racisés sont-ils plus maltraités que les autres personnes en général ? Certainement ! Sont-ils plus maltraités que les autres prolétaires toutes choses égales par ailleurs ? c’est très discutable. A vrai dire c’est difficile à établir scientifiquement parce que les secteurs d'activité industriels tendent à devenir ethniquement homogènes, rendant les comparaisons mesurables impossibles et d’ailleurs historiquement l’origine de presque tous les prolétaires du passé peut être plus ou moins retracée à des sous-groupes de la population des pays industriels qui ont souffert cruellement de discriminations ou au moins de préjugés, à commencer par les campagnards néo-urbains de l’exode rural du XIXème siècle - les "terrones", les Italiens du Sud, en souffrent encore aujourd'hui.

Les personnes aujourd’hui manifestement défavorisées dans leur travail, leur vie quotidienne et leurs aspirations, qui appartiennent aux secteurs de la population qui sont « racisés » ou « genrés » par la théorie de la gauche bourgeoise, sont en fait toutes des prolétaires, et les autres ne sont pas discriminées du tout. Mais de toute manière il faut le dire tout net, il nous importerait très peu qu’un individu soit lésé dans ses ambitions à cause de ses origines ou de son « genre » pour obtenir un poste de cadre dirigeant dans une entreprise du CAC 40, ou un poste d'enseignant à Science-Po, si jamais c’était le cas.

Sans doute des jeunes hommes musulmans ou noirs en France au style « racaille » vont-ils éprouver d’importantes difficulté d’insertion dans le monde du travail, surtout s’ils tentent d’affirmer leur identité en exprimant des préjugés misogynes, homophobes, antisémites, comme le font leurs chanteurs de rap favoris. Mais plus grande que les petits blancs des périphéries du prolétariat autochtone qui écoutent la même musique ? Ce n'est pas sûr.

Dans la réalité concrète le prolétariat a toujours été constitué d’individus déracinés ou déclassés de diverses origines et qui confluent vers les zones industrielles, brutalement égalisés par le salariat et qui proviennent de groupes plus ou moins périphériques et marginalisés, et aussi d’émigrants, de femmes, et pour preuve de cela il suffit de lire le Capital, de Marx.

Mais il prend conscience de soi en fusionnant dans les usines et les faubourgs ouvriers, et le prolétariat qui sort du creuset, s’il forme une communauté de quartier ou même une identité culturelle nouvelle, est d’abord un collectif de lutte (voir le processus à l’œuvre en Russie vers 1900 décrit dans La Mère de Gorki) et la valorisation positive par les sociologues des différences identitaires entre ses éléments aboutit au résultat opposé, à la perte de sa puissance politique et économique : voir comment aux États-Unis la gauche a été marginalisée au fur et à mesure qu’elle a été repoussée dans la spécialisation pour la défense des droits civiques des minorités.

Les travailleurs manuels, les plus précaires et les plus exploités, ceux qui sont bloqués au niveau du salaire de subsistance ou même en dessous, les travailleurs de force, ceux qui sont soumis au travail posté ou nocturne, à la surexploitation, exposés aux accidents et aux substances toxiques, aux  brimades, aux tâches considérées comme dévalorisantes, au temps partiel  forcé, etc, se recrutent depuis toujours dans des minorités, chez des migrants, ou chez les femmes. Le prolétaire est toujours « ethnique » mais s’il le reste il ne constitue pas vraiment un prolétariat actif comme tel. Il devient une clientèle électorale secondaire mobilisée – faiblement - pour d’autres intérêts que les siens, ou une masse de manœuvre pour des courants politiques fascistes, intégristes, séparatistes, ou conservateurs. C'est l’acquisition par la participation à la lutte des classes d’un pouvoir d’action sur la société toute entière, et dans un langage que cette société peut comprendre, qui finit par créer le prolétariat conscient et progressiste.

Les classes populaires autochtones (par exemples les descendants du peuple parisien des sans-culottes ou des jacobins de Londres de l’époque révolutionnaire) se sont divisées en deux, la moitié supérieure finissant par intégrer la petite bourgeoisie urbaine, et la moitié inférieure se mêlant au nouveau prolétariat, en fonctionnant pour lui comme une norme culturelle, non sans quelques transformations du modèle d'origine, assimilant en chemin le goût du couscous ou du blues et du rock'n roll.

