Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Réveil Communiste

L'URSS et ses contradictions, ou aurait-elle survécu si elle avait été dotée d'institutions pluralistes?

30 Mars 2026 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Russie, #Europe de l'Est, #Chine, #Corée, #Cuba, #Viet-Nam, #classe ouvrière, #Front historique, #Mille raisons de regretter l'URSS

Station Komskomolskaya, Moscou : rien n'est trop beau pour la classe ouvrière

Station Komskomolskaya, Moscou : rien n'est trop beau pour la classe ouvrière

Tous ceux qui espèrent que l’humanité va poursuivre sa route vers le progrès et s’orienter vers le socialisme sont interpelés par l’échec des pays socialistes au XXème siècle qui a laissé le monde dans une profonde dépression, morale et psychique.

Souvent on s’en tire par une pirouette : ces pays, ces régimes n’auraient pas été vraiment socialistes. D’autres pensent qu’il faut abandonner la perspective du socialisme pour sauter à pied joints dans le communisme. Je ne discuterai pas ces points de vue, qui ne sont pas sérieux.

Donc les pays socialistes étaient vraiment socialistes, et ils ont disparus, sauf deux : République Populaire Démocratique Corée et Cuba qui manifestent une incontestable résilience, mais dont l’avenir est toujours menacé. La Chine, le Viet-Nam, et le Laos, peut être aussi le Bélarus sont revenus à l’économie de marché, et ont réintroduit le capitalisme, mais sans lui laisser les clés du pouvoir politique. Plusieurs pays latino-américains et africains ont une politique sociale de redistribution avancée qui fait penser au socialisme, qui provoque l’ire de la bourgeoisie mondiale et l'hystérie de sa presse, mais qui ne s’attaque pas assez directement à la propriété privée des moyens de production pour qu'on puisse les rattacher au socialisme [constat de 2015, à réexaminer en 2024]. Et aujourd’hui, plus important encore que les grands moyens de production, les médias de masse. D'où leurs difficultés présentes.

Mais globalement il nous reste en tenant compte de ces expériences présentes et passées (dont certaines étaient en fait assez réussies pour produire le bonheur le plus répandu, si on en croit les regrets formulés à cet égard en Europe de l’Est et en ex URSS) à proposer un schéma du socialisme de l’avenir (2.0, ou XXI, peu importe le slogan), qui ne se fracasse pas sur les mêmes écueils.

Toute la question est de savoir si le socialisme à succombé davantage à ses contradictions internes ou à la pression extérieure. Selon le cas le diagnostic est tout à fait différent. Si le socialisme a succombé à ses défaillances internes, il faut les localiser et prévoir une organisation politique nouvelle capable de les neutraliser ou de les inverser en faveur du processus.

La principale contradiction interne du socialisme a été la production d’un groupe social spécifique, distinct des reliquats de la bourgeoisie antérieure à la révolution, et intéressé au retour au capitalisme, groupe qui proliférait dans l’intelligentsia et dans la bureaucratie (qui sont les deux faces, coté jardin, coté cour, de la même réalité sociologique) et qui était essentiellement composé de cadres espérant égaler le niveau de vie et le statut social de leurs homologues en pays capitalistes. Il y avait certainement dans le monde socialiste de première génération un défaut dans la culture diffusée par l'éducation de masse, et dans le système de formation, de désignation et de rotation des cadres, que les autorités tentaient par accès à l'époque stalinienne de corriger par une répression souvent aveugle, disproportionnée ou erratique. L'idéologie spécifique de ce groupe, conservatrice et idéaliste, avait triomphé en URSS dès les années 1970 comme le montre bien la production culturelle de l'époque, dissidente ou officielle. Il suffit pour cela de comparer avec l'original l'adaptation cinématographique fleuve de Guerre et Paix, réalisée dans les années 1960, bien moins progressiste que le roman de Tolstoï.

Si le socialisme a été victime des pressions extérieures, il faut réfléchir à la nature de ces pressions et imaginer des défenses d'un nouveau genre, tenant compte de l'évolution de la stratégie politico-militaire mondiale. Il est indéniable que les puissances impérialistes ont mené une politique de fond, économique, militaire, et communicationnelle, pour son éradication, et qu'il a été continuellement sur la défensive sur ces trois terrains.

