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Réveil Communiste

Quelques notes sur Pierre Vilar, historien marxiste, "Une histoire en construction ... "

22 Août 2017 Publié dans #Front historique, #Théorie immédiate, #GQ, #Amérique latine, #Bolivie, #Mexique

Chantier provisoirement abandonné?

Chantier provisoirement abandonné?

sur PV lire aussi : Pierre Vilar et la théorie marxiste de la nation

Notes de lecture de GQ sur Pierre Vilar (en ligne depuis le 31/12/2007)

Une histoire en construction, approche marxiste et problèmes d’histoire conjoncturelle

 

cote BNF: 907.2 VILA h 14
 

Recueil d’articles critiques et de théorie historique des années 65-75, et des articles de contenu historiographique plus anciens.

Notes de l’avant propos

Vilar théorise ce qu’il appelle “l’expérience historique”, il est opposé à “l’utilisation abusive par les historiens de modes de pensée antihistoriques”. Pour lui conjonctures et structure sont les deux fondements de l’analyse historique, dans le fil de la problématique conjoncturelle de l’historien de l’économie Ernest Labrousse; du point de vue de la structure, la seule “science de l’histoire en mouvement “ est celle de Marx, la seule qui peut unifier cette science, les théories sociologiques et économiques évacuant l’histoire tandis que la pratique positive de l’histoire interdit de la penser conceptuellement. Il considère que les sciences sociales ont occulté Marx délibérément, mais par rapport à Althusser, il montre que les vrais noms des concepts de l’histoire sont : monnaie, classe, nations, État, guerre, plutôt que modes de production, rapports de production, forces productives, et tuti quanti, qui sont plutôt des concepts du matérialisme historique entendu comme science (ou théorie) sociale générale des société en mouvement comportant : histoire, économie, sociologie, science politique, ethnologie, mais pour lui pas la psychanalyse.

Croissance économique et analyse historique

Le premier article (une communication au congrès d’histoire économique de Stockholm en 1960, cité par Althusser). Le propos de la contribution de Vilar est de confronter deux modes d’analyse, l’historique et l’économique, dont les curiosités sont voisines mais qui sont formées à des habitudes et des attitudes différentes. Pour passer pour rigoureuses,  l’histoire ne devrait pas être théorique et l’économie ne devrait pas être descriptive. La table très détaillée de cet article permet de se faire une idée de la dialectique de Vilar : triple analyse des modes de production, sous les différentes sphères du plan du Capital, (production, circulation, consommation), comme signe, comme résultat et comme facteur.

Croissance selon Vilar: l’homme, producteur de biens peut pousser cette production plus que proportionnellement à l’effort fourni et au nombre d’individus à satisfaire (mais que signifie vraiment “proportionnellement” dans ce cas?) Question: comment calculer le degré d’effort? il est nécessaire de dresser le bilan de la production, de l’examiner comme signe puis conséquence puis facteur.

Comme signe signifie: une fois qu’une variation de la production est établie par l’étude de séries statistiques, chercher les forces de production en cause, expliquer le mouvement de la production, etc. A l’arrivée, édifier une science des sociétés humaines en mouvement.

Référence théoriques et critiques à Schumpeter, Théorie de l’évolution économique, et  History of économic analysis, Oxford, 1954.

Marx ne confond jamais le procédé méthodique qu’est l’abstraction avec la fin réelle de la recherche qui est l’explication de la réalité historique. La tâche de l’historien est de multiplier les analyses de cas, jugés par référence à des “modèles” économiques; qu’ils valident ou non, toujours provisoirement. L’échelle significative de cette tâche centrale est celle d’un État ou d’une nation, sur un siècle environ.

II, 1: Problèmes de la formation du capitalisme

publié dans Past and Present en 1953 (la revue des historiens du PC britannique animée par Éric Hobsbawm), critique des thèses d'histoire économique de Hamilton sur l'inflation aux XVIème et XVIIème siècle.

Problématique : la formation du capitalisme est-elle due au retard des salaires sur les prix consécutif à l’inflation monétaire? Inflation elle-même due à la découverte de l’Amérique, et retard conclu des séries de prix de Hamilton dans ses articles de 1928 sur les “trésors américains”; critique conjointe de l’exploitation de ces données par Keynes, mais aussi de Weber et Sombart sur le thème de l’esprit du capitalisme.