Les autres « racisés » ou « genrés » sont des néo-privilégiés, en général passé par l'université, qui réclament des privilèges supplémentaires. En proposant aux ouvriers de s’identifier de manière imaginaire à des groupes interclassistes soi-disant discriminés, la gauche actuelle empêche la prise de conscience de l’identité ouvrière et de l’exploitation, dans une société où tout est fait pour l'invisibiliser, faire honte aux ouvriers de ce qu’ils sont, et les inviter à rejeter leur identité réelle, alors qu’ils forment la classe la plus utile de la société.

GQ, 26 août 2024, relu le 23 octobr 2025

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S
C'est opposer les luttes qu'il faut faire. C'est ça qui sème la division, entre les prolos féministes, anti-raciste et les autres prolos. Donc, vous dénoncez ce que vous créez par cette dénonciation. Il faut hiérarichisser les luttes. C'est ce que Lordon dit, et a pratiqué avec une féminsite anti-islamophobe dont j'ai oublié le nom. Mais ils tombaient d'accord là-dessus, : hiérarchiser les luttes. <br /> Premire et fondamenale lutte : redonner le pouvoir au prolos. Ca passe, à mon avis de gaucho, tendance sortir de l'OTANUE, par le RIC, en toutes matières. Tout parti, mouvement, qui ne mettra cette revendication en premier sur une plateforme de combat prolo naura pas mon soutien.
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R
Ce n' est pas en reprenant les critiques de la droite et de l' extrême droite envers la gauche que cela fera évoluer la conscience des travailleurs, c' est plutôt l' inverse, c' est la conscience de classe des travailleurs qui devrait influer sur la conscience de la gauche, sauf que celle ci c' est complètement éloignée du monde du travail ( ex: la suppression des cellules d' entreprises et de quartiers par le PCF) et ne le représente donc plus idéologique ment parlant. Si ce sont les masses qui font l' histoire, il leur appartient de réinvestir la gauche et de la faire revenir sur les principes fondamentaux de la lutte des classes ce qui ne signifie pas d' abandonner les problèmes societaux mais de ne pas les privilégier et ne pas laisser la droite et son extrême les utiliser pour combattre les luttes sociales et les devoyer.
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R
Actuellement il n' existe pas de parti capable d' organiser la classe ouvrière pour abattre le capitalisme, et cela la classe ouvrière en a bien CONSCIENCE puisqu' elle ne rejoint aucun parti, ne suit plus les mots d' ordre syndicaux et s' abstient massivement lors des élections et c' est cette prise de conscience qui va la pousser à s'organiser et à recréer un parti qui l' aidera à s' émanciper . On ne va pas jouer à qui a fait l' œuf, mais ce qui n' est ni spontané ni inné, c' est la création de ce parti qui sera créé par la volonté des masses conscientes de leur appartenance a la classe des exploités et de la nécessité de s' organiser pour en finir avec la classe des exploiteurs.<br /> La classe ouvrière a conscience qu elle doit se doter d'un parti révolutionnaire, un parti créé par des élites même ayant une conscience de classe ne recevra jamais l' adhésion de la classe ouvrière car ce sont les masses qui font l' histoire, rien d' inné la dedans c' est l' appartenance a une classe qui lutte contre son exploitation qui forge la conscience de classe, soit l'inverse de la pensée gauchiste.
S
Comme le disait Lénine, la conscience de classe n'est pas innée chez les travailleurs, il faut un parti politique qui leur fassent prendre conscience. <br /> Cest bien cela la différence entre le Leninisme et le gauchisme.
S
Richard, votre argumentation tourne en rond, apparemment vous ne voulez pas comprendre des choses simples et vous reprochez aux autres votre incompréhension. Je pense avoir suffisamment répondu, donc relisez le manifeste, je m'y retrouve à 100%. Si c'est votre cas aussi, tant mieux sinon tant pis.
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A
Très bon article, plutôt lucide.<br /> <br /> La meilleure preuve que les luttes sociétales visent à occulter les luttes sociales ou plutôt socialistes (cad la lutte des classes telle que définie par Marx), c'est que ces luttes sociétales sont toutes promotionnées sans limite par le capitalisme américain.<br /> <br /> Le berceau ET la force de frappe du WLGBTisme mondial, c'est le néo-capitalisme Américain. Néocapitalisme Américain qui s'impose par la force idéologique mais aussi par la force militaire partout dans le monde (entre autres les révolutions orange) : ils mettent là-dedans un pognon de dingue ; ce n'est pas par hasard ; le danger marxiste, cad le danger social, doit être combattu à n'importe quel prix pour eux, cad en allant même jusqu'à promouvoir d'autres égalités (dont ils se foutent, en vrai), là où il en manque(rait), comme dans la domaine sociétal, ou même en inventant des inégalités ou des injustices formelles (par exemple, promouvoir le droit ou l'encouragement à une sexualité infantile et même infantilo-adulte, à grand renfort de freudisme)(mais là, le grand public n'accroche pas).