Lorsque les facteurs internes et externes se sont unifiés, la partie était jouée.

Mais avant tout il ne faut pas faire fausse route. Qu’on l’appelle ainsi ou autrement, "hégémonie" par exemple à la manière de Gramsci, le socialisme est le système économique et social géré par la dictature du prolétariat. Le point crucial est donc dans la conscience prolétarienne. Si la classe ouvrière ( au sens large) ne sent plus cet État comme le sien, la partie est perdue.

Ce qui a caractérisé l’image finalement négative du socialisme réel entrepris dans les pays socialistes, c’est l’idée abondamment ressassée par la propagande bourgeoise-occidentale qu’il s’agissait d'une dictature de parti unique, interdisant l’expression des opinions d’opposition, défendue par un appareil policier, n’hésitant pas à soumettre la société à une surveillance de masse et à recourir à la dénonciation. Dans ces conditions l’idée la plus répandue pour dépasser la contradiction du socialisme a été de proposer le fameux « socialisme à visage humain » suivant le slogan de Dubcek, leader du soi-disant Printemps de Prague de 1968. Un socialisme pluraliste, sans répression, sans surveillance, libertaire à l’instar de mai 68 (ou tout simplement de l’Angleterre des swinging sixties). Marx Engels Lénine et John Lennon.

Je pense que cette possibilité n'existait pas, et que ce socialisme imaginaire était destiné à le rester. C'est ce qu'avaient montré dès 1956 les événements de Hongrie, où contrairement à la légende gauchiste la libéralisation ouvrit en grand la brèche pour les lynchages fascistes, et le Chili en 1973 où le respect des règles de la démocratie formelle désarma le peuple ; un socialisme sans police, sans surveillance des activités contre-révolutionnaires, et qui se remet en jeu de lui-même candidement dans l’alternance électorale n’a pas d’avenir, tant que les métropoles principales du capitalisme ne sont pas tombées. N’oublions pas que le choix du socialisme est à long terme, qu’il n’est pas réversible sans massacre social, et que son rythme de maturation centenaire n’est pas celui des vagues de l’opinion.

Il faut prendre conscience de ce fait têtu : dans un pays socialiste, où il n’y a pas de forces économiques séparées qui revendiqueraient le pouvoir sur l’ensemble de la société, il ne peut pas y avoir de parti d'opposition au sens historique du terme : le parti d’opposition, celui des « dissidents », s’appuie uniquement sur l’extérieur : l'émigration, l'impérialisme, la CIA ou aujourd'hui les "ONG" de Soros et compagnie, et quelque soit son influence sur les foules et sa capacité de nuisance il ne "représente " littéralement rien d'autre que ceux qui le financent.

Le socialisme devra se défendre tant qu’existera l’Empire des multinationales, et c’est la culture de la conscience qui permettra que le parti unique du prolétariat et l’action des services de sécurité soient approuvés et soutenus par le peuple et non ressentis comme une chape de plomb ; dans les deux cas où le socialisme a subsisté, en Corée et à Cuba, ce soutien populaire provient du caractère évident, immédiat et existentiel de la menace impérialiste sur le pays tout entier. A Cuba les CDR n’ont pas suscité de rejet équivalent à d’autres institutions de contrôle social, dans d'autres pays; sans doute parce que ce quadrillage s’enracine dans une volonté populaire et publique de défendre la population contre les agressions impérialistes évidentes pour tous, et non dans le souci d’un socialisme dynamique mais minoritaire de tenir en respect un peuple indifférent ou hostile en grande partie, comme en RDA, dans l’Allemagne post-nazie.

A quoi sert le pluralisme politique bourgeois actuel ? Il n’est en aucun cas producteur de conscience ou de quelconque qualité de "gouvernance". On frémit à l’idée de ce que ferait la Chine gouvernée par des politiciens comparables aux politiciens européens ou américains. Mais d’une part il permet de recruter des dirigeants politiques en canalisant la compétition des ambitieux, et les ambitieux existent et sont nécessaires partout, d’autre part il permet de repérer les opposants, de les isoler ou de les acheter, dans un monde où les médias efficaces sont contrôlés par la bourgeoisie.