Il relève les remarques critiques de Simiand sur la thèse d’Hamilton, en 1932:

Est-il légitime de confronter sur un même graphique les quantités absolues de métal entrées à Séville et des indices de prix? Le parallélisme des mouvements risque de ne refléter qu’un choix convenable dans les échelles, préférer un graphique cumulatif.

Vilar critique dans la foulée de la Théorie générale de la monnaie de Keynes (1936) en particulier le retour à une théorie monétariste contre les références à la monnaie marchandise, aspect peu connu de la théorie de Keynes.

Ces thèses: le profit et non l’épargne favorise l’entreprise, la hausse des prix crée l’attente de profit, priorité au problème de l’emploi, réhabilitation du mercantilisme (critique au passage de « l’équation de Fisher », pq=mv (les prix par la quantité de marchandise égale la masse monétaire par la vitesse de circulation de la monnaie, noter que toutes ces grandeurs sauf à la rigueur la première sont parfaitement imaginaires, ce n’est qu’un calcul idéal ou même rêvé, une image de science parfaitement scolastique!).

Tout effort pour mesurer le profit à partir d’une seule de ses composantes (ici l’écart prix profit plutôt) suppose une théorie du profit sous entendue. Or contrairement à ce que Keynes suppose, intérêt et profit ne sont pas antagonique parce qu’ils peuvent augmenter simultanément par une plus forte exploitation du travail.

Référence aux travaux de l’historien marxiste polonais Kula.
 
II, 2 : Histoire des prix, histoire générale
 

Annales 1949, CR très élogieux du livre de Hamilton: War and Prices in Spain, 1651-1800

Hamilton utilise des séries homogènes (des livres de comptes d’hôpitaux en particuliers) pour établir ses courbes de prix; ses résultats concordent avec les recherches européennes menées sur d’autres types d’archives sériées, pour arriver à un résultat valable, dans de telles recherches, il faut une solide cohérence dans la méthode, une fois celle-ci choisie. Le livre est loué pour sa déontologie de recherche, son éthique méthodologique, et même sa brièveté par rapport à l’immensité des archives utilisées! Hamilton “veut déterminer les effets des guerres fréquentes longues et désastreuses où l’Espagne a été engagée, sur les prix des denrées courantes”. Et les conclusions sont négatives!

Question dérangeante: Y aurait- il une bonne guerre pour l’économie d’un pays, L’invasion de son territoire aboutissant à un afflux de richesse (au moins à l’époque moderne) ?

Ce qui ressort de l’étude, c’est la très faible importance de l’événementiel en face des systèmes fondamentaux de l’économie internationale. Les coupures chronologiques ont pour but de faire éclater la stupide concomitance de l’histoire économique avec les règnes, mais il aurait fallu trouver des dates pertinentes pour les prix; rien en effet comme les dates classiques de l’histoire espagnole, 1640, 1713, 1808.

Vilar, de par son expérience de la réalité espagnole, semble partisan de la stabilité monétaire.

 II, 3 : De l’économie à l’histoire en passant par la société

Cet article permet d’approfondir la culture critique de l’économie des “modernes” (néoclassiques, marginalistes, etc).

  II, 4 : La crise de l’ancien type
 
Hommage à Labrousse
 
  II, 5 : Introduction à une histoire des faits monétaires
 

Utilise la Contribution à la Critique de l’Économie Politique de 1859

 

III, 2 : Les mots et les choses et la pensée économique

Critique féroce de Michel Foucault qui met en lumière la profonde ignorance de ce dont il parle (en l’occurrence la pensée économique de l’époque classique), et ses procédés stylistiques naïvement terroristes.

III, 3: histoire du droit, histoire totale

Un des articles les plus riches, en commentaire de Marx (articles contre la répression du ramassage de bois, en 1842), sur sa critique du droit positif de Hugo, en 1842; sur  le Potosi, et les “lois” de l’exploitation dans les mines d’argent de Bolivie, sur la “rentabilité” de l’esclavage américain à la veille de la Guerre de sécession, selon la New Economic History, et sur le féodalisme en général.

Citation “Marc Bloch a signalé comment Fustel de Coulange niait dans une lettre à Maitland l’existence de la vaine pâture au moment même où le parlement discutait de son abolition”.

IV, 3 : Marxisme et histoire dans le développement des sciences humaines

pour un débat méthodologique qui commence par le relevé des ouvrages publié pendant les années 1950 sur le thème “l’homme et l’histoire “ en fait pour discuter du marxisme, à son apogée d’influence universitaire. Puis critique en détail la théorie de l'historiographie de Raymond Aron et son concept de la causalité historique, puis entre en débat avec l’économie néoclassique en partant de l’observation de Marshal, sur les marxistes paralysés par une criante révérentielle de leur maître, et qui n’avancent plus d’un pas de peur de le désavouer.