<br /> <br /> Je veux bien qu'on me raconte qu'une fille puisse "se décréter" garçon, ou qu'un garçon puisse "se décréter" fille, mais à condition qu'un pauvre puisse "se décréter" riche, cad qu'un pauvre soit traité comme riche par le reste de la société : ce qui implique que "les attributs d'essence" de la richesse (= le fric) lui soit octroyé de droit. Mais ça, non ! l'Amérique et le capitalisme ne seront jamais d'accord pour supprimer la discrimination, ou l'inégalité, entre riches et pauvres. CQFD.
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S
A la lecture des commentaires, je vois que certains deraillent complètement. Nous sommes marxistes à la base, donc en partant de ce postulat, et si nous suivons les écrits de Marx, que devons nous étudier ? A son époque, les femmes n'étaient sûrement pas discriminés en tant que femmes, le travail des enfants n'existaient pas, il y avait un droit social pour tous, il n'y avait pas d'immigrés en Angleterre, pas de guerres, pas de mariages arrangé?!?!?! Bien sur que non, Marx avait une idée en tête, c'est que le prolétariat portait en lui la libération de la société toute entière puisque le prolétariat était la majorité de la population. Je pourrais en écrire des choses, mais je préfère résumer. Marx a dit : Prolétaires de tous les pays, unissez vous! Il n'a pas dit misereux ou féministes ou lumpenproletariat etc, unissez vous. Pourquoi à votre avis? Que ceux qui pensent pouvoir faire lutter ensemble la féministe avec le salafiste vienne me voir, parce qu'il ne doit pas vivre dans le monde réel.... La lutte societale empeche le combat de classe, on le voit bien aujourd'hui, on ne parle que des minorités opprimés, mais la majorité de la population qui est opprimé, on n'en parle à peine.....
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R
Si on te suit Stef à l époque où Marx a écrit le Capital 1 il existait bien diverses catégories appartenant à la classe ouvrière qui était exploitées mais ce ne serait plus le cas actuellement, ce faisant tu te joints à ceux qui prétendent que Marx est dépassé, ta description uniforme de la classe ouvrière rejette dans les bras des bobos et des wokistes ceux qui dans leur diversité appartiennent à la classe ouvrière selon Marx mais subissent des formes d' exploitation particulières qui méritent d' être prises en compte pour les intégrer dans la lutte de classe... A quand ta publication d' un nouveau Capital ...
S
Richard,<br /> La preuve que des gens peuevnt lire le meme livre, ( Le capital) et ne pas en retenir la même chose.<br /> Bien sur que dans le prolétariat à l'époque ou Marx a ecrit son manifeste, il existait des hommes, des femmes, des enfants mêmes, il aurait même pu ajouter des esclaves pour être complet qui étaient exploités. Il ne juxtaposait pas les conditions de chacun puisqu'ils avaient tous un point commun, CELUI D'ÊTRE EXPLOITÉS. <br /> C'est simple à comprendre pourtant, le commun, le communisme, ca vient de ce qui est commun, c'est l'exploitation qui est le point commun de toutes ces personnes. <br /> Donc il faut trouver le point commun des gens que l'on veut mettre en mouvement car ce n'est pas en leur parlant de sujets qui ne les touchent pas qu'ils se mettront en mouvement. <br /> Do you inderstand?<br /> Parler de lgbt à des hétéros, de féministes à des machos, si ca, ca fait avancer les droits des travailleurs......<br /> Vous devez être le seul à le croire.
R
J attends toujours la publication de ma dernière réponse à Steff, est ce un oubli ou est ce délibéré et dans ce cas, merci de me donner le motif
R
Ou est passee ma reponse a Steff ou je fais reference zu Capital 1 pour prouver qu il existe des categories dont celle des femmes dans la classe ouvriere
R
Oui Marx a dit Proletaires de tous les pays unissez-,,vous mais dans son oeuvre Le Capital 1 il a precise que cette classe unique etait composee de categories dont celle des femmes qui ne sont pas remunerees pour les taches domestiques et voient leur force de travail moins remuneree que celle des hommes car selon le patronat elles se nourissent moins q eux .. a problemes categoriels , reponses categorielles dans le cadre de la lutte globale de la classe ouvriere contre le capital . RIEN n, a change aujourd hui les femmes subissent toujours les discriminations decrites par Marx