La question est de savoir si nous sommes gouvernés par la puissance brute du capital qui achète ses séides, ou si nous sommes gouvernés par la conscience collective à laquelle nous participons ; si nous sommes des esclaves ou non. Mais s'il pouvait échapper à la séduction impérialiste, un certain jeu de pluralisme politique en pays socialiste pourrait servir précisément à exposer et isoler le parti renaissant du retour au capitalisme qui grandit comme un parasite à l’intérieur du parti révolutionnaire, sans avoir à en venir à l’exterminer, avec beaucoup de bavures, comme en URSS en 1936 (la trahison massive des cadres soviétiques en 1985-1991 permet de comprendre a posteriori sinon la méthode au moins la logique des épurations du parti dans le contexte de la menace hitlérienne, puis au commencement de la Guerre Froide).

Sous le socialisme l’individu est sans doute frustré de bien des désirs matériels immédiats mais il est en réalité beaucoup plus libre que sous l’influence de la marchandise, car sa personnalité n’est pas rongée de l’intérieur par la réification marchande, elle n’est pas le jouet des calculs constants du marketing pour le faire courir après les miroirs aux alouettes élaborés par les multinationales. Mais il ne le sait pas, ou plutôt la plupart des intellectuels soviétiques par inertie idéologique bourgeoise ont utilisé cette liberté pour une rêverie réactionnaire qui les a fait tomber tout crus dans les filets de l’impérialisme. L’image du socialisme comme bagne spirituel est sortie de la féconde imagination littéraire de l’intelligentsia bourgeoise opprimée dans ses rêves de grandeur par le prolétariat, et ces pays étaient loin d’être un bagne pour les travailleurs. Mais les intellectuels organiques de la bourgeoisie ont su façonner l’histoire à leur manière, et rendre le type de liberté dont on jouit sous le capitalisme (celle d’acheter des marchandises avariées tant qu'on a de l’argent) la seule imaginable.

L’individu bourgeois est élevé dans l’illusion messianique de son destin exceptionnel. Il estime que sa liberté se trouve en tout ce qui facilite cette illusion, et il se rebelle si on l’empêche de la poursuivre. Les classes populaires ne sont pas composées de ce type d’individu projeté hors de soi dans un rôle et pour lequel le bien n’a de sens que s’il est un bien de vanité, de gloriole et d’ostentation. Le socialisme permet le vrai développement de l’individualité de tous, et des prolétaires avant tout, dont le désir sous-jacent au bourrage de crâne marketing n’est pas d’écraser les autres prolétaires mais de participer à la grande coopération créatrice. C’est par la discussion collective, éclairée par le parti qu'il a lui même créé que le prolétariat accède petit à petit à la conscience sociale, qui est supérieure à la conscience romanesque aliénée, à la Madame Bovary, qui occupe la tête des étudiants et des cadres bourgeois, d'extrême droite ou d'extrême gauche, libéraux ou conservateurs, mondialistes ou chauvins.

Le prolétariat dans la Bible est voué éternellement à couper le bois et à porter l’eau. Jusqu’à la Révolution il reste l’humble instrument de l’ambition et du confort des classes cultivées. Seul le socialisme permet au coupeur de bois et au porteur d’eau qui a tout créé de l’humanité de vivre humainement. Les expériences socialistes ne peuvent être jugées qu'à l'aune de la totalité du temps historique.

Dans un premier temps cette libération se produit au détriment de la production car le prolétariat affranchi a tendance à se partager la plus-value, ou à cesser de la produire. Mais après l’étape d’adaptation, la classe exploitée deviendra comme le pensait Marx la nouvelle force productive inépuisable et gratuite, car elle décidera elle-même de l’emploi de la plus-value pour le bien commun de l’humanité. Le stakhanoviste qui est la figure de l’histoire révolutionnaire la moins comprise et la plus haïe du gauchiste petit-bourgeois préfigure pourtant cette mutation du prolétariat en classe créative.