Vilar remet en cause le “changement de paradigme” de 1870 de l'économie bourgeoise et montre que l’abandon de la valeur-travail et son remplacement par le concept d’utilité marginale est une conséquence de la volonté de fuir la critique de l’économie politique.

L’article se termine par un tableau évolutif des sciences sociales du XVIème au XXème siècle, découpé en deux colonnes à partir du Capital (1867) : “refus de Marx”, “ héritage de Marx”

IV, 4 : Histoire sociale et philosophie de l’histoire

Contribution de 1964 à une rencontre d’intellectuels catholiques, dans le rôle du diable à la main tendue, autre formulation du même problème: l’objectivité en histoire.

Le marxiste s’attribue une attitude scientifique, son expérience diffère de la foi religieuse, mais pour le prouver, il faudrait des définitions, et ce ne serait pas une démonstration mais un témoignage. Mais le marxisme n’est pas une philosophie de l’histoire, à moins que l’on dote d’une telle philosophie tous ceux qui jugent que l’histoire à un sens. Il est une philosophie, mais pas un positivisme (un refus métaphysique de la métaphysique) pour lui il n’y a pas de lieu de l’inconnaissable, l’inconnu est le non encore connu (au moins en droit). « Que l’histoire ait un sens, c’est un postulat nécessaire pour tous ceux qui font de la recherche historique. Il  est vrai que le positivisme (a) admis que le métier d’historien consiste à chercher ce qui s’est passé sans se demander pourquoi cela s’est passé ainsi, et à mettre sans cesse en lumière l’infinie variété des choses humaines, afin de démontrer que dans leur domaine ne règne jamais la nécessité ».

On comprend bien le caractère apologétique d’une telle attitude.

Or Marx est au contraire le premier savant qui ait proposé une théorie générale des sociétés en mouvement. Une théorie générale n’est pas une philosophie c’est le cadre d’une série d’hypothèses, soumises ou à soumettre, aux vérifications expérimentales. Visiblement le marxisme, au grand dam d’Althusser paraît une sorte d’empirisme social nouveau (social, car le sujet d’expérience est social et non l’expérimentateur individuel et cogitatif de l’empirisme de Hume).

Cette théorie fait l’objet d’une double critique épistémologique :

1) l’histoire est trop mal connue pour supporter une théorie, celle-ci donc “précède “l’histoire

2) l’histoire ignore l’expérimentation

et d’une attaque simultanée qui part au contraire de l’idée que Marx n’en fait pas assez, que ces explications sont dépassées, qu’on peut et on doit dépasser Marx, son information, sa théorie et s sa pensée conditionnées par le XIXème siècle sont périmées.

Mais cette théorie comporte quelques évidences dont on ne se débarrasse pas facilement.

A) la notion de force productive,

Comme facteur dans une histoire de la croissance. La productivité n’est pas une découverte de Colin Clark, Marx savait la situer chez William Petty, “il savait que la relation entre travail et valeur tient tous le secret de l’histoire sociale”.La productivité était pour Marx une condition nécessaire mais non suffisante au mouvement historique. Les forces productives, nombre des hommes, ressources mises en exploitation, et surtout les techniques de production (voir p 359 le programme d’études historique déduit de la définition par Marx des forces productives).

B) classes et luttes des classes

correspondances entre forces, modes, et rapports de production;

modes de production: ensemble beaucoup plus large d’habitude et de structures à la foi techniques, sociales, psychologiques. Rapports (sociaux) de production: modes de propriété, et les relation entre classes sociales (si ces rapports sont maintenus par la force, le processus de croissance s’arrête);

Le marxisme intervient aussi comme instrument critique. Ici intervient la relation d’un incident “douloureux” avec le philosophe Ricœur ( recteur de la Sorbonne de 1968, phénoménologue protestant que même les phénoménologues trouvent trop éclectique) ayant eu lieu à Sèvre (l’ENS) en 1950 dans le cadre d’une rencontre interdisciplinaire entre professeurs de philo et d’histoire.

Ricœur venait de faire un “admirable” exposé sur l’objectivité en histoire (reproduit dans son bouquin “histoire et vérité”), définissant ainsi l’objectivité: “est objectif ce que la pensée méthodique a élaboré , mis en ordre, compris, et ce qu’elle peut faire comprendre”, [pas très convainquant d’ailleurs comme définition! Je croyais que cela signifiait: “existe vraiment en dehors de nous”!]