Mais il doit en chemin se défaire des mythes existentiels et du roman parasitaire de la bourgeoisie et des classes moyennes (esclaves qui se croient libres, exploités qui se prennent pour des bourgeois). Il faut lui donner le temps de son auto éducation pour se passer des exploiteurs, et c’est son parti qui peut lui donner ce temps critique.

GQ, 22 septembre 2015, relu le 21 avril 2024

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
Une analyse foisonnante qui donne de multiples raisons de la chute de l URSS qui pour la plupart me semble pertinentes je note toutefois que si effectivement le maintien d une gerontocratie au pouvoir à pu contribuer à cette chutte cela n à pas été le cas à CUBA et en CORÉE DU NORD que GQ considere comme les seuls survivants du socialisme réel.<br /> Bien sûr que les trahisons internes ont joué un rôle important mais pour moi la raison essentielle est la coupure progressive entre les masses et la bureaucratie au pouvoir et l absence de l intervention des travailleurs dans les décisions politiques si bien que plus personne ne soutenait depuis longtemps les mesures gouvernementales ni ne s y intéressait, pas étonnant donc que personne n à soutenu le système lors du putsch fomenté par ELTSINE, même les militaires sont restés l arme au pied alors que la majorité des officiers étaient membres du PCUS et qu ils étaient pourtant ceux qui avaient le plus à perdre en cas d un changement de système. Leur passivité illustre parfaitement celle de l ensemble de la societe qui n attendait plus rien de ce système.
Répondre
S
Relire Makharenko et en particulier "Le poème pédagogique"...
Répondre
S
« Donc les pays socialistes étaient vraiment socialistes, et ils ont disparus, sauf deux : République Populaire Démocratique Corée et Cuba»<br /> <br /> Je me suis arrêté de peur de lire d’autre horreur.
Répondre
G
Chochotte, va !
A
http://eu.eot.su/2017/01/03/la-revolution-doctobre-dans-le-contexte-de-la-russie-actuelle/ L'analyse complète par les russes
Répondre
S
Le délire très peu pour moi, à moins d’être l’arrière boutique de Soral et de ce faire le sponsor de cette destination sociale.
C
Texte rectifié <br /> Toute cette analyse est hors sujet. Le socialisme n'a pas échoué parce que soit disant "il n'a pas laissé de marge pour laisser émerger de nouvelles idées découlant de <br /> nouvelles contradictions". Non,le socialisme russe est détruit par la trahison interne. Point. Comment on pourrait se perdre dans des raisonnements alambiqués pour"expliquer" le prétendu échec socialiste? C'étaient quoi les"idées"du traitre Gorbatchev? Ou du traitre Khroutchev avec son criminel rapport sur son maître Staline?C'étaient quoi les idées de la clique de Brejnev-Gromyko-Dobrynine qui s'est compromise avec les loups Nixon-Kissinger dans la politique de"dégel"?<br /> Alexandre Zinoviev a brillamment analysé le facteur trahison,facteur déterminant dans <br /> la destruction de l'URSS. Cet article article majeur est accessible par le lien :<br /> http://www.comite-valmy.org/spip.php?article407<br /> Et tant que les communistes restent prisonniers de ces analyses"scientifiques", s'appuyant sur je ne sais quelles"contradictions",le socialisme ne renaîtrait jamais.<br /> Et c'est évident,puisque les capitalistes,eux,ne perdent pas beaucoup de temps dans<br /> des analyses stériles. Ils se consacrent à bâtir des stratégies destructrices en mobilisant,pour mettre en œuvre ces stratégies,leurs agents internes à l'intérieur de la Russie,de la Chine,et de tout autre pays jugé dangereux pour leurs intérêts vitaux.<br /> Raymond Barre disait : Être objectif,c'est atteindre ses objectifs.
Répondre
B
Je répond un peu tardivement.<br /> Absolument d'accord, l'URSS bolchévik a été éradiqué, à partir de la mort de son leader charismatique Joseph Staline, par le facteur trahison, point barre !!!
D
Les petits pays "communistes" ne survivent en tant que tels que grâce à la menace de riposte militaire constituée par le bloc Chine/Russie. Pour survivre elle-même en tant qu'État dirigé par un parti communiste ayant pour objectif le socialisme réel, la Chine (notamment face au délitement de l'URSS) n'avait pas d'autre choix que "l'économie socialiste de marché." Avec le double objectif de s'armer de plus en plus lourdement pour faire face à la menace permanente et agressive de l'impérialisme US, et dans le même temps extraire progressivement mais en permanence de la misère des centaines de millions de citoyens chinois. A la question concernant l'épanouissement du socialisme réel dans un monde globalement capitaliste - et impérialiste -, ma réponse est non, car c'est en fait une situation de menace mortifère, militaire (et économique) permanente.<br /> Du fait de cette menace il y a jusqu'à nouvel ordre deux faces complémentaire dans toute révolution communiste d'une nation donnée, une interne et une externe, la seconde grevant lourdement le développement de la première.<br /> Je pense que tous les pays se réclamant aujourd'hui du communisme le doivent d'une façon ou d'une autre à l'existence de l'ex-URSS. En ce sens celle-ci n'est pas morte. Et le cas de la Russie d'aujourd'hui, dont l'armée a conservée sciemment nombre de symboles de l'Union Soviétique, avec une sorte de capitalisme d'État, et une politique extérieure n'ayant rien à envier à celle de l'URSS, laisse à penser que l'histoire nous réserve encore bien des surprises.
Répondre
M
Me disant qu'il y aurait peut-être des réactions à mon commentaire, je suis revenu faire un tour sur cet article au titre particulièrement "accrocheur". S'agissant de la dimension religieuse du communisme, je ne m'en tiendrais pas --ce qui devrait pourtant aller de soi pour un marxiste-- à la seule définition de Marx: "la religion est l'opium du peuple". Il ne faut surtout pas confondre...aspirations, espérance, soif, besoin profond,voire foi...en "quelque chose"...avec la religion. "La religion n'est pas seulement la croyance au surnaturel mais aussi l'esprit de sacrifice"...mais aussi la soumission absolue...à des dogmes, des rites, des rituels, des comportements...et même des tenues vestimentaires...C'est la soumission de la pensée. La croyance au surnaturel n'implique pas forcément l'institution d'une religion. On peut se contenter, comme certains le font, d'être simplement déiste sans s'associer à aucune chapelle. La religiosité est une force? Certes, et les djihadistes nous le montrent trop souvent mais en quoi serait-elle nécessairement supérieure à une pensée non religieuse, athée? "L'esprit de sacrifice" n'est pas propre à la religion: ce n'est pas une religion qui animait les résistants au nazisme ou qui poussait les Communards aux barricades. L'aspiration à la justice et à la liberté pour tous était une force bien plus puissante que toute religion.De plus, il me paraît malvenu d'écrire que "savoir et croire dans un domaine invérifiable, c'est du pareil au même". S'efforcer de savoir c'est tenter de comprendre et chercher à maîtriser la réalité, s'efforcer de croire c'est accepter de soumettre sa pensée. Par contre, en effet, croyance (déisme même, simplement) et incroyance (athéisme ou démarche scientifique) passent inévitablement par le même canal: le cerveau, la pensée et tout ce qui peut la nourrir. Si j'insiste, sans doute trop, sur cet aspect religieux, c'est que c'est bien, selon moi, une "dimension" qui a menacé et peut encore menacer les partis politiques. Certains, parmi vous, ont sans doute connu ou entendu "Le Parti a toujours raison" qui avait transformé la foi en un avenir meilleur en foi dans Le Parti, puis en foi dans le secrétaire général, puis en foi dans le pouvoir que celui-ci détenait.(Voir la réaction émouvante de l'épouse de London dans "L'aveu": Le Parti ne peut pas se tromper...). Et pourtant, j'admets volontiers que, dans la plupart des cas, plusieurs intelligences peuvent produire davantage qu'une seule mais...qui détient la vérité...: Le Parti ...ou les prophètes? On voit bien là la difficulté qu'il y a à articuler fonctionnement et organisation collective avec potentialités individuelles...qui devraient au contraire être libérées par une organisation collective nouvelle.