Ricœur, bien que compétent et informé ignore Marx et Labrousse (respectivement dans deux sens différents du terme “ignorer”). Ce que Vilar observe. Il réplique sèchement que Marx ne l’intéresse pas, n’étant pas un philosophe critique. Or Marx est bien un philosophe critique, il cherche à la pensée des individus un fondement dans l’espace social et le moment historique; la critique marxiste des textes, et la recherche de “series-textes” ayant signification globale pour une époque et dans une classe est d’une toute autre porté que la critique “interne” du témoignage sensée garantir “l’objectivité” de l’historien. Marx permet de prendre conscience des déterminations extérieures qui limitent la liberté, sans qu’on le sache directement, c’est une méthode critique féconde.

Enfin le marxisme est un instrument dialectique (Vilar expose sa conception de la dialectique).

IV, 5 : L’histoire après Marx

IV, 6 : L’histoire marxiste, essai de dialogue avec Althusser 1973 pour tracer le programme d’une histoire pleinement scientifique au sens marxiste du mot. Peut-on trouver ça chez Marx?

1             Marx historien.

Marx fait de l’histoire comme de très nombreux politiques et stratèges, sa correspondance et sa production de journaliste sont un “exercice empirique allant sans cesse de l’exemple au raisonnement et du raisonnement à l’exemple, qu’on toujours pratiqué le politiques et les historiens”.

Mais Marx est -il allé au delà?

Mettre entre parenthèse l’historiographie marxienne directe (luttes en classe en France, etc) qui est de l’histoire telle que peut la penser et l’écrire ceux qui agissent directement sur elle, genre irremplaçable depuis Jules César, mais qui penche plutôt vers l’art du récit que vers la science.

Maurice Agulhon à semble-t-il (dans Les Quarante-huitards) indiqué certaines limitations de l’analyse marxienne des événements révolutionnaire de 1848/51) en dépouillant les documents sur l’origine sociale des émeutiers de juin 1848). On découvre que le « lumpen » n’est pas au rendez-vous.

Les découvertes de Marx se trouvent dans le champ de l’économie et de la sociologie les plus générales, mais dans quelles mesure inspirent-t-elle son interprétation et sa prévision de l’événement (une histoire scientifique permettrait de le faire en effet! voir Fondation d’Isaac Asimov, le maître de la science fiction).

“Ce serait un très beau travail que de suivre dans toute l’œuvre les concepts historiques, explicites, sous entendus”.

2             La théorie économique antimarxiste “fait science,” aussi contrairement à ce que croit Althusser

(PV apporte des exemples à l’appui).

NB, la New économice History applique aux faits historiques l’analyse Walrasienne, et abouti à des résultats qui, concernant le passé ne sont ni plus ni moins contrôlables que ceux d’une analyse marxiste.

3             Histoire et théorie, la critique d’Althusser

Althusser ne connaît pas très bien la recherche historique et ses résultats, il se base surtout sur des récits historiques très datés déjà à l’époque de sa formation (des “Grands Récits” si on veut, à condition de réserver ce concept à Mallet et Isaac), et de tout façon il met en cause la légitimité des sciences historiques et économiques. Il est bien en cela un disciple de Foucault.

4             Le “mode de production” et l’unité de l’histoire

Le concept de Mode de production est le premier objet théorique à exprimer un “tout social”.

5             Événements, coupures, et processus historique

La problématique de la périodisation évoquée dans Lire le Capital est largement dépassée, les périodes classiques correspondant d’ailleurs à peu près aux grands modes de production (la période moderne étant la période de transition féodalisme-capitalisme).

6             Le temps des historiens est-il linéaire?

Vilar discute d’un certain nombre de problème, en laissant le champ ouvert.

Structure et conjoncture, les temps de Labrousse;
Structure et longue durée, les temps de Fernand Braudel;
Nature, espace, temps et luttes sociales, structures historiques;

Les prétentions structuralistes: elles consistent au fond en la revendication d’une autonomie absolue des champs de recherche; les sciences humaines deviennent une anthropologie globale qui exclut l’histoire.

7            Difficultés persistantes, et voies ouvertes ...
 
Autres ouvrages de Pierre Vilar
 
Or et monnaie dans l’histoire (1974)
La Catalogne dans l’Espagne moderne, essai sur les fondements des structures nationales
voir le lien :
 

Pierre Vilar et la théorie marxiste de la nation

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