<br /> Quant à la seconde remarque, que le critère de la gauche (!) soit l'appropriation collective des moyens de production présente un élément déterminant, au moins concernant les grands moyens de production et d'échange (je ne suis pas certain que l'étatisation des artisans améliorerait la qualité du travail ou des services rendus, même si des solutions "mixées" pouvaient être --pas facilement-- envisageables). Par contre, si "la liberté de réaliser des pulsions individualistes" c'est être "du centre droit"...je vois mal comment y échapper à part de faire voeu de chasteté (y compris la masturbation!). Il me semble qu'il y a là, comme dans l'autre commentaire, une certaine confusion des mots ou des notions (ou de la façon de s'exprimer sans doute). Je pense qu'on ne doit pas confondre "pulsions individualistes" et société fondée sur l'individualisme. Si socialisme et, à plus forte raison communisme, sont porteurs d'une grande puissance et ont un sens, c'est bien pour permettre à chaque citoyen de flirter un peu avec des morceaux de bonheur, pour accéder à leurs désirs pourvu...que cela ne s'obtienne pas avec la peau des autres, avec l'exploitation des autres ou avec l'irrespect des autres. Si déjà, dans l'autre commentaire, les "prophètes"...ne peuvent que montrer le rôle que joue parfois l'individu et la production individuelle (intellectuelle ou matérielle), pensez-vous qu'il n'y avait aucune pulsions individualiste chez Marx, Engels, Lénine,...pour établir la validité de leur pensée philosophique? Qu'il n'y avait aucune pulsion individualiste chez Pasteur, défiant, avec ses microbes et son vaccin, la totalité du monde "scientifique" d'alors qui affirmait la thèse de la "génération spontanée"? Il leur en fallait à ceux-là, du caractère individuel et...de la foi...pour s'opposer aux pensées et aux attitudes religieuses.<br /> Bon, je ne peux pas m'étendre davantage ici, mais ça ne peut pas faire de mal d'activer nos méninges.<br /> (Et je ne sais toujours pas afficher mon blog dans le cadre lien prévu...L'informatique, Internet et moi, ça fait... trois)
Répondre
M
Vieux-con matérialiste attardé, je retrouve par moment dans ce texte des échos du discours de copains communistes sur un socialisme qui ne pouvait être que scientifique car le marxisme était une science. Outre le fait que, par définition, toute science est appelée à évoluer --ce que Marx, Engels, voire Lénine ont été loin de contester-- il me semble dangereux d'omettre dans la dialectique la position défendue par Engels dénonçant la prétendue supériorité de la science sur la philosophie affirmée par bien des scientifiques. Il notait que, non seulement science et philosophie sont inséparables, mais que toute science --expériences, théories-- s'élabore à partir de concepts...et produit des concepts. (Petit aparté: cet Engels-là n'aurait pas accepté sans sourciller les propos d'un H. Reeves affirmant qu'au voisinage DU big-bang, conception philosophique et logique scientifique doivent être jetées au panier parce que totalement inopérantes.)<br /> S'agissant de l'URSS, il m'est arrivé de dire à ces copains que le stalinisme --pour faire très court--risquait fort d'être un éventuel fossoyeur de l'idée de socialisme. Il me semble que l'on peut trouver des éléments de réflexion sur ce socialisme inabouti dans des ouvrages d'Eric Hobsbawn. Et si tout, loin s'en faut, n'était pas condamnable en URSS (recherche scientifique, industries, universités, santé...), il n'en demeure pas moins que son "fonctionnement" et son effondrement interrogent fortement. Je ne suis pas certain que l'analyse proposée ici permette d'y voir plus clair car reposant sur des notions manquant parfois de netteté et qui conduisent à une vision d'un "socialisme futur" qui promet peu de place à la joie de vivre. Quand vous dites qu'il ne saurait y avoir d'opposition active autre que celle --soutenue de l'extérieur-- voulant promouvoir le capitalisme, pour en rester à un exemple simple et frappant: un mouvement osant s'opposer à l'assèchement de la mer d'Aral (ou aux déplacements de populations, à la monoculture imposée en une région,...) aurait été nécessairement contre-révolutionnaire et aurait dû être éliminé? Vous écrivez aussi que "les autorités" ont réprimé --trop tard!-- et de manière aveugle et violente mais d'où provenaient ces "autorités"? Etaient-elles légitimes (révolutionnairement parlant), désignées selon quel processus, clairement soutenues par la population. Vous indiquez pourtant, et je pense, avec juste raison, que "si la classe ouvrière ne sent plus cet Etat comme le sien, c'est perdu". Vous prenez la peine d'ajouter la classe ouvrière "élargie". C'est qu'en effet la classe ouvrière n'est plus ce qu'elle était et, demain, ne sera plus ce qu'elle est (partant d'aujourd'hui, peut-être serait-il plus juste de dire la majorité des salariés). Enfin, si le besoin d'acquérir une conscience nouvelle rejetant l'idéologie capitaliste est souhaitable, il me semble bien discutable de vouloir s'en remettre aux décisions d'un parti "d'avant-garde" en ce qui concerne les choix de société, la définition des vérités, le contenu d'une morale officielle,...(la religion n'est pas loin...?). Quelques citoyens, un citoyen,...peuvent être plus près d'une vérité...que des millions de citoyens. Dans certains cas, on peut "faire avec" sans trop de problème. Pas toujours. Revenons à la science. Elle n'a que faire de la démocratie...et tend pourtant à s'y plier parfois. Ainsi, la "majorité" des "scientifiques" soutient le modèle standard du big-bang (originel! diable!) auquel j'ai déjà fait allusion,...et le petit matérialiste invétéré que je suis continue à penser que c'est une fumisterie, la plus grande et massive intox intellectuelle du siècle. Tout ça n'est pas très grave..., sauf peut-être pour la pensée scientifique. Mais si les autorités du parti me déclaraient hérétique, quel serait mon sort? Ces remarques pour donner à penser (comme Dubcek? hé bien allons-y) que le socialisme ne peut qu'être libertaire, c'est-à-dire libérer toutes les intelligences, toutes les créativités. Toutes. Y compris celles de chaque citoyen.<br /> De même, si la conscience de chaque citoyen gagne à se détacher de l'idéologie consumériste, je ne vois pas en quoi il doit nécessairement être privé des désirs matériels immédiats. Il en va de ces désirs comme de bien d'autres choses: du vraiment indispensable jusqu'au totalement inutile.<br /> Juste une autre remarque sur ce qu'était l'URSS. D'où provenait le sieur Eltsine? C'était un membre très orthodoxe du PC. Ce serait, selon vous,peut-être, un exemple du fait que la formation et l'éducation des cadres laissait à désirer? Mais QUI, ou QUOI, QUEL POUVOIR a la légitimité pour former ces cadres. D'où émane ce pouvoir et selon quel processus? Bon, faudrait que je reprenne tout l'article et que je l'analyse plus sérieusement aller plus loin.<br /> Mais je dois déjà être rangé dans les rangs des dissidents, non? Est-ce que l'humour sera autorisé dans ce socialisme nouveau? Allez, tant pis, je m'y risque: communistes, réveillez-vous...<br /> Cordialement. Méc-créant.<br /> (Blog: Immondialisation: peuples en solde!)
Répondre
R
Sur un point seulement : "la religion n'est pas loin", je pense qu'en effet l'adhésion populaire au socialisme et au communisme a une dimension religieuse, et que c'est une force (voir Gramsci pour l'argumentaire). La religion, ce n'est pas seulement la croyance au surnaturel, mais aussi l'esprit de sacrifice. Le marxisme est athée, mais dialectique, il croit au sens de l'histoire (savoir ou croire dans un domaine invérifiable, c'est du pareil au même). Enfin, les mouvement révolutionnaires ont une dimension prophétique et créent eux mêmes leurs prophètes, même si on les désigne autrement. Marx, Lénine, Staline, Mao, Fidel ont objectivement joué ce rôle.
R
Si on considère que le critère de la gauche est l'appropriation collective des moyens de production, alors le socialisme est bien la gauche de la gauche : mais s'il s'agit de la liberté de réaliser ses pulsions individualistes, il est plutôt au centre droit !
R
L'expérience soviétique doit être utilisée pour ce qu'elle est, une expérience, ce qui implique de l'étudier davantage que ce qui a pu être fait jusqu'à présent, elle sert trop souvent de simple repoussoir à travers les clichés de la propagande de guerre froide qui se sont sédimentés en discours pseudo-historique. Le sens de mon texte qui n'est peut être pas assez clair est que la liberté que cherche à construire le parti communiste est différente de la liberté vide du choix consumériste et électoral qui s'exprime dans l'expression de l'adhésion ou du refus, et qu'elle inclut la conscience de la nécessité. L'exemple de la mer d'Aral est assez bien choisi, une remise en cause des erreurs commises dans ce genre de cas ne devant pas s'apparenter à une bulle de contestation hystérique comme chez nous. Au terme de quoi on se satisfait de quelques mesures symboliques sans remettre en cause en quoi que ce soit les ravages écologiques causés par le capitalisme.
S
Tres juste,tres beaux!!!Le socialisme ,''son rytme di maturite' centenarie'',''c'est ne pas celui des vagues de l'opinion'!!
Répondre
C
Le totalitarisme est un"concept" inventé par la mafia capitaliste pour effrayer les masses du monde socialiste. Après tout,ce que l'humanité endure aujourd'hui,c'est bel et bien un système totalitaire de cette<br /> mafia sioniste-maçonnique. Un tel système,est verrouillé contre toute critique,même embryonnaire,qui<br /> dénoncerait ses ressorts,ses"idéologues"et"philosophes".<br /> Le danger mortel du socialisme,c'est cette peur viscérale de certains "concepts" <br /> de l'oligarchie mondiale concoctés dans les "ateliers" des stratégies des guerres secrètes-et permanentes-dirigées contre le socialisme et son possible renouveau.<br /> Non,le socialisme n'a pas à se mettre en posture(absurde et suicidaire) de se défendre <br /> contre les accusations de son pire ennemi : le capitalisme. L'unique système de défense,est celui qui émane de la vigilance qui permet d'identifier les parasites internes,qui risquent d'éclore à l'intérieur du système et de la société socialiste,et qui constituent la force de frappe mortelle exploitée diaboliquement<br /> par l'ennemi capitaliste. L'exemple du traitre Gorbatchev et ses nervis est tout à fait éloquent dans<br /> ce sens.<br /> Un autre aspect,et non des moindres,c'est la "coopération" avec l'ennemi. La frilosité,<br /> voire la peur lâche,des pays socialistes envers les pays capitalistes,notamment envers<br /> les pays de l'OTAN est aussi un ennemi mortel. Rappelons nous les stupides et<br /> suicidaires"Accords de Helsinki" qui ont ouvert une brèche désastreuse dans le clan<br /> socialiste. A ce propos,il convient de souligner que l'Occident n'a,contrairement au bloc socialiste,n'a fait et ne fera jamais la moindre concession aux socialistes.et au socialisme.<br /> Ou on croit à ce qu'on est et à ce qu'on fait,ou on ne croit pas. Point.
Répondre
A
Il me semble que c'est Hannah Arendt qui a inventé le "totalitarisme" comme concept. Elle mettait Staline et Hitler sur le même pied totalitaire. Les BHL et consort ont largement exploité ce filon.<br /> <br /> Je dirais qu'elle a largement participé à l'émergence de la gauche de droite actuelle, de la centration sur l'individu abstrait, seul avec sa conscience, et déconnecté de ses rapports sociaux à travers le concept "écran" de "relations humaines" cher au patronat. Le relationnel prenant alors le pas sur les handicaps politico-sociaux que sont le "revenu", les "conditions/situations de travail".
R
"mafia sioniste maçonnique", élément de langage inacceptable, qui révèle la recherche de boucs émissaires faciles incompatible avec la défense du socialisme. Le sionisme est une idéologie réactionnaire nationale comme une autre ni plus ni moins, et la maçonnerie une clique pseudo-philosophique comme il y en a beaucoup d'autres aussi, avec des croyances différentes. Leur prêter un super-pouvoir est